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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
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samedi 27 juin 2026

La Fondation Suisse de la Cité internationale universitaire

Le traditionnel pique-nique de l'Association des Journalistes du Patrimoine s'est doublé d'une visite célébrant un bâtiment édifié dans le vaste parc de la Cité Universitaire Internationale.

Nous y avons visité où la Fondation suisseclassée Monument historique pour partie en 1965, totalement en 1986.

C'est Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier (1887-1965) qui l'a édifiée avec son cousin Pierre Jeanneret. Connu sous le pseudonyme de Le Corbusier, pris en hommage à son arrière-grand-mère Caroline Le Corbésier, il cumulait les fonctions : architecte, urbaniste, designer, peintre, sculpteur, homme de lettres, poète et théoricien.

Né en Suisse il fut naturalisé français en 1930, un an avant de poser la première pierre de la Fondation suisse qui porte le numéro 42 sur le plan de la Cité et qui a été achevée en 1933. Elle se trouve juste à côté de la Maison de la Suède (1932).

La commande du pavillon suisse lui était parvenue par le biais du mathématicien Rudolf Fueter, chargé de constituer un consortium représentant l'université helvétique en vue de réaliser un lieu l'hébergement pour une quarantaine d'étudiants suisses méritants et qui témoigne de la modernité de la Suisse comme de son ouverture au monde. Il n'y a curieusement pas eu de concours en raison de la notoriété du Corbusier; Il fut répondu aux détracteurs : on peut choisir soit la médiocrité, soit le génie.

A l'origine, dès l'été 1221, l'ambassade de Suisse avait interrogé le gouvernement qui n'en avait pas perçu l'intérêt. La grosse communauté suisse parisienne a repris le flambeau, levé des fonds privés, si bien que la confédération suisse a fini par se rallier au projet. Le bâtiment n'appartient pas à la Suisse mais, comme toutes les maisons, à la Chancellerie de Paris.

Le pavillon s'est imposé comme le premier édifice de facture moderne construit à la Cité internationale et on peut considérer que c'est l'une des réalisations les plus marquantes de l'entre-deux-guerres.

Avec cet édifice aux volumes simples, correspondant chacun à une fonction, et dépourvu de décors, les architectes introduisent une rupture dans le cycle des constructions de l'entre-deux-guerres. Ils y mettent en oeuvre la théorie dites des "5 points d'une architecture nouvelle" formalisée en 1927  : pilotis pour dégager le rez-de-chaussée, toit-terrasse, plan libre dans l'édicule d'accueil, fenêtres en longueur et façade libre en mur-rideau.

C'est Monica Corrado, directrice de la Fondation suisse qui nous a accueillis et qui nous a informés sur le fonctionnement de la maison avant de nous faire visiter une chambre-témoin, encore meublée par des objets désignés par Charlotte Perriand (1903-1999), à qui la Fondation Vuitton avait consacré une remarquable exposition en 2020.
Nous avons pu admirer la fresque qui couvre le mur du fond du Salon courbe du rez-de-chaussée, caractérisée par une palette de couleurs vives. Elle a été faite, elle aussi par Le Corbusier qui est revenu spécialement en 1948 pour réaliser cette grande peinture murale afin de remplacer l'ancien mural photographique détérioré pendant la seconde guerre mondiale. 

À l’origine, le mur courbé du salon était conçu pour empêcher l’accrochage de tableaux, mais cette surface devant tout de même être décorée. Elle avait été recouverte d’une cinquantaine d’images agrandies issues des archives de Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Durant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a été utilisé par l’armée allemande, entraînant le retrait de la fresque murale. Elle sera remplacée par Le Corbusier par une nouvelle forme d’art, qui le passionne pendant les années d’après-guerre. Il s’agit de la "peinture murale", appliquée sur des panneaux d’Isorel, à laquelle il travaille à partir de 1948 et qui est directement inspirée des travaux de Fernand Léger et de Pablo Picasso. Elle sera intitulée La peinture du silence à cause du silence qui l’entourait et qui l’entoure encore depuis sa création.

vendredi 1 mai 2026

Et pourquoi pas un Corn Bread ?


Je crois bien que c'est la visite de l'exposition d'Henry Taylor au musée Picasso en début de mois combinée à une invitation à une pendaison de crémaillère dans un jardin qui m'a poussée à me lancer dans l'expérience d'un Corn Bread.

Le peintre a réalisé un tableau montrant le plat à sa sortie du four et s'il a encadré les lettres COR et A c'est parce qu'elles composent le prénom de sa maman.

Voilà un plat emblématique de la Soul Food du sud des États-Unis, associée aux traditions culinaires afro-américaines depuis les années 60, et qui est encore un mouvement culinaire très populaire de nos jours, comme le poulet frit, les macaronis au fromage, le chou vert, les gombos panés et frits … 

Le pain de maïs était préparé depuis des siècles par les amérindiens qui étaient les populations autochtones, bien avant l’arrivée des chercheurs d’or qui se sont approprié la recette. La farine était locale et moins chère que celle de blé. C'est un dessert populaire au Mexique où on l’appelle Pan de Elote (gâteau de maïs) alors que pas du tout aux USA bien qu’il contienne du sucre. On le propose en accompagnement d'une viande grillée ou d'un plat en sauce. Il est donc idéal pour un barbecue.

