Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 25 janvier 2022

Jacqueline Jacqueline de Jean-Claude Grumberg

Attention : la lecture de Jacqueline Jacqueline est beaucoup plus addictive qu'un jeu video.

J'avais peur d'être confrontée à un récit larmoyant mais ce n'est pas du tout cela. En lisant Jean-Claude Grumberg on se dit tout de même que maitriser les mots peut contribuer à museler la souffrance. Ici, la perte d'une âme chère, et ce terme est faible pour qualifier l'importance que Jacqueline avait pour lui. A tel point que, tel un bègue il scande ce prénom deux fois dans le titre de son livre.

La couverture illustre à la perfection par un photomontage (de Pascal Florentin) combien ils étaient inséparables comme le rappelle le titre de l’un des chapitres,

Elle était bien plus que sa moitié. Sans toi je ne peux plus être tout à fait moi (p. 114). Elle était son adrénaline.  Elle ne fut pas malade très longtemps et du coup elle a réussi à conserver intact son pouvoir de séduction.

Elle carburait à la nicotine. Il roulait à la Jacqueline. Elle brillait autant qu'il se sentait éteint. Il s'en accommodait tant qu'elle était là. C'est elle qui lui donnait goût à la vie et son départ le replonge dans l'état dépressif qui a suivi le prodigieux succès de sa pièce, L'atelier, auquel il était si peu préparé qu'il en fut terrassé à la quarantaine. Il redevient l’homme qui ne rit plus, comme au temps de sa dépression.

Il faut dire qu'il nous la décrit comme une wonder woman, réussissant tout ce qu'elle entreprenait, même sans qualification, grâce à un tempérament tous feux tous flammes. Il ne la pensait pas immortelle mais il était persuadé qu'il partirait le premier, la sentant bien plus capable que lui de surmonter leurs cancers respectifs. Et patratas le destin lui a joué un mauvais tour dans la soirée du 4 mai 2019 alors qu'on le félicite pour le succès de son dernier livre, La Plus Précieuse des marchandises, au cours d'une réception internationale.

Il prend la plume huit mois plus tard, sans doute parce que c'est le remède qu'il maitrise le mieux. On en apprend peu qu'on ne sache pas déjà sur le processus du deuil. C'est que le pain de deuil se mange seul et se mâche longuement tant il est dur à déglutir (p. 119).

Seul c'est beaucoup dire car il le partage avec le lecteur. Assez souvent il se complaît, se vautrant dans la plainte et argumentant tout un tas de bonnes raisons, passées et présentes, pour qu'on le prenne en pitié, ses ennuis de santé étant les plus récurrents, surtout de prostate alors que c'est elle qui a le plus pâti des errements médicaux. Depuis que tu es partie je suis comme un enfant envoyé en colo pour le reste de sa vie, avec des moniteurs incompétents, condamné à vivre ainsi, en vacances, sans fin, comme un enfant abandonné parmi d'autres enfants abandonnés (p.44).

Mais l’humour (juif), son sens de la dérision, sa philosophie de vie, et disons-le aussi, son talent pour l'écriture, reprennent vite le dessus, nous confiant ainsi Je t’aime presque plus que le chocolat noir (p. 241). Il n'y a pas une page qui tire de nous, non pas des larmes, mais des sourires. Il est même souvent fort drôle. Et sans doute honnête. Pris de court face à une salve d'interrogations de jeunes adultes il décide de dire la vérité, c'est ce qui coute encore le moins cher (p. 51). Voilà un conseil à retenir.

Il dit préférer les confidences aux souvenirs dans lesquels il évoque de forts tempéraments comme par exemple celui de Simone Signoret dont le couple fut proche et qui apparait tout de même comme Simone Signoret (p. 127). On ne doute pas un instant que leur vie fut trépidante et on a l'impression de virevolter autour d'eux.

Il raconte les caresses sans fausse pudeur. Ses déclarations d'amour sont déchirantes : Je ne veux pas me souvenir de toi, c’est avec toi, tout toi, que je veux vivre, vivre éternellement, comme nous l’avions cru possible tous les deux pendant ces presque 60 ans (p. 138). On sent le regret de n’avoir pas rangé le bureau comme dit le docteur Gabriel Sara dans le bouleversant et si juste film d'Emmanuelle Bercot De son vivant.

Cependant, peut-être parce qu'en homme malgré tout raisonnable il sait que sa propre fin n'est pas très lointaine, le livre glisse vers l'autobiographie et prend des airs d’adieu même s'il continue à écrire comme on agite un mouchoir disant au-revoir ou plutôt à bientôt.

Avant cela il aura tenté de se persuader que le devoir de mémoire (dont il est spécialiste au théâtre) ne va pas sans un devoir d’oubli (p. 116), juste le strict nécessaire pour continuer à vivre, faute de quoi la seule issue serait de rejoindre ceux à qui on reconnaît ce devoir. Autrement dit mourir.

Jacqueline Jacqueline de Jean-Claude Grumberg, éditions du Seuil, en librairie depuis le 19 août 2021
Prix littéraire Le Monde 2021

lundi 24 janvier 2022

Un visiteur inattendu mise en scène de Frédérique Lazarini

Dans la profusion de spectacles qui nous sont proposés je voudrais attirer votre attention sur une pièce qui combine les vertus du classique et de la modernité. Un visiteur inattendu tel est le titre de la dernière mise en scène de Frédérique Lazarini aux Athévains.

Le texte est la traduction d’un roman d’Agatha Christie, une valeur sûre en terme de suspense et de rebondissements. Mais çà ne suffirait pas à nous faire passer une bonne soirée sans le talent de l'équipe de création.

Les oiseaux peuvent bien siffler, ils ne trahiront rien du secret. Un meurtre a été commis et nous ne découvrirons l’auteur qu’à la toute fin, après avoir été lancé sur de multiples pistes, toutes plausibles évidemment.

Un inconnu, dont la voiture s'est abîmée dans le brouillard, vient demander de l'aide dans une demeure voisine et tombe le premier sur le cadavre d'un homme dont la femme s'accusera du meurtre...

On y croit. On se passionne. Parce que le jeu des acteurs est subtil. Cédric Colas est cet inconnu (Michael Stocker) qui va sans malice apparente devenir le bon samaritain pour voler au secours de cette femme. Il est comme à son habitude un instrument capable d’exprimer une gamme subtile de nuances, avec un humour quasi britannique. Sarah Biasini joue avec courage Laura Warwick, la femme blessée.

Pablo Cherrey-Iturralde est Jean, le petit frère autiste hystérique tout à fait crédible, Stéphane Fiévet un inspecteur écossais qui interpelle le public pour l’associer à l’enquête. Emmanuelle Galabru (l'intendante Mlle Bennett), Françoise Pavy (Mme Warwick, mère du défunt), Robert Plagnol (Julian Farrar, un politicien "ami" de la famille) et Antoine Courtray (l'infirmier Henry Gove)sont eux aussi excellents, avec un jeu oscillant entre diverses émotions. Chacun a ses raisons d’être soupçonné.

