vendredi 21 janvier 2022

Harvey dans la mise en scène et les costumes de Laurent Pelly

J’ai vu Harvey au Théâtre Montansier de Versailles, que je recommande pour son charme et sa programmation.,

J’ai remarqué notamment dans le programme de la saison le groupe Josef Josef les 8 et 9 avril et cet excellentissime Cyrano les 11 et 12 avril pour les collégiens (risquez-vous à solliciter une place s'il y a un siège de libre). Vous avez le temps de vous organiser !

Harvey est semble-t-il une pièce très connue des anglo-saxons qui ont plébiscité l'humour surréaliste de son auteure Mary Chase, une journaliste et dramaturge américaine qui reste injustement méconnue du public français.

Pourtant la question de l'ami imaginaire est une constante en littérature, du moins dans le domaine de la jeunesse. Il est vrai cependant qu'il n'est pas traditionnel que ce soit un adulte qui se prenne de passion pour un lapin (en peluche sans doute) mais après tout pourquoi pas si cela peut le maintenir en dehors de la folie.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. De déterminer qui est le plus fou, celui qui puise sa force dans l'imaginaire et qui le fait avec une candeur qui a pour effet d'entretenir une joie de vivre communicative. Ou l'esprit rationnel qui veut tout régenter mais qui ne peut résister à l'emprise de ses fantasmes ? L'affaire se corse quand les raisonnables sont des psychiatres en prise avec les quiproquos.

La pièce a été écrite en 1944 obtiendra le prix Pulitzer. Elle sera un triomphe