Une scène mémorable du film La ligne verte, adapté de l'oeuvre de Stephen King, montre Paul Edgecombe (Tom Hanks), le gardien de la prison, offrir ces petits pains de maïs (faits par sa femme) au détenu John Caffey (Frank Darabont). Une autre scène culte se déroule dans le film Life (dont le titre français est Perpète) réalisé par Ted Demme, en 1999 avec Eddie Murphy et Martin Lawrence montre une bagarre dans le pénitencierdu Mississippi dans les années 1930 suite à la convoitise d'un morceau de corn bread par un détenu à un autre.

Le cornbread peut être soit frit, soit cuit à la vapeur, soit cuit au four, comme je vous en livre la recette aujourd'hui, en préconisant moitié farine de maïs (que j'ai ramenée du Mexique) et moitié farine de blé, pour un résultat plus proche de nos habitudes culinaires parce que la farine de maïs est granuleuse, un peu comme la polenta quoique en bien plus fin. Il peut se manger dès la sortie du four ou réchauffé le lendemain, voire à température ambiante.

J'ai adapté les proportions à 3 oeufs ce qui m'a demandé :
- 420 grammes de farine (moitié maïs, moitié blé)
1 cuillère à café de levure chimique ou de bicarbonate
- 150 grammes de beurre mou
- 160 de sucre
- 350 ml de babeurre/lait fermenté/lait Ribot

J'ai fait fondre le beurre que j'ai fouetté avec les œufs entiers et le sucre. Puis le lait qui aurait dû être fermenté (j'avais ajouté un jus de citron, ça n'a pas marché, mais sans nuire pour autant au résultat).

J'avais à part mélangé les farines et la levure. J'aurais mis une pincée de sel si je n'avais pas utilisé du beurre demi-sel. J'ai incorporé le contenu des deux saladiers en trois fois jusqu’à obtenir un appareil homogène (et pour une fois j'ai employé la feuille K de mon robot). Le four a été placé en préchauffage à 175°.

J'ai versé dans un moule carré de 25 cm sur 25 cm, mais on peut prendre un rectangulaire de surface équivalente, beurré et fariné… Je n'ai en tout cas jamais vu de Corn bread dans un moule rond.
J'ai enfourné pour une quarantaine de minutes jusqu'à ce qu'il soit doré sur le dessus. Il se découpe en carrés avec un couteau à pain. Si ma photo témoigne d'un résultat esthétiquement "moyen" c'est parce que j'ai voulu le démouler trop tôt et qu'il s'est brisé. Il faut soit le découper dans le moule soit placer un torchon dessus avant de démouler … à moins que j'ai insuffisamment beurré le moule. On peut aussi par précaution verser la pâte sur du papier sulfurisé.

mardi 14 avril 2026

Visite des tours de Notre-Dame

J'aurais pu focaliser cet article sur l’escalier à double révolution en chêne massif dessiné par Philippe Villeneuve, l’architecte en chef de la restauration de Notre-Dame, parce que c'est un chef d'oeuvre mais je préfère commencer "en douceur" en vous rassurant sur l'exercice qui, de loin, s'apparente à une prouesse sportive. Je veux parler de l'ascension des Tours de Notre-Dame dont le nouveau parcours de visite a été inauguré le 19  septembre 2025.

Je mesure ma chance d'avoir eu l'opportunité d'en avoir fait une visite exclusive avec cet architecte et Marie de Laubier, directrice des monuments de l’île de la Cité, parmi un groupe de Journalistes du Patrimoine et je vous renvoie à leur site pour en savoir davantage sur la restauration du monument. En particulier l'article de Catherine Lalanne qui a suivi l’intégralité du chantier pour Le Pèlerin. Bien entendu, vous trouverez d'autres publications, plus détaillées, sur le site de l’hebdomadaire.

Rendez-vous avait été donné au pied de la Tour Sud (à droite quand vous êtes face à la cathédrale) à une heure très précise parce que les montées sont limitées en nombre pour des raisons évidentes de sécurité (il faut d'ailleurs réserver son créneau de quart d'heure en quart d'heure). L'émotion était palpable pour tous ceux qui se rappelaient de cette fin de journée du lundi 15 avril 2019 et dont chacun avait un souvenir particulier. Pour ma part j'avais appris la nouvelle par une notification venant de l'étranger alors que je me trouvais aux Invalides pour la représentation d'une pièce de théâtre, Le désir attrapé par la queue et la visite en avant-première de l'exposition Picasso. L'information s'était propagée avec effroi alors que nous vérifions nos sources, tant c'était incroyable.

Nous étions prévenus que l'ascension nécessitait une bonne condition physique en annonçant  424 marches (donc 848 au total, auxquelles il faut ajouter celles du RER si on ne prend pas garde à le quitter par l'ascenseur qui émerge au 2 rue Xavier Privas et que je recommande tout particulièrement, et puis celles d'un retour arrière parce que les premiers d'entre nous étaient montés trop haut, trop vite, oubliant de s'arrêter en salle dite basse, soit une addition qui frôle le millier de marches).