On passe une très bonne soirée à réfléchir et à profiter du spectacle. Le décor de François Cabarat est malin, avec porte dérobée de vieux château et intérieur contemporain à la décoration teintée de ce qui était tendance à la fin des années 60.
Dominique Bourde n’a pas lésiné pour les costumes. Chacun en a plusieurs, ce qui permet d’introduire une notion du temps qui passe et d’une résolution d’énigme plutôt ardue.

Frédérique Lazarini a réussi, et cela va devenir sa marque de fabrique, à combiner le jeu et la vidéo (d’Hugo Givort et Vardden). Les effets sont toujours judicieux et font avancer le récit. Souhaitons à ce visiteur inattendu tout le succès qu’il mérite !
 
Un visiteur inattendu, d'après The Unexpected Guest © 1958 Agatha Christie Limited Tous droits réservés. Version française de Sylvie Perez et Gérald Sibleyras
Mise en scène de Frédérique Lazarini, assistée de Lydia Nicaud
Scénographie et lumières François Cabanat
Costumes Dominique Bourde
Vidéo Hugo Givort et Vardden et Son Henri Coueignoux
Avec (cités par ordre alphabétique) : Sarah Biasini, Pablo Cherrey-Iturralde, Cédric Colas, Antoine Courtray, Stéphane Fiévet, Emmanuelle Galabru, Françoise Pavy et Robert Plagnol
Au Théâtre Artistic Athévains - 45 Rue Richard Lenoir - 75011 Paris
Du mardi au dimanche (à divers horaires) jusqu'au 3 avril 2022

dimanche 23 janvier 2022

Adieu monsieur Haffmann au cinéma ou au théâtre, que choisir ?

J'ai vu Adieu Monsieur Haffman au théâtre puis au cinéma quatre ans plus tard, le temps passe si vite. J'avais bien entendu énormément apprécié la pièce à sa création. Je croyais très bien m'en souvenir. Et je comptais sur le grand écran pour retrouver le même plaisir.

C'est un très bon film et Fred Cavayé peut en recueillir les félicitations. Mais je regrette qu'au lieu de populariser un canevas original il ait opté (lui ou ses producteurs) pour un scénario convenu qui nous donne une leçon de morale pas intéressante alors que le théâtre nous offrait une leçon de vie et d'humanité. 

Sur cette photo prise au Théâtre Montparnasse le 11 avril 2018 on reconnait Salomé Villiers, Charles Lelaure, Julie Cavanna, Alexandre Bonstein et Franck Desmedt (qui jouait en alternance avec l'auteur, Jean-Philippe Daguerre).

Pourquoi donc avoir changé la distribution ? Le cinéma a-t-il à ce point besoin de valeurs "banquables" qu'il faille avoir recours à Daniel Auteuil, Gilles Lelouche ou Sara Giraudeau ? Ces trois là sont formidables, mais ils font ce qu'ils savent faire, des performances de comédiens quand des acteurs de théâtre, par définition moins connus, permettent au spectateur d'adhérer complètement à l'histoire qui leur est proposée. On se doute bien qu'avec sa notoriété Daniel Auteuil terminera le film en grand héros.

Au théâtre rien n'était évident et le suspense était beaucoup plus fort. Et puis il y avait un humour délicat, distillé par Alexandre Bonstein qui est totalement absent du jeu de Daniel Auteuil, plus grave … Charles Lelaure (ou Grégori Baquet, que je n'ai pas vu jouer mais je connais bien) donnaient au rôle de Pierre une ambiguïté touchante alors que le personnage de Gilles Lelouche est durement odieux. Ce n'est pas un hasard si Grégori Baquet fut pressenti aux Molières comme meilleur comédien du théâtre privé pour son interprétation. La pièce recevra au final 4 statuettes.

Le film n'apporte en fin de compte rien de neuf à d'autres, comme Monsieur Klein ou Monsieur Batignolles dont on a le sentiment qu'il a été tourné dans la même boutique. Il y a beaucoup de récits  d'usurpation d'identité, de juifs cachés et de diverses trahisons tandis que l'occupant allemand était parfois compatissant.

Les dialogues de la version théâtrale étaient plus subtils. Et surtout ils autorisaient un humour et un jeu en nuances qui sont absents au cinéma.

On me dira que ce n'est pas le même sujet. Pierre devient François. L'action commence en 1941, un an plus tôt que sur les planches. Mais alors pourquoi avoir conservé le titre, et surtout lui donner un autre sens car dans les dernières images ce n'est pas la même personne qui salue Monsieur Haffmann ?

Le réalisateur assume d'avoir voulu "emmener le spectateur ailleurs" en faisant évoluer les personnages, avec l'autorisation de l'auteur. Qu'il ne s'étonne pas qu'on ne soit pas "nécessairement" convaincu.

Si vous voulez entendre la langue de Jean-Philippe Daguerre "dans le texte" je vous recommande Le petit coiffeur, sa dernière pièce, encore à l'affiche, au théâtre Rive Gauche.

samedi 22 janvier 2022

Souviens-toi de Septembre ! de Marie-Aude et Lorris Murail

Marie-Aude Murail et son frère Lorris se sont lancés dans une nouvelle série qui a commencé avec Angie! et dont on sait déjà qu'il va y avoir un troisième tome.

Souviens-toi de Septembre est donc le deuxième. Il a pour originalité, comme le précédent, de se dérouler en pleine pandémie, ce qui fera de lui un ouvrage historique dans quelques années. Mais cet aspect serait mineur s'il n'y avait pas la qualité de l'écriture. Travailler à deux dynamise sans nul doute les idées et on est heureux d'en profiter.

C'est toujours Levente Szabo qui a dessiné l'illustration de la couverture et permet de reconnaitre la série au premier coup d'oeil.

Nous sommes également toujours au Havre, que nous allons finir par bien connaitre, quoiqu'il faudrait que je songe à aller vérifier sur place un jour car il me semble que certains endroits sont le fruit de l'imagination des auteurs, sans doute pour ne pas avoir d'ennuis en invoquant des faits réels. Les scènes extérieures du film Quai des brumes ont néanmoins bel et bien été tournées au bord du bassin Bellot en décembre 1937 et l'allusion est historique.

Et pour ceux qui voudraient voir la ville telle qu'elle est récemment je signale les rues de la ville haute apparaissent dans le clip d'Anomalie tourné avec Louise Attaque, ainsi que le château d'eau de la rue Denis Cordonnier, le port, ses quais, ses containers et le centre ville avenue Foch. Louane avait utilisé quant à elle le cadre du Skate Park pour le décor du clip de Jour 1.
Il s’en passe des choses au mois de septembre au Havre ! Septembre 1944, alors que la ville est bombardée par les Anglais, un sauveteur havrais extrait des décombres un nourrisson endormi ainsi qu’un grand sac au contenu mystérieux.  
Septembre 2020, le journal Paris-Normandie lance un concours d’écriture sur Les enfants havrais durant la guerre de 39-45". Angie Tourniquet, 12 ans, se met sur les rangs avec l’idée de recueillir le témoignage du notable et mécène de la région, Maurice Lecoq, dont on vient de fêter le centenaire. Mais les propos du vieillard sont confus, tout autant que les réactions de son entourage. Vols, disparitions, lettres de menace... Voilà Angie embarquée dans une nouvelle affaire, pile au moment où son voisin et ami, le capitaine de police Augustin Maupetit, décide de la prendre comme stagiaire. Officieusement, bien sûr...
La gamine fait une nouvelle fois preuve de sagacité. Son nom aura bientôt la notoriété d'une Candice (Renoir) ou d'une Miss Marple. On reconnait le point de vue de Marie-Aude quand elle lui fait dire que ce que racontent les vrais gens, c'est plus fort que les histoires inventées (p.31).

Les personnages ont acquis de la maturité. Certains ont évolué mais ils restent attachants. Surtout Angie qui garde son espièglerie. Et l'humour est encore là malgré une trame plus dramatique que le premier.

On attend maintenant avec émotion le troisième, car ce sera le dernier puisque Lorris est décédé pendant l'écriture son écriture. Marie-Aude savait que le temps lui était compté. L'avenir est incertain comme ils nous en prévenaient tous les deux à la fin du tome 2.

Souviens-toi de Septembre ! de Marie-Aude et Lorris Murail, collection Medium, L'école des Loisirs, en librairie depuis le 22 septembre 2021

vendredi 21 janvier 2022

Harvey dans la mise en scène et les costumes de Laurent Pelly

J’ai vu Harvey au Théâtre Montansier de Versailles, que je recommande pour son charme et sa programmation.,

J’ai remarqué notamment dans le programme de la saison le groupe Josef Josef les 8 et 9 avril et cet excellentissime Cyrano les 11 et 12 avril pour les collégiens (risquez-vous à solliciter une place s'il y a un siège de libre). Vous avez le temps de vous organiser !

Harvey est semble-t-il une pièce très connue des anglo-saxons qui ont plébiscité l'humour surréaliste de son auteure Mary Chase, une journaliste et dramaturge américaine qui reste injustement méconnue du public français.

Pourtant la question de l'ami imaginaire est une constante en littérature, du moins dans le domaine de la jeunesse. Il est vrai cependant qu'il n'est pas traditionnel que ce soit un adulte qui se prenne de passion pour un lapin (en peluche sans doute) mais après tout pourquoi pas si cela peut le maintenir en dehors de la folie.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. De déterminer qui est le plus fou, celui qui puise sa force dans l'imaginaire et qui le fait avec une candeur qui a pour effet d'entretenir une joie de vivre communicative. Ou l'esprit rationnel qui veut tout régenter mais qui ne peut résister à l'emprise de ses fantasmes ? L'affaire se corse quand les raisonnables sont des psychiatres en prise avec les quiproquos.

La pièce a été écrite en 1944 obtiendra le prix Pulitzer. Elle sera un triomphe à Broadway où elle se jouera pendant 5 ans à guichets fermés. Henry Koster k'adaptera pour le cinéma avec James Stewart et Josephine Hull.
Laurent Pelly qui signe la mise en scène et les costumes (avec Jean Jacques Delmotte) a choisi un dispositif scénique conçu comme un puzzle qui se met en place verticalement en fonction des scènes. Le décor imaginé par Chantal Thomas demande à l'oeil du spectateur de faire l'effort d'imaginer ce qui ne lui est pas montré. Il sera ainsi prêt à prendre pour argent comptant ce qu'on veut lui faire croire. L'inimaginable devient plausible et l'ambiguïté s'efface.

Peu nous importe alors que la réalité soit ou non vraisemblable. On sait bien qu'au théâtre tout devient vrai. Surtout avec une brochette d'acteurs comme ceux là. Jacques Gamblin (Elwood P. Dowd) en tête qui traverse la scène avec la souplesse d'un fétu de paille et la légèreté d'un elfe. Mais tout autant Charlotte Clamens (Vita Simmons), Pierre Aussedat (Docteur Chumley), Agathe L’Huillier (Clémentine Simmons), Thomas Condemine (Docteur Sanderson), Emmanuel Daumas (Maître Gaffney) Lydie Pruvot (Betty Chumley, Madame Chauvenet), Katell Jan (Infirmière Kelly), Grégory Faive (Wilson) et Kevin Sinesi (Le taxi).

Harvey est comme le grain de sable capable de détraquer la machinerie conventionnelle de la société américaine des années quarante-cinquante. la folie peut souffler sur le plateau en dégageant une poésie mélancolique qui nous gagne peu à peu, avec pour effet secondaire de nous inciter à la bienveillance.

On pourrait reprendre les mots de Philippe Bouvard, qui était un fin humoriste : Dieu n'existe pas, mais il faut faire semblant d'y croire; cela lui fait tellement plaisir.

Je vous souhaite grandement de croiser Harvey une fois dans votre vie. Après Versailles, le spectacle sera présenté le 28 janvier au Théâtre de Saint-Germain-en-Laye puis partira en tournée le 2 février au Théâtre de Gascogne de Mont-de-Marsan, le 4 février à L’Olympia d'Arcachon. Il reviendra en région parisienne le 8 mars à L’Avant-Seine de Colombes, les 10 et 11 mars au Théâtre Jean Vilar de Suresnes et s'installera du 17 mars au 1er avril au CADO d'Orléans.
La pièce est publiée dans la traduction française d’Agathe Mélinand par L’Avant-scène théâtre.
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Polo Garat.

jeudi 20 janvier 2022

Belle Greene de Alexandra Lapierre

New York, dans les années 1900. Une jeune fille, que passionnent les livres rares, se joue du destin et gravit tous les échelons. Elle devient la directrice de la fabuleuse bibliothèque du magnat de la banque J.P. Morgan et la coqueluche de l’aristocratie internationale, sous le faux nom de Belle da Costa Greene, Belle Greene pour les intimes.

En vérité, elle triche sur tout.

Car la flamboyante collectionneuse qui fait tourner les têtes et règne sur le monde des bibliophiles cache un terrible secret, dans une Amérique violemment raciste. Bien qu’elle paraisse blanche, elle est en réalité afro-américaine. Et, de surcroît, fille d’un célèbre activiste noir qui voit sa volonté de cacher ses origines comme une trahison.

C’est le drame d’un être écartelé entre son histoire et son choix d’appartenir à la société qui opprime son peuple. Alexandra Lapierre retrace les victoires et les déchirements d’une femme pleine de vie, aussi libre que déterminée, dont les stupéfiantes audaces font écho aux combats d’aujourd’hui.

Non seulement l’auteure a fait un remarquable travail d’investigation, nourri de trois années d’enquête, mais en plus elle révèle au grand public un destin méconnu, ce qui rend son ouvrage d’autant plus captivant. L’histoire de cette femme est "incroyable". Elle nous est racontée de manière romanesque et pourtant on ne doute pas un instant des faits qui nous sont relatés.

Le cadre dans lequel se déroulent les faits est en soi un autre sujet de réflexion. Alexandra Lapierre redonne vie à un monde dont on a entendu parler mais qu’on ne connait que furtivement, le New-York d’avant la guerre de 1914, dominé par une poignée de milliardaires qui rivalisaient entre eux dans leurs achats d’œuvres d’art et de livres anciens en Europe. L’immensité de leur fortune leur permettait de concrétiser tous leurs désirs. Comme celui, le plus fou sans doute, de faire construire le Titanic.