Vrai et faux parce que très franchement la régularité des marches et le fait qu'il n'y ait qu'un seul sens de circulation (on monte par une tour, on redescend par une autre) atténue l'effort pourvu de progresser régulièrement. Et surtout, des indications mentionnent régulièrement où l'on se situe dans le parcours ce qui a un effet très encourageant. Vous remarquerez que sur l'exemple ci-contre il "ne" reste que 246 marches à grimper, sachant que les 178 premières n'ont pas provoqué d'essoufflement. Il existe aussi des bornes SOS pour appeler à l'aide en cas de besoin.

Enfin des arrêts intermédiaires ont été prévus qui permettent de "découper" le trajet en plusieurs étapes mais il n'est pas question pour autant d'y prendre racine, leur capacité d'accueil étant limitée à vingt personnes.

En dernier recours le personnel présent prévient de la difficulté de l'ascension du dernier étage par un escalier de pierre (plus étroit) et proposent de le court-circuiter en traversant directement la cour des Citernes, ce qui malgré tout prive du panorama du sommet à 260°.

C'est vraiment une "excursion" que je recommande. D'abord pour l'émotion de retrouver la cathédrale quasi comme on la connaissait, avec la vue saisissante sur la flèche restaurée et sur les silhouettes d'une hauteur 3,4 mètres des 12 statues des apôtres et 4 évangélistes réalisés par le sculpteur Geoffroy de Chaume à la demande de l'architecte Viollet-le-Duc en 1857, (par chance préservées puisqu'elles avaient été déposées juste avant l'incendie  en avril 2019 et rénovées entre 2019 et 2021 en Dordogne). L'une d'elles en particulier est émouvante, celle de Thomas -saint patron des architectes- aux traits de Viollet-le-Duc.

La flèche médiévale avait été démontée à la Révolution. Une nouvelle fut réalisée à partir de 1858, sous la direction de Viollet-le-Duc. C'est elle qui s'est effondrée lors de l'incendie de 2019, avant d'être fidèlement rebâtie en chêne et en plomb.

Leurs ombres se découpent joliment sur l'ardoise et on comprend que le remplacement des vitraux de six chapelles sur sept du bas-côté sud soit jugé scandaleux. L’hypothèse de leur remplacement n’a jamais été examinée par la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture parce qu'ils n'ont pas été détériorés par la catastrophe même si le chantier de restauration a intégré leur nettoyage et leur consolidation.

Ils composent un ensemble cohérent conçu par Viollet-le-Duc, en fidélité à l’origine gothique de la cathédrale et quel que puisse être le talent de Claire Tabouret, connue pour être proche du collectionneur (et mécène) François Pinault, est-il acceptable que la volonté d'un président de la république soit supérieure au Code du patrimoine car évidemment ces vitraux sont "classés" ? L'histoire dira s'ils seront remplacées en décembre 2026, pour d'ailleurs la "modique" somme de 4 millions d'euros qui auraient pu être utilisés autrement.

mardi 7 avril 2026

Première rétrospective de Henry Taylor en France … au musée Picasso

Le Musée national Picasso-Paris présente une exposition intitulée All you can do is tell the truth consacrée à Henry Taylor, artiste afro-américain majeur de la peinture contemporaine, conçue avec l’artiste lui-même, qui était d'ailleurs présent le jour du vernissage.

Déployée sur deux étages et treize salles, elle réunit une centaine d’œuvres -peintures, sculptures, installations- à travers lesquelles Henry Taylor explore la richesse et la complexité de l’expérience humaine. Qu’il s’agisse d’amis, de proches, de personnes anonymes ou de figures publiques, ses compositions proposent une vision vivante et profondément humaine de notre époque.

Taylor crée une œuvre originale, expressive et plastique, puissante. Il tisse des récits visuels qui mêlent trajectoires individuelles et réalités collectives, associant expériences personnelles, mémoire partagée et dialogues avec l’histoire de l’art. De plus, comme on le verra plus loins, ses relectures d’œuvres d’art inspirantes, notamment celles de David Hammons, Philip Guston ou, plus intéressant encore, Pablo Picasso montrent la manière dont il s’empare du passé pour réinventer le présent. C'est la première rétrospective de l’artiste en France.