Le style d'Alexandra Lapierre est d'une grande vivacité, ponctué de dialogues percutant. Il y a là matière à écrire le scénario d un film sensationnel mais qu'on aurait peine à croire car, même si en France il y a des manifestations de racisme, elles sont sans égal avec la pression qui s'exerçait outre-atlantique et dont il subsiste des traces, malgré l'élection de Barak Obama.

Cette biographie admirablement documentée intéressera les bibliophiles et les féministes comme toutes les personnes qui se passionnent pour la justice sociale. Il sera apprécié également par quiconque s'intéresse à la question de la place qui est aussi le thème de l’excellent film d'Aurélia Georges, La Place d’une autre, qui se déroule à la même époque mais cette fois en France.
.
Nélie a échappé à une existence misérable en devenant infirmière auxiliaire sur le front en 1914. Sa vie n'est pas pour autant réjouissante. Soudain, alors que les allemands ont fait exploser le poste de secours, elle a l'opportunité de prendre l’identité d'une jeune femme issue de la très bonne société suisse qu’elle a vue mourir sous ses yeux, et qui était promise à un meilleur avenir que le sien. Nélie se présente à sa place à Nancy chez une riche veuve, Eléonore (Sabine Azéma), dont elle devient la lectrice. Le mensonge fonctionnera à merveille. Mais peut-on se maintenir dans une place qui n'est pas la sienne ?

Je ne spolierai pas la fin du film mais je peux révéler celle du livre puisqu'il s'agit d'un personnage historique ayant réellement existé. Belle réussira à la hauteur de ses espérances. Mais en payant un prix que je vous laisse par contre découvrir en lisant ce puissant roman.

Belle Greene de Alexandra Lapierre, Flammarion, en librairie depuis le 20 janvier 2021
En édition Pocket le 6 janvier 2022
Livre sélectionné pour le Grand Prix des lecteurs Pocket 2022

mardi 18 janvier 2022

Twist à Bamako de Robert Guédiguian

Quel bijou que ce Twist à Bamako que j'ai vu à mon retour du Mexique ! J'ai un grand coup de coeur pour ce dernier film réalisé par Robert Guédiguian, le vingt-deuxième, et qui est sorti en France depuis le 5 janvier 2022.

Le réalisateur marseillais qui situe la plupart de ses films dans cette ville a déjà tourné hors de France. Ce fut l'Arménie pour Le Voyage en Arménie (2006), le Liban pour Une histoire de fou (2015),… et maintenant l'Afrique.

C'est un drame historique français, canadien et sénégalais qu'il nous présente à propos de l'ébullition révolutionnaire qui suivit l'indépendance du Mali au travers des photographies de Malick Sidibé (1936-2016). En creusant un peu, il a découvert cette époque où Modibo Keïta et quelques autres ont cherché une voie originale au socialisme et au développement de l’Afrique. Il n'était jusque là jamais allé dans ce continent avec lequel il entretenait un rapport disons intellectuel et qu'il n'avait abordé que de manière symbolique dans Les Neiges du Kilimandjaro (2011).

Dès les premières images j'ai aussitôt pensé à cet immense photographe dont une photo m'avait frappé en 2016 dans l'exposition Love Story des Photaumnales de Beauvais.

Sur ce cliché immense, intitulée Nuit de Noël (Happy club), les danseurs évoluent dans une bulle de complicité que l'on a envie de pénétrer.  Et c'est cette image qui a déclenché le projet de Robert Guédiguian.

Rarement une image fixe aura induit autant de mouvement et de légèreté. Je n'avais alors pas été surprise d'apprendre que l'artiste avait reçu en 2007, le Lion d’or pour sa carrière, lors la 52ème Biennale de Venise.

Robert Guédiguian dit avoir vu pour la première fois son travail à Paris en 2017 lors d’une exposition à la Fondation Cartier et avoir été saisi par les images magnifiques de jeunes gens qui dansaient dans tous les sens, avec leurs habits extravagants.

Né en 1935 dans une famille de paysans peuls à Soloba, à 300 kilomètres de Bamako, Malick Sidibé a reçu l'enseignement d'une "école des Blancs" où il développe des compétences en dessin qui le mènent à devenir bijoutier. Un photographe français fera appel à lui pour décorer la vitrine de son studio. Il deviendra son assistant et comme lui photographiera les soirées organisées par les Bamakois dans le milieu colonial. Son talent lui vaudra la célébrité, les honneurs, l'argent, dont il n'aura que faire en estimant avec philosophie que son tombeau n'en aura nul besoin.

L'artiste, surnommé "l’œil de Bamako" est, avec son compatriote, Seydou Keita (1921-2001), considéré comme "trésor national" » au Mali. Ils sont célébrés dans le monde entier pour avoir su capter les pulsations de vie de de pays dans l’après-guerre. Leur regard est d'autant plus émouvant que, depuis, le pays sombre dans un chaos épouvantable. D'ailleurs le cinéaste a dû, pour des raisons évidentes de sécurité, tourner son film au Sénégal. Il a choisi de filmer les scènes de village à Podor, dans le nord du Sénégal, les lieux administratifs à Saint-Louis, qui est l’ancienne capitale politique, ainsi qu’à 70 kilomètres à l’est de Dakar, à Thiès et ses alentours, dont la végétation fait penser à Bamako.

Le film commence peu après la proclamation de l'indépendance du Mali, en 1962, et se déroule sur fond de musique twist. Samba (Stéphane Bak), le fils d'un riche commerçant, fervent militant qui prêche le socialisme porté par le président Modibo Keïta, parcourt le pays pour expliquer aux paysans les vertus de ce régime politique. C'est là, en pays bambara, qu'il fait la rencontre de Lara (Alice Da Luz), une jeune fille mariée de force, et dont il va tomber amoureux.

Samba est courageux et travailleur, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une passion pour la danse. C'est la grande époque du twist et si on considère le sens de ce mot (de plus en plus utilisé dans le domaine culinaire pour indiquer qu'on ajoute un petit + à un plat) on remarquera la symbolique de cette danse qui susceptible de remuer aussi les esprits et les croyances ancestrales.

Le film commence en noir et blanc scandé par le cliquetis des métiers à tisser et le martèlement des outils sur le cuir; Quand la couleur arrive, rien n'a encore changé si ce n'est que nous sommes en 1962. On remarque immédiatement que les femmes travaillent dur. Très vite on comprend que les intérêts du père de Samba (commerçant dans les tissus qui sont teints sur place) sont contradictoires avec les opinions du fils. Pourtant ils se respectent et leur affection est profonde. Leurs échanges sont chaleureux et teintés d'humour. Le spectateur se dit que tout est possible.

On suit le jeune homme dans une soirée sur la musique de la chanson de Johnny Halliday, Bal à Saint-Tropez. La bande est joyeuse et bien sapée. Plus tard Saba exhorte ses compatriotes récemment affranchis de la tutelle coloniale française, mais encore sous le poids des traditions, quelles soient culturelles ou familiales comme la polygamie ou le mariage forcé.

Samba est convaincu que le Mali a autant besoin de ses hommes que de ses femmes. Il prône la construction d'une société nouvelle en souhaitant que l'Afrique ait vertu d'exemple. Mais l'indépendance ne fait pas bon ménage avec l'économie et les idées ne suffisent pas pour installer un monde idéal. Car ce n'est pas parce qu'on est tous égaux qu'on est tous pareils.

Twist à Bamako est de ces films exceptionnels que j’ai eu la chance de voir au Cinéma Le Rex de Châtenay-Malabry où c’était la dernière séance. Ce drame est une œuvre majeure qui allie l’histoire, l’amour, l’humour … la raison et la sensualité, avec une justesse de ton absolument constante. Il y a un discret aspect documentaire qui n'empêche pas le développement d'une romance magnifique et poignante.

C’est aussi un hommage évident au grand photographe Malick Sidibé comme le précise le générique de fin. Soyez à l'affut et tentez de le découvrir ailleurs … ou sur une plateforme comme N… ou A… où il figure déjà au catalogue.

Il a été retenu en 2021 à la Semaine international du film de Valladolid.

Twist à Bamako de Robert Guédiguian, avec notamment Alice Da Luz (Lara), Stéphane Bak (Samba) et Issaka Sawadogo, Saabo Balde, Ahmed Dramé, Bakary Diombera, Ben Sultan, Alassane Gueye, Diouc Koma, Miveck Packa …

samedi 15 janvier 2022

Sur le divan de mes patients de Jérémy Gallen

J'ai trouvé Sur le divan de mes patients à mon retour du Mexique et je dois dire que ce fut un premier plaisir que de retrouver le livre "papier" après avoir parfois peiné à apprécier des écritures numériques.

Jérémy Gallen s'adresse à un lecteur comme vous et moi, sachant lire, mais n'ayant pas de connaissances pointues en psychologie. Il relate avec des mots simples, néanmoins précis, des instants de cures ayant vertu d'exemples et qu'il a menées avec des patients.

Certains patients prononcent dans son cabinet (et c'est normal en l'occurrence), des phrases très révélatrices, parfois presque sans s’en rendre compte. Tout en étant un thérapeute peu conventionnel cet homme s’appuie avant tout sur les ressources des gens pour les rendre véritablement acteurs de leur reprise en main.

Il pointe des concepts qu'il est utile de comprendre comme la plasticité psychique (p. 30), ou la dissonance cognitive (p. 51). C'est surtout la difficulté de la reconnaissance de l'altérité qu'il nous rappelle à plusieurs moments.

Il met le doigt sur ce qui, après coup, peut sembler être une évidence: la profusion des écrans est un carburant pour la procrastination et il encourage par ailleurs à pratiquer régulièrement une diète médiatique (p. 153) afin de préserver notre intégrité psychique et j'ajouterai notre moral aussi.

Il écrit avec sérieux mais aussi avec humour, étant même capable d'assumer avec honnêteté ses propres travers narcissiques (p. 163). Il explore le piège de la perfection et nous encourage à consentir à n'être "que" suffisamment bien en soulignant que pour y parvenir il faut réussir à se satisfaire de ce qu'on a ou nous donne (p. 67). Si quelqu'un ne change pas un comportement dont pourtant il se plaint c'est sans doute qu'il n'est pas prêt à renoncer aux bénéfices secondaires qu'il en retire (p. 20).

Il y a du bon sens dans ses constats. Il est vrai qu'au lieu de viser à améliorer une stratégie pour tenter de faire mieux il peut être judicieux d'opter pour une autre … stratégie. Autre exemple en nous démontrant qu'il ne suffit pas de considérer un verre moitié plein "ou" à moitié vide car il est en fait les deux à la fois (p. 102).

En résumé voilà un ouvrage bien utile pour celles et ceux qui traversent une étape difficile (deuil, licenciement, rupture ou toute autre détresse existentielle). Il peut également inspirer les thérapeutes puisque l’auteur a souhaité, en exemplifiant certains cas rendus anonymes, remercier ceux qui l’ont fait avancer dans sa pratique, grâce aux progrès réalisés en thérapie. On en tirera profit en le lisant, … et en le reprenant régulièrement.

Jérémie Gallen est psychologue clinicien et psychothérapeute. En 2015, il a lancé sa chaîne Youtube de vulgarisation psychologique et de psychanalyse Va te faire suivre qui compte aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’abonnés. Il a été Professeur vacataire à l’université et il est également co-fondateur de l’application de psychothérapie "FeelGood" qui permet d’offrir en tout temps et à distance une écoute professionnelle aux gens qui souffrent.

Sur le divan de mes patients de Jérémy Gallen, Editions Favre, en librairie depuis el 15 janvier 2022

lundi 10 janvier 2022

Ainsi Berlin de Laurent Petitmangin

J'ai lu Ainsi Berlin en version numérique et il est probable que ce format m'ait influencée. J'aime beaucoup cette capitale où je suis allée il y a quelques années. J'avais été frappée par la marque encore indélébile entre l'ouest et l'est bien qu'on puisse évidemment circuler partout librement de nos jours.

L'architecture et le tracé des voies y sont radicalement différents. Rien que les feux de circulation vous signalent immédiatement dans laquelle des deux moitiés vous vous trouvez. Il se dégage un je ne sais quoi qui transpire de l'histoire, laquelle est entretenue volontiers par ce pays, peut-être pour témoigner qu'il est possible de se reconstruire envers et contre tout, et cela tout en maintenant le devoir de mémoire.

En ce sens, le personnage de Käthe représente tout à fait cette volonté. L'effet de balancier entre l'ouest et l'est est scandé par les différences entre cette femme et Elizabeth, qui apparait sous le diminutif de Liz alors que le coeur de Gerd hésite entre l'une et l'autre.

Le roman commence juste après la Seconde guerre mondiale. Berlin est en ruine et les trois protagonistes s’engagent dans la construction du monde nouveau pour lequel ils se sont battus. Käthe et Gerd sont communistes. Ils appartenaient à la Résistance allemande et sont désormais des cadres du Parti. La jeune femme imagine un programme où les enfants à haut potentiel, dont les parents sont des scientifiques, seraient retirés à leurs familles, élevés loin de toute sensiblerie, pour former une génération d’individus supérieurs assurant l’avenir de l’Allemagne (en l'occurrence de l’Est). C'est l'essentiel du programme Spitzweiler dont j'ignorais l'existence.

Mais, à l’ouest du mur qui s’élève, Liz est une jeune veuve qui a d'autres idéaux et des rêves de renouveau. Cette femme, architecte, membre de la délégation américaine, entend bien tout faire pour défendre les valeurs du monde occidental. La force de ses convictions fera vaciller le coeur de Gerd dès leur première rencontre.