Né en 1958 en Californie, l'artiste vit et travaille aujourd'hui à Los Angeles. Il a développé en près de quarante ans une pratique qui englobe peinture, dessin, sculpture et installation qui marquent les esprits par leurs dimensions, une palette de couleurs vives, dominée par du vert foncé et du bleu turquoise, une touche rapide et directe, y compris pour les visages, remarquable dès le début, et les sujets bien sûr. Avec en outre des motifs récurrents comme les dents, le cheval … les signes de la société de consommation … la nourriture, en particulier des spaghettis …
Dans la première salle, ce triptyque réalisé en 2019 pour la Biennale de Venise réunit trois images pour raconter des moments importants de l'histoire des personnes de couleur. D'abord Toussaint Louverture, le héros de la révolution haïtienne. Au centre des mots peints, répétés, inspirés des mots de l'humoriste et militant Richard Pryor, rappelant le devoir de mémoire à l'égard des révolutions. Et à droite une évocation de l'enterrement de Carole Robertson, une des quatre jeunes filles tuées lors d'un attentat raciste en Alabama en 1963, auquel assistent des femmes au regard dur, bras croisés comme faisant barrière.
Sur le mur du fond, We were framed, 2014, acrylique sur toile. Au centre, une sculpture de cheval (2021), une des figures récurrentes de l'artiste dont la simplicité, ici, fait penser à la chèvre de Picasso.
La salle suivante regroupe des peintures des années 1990, période où il étudie au California Institute for the Arts (1993-1996). Il va y forger une vision anticonformiste, au contact des œuvres de Jean Dubuffet ou de Cy Twombly, comme des livres de Jacques Derrida et Michel Foucault. Parallèlement il travaillera pendant dix ans comme aide-soignant la nuit à l'hôpital psychiatrique de Camarillo.

On découvre, de gauche à droite, Happy meal, vers 1992, Untitled (Saddle shoes stepping on bald head), 1992 et Screaming Head, huile sur toile, 1990. Le visage déformé devient une bouche hurlante, traduisant l'intensité d'un état émotionnel douloureux.

vendredi 3 avril 2026

Splendeurs du baroque au Musée Jacquemart-André

Le Musée Jacquemart-André présente des peintures de la Hispanic Society of America (New-York) dans une exposition intitulée Splendeurs du baroque dans la continuité du programme consacré par le musée aux maîtres du XVII° siècle, depuis Caravage (2018), Artemisia Gentileschi (2025), la collection Borghèse (2024) et surtout Georges de La Tour l’année dernière, … avant le Tintoret à partir de septembre prochain.

C’est à l’érudit et mécène américain Archer Milton Huntington (1870-1955), dont le portrait, peint en 1926 par José María López Mezquita, impressionne à la fin du parcours de l’exposition, qu’on doit la fondation en 1904 de la plus ancienne et importante institution muséale dédiée à l’étude et à la valorisation des arts et des cultures du monde hispanophone et lusophone hors de la péninsule ibérique.

Pensée comme un lieu capable de "condenser l’âme de l’Espagne, au travers des œuvres de la main comme de l’esprit", la Hispanic Society of America abrite aujourd’hui dans le nord-ouest de Manhattan, à New York (Audubon Terrace) plus de 750 000 pièces, de l’Antiquité à l’époque contemporaine, couvrant plus de trente-cinq pays et une grande variété de techniques et de mediums. Elle a entamé en 2019 la rénovation de ses bâtiments historiques et l’ajout de nouvelles salles dans l’objectif de réouvrir au public à l’automne 2027. C’est dans ce contexte que l’institution confie au Musée Jacquemart-André une sélection de ses chefs-d’œuvre, dans une exposition consacrée au Siècle d’or qui se compose d’une quarantaine d’œuvres pour la première fois réunies en France, parmi lesquelles des peintures des grands maîtres du Siècle d’or tels que Velázquez, Greco et Zurbarán.
L’exposition s’annonce par la diffusion de mélodies baroques que l’on peut entendre dès qu’on traverse le Salon de musique. La première salle achève de placer le spectateur dans l’ambiance avec un Portrait de jeune fille (v. 1657-1667), huile sur toile de Juan Baptiste Martinez del Mazo (1612-1667), gendre et principal collaborateur de Diego Velázquez (1599-1660), celui qui a porté l’art du portait à son sommet au point de révolutionner le genre. La proximité stylistique avec le  Portrait de jeune fille (v. 1638-1642), huile sur toile, 51.5 x 41 cm, que l’on verra dans la salle 7, et que les commissaires ont retenu pour l’affiche est évidente et logique. Il figure en tête de cet article et illustre parfaitement cette capacité à conférer une présence saisissante à ses modèles.
Son portrait de la reine Isabelle de Bourbon, peint vers 1627 est également remarquable. Le plafond de la salle suivante est d’une beauté prenante. A la suite du Concile de Trente (1534-1563) l’image religieuse devient un instrument privilégié de promotion de la foi catholique.
On y voit donc plusieurs toiles de saints, peintes par Doménikos Theotókopoulos, dit Le Greco, (1541-1614) qui occupe une place de transition entre Renaissance et baroque (du portugais barroco désignant l’aspect d’une perle irrégulière). Sont exposés Saint Luc, années 1590, Jean Jacques le Majeur, une Pietà, v. 1574-1576, ou encore cette Tête de saint François, vers 1590, qui contraste du point de vue de la taille avec ce Portrait d’homme exécuté par le même peintre sur un carton de moins de 8 cm de hauteur avec une minutie parfaite, dégageant une présence d’ordre monumental.
Peu d'artistes se sont autant intéressés au poverello d'Assise que Greco, qui consacre une part importante de son œuvre à deux aspects de la vie spirituelle du saint, déclinés en de multiples formules: la prière et l'expérience mystique. Le cadrage serré et la touche lumineuse et expressive soulignent l'émotion sur le visage du saint qui, les yeux levés vers le ciel, fait l'expérience d'une vision. Ce portrait pourrait être le fragment d'une composition plus large. La palette sombre et terreuse renvoie à l'humilité choisie par saint François pour vivre sa foi. Il devient ainsi le symbole d'une dévotion solitaire et ascétique, promue par la Contre-Réforme catholique.

mercredi 11 mars 2026

Renaissance : De Vinci, Raphaël, Michel-Ange à l'Atelier des Lumières

On a l'habitude de se trouver en immersion à L’Atelier des Lumières mais ce terme n'aura jamais été aussi juste pour décrire l'expérience de visite de l'exposition Renaissance : De Vinci, Raphaël, Michel-Ange qui pose un nouveau regard sur l’une des périodes les plus fondatrices de l’histoire de l’art.