Ainsi Berlin est le second roman de Laurent Petitmangin, dont j'avais énormément apprécié Ce qu'il faut de nuit, découvert dans le cadre des 68 premières fois. Je n'en suis pas certaine mais je crois qu'en fait il a écrit Ainsi Berlin avant mais que l'ordre de publication a été bousculé. Y aurait-il une raison de cause à effet ? Toujours est-il que mon enthousiasme ne s'est pas répété malgré les grandes qualités de cette narration. Il faut dire que j'attendais beaucoup de cet auteur dont le précédent ouvrage a été couronné par une vingtaine de distinctions littéraires.

J'ai été extrêmement dérangée par l'absence de repères. Il me semble qu'hormis Alexanderplatz (p. 252) il n'y a jamais d'indice permettant de situer l'action. Auparavant (et ce n'est qu'un exemple) il fait allusion (p. 222) à des excursions et des visites touristiques mais sans donner la moindre indication de nom de lieu ni en faire la moindre description. Le lecteur est comme prisonnier dans un tunnel, ce qui est peut-être intentionnel pour lui faire vivre la sensation d’étouffement ressentie par Gerd.

J’aurais sans doute préféré une narration qui soit différente lorsqu’il est à Berlin Est ou Ouest, dans un style plus marqué. J’ai été, je l’avoue, déçue de ne jamais revivre une des si fortes impressions que j’ai eues quand j’ai visité cette ville, il y a pourtant quelques années seulement. Il s’y dégage encore une atmosphère quasi irréelle. L’empreinte de la seconde guerre mondiale y demeure encore très palpable, alors qu’elle a disparu à Paris. La différence entre les quartiers situés à l’ouest et ceux de l’est est toujours reconnaissable au premier coup d’œil, même pour une française qui n’a pas connu la ville avant. C’est dommage qu’on ne sente rien de cela.

Je n'ai pas réussi à éprouver d'empathie pour cet homme qui dit aimer sincèrement les deux femmes (p. 223) et qui ne parvient pas à choisir son camp sans pour autant se comporter comme un traître avec l’une ou l’autre femme. L'auteur a sans doute voulu utiliser le cloisonnement comme une allégorie métaphorique du mur et nous faire entendre l'absence de logique dans le déroulement des faits (p. 246). Mais leur enchainement très complexe sur plus de quarante années a fini par me perdre.

Pourtant les adieux -je devrais plutôt dire l’absence d’adieux- sont très émouvants (p. 234). ll y avait matière à rendre ce roman bouleversant. Ce sera peut-être le cas d'une adaptation cinématographique, si elle voit le jour.

Ainsi Berlin, de Laurent Petitmangin, La Manufacture de livres, en librairie depuis octobre 2021
Ce roman fait partie des titres en lice pour le Prix Littéraire du deuxième roman 2022 qui sera remis à Laval dans le cadre du 30ème Festival du premier roman et des littératures contemporaines. 

samedi 1 janvier 2022

Meilleurs voeux pour 2022 depuis la Paz

C'est à La Paz que je me trouvais en cette fin d'année 2021 et c'est là que j'ai démarré 2022. Mes amis proches ont cru que j'étais partie en Bolivie mais non, j'étais bel et bien encore au Mexique. Force est de croire que cette ville n'a pas acquis une aussi forte notoriété que sa rivale.

Et pourtant elle ne manque pas d'atouts. Sa situation dans le sud de la Basse Californie, en bordure d’une mer aux eaux limpides, abritant une faune sauvage, en fait un territoire idyllique. Ce n'est pas pour rien que dans son roman intitulé La Perle, John Steinbeck la désignait comme "La perle du Mexique".

Une des nombreuses statues qui ponctuent le Malecon, immense boulevard longeant l'océan est un hommage à cette distinction, … et peut-être aux élevages d’huîtres perlières qui prospéraient jusque dans les années trente..
Je crois qu'elles ont été installées en février 2014. Elles sont toutes modernes et naïves à la fois, illustrant des représentations qui ont un rapport de près ou de loin avec l'univers marin. Elles sont plus ou moins surprenantes :

samedi 25 décembre 2021

Noël au Mexique et réflexions sur la bienveillance légendaire de ses habitants

Se rendre au Mexique est un dépaysement en soi. Y aller en période de Noël encore davantage. Tout surprend. D'abord parce que c'est le pays de la démesure, avec des paysages grandioses, mais aussi d'immenses zones urbanisées … et souvent de manière un peu anarchique car il n'y a pas la moindre contrainte urbanistique ou architecturale autre que celle de construire désormais des immeubles susceptibles d'être résistants aux tremblements de terre.

J'ai eu l'occasion de dire que ce qui frappe en premier ce sont les couleurs et Noël ne s'y fait pas discrète même si la municipalité de Mexico n'a pas investi grand chose dans les illuminations. Cette guirlande de Feliz Navidad (qui se trouve malgré tout dans l'hyper centre sur une artère de près de 15 km, l'Avenida Paseo de la Reforma ("Promenade de la Réforme") qu'on appelle simplement Reforma) est bien pauvre au regard de ce que montrait par exemple une "petite" ville comme Chatenay-Malabry (92), preuve à l'appui ci-dessous :
Ce sont en général les particuliers, les commerçants et les hôtels qui assument d'installer des décorations. Avec la prédominance partout de la Noche Buena, que nous appelons Poinsettia chez nous, et qui signifie aussi au Mexique "messe de minuit du réveillon".
On remarque malgré tout des sapins gigantesques, qui ne sont jamais des épicéas, … évidemment et qui ont pour dénominateur commun d'être en matière synthétique.

lundi 20 décembre 2021

Drôle de voyage dans un pays qui n'existe pas de Karin Tourmente-Leroux

Bien avant de rencontrer Karin Tourmente-Leroux j’ai eu quelques contacts téléphoniques avec elle et j’ai d’emblée été frappée par sa spontanéité et je dirai sa « fureur de vivre » toute contagieuse.

Cette impression s’est confirmée lorsque je l’ai découverte en chair et en os, dans le joli cadre du château de Cheverny dont elle est l’attachée de presse. Je savais qu’elle était atteinte d’une maladie un peu spéciale, l’obligeant à subir une chimiothérapie pas réjouissante du tout. J’ai été d’autant plus étonnée de la voir si souriante, autant à l’écoute de chacun et menant le groupe tambour battant quasi en pôle position.

J’avais malgré tout été un peu surprise qu‘elle nous abandonne un moment l’après-midi, mais nous étions entre de bonnes mains. Je sais aujourd’hui pourquoi. Elle était contrainte de se reposer un minimum pour pouvoir terminer la journée sans trop de aïe et de ouille. 

C’est ainsi qu’elle désigne les douleurs que sa maladie lui fait subir, surtout quand elle sollicite un peu trop la machine. J’ai appris ce jour-là qu’il s’agissait de thrombocytémie essentielle, une vraie plaie, méconnue car rare, et Karin ne m’en voudra pas d’ajouter « heureusement ».

Un peu pour supporter et beaucoup pour partager, cette battante a décidé de raconter, avec l’humour et l’énergie qui la caractérisent, ce qu’elle appelle son Drôle de voyage dans un pays qui n'existe pas.