Les progrès techniques (et probablement un énorme travail) ont permis un saut qualitatif, par rapport aux créations précédentes, pourtant déjà fort belles, inscrivant durablement cet endroit comme leader et référence incontournable du secteur.

Cette nouvelle expérience va ravir ceux qui ont visité Clair-obscur à la Bourse du commerce. On change d’époque mais le travail de la lumière est une fois de plus saisissant.

Ce qui est remarquable, c'est la volonté de stimuler davantage l'imagination du spectateur en lui laissant le temps de s'imprégner des oeuvres , de comprendre leur naissance, d'activer l'envie d'oser pousser la porte des musées et pourquoi pas de projeter un séjour en Toscane. Cela peut sembler paradoxal et pourtant les équipes de création de Culturespaces n'ont fait "que" pousser un peu davantage les curseurs de leur marque de fabrique, sans perdre pour autant le sens du récit et le caractère spectaculaire des précédentes qui ont forgé l'ADN de l'Atelier des Lumières depuis 7 ans.

Jean-Baptiste Hardoinle directeur de création, a commenté au cours de la matinée consacrée à la presse, le soin apporté à l'écriture d'un texte d'accompagnement en collaboration avec Florian Métral, historien de l'art qui est -et c'est une première- donnant la parole à Giorgio Vasari (1511 -1574), peintre, architecte et écrivain toscan, interprété par un comédien de théâtre, Féodor Atkine, tout en étant lisible sur les murs, en français et en anglais.

Il a expliqué combien la richesse de l'iconographie sur l'époque avait facilité (au prix de nombreuses heures de post production) l'immersion au plus près des oeuvres. de fait, on a souvent presque le nez sur la toile ou le marbre dont on devine la complexité du grain.

Les play-lists montées spécialement à partir de succès connus pour susciter l'émotion à la vue des toiles de Picasso ou du Douanier Rousseau comme des tombes des pharaons étaient formidables. Mais cette fois on a suivi une autre voie en s'appuyant sur une composition musicale originale, enrichie de morceaux actuels tels que When the party's over de Billie Eilish.
Tout part de la beauté et de l'harmonie du paysage toscan nous prévient Vasari.
On commence avec la noirceur du sfumato maîtrisé par Vinci pour faire apparaître des portraits. Les ombres projetées de ses machines font entrer le spectateur dans la troisième dimension. Nos sommes comme lui fascinés par la structure des polyèdres (qu'il n'a pas inventés).
On découvre alors le "non finito" de ses sculptures et son art de la scénographie avec une évocation de la Fête au Paradis organisée pour les noces du duc Sforza au cours d laquelle il recréa la nuit dans la nuit.
On a le nez collé sur ses toiles grâce à l’hyperprécision de scans haute résolution. On admirera les proportions idéales de La Cène, sa peinture murale à la détrempe (1495-98), la profondeur du regard de La dame à l'hermine (1488-90) et bien entendu le Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, autrement dit La Joconde dont je ne montre ci-dessous que les yeux car je vous fais grâce de ce si célèbre tableau.

jeudi 5 février 2026

Installation de Valérie Belin à l'Académie des beaux-arts

La cérémonie s'est déroulée hier, sous la Coupole du Palais de l'Institut de France. Alors qu'elle avait été élue le mercredi 24 janvier 2024 au fauteuil VI de la section de photographie, nouveau fauteuil créé en 2022, Valérie Belin a été officiellement installée par sa consœur Nina Childress, membre de la section de peinture de l'Académie des beaux-arts.

Le cérémonial est extrêmement codé. L'entrée des académiciens est accompagnée des roulements de tambour des musiciens de la Garde Républicaine. Et chacun a sans doute été ému de passer devant la statut de Napoléon Ier en pied, en tenue de sacre, vêtu d'un manteau d'abeilles, couronné de lauriers et portant la légion d'honneur à un collier d'aigles.

Cette oeuvre a été commandée en 1805 par l'Institut à Philippe-Laurent Roland qui l'acheva en 1807, alors que Napoléon Ier venait d'installer l'Institut de France dans le collège des Quatre-Nations, dont la chapelle avait été réaménagée en salle de séances des académies par Antoine Vaudoyer.

La photographe est apparue la première, seule quelques secondes, avant d'être rejointe par ses pairs, dans la superbe tenue d'académicienne réalisée par la Maison de haute couture Alaïa. La veste, pièce centrale du costume, est ornée d’un travail de broderies d’or sur un motif de feuilles d’olivier, symbole de paix, de sagesse et d’éternité, exécuté par la Maison Lesage dont je rappelle qu'elle est à l'honneur dans l'exposition Tisser, broder, sublimer au Palais Galliera.

La queue-de-pie et le pantalon cigarette en lainage noir sont façonnés sur mesure, dans une construction rigoureuse aux lignes nettes et sculpturales. Un chemisier en soie blanche complète l’ensemble.

A l'issue de la séance Monsieur Pierre Rainero, directeur Image, Style et Patrimoine de la Maison Cartier, lui a remis son épée d'académicienne, la 29 ème que Cartier réalise pour un(e) académicien(ne) et c'est dans sa tenue complète que j'ai choisi de la photographier même si je décrirai plus loin cette épée fantastique.
Beaucoup d'invités avaient choisi des vêtements où dominait la couleur verte. Les académiciens étaient tous en habit, tous différents mais dans une magnifique unité. Nous avons été nombreux à sourire des chaussures portées par Yann Arthus Bertrand, contrastant avec le sérieux dont il est (aussi) capable.
Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel, ouvrit la séance avec son humour habituel, mentionnant qu'à un jour près cette cérémonie aurait eu lieu le jour anniversaire de ses trente ans … âge estimé par ses soins, puisqu'il a le privilège d'avoir le droit de le faire.

Valérie Belin est née en 1964 à Boulogne-Billancourt. Elle vit et travaille à Paris. Son parcours artistique a été retracé par Nina Childress dans un discours d'une jolie sensibilité, insistant sur leur timidité respective et le nombre d'occasions manquées de se connaitre avant aujourd'hui.

Il fut ponctué de diapositives illustrant ses propos, à commencer par de charmantes photos de famille. On apprit que la littérature "sauva Valérie de l'ennui scolaire". Elle rappela l'influence de l'art minimal, la volonté de l'artiste développant ses planches contacts dans sa salle de bain entre deux petits boulots, comme tant d'autres étudiants.

Sa première exposition solo a lieu chez Alain Gutharc en 1994. L'achat de plusieurs oeuvres par le FNaC accélère les choses. Elle photographie ensuite des robes de dentelle dans leur boite de conservation ay musée de la dentelle de Calais puis enchaine des séries devenues emblématiques: les miroirs de Venises, Fleurs, Viandes, Bodybuilders …

L'académicienne insista sur la témérité de Valérie, ne craignant pas de se laisser enfermer dans une chambre froide, d'escalader des carcasses de voiture ou de convaincre des femmes marocaines, également sur sa ténacité inventive lorsqu'elle a l'idée de troquer du temps de pause contre la réalisation d'un book. 

Suivent les années 2000 avec des séries iconiques de Transsexuels, de Femmes noires, de sosies et de masques, de Modèles et de Métisses puis de couples avec les Ballroom Dancers. L'accès au numérique change le regard et permet les superpositions à partir de 2006 qui se traduisent par les Têtes couronnées qui conduiront aux Painted Ladies.

N'ayant pas eu de prédécesseur sur le fauteuil qu'elle va occuper Valérie Belin a eu une certaine liberté pour décider qui elle allait honorer. Elle a choisi Eugène Atget dont le centenaire de la mort sera commémoré en 2027. Elle le considère comme étant à l'origine de la photographie moderne dépouillée de tout artifice esthétique et s'employa à nous le démontrer, preuve en images à l'appui.

jeudi 18 décembre 2025

La Maison Heurgon fête 160 ans d'engagement en haute horlogerie et joaillerie

Le 20 novembre 2025, pour célébrer 160 ans d'engagement en haute horlogerie et joaillerie, Heurgon proposait un événement exclusif aux amateurs d’art et aux collectionneurs : une soirée unique en partenariat avec Opera Gallery, dans leur flagship du 58 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.

Dans le cadre de ce partenariat, une sélection exclusive d’œuvres iconiques de Niki de Saint Phalle, Manolo Valdès, Yves Klein, ainsi que des créations majeures d’artistes contemporains, ont été dévoilées.

Ce fut également une occasion rare d’admirer une exposition exceptionnelle de pièces de haute horlogerie et de joaillerie, présentées et signées par 24 partenaires d’exception, dans un environnement résolument exclusif.

Cette prestigieuse collaboration entre Heurgon et Opera Gallery a offert une expérience immersive, où l’art et le luxe se sont rencontrés, symbole de l’excellence et du raffinement qui a été accompagnée par un buffet festif.

Je rappellerai l’histoire du joaillier Heurgon, qui participe à la réputation internationale du quartier de la Madeleine et du Faubourg Saint-Honoré, avec d’autres maisons de qualité et d’élégance.

C’est en 1865, au cœur de Paris du Second Empire, que la Maison Heurgon ouvre ses portes au 15 rue Royale.

Très vite, l’adresse devient un lieu incontournable, témoin d’un art de vivre raffiné et d’un savoir-faire joaillier et horloger d’exception. Pendant plus d’un siècle et demi, la vitrine de la rue Royale rayonne, avant de céder en 2021 sa place à une nouvelle ère : l’ouverture du flagship Heurgon au 58 rue du Faubourg Saint-Honoré, au cœur du triangle d’or parisien.