Le parcours de la combattante a commencé officiellement le vendredi 27 septembre 2019, quand le nom de cette maladie a été posé sur ses symptômes. Elle a compris qu’une fois encore elle allait changer de vie…

Commence alors ce voyage que Karin Tourmente-Leroux va d’abord partager sur la toile en tenant un carnet sur une maladie du sang qui ne touche qu'une personne sur 100 000, avec en bagage un optimisme sans faille pour narrer sa nouvelle vie, au rythme des plaquettes. Elle estime indispensable de raconter ce que vivent au quotidien des milliers de personnes car bien que « rare » cette affection touche beaucoup de personnes qui doivent chacune se sentir seule au monde.

Ayant été journaliste la jeune femme trouve les mots pour transmettre son expérience en ne se privant surtout pas de faire un pied de nez à la thrombocytémie essentielle en couchant sur le papier un quotidien réinventé, comme un témoignage vivant et délirant pour prendre de la distance. 

Le style est vif et brut, à l’image de son auteure. Cette histoire est aujourd’hui un livre, pour rappeler l’essentiel : vivre. Il est actuellement disponible chez Librinova, en suivant ce lien. Mais je ne serais pas surprise de le retrouver chez un autre éditeur. J’espère qu’il conservera la couverture si poétique réalisée par Anaïs Dufils, une jeune illustratrice pleine de talents et de promesses.

J’ai appris l’essentiel sur cette maladie que je ne connaissais évidemment pas. Sans prétendre être donneuse de leçons, Karin nous transmet avec simplicité son appétence pour toutes sortes de choses et je vous assure que loin d’être plombante cette lecture peut être qualifiée de réjouisssante car elle sait mettre du baume au coeur de tout un chacun. Bravo !

J’ajoute qu’après avoir été journaliste puis responsable de la communication d’un homme politique et d’un parti politique, Karin Tourmente-Leroux a fondé en 2016 son agence de communication qu’elle n’a jamais cessé de continue de diriger avec passion.

Drôle de voyage dans un pays qui n'existe pas de Karin Tourmente-Leroux, chez Librinova depuis le 15 septembre 2021

mardi 7 décembre 2021

Trois jours de Denis Brillet

En février, il peut geler à pierre fendre comme le dit la sagesse populaire. Surtout dans le centre de la France. Alors la présence d’un jeune homme sous une tente fragile sur l’herbe verte du camping municipal n’est pas naturelle et intrigue.

Il débarque dont ne sait où et pour trois jours seulement, d’où le titre du roman. Personne n’a la moindre idée de ce qu’il vient faire là. Pourtant, si le garçon ne semble pas bien méchant, il affiche une détermination de fer et avance sans jamais reculer sous "des paires d’yeux au diapason de la méfiance" (p.231) alors qu'à son arrivée il nous disait "être à cent lieux d'imaginer à quoi il allait occuper ses journées" (p.14).

Trois jours raconte la collusion entre le destin de ce jeune homme et celui des habitants de ce village agonisant qui se dépeuple : le maire, un garde-champêtre, une épicière, un garçon de café, un tétraplégique, un enfant singulier, une bibliothécaire …

Le destin est à l’oeuvre au fil du croisement de leurs routes. Le jeune ne nous fera pas croire qu’il ne subsistera de son passage qu’une trace éphémère laissée par sa tente sur l’herbe du camping.

Il suffit parfois de peu de choses pour détourner une trajectoire. On a tous une propension à rester dans notre « zone de confort » même si celle-ci est une prison dès lors que, comme l’analyse l’auteur (p. 217) "l’illusion du bonheur est préférable au bonheur lui-même".

Denis Brillet traite de manière inédite le thème de l’altérité dans une nature hostile à laquelle il donne un statut de personnage. Il aborde par petites touches des sujets de société universels comme la solitude, la peur du changement, la pensée magique et d’autres très actuels, comme la précarité. C’est sans surprise qu’on voit se profiler une manifestation des gilets jaunes à la fin.

Je suis sans doute sous l’influence de ce que je vois au cinéma ou au théâtre mais il ne fait pas de doute pour moi que ce garçon est le strict contrepied de Tartuffe, mais je ne peux argumenter mon point de vue sans trop révéler comment les choses vont tourner.

C’est le dixième ouvrage de cet auteur qui vit en Normandie, au coeur du Pays d’Auge. Après des études d’histoire menées en parallèle à sa profession d’enseignant, il s’est remis à l’écriture qu’il avait laissée de côté par manque de temps. Son recueil Lignes de vies a reçu le Prix Gustave Flaubert et son roman Mille raisons d’aimer Lilo le Prix des Bibliothécaires de Douvres-la-Délivrande et le Prix du Lion’s Club de Normandie.

J’ai découvert ce livre, paru il y a un an, par la dernière sélection 2021 Hors Concours où l’extrait qui y figurait m’a donné envie de le lire en entier, quand bien même mon avis n’était pas celui de la majorité du jury professionnel auquel j’appartiens.

En relisant les notes que j'avais prises après avoir lu l'extrait publié dans la sélection (est qui était le début du roman) je les trouve après coup très justes : formulations inédites, humour léger mais présent, lexique très soutenu, intrigant. Le roman a pleinement tenu ses promesses.

Trois jours de Denis Brillet, Rémanence, 8 septembre 2020

dimanche 5 décembre 2021

5 Saisons chez vous de Franck Giovannini

Voilà un livre de recettes qui n'est pas banal, ni dans son format, hors normes, de 30 sur 30 cm, ni dans sa conception. 5 saisons chez vous est une surprise est de taille.

Je ne connaissais pas l'auteur Franck Giovannini, qui est pourtant à la tête d'un d’un des meilleurs restaurants du monde, l'Hôtel de Ville de Crissier, lequel possède une renommée internationale. Il est installé en Suisse, près de Lausanne, et la probabilité d'y déjeuner est donc faible pour nous parisiens, sans compter bien sûr la dépense que représente un repas (compter 390 francs suisses par convive, un peu moins en euros).

Trop souvent les ouvrages des grands chefs sont à leur gloire et les recettes impossibles à reproduire chez soi. Franck Giovannini a eu la brillante idée de ne rien sacrifier à l'excellence en montrant comment il servirait le plat dans son établissement (photo de gauche, en pleine page) mais il a eu la délicatesse de revoir chacun en considérant que nous lecteurs, nous n'aurions ni le coup de main, ni le matériel, ni certains ingrédients, ni le savoir-faire pour les reproduire à l'identique.

Il les a donc simplifiés et il a prévu un dressage (photo de la moitié inférieure de la page de droite), certes élégant, mais abordable.

Il a choisi les plus grandes réussites des cinq dernières années, depuis son arrivée à la tête du restaurant. La date de chacune figure en grisé sous la photo. Elles sont classées par saison, au nombre de cinq car il estime que l'estivale se glisse entre le printemps et l'été. Et il n'a pas pu se retenir d'ajouter quelques coups de coeur et bien entendu les recettes de base. Il fait aussi la part belle à son équipe, à ses producteurs et le livre commence par rappeler l'histoire des lieux en rendant hommage à  Fredy Girardet, Philippe Rochat et Benoît Violier qui l'ont précédé dans ce cadre exceptionnel.