Mais puisque la longévité n’a jamais eu valeur de certificat de légitimité, l’histoire d’Heurgon s’est construite sur les intuitions successives de ses propriétaires. En 1973, Michel et Jacques Cymerman lui ont donné une impulsion décisive en intégrant les plus grandes marques de la joaillerie française et de l’horlogerie suisse.

Ce sont désormais Arnaud et Benjamin Cymerman, soucieux de préserver le même esprit de famille, qui surprennent et satisfont leur clientèle en lançant de nouvelles de nouvelles tendances, collections et marques adaptées notamment au besoin des femmes et des hommes d’aujourd’hui.

Ils incarnent l’héritage d’une famille dédiée à la transmission d’un savoir-faire d’excellence, forte de plus de 160 ans d’histoire dans l’univers de la joaillerie et de l’horlogerie. Heurgon rassemble les signatures les plus convoitées en horlogerie. Commençons par Breguet avec La reine de Naples, puis la Tradition, et, présentées en double exemplaire la Type XX, Breguet Classique et Breguet Marine :

Parmi toutes les montres présentées les Bréguet occupent une place particulière. En effet, le fondateur de la marque est un horloger devenu légendaire, Abraham-Louis Breguet, pionnier de la mesure du temps de précision. Son invention, en 1795, du tourbillon, parfois appelé "cage rotative", est l'une des innovations les plus remarquables de l'histoire de l'horlogerie. Elle représentait alors une véritable révolution chronométrique.

Les montres n’étaient pas portées au poignet au XVIII° siècle. Elles étaient à l’époque glissées dans un gousset et du fait de la verticalité du cadran, subissaient les effets de la gravité sur le balancier et l’échappement. Le tourbillon a permis de compenser ce phénomène en offrant une précision nettement supérieure à celle des mouvements horlogers classiques.

samedi 13 décembre 2025

Tisser, broder, sublimer. Les savoir-faire de la mode, au Palais Galliera

Le palais Galliera est plus que jamais le Musée de la mode. Avec Tisser, broder, sublimer, cette institution inaugure une série d’expositions consacrées aux savoir-faire avec l'objectif d'aborder les métiers et techniques de la mode sous différents angles, et de mettre en lumière la richesse des collections en proposant un nouveau regard sur l’histoire de la mode du XVIII° siècle à nos jours.

Pour le plus grand bonheur du public ces installations resteront une place un peu plus longtemps que les expositions temporaires. Vous disposerez de 10 mois pour visiter ce premier opus, mais ce n'est pas une raison pour ne pas vous hâter. Les oeuvres exposées sont de toute beauté et on apprend beaucoup de choses sur ce qui appartient tout de même à notre patrimoine national et mérite d'être protégé.

Après celle-ci consacrée à l'ornementation, suivront une deuxième où il sera question de coupe et de mise en volume, et enfin une troisième consacrée aux matières et que nous verrons en décembre 2027.

Le présent article est sans doute trop long car trop détaillé mais je l'ai conservé en l'état afin qu'il puisse servir de guide de visite. De plus Blogger permet, à condition de cliquer doucement sur la première photo, de faire défiler ensuite toutes les illustrations, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture.

Pour dévoiler les savoir-faire de la mode l’équipe a choisi comme affiche une création de Comme des GarçonsPrêt-à-porter, automne-hiver 2016. Elle marque aussi l’entrée de l’exposition comme si le visiteur était invité à regarder sous la robe … d’abord dans la Galerie des Techniques, ensuite dans la Galerie des Métiers.

Les savoir-faire en question sont des techniques regroupées dans ce qu'on appelle l’ornementation – tissage, impression, broderie, dentelle, fleurs artificielles – qui permettent d’ennoblir et de décorer vêtements et accessoires. Elles sont abordées à travers le thème de la fleur, motif incontournable dans l’art du textile et la mode depuis le XVIII° siècle.

Ses multiples déclinaisons permettent d’apprécier les jeux de matières, le traitement des couleurs, des volumes, ou le placement des motifs qu’il inspire au gré des saisons. Du textile broché d’un gilet du XVIII° siècle à l’impression au laser d’un ensemble Balenciaga, d’une dentelle de Chantilly au camélia de Gabrielle Chanel, la grande variété des techniques est mise en avant, tout en interrogeant leur symbolique et leurs usages.

Riche de plus de 350 œuvres (vêtements, accessoires, photographies, arts graphiques, échantillons, outils…), le parcours révèle à la fois des créations de maisons de haute couture et des pièces de jeunes créateurs, dont certaines ont été spécialement réalisées pour l’exposition. Des échantillons de textiles et des tables équipées de loupes invitent le public à observer, scruter et contempler les œuvres pour comprendre la complexité des gestes qui se cachent derrière chaque création – l’occasion unique de plonger au cœur des savoir-faire de la mode.

Le Palais Galliera met également à l’honneur les auteurs de ces savoir-faire souvent oubliés ou effacés derrière le nom prestigieux d’un couturier. Qu’il s’agisse de maisons historiques telles que Lesage ou Hurel, de nouvelles figures contemporaines comme Baqué Molinié ou Aurélia Leblanc, l’exposition revient sur les métiers souvent méconnus de la mode : créateur textile, brodeur, plumassier, parurier floral, qui ont fait de Paris, capitale cosmopolite, un territoire privilégié de ces savoir-faire d’exception, sans cesse renouvelés.

Même si je les mentionne au fil de cet article, Marie-Laure Gutton, responsable des collections accessoires et commissaire de l'exposition, a insisté sur la volonté de ne pas mettre en avant le nom des maisons de couture à la manière d'un étendard. Le choix des vêtements obéit davantage à une préoccupation didactique encourageant une large lecture de l'histoire de la mode, en particulier dans la première partie consacrée à chacune des cinq techniques.

La galerie des métiers, comme son nom l'indique, s'intéressera davantage aux personnes pour comprendre à travers elles la spécificité de leur métier :
  • les créateurs textiles
  • les plumassiers et les fleuristes
  • les dentelliers
  • les paruriers (boutons et bijoux)
  • les brodeurs
Il va de soi que lorsqu'une pièce exceptionnelle est présentée dans la première section il est possible d'y faire une nouvelle fois référence au moment où l'on aborde un de ces métiers. Vous pourrez donc retrouver la même photo en plusieurs endroits car un vêtement est rarement ornementé par une seule technique. Il est fréquent de voir de magnifiques boutons et de la dentelle pour en citer qu'un exemple.
En premier lieu ou à la toute fin, petits et grands seront invités à dessiner leur collection et à créer leur fleur en origami dans un salon ouvert, fort accueillant (ci-dessus).

Commençons la découverte par les aspects techniques. C'est un immense bouquet de fleurs de Baqué Molinié qui accueille le visiteur, se déployant dans un vase - 2024, composé d'une structure en métal soudé, broderie 3D de sequins, perles en verre, cristal et éléments en cuir moulé, peint et rebrodé. On retrouvera cette maison parmi les brodeurs.

On est immédiatement saisi par la beauté des vêtements, éblouissants malgré la relative pénombre (pour des raisons de conservation). Les pièces présentées dans cette première salle ont été choisies pour leurs motifs de fleurs, démontrant que les fleurs décorent les vêtements et les accessoires des hommes et des femmes depuis le XVIII° siècle.

Pour les dessiner, les artistes s'inspirent de la nature et des fleurs cultivées dans les jardins. Et alors que la culture des fleurs s'est diffusée à travers le monde, les techniques pour les représenter ont suivi un chemin comparable : venant d'Inde ou de Chine, elles sont arrivées en France et en Europe.
Cette robe du soir Haute couture, printemps-été 2019 de Chanel par Karl Lagerfeld, où le talent de l'Atelier Montex (broderie) et de Lemarié (plumasserie) est évident, donne le ton du niveau retenu.

Elle est en organza de soie, broderie au crochet de Lunéville de paillettes guillochées, broderie de pétales en plâtre céramique moulé est en mousse caoutchouc découpée, peints à la main, galon rembourré brodé de paillettes, cuvettes, perles et tubes au crochet de Lunéville, applications de plumes d'autruche.

Pour sa dernière collection haute couture avant sa disparition, Karl Lagerfeld s'est inspiré du XVIII° siècle. La couleur rose poudré rappelle le goût de l'époque, les plumes d'autruche évoquent les volumes des manches pagode et les paniers des robes à la française. Quant aux fleurs brodées, elles imitent la porcelaine de Vincennes et de Sèvres. Les broderies (1205 heures de travail) intègrent les technologies 3D et l'infographie pour sculpter des volumes en haut-relief.

De l'autre côté, les rehauts brodés sont l'œuvre de la maison Métral, spécialisée dans la broderie mécanique de haute qualité. Il embellissent cet ensemble robe et boléro du soir Haute couture, printemps-été 1947 de Cristobal Balenciaga en crêpe de soie imprimé au cadre 8 couleurs dont un coup de fond, broderie de paillettes en gélatine (?), taffetas de fibres artificielles, taffetas de soie, métal.
 
Cet ensemble est issu de la garde-robe de Daisy Fellowes, héritière de la fortune Singer et chroniqueuse pour le magazine Harper's Bazaar. Extravagante et mondaine, elle fascinait les plus grands photographes, à l'instar de Man Ray. Le choix de cette tenue témoigne du goût de sa propriétaire pour les couleurs vives et les motifs foisonnants. L'imprimé floral rappelle les dessins du soyeux lyonnais Ducharne.

Approchons de la grande vitrine. De gauche à droite, voici d'abord une Robe du soir en deux parties ayant appartenue à la comtesse Greffulhe, vers 1900, attribuée à A. Beauchez, qui l'a réalisée en velours de soie, tulle de soie, mousseline de soie, broderie de paillettes en métal doré, paillettes en gélatine et perles de verre, dentelle mécanique de fil de coton et de filés métalliques dorés, dentelle mécanique de soie type Chantilly.
A sa droite, une Robe de bal costumé 1937-1939 de Paul Poiret, en chintz (toile de coton imprimée et apprêtée) datant de la fin du XIX° siècle et velours de soie.

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