Certes, on remarquera qu'il utilise des produits d'exception et donc onéreux comme du chevreuil, du perdreau, du foie gras, du homard, des truffes ou du caviar. Personne se cuisine chez soi des grenouilles et du lagopède … mais il y a des recettes beaucoup plus simples et néanmoins sophistiquées comme La nage de coques et couteaux des estrans charentais chamarrés aux premiers légumes verts cuits-crus (p. 53), Les bouchées de moules de la Côte des légendes parfumées au basilic, pesto gourmand et éclats de courgettes (p. 127) ou même un plat végétarien à base de choux (p. 135). Tout cela est simple, peu couteux mais d'une élégance folle.

Coté desserts, la soupe de fraises au citron vert et éclats de meringue (p. 73) ou de coupe chocolatée au café glacé aux noisettes (p. 115) sont tout à fait réalistes. On pourra aussi s'inspirer des photos pour imaginer ses propres présentations, en reprenant par exemple l'idée de placer des cônes de jambon sec.

De quoi faire briller les étoiles à la maison. En ayant à l'esprit la parole de ce chef qui, tout en assurant la production d'un millier d'assiettes dans la journée, a bien raison d'affirmer qu'un plat doit être bon avant d’être beau. Car jamais le visuel ne doit prendre le pas sur l’aromatique. Ce qui ne nous empêchera pas de saliver et de rêver en feuilletant les 276 pages de ce livre.

5 Saisons chez vous Franck Giovannini, Editions Favre, en librairie depuis le 8 novembre 2021

mercredi 1 décembre 2021

Tartuffe Théorème dans la mise en scène de Macha Makeïeff

Encore Tartuffe j’en conviens, mais différent de ceux que j’ai déjà vus.

Celui-ci s’inscrit dans l’univers coloré qu’affectionne Macha Makeïeff dont on connait l’inclinaison pour les années 50-60 et c'est donc sans grande surprise qu'on remarque des objets typiques comme le téléphone de bakélite, le cendrier, le tourne-disques, le polaroid, un tapis Lurçat (signe de la richesse des propriétaires) ou un service à thé doré.

Ce parti-pris est loin d’être anecdotique car il met en garde le public en lui signifiant que ce type d’individu n’existe pas qu’au siècle où Molière l’écrivit. Elle semble nous prévenir qu’il convient de rester sur ses gardes.

Pourtant, en le situant dans ces années-là, elle n’en fait pas tout à fait un personnage contemporain même si les femmes y ont une posture qui s’inscrit dans le mouvement actuel de revendication (légitime) du consentement préalable et de la fronde contre toute tentative de harcèlement. 

Les hommes jeunes ont toujours le club de golf à la main pour affirmer leur position et donner l’illusion d’entretenir une menace. Les femmes, elles, usent de paroles et d'astuces, comme la jeune Mariane qui a recours à la photographie pour dénoncer le prédateur ou l'expérimentée Elmire qui prend le séducteur à son propre piège.

Molière a toujours fait s’affronter le monde des bourgeois et celui des domestiques. Ici, la metteuse en scène braque le projecteur sur une autre opposition, celle du monde masculin composé de prédateurs ou de soumis, avec celui des femmes qui sont en fait les personnes fortes. De plus elle donne le beau rôle aux domestiques qui sont loin de subir les désirs de leurs maîtres et maîtresses. Un vrai vent de liberté souffle dans ce loft. Il entrera en turbulence avec l’orage que déclenchent Tartuffe et ses doubles.

Car, bien qu’elle ajoute le mot Théorème à "son" Tartuffe, parce que les deux mots commencent par la même initiale ou se situent à la même époque … la référence à Pasolini n’est pas évidente. Car si l’inconnu qui s’introduit dans la maison des bourgeois milanais séduit tout le monde, d’une part il a un air angélique, vêtu de blanc, et surtout il laisse tout le monde désemparé par son départ.

Dans la pièce que j’ai vue aux Bouffes du Nord Tartuffe a les traits d’un démon, habillé d'une sorte de soutane noire et on respire lorsqu’on sait qu’il est mis hors d’état de nuire une nouvelle fois.

Le noir et le blanc des rapaces (Tartuffe, ses trois acolytes et les corneilles empaillées) tranche avec les couleurs vives de l'insouciante famille bourgeoise qui se livre à toutes sortes de plaisirs derrière un voile, au grand dam de Mme Pernelle (Jeanne-Marie Lévy), dont la voix monte dans les aigus avec une hystérie réjouissante. Il faut dire qu'elle est une remarquable chanteuse lyrique.

D'autres comédiens tirent particulièrement leur épingle du jeu : Xavier Gallais (Tartuffe) évidemment, qui parvient à renouveler le personnage face à Orgon (remarquable Vincent Winterhalter le soir de ma venue) et à la finaude Elmire (Hélène Bressiant) et Irina Solano (Dorine) une fois qu'on a compris qu'elle avait pris du galon en étant devenue une amie de la famille, abandonnant à Flipote (Pascal Ternissien) toute la charge de la servitude.
Damis (Loïc Morbihan), Valère (Jean-Baptiste Le Vaillant) et Marianne (Nacima Bekhtaoui) assument leur rôle tandis que Cléante (Jin Xuan Mao) dénote du groupe par sa fantaisie et surtout par une diction qui est trop souvent incompréhensible.

Auteure, metteuse en scène, plasticienne, Macha Makeïeff dirige La Criée, Théâtre National de Marseille depuis dix ans. Elle a pour habitude de s'entourer de collaborateurs qui la suivent d'une création à une autre, ce qui assure une forte cohérence. Nièce, par alliance de son illustre oncle Jacques Tati, elle en assume l’héritage puisqu’elle est légataire de son oeuvre. On sentait la parenté ce soir dans cette version savoureuse d'un grand classique finalement toujours revisitable.
Tartuffe de Molière
Mise en scène, décor, costumes de Macha Makeïeff
Avec Xavier Gallais, Arthur Igual en alternance avec Vincent Winterhalter, Jeanne-Marie Lévy, Hélène Bressiant, Jin Xuan Mao, Loïc Mobihan, Nacima Bekhtaoui, Jean-Baptiste Le Vaillant, Irina Solano, Luis Fernando Pérez en alternance avec Rubén Yessayan, Pascal Ternisien et la voix de Pascal Rénéric
Lumières de Jean Bellorini
Son de Sébastien Trouvé 
Musique de Luis Fernando Pérez 
Danses de Guillaume Siard 
Coiffures et maquillages de Cécile Kretschmar  
Du 1er au 19 décembre au Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle - 75010 Paris
Puis en tournée
du 12 au 15 janvier au Théâtre national de Nice
du 22 au 26 février au Quai, CDN d’Angers
du 3 au 19 mars au TNP, Villeurbanne
du 24 au 26 mars au Théâtre Liberté, Liberté-Châteauvallon, Scène nationale de Toulon
du 30 mars au 8 avril au Théâtre National de Bretagne, Rennes
du 13 au 15 avril à la Scène nationale de Bayonne
les 20 et 21 avril à la MAC, Créteil
les 27 et 28 avril à MC Amiens
du 11 au 13 mai à la Comédie de Caen

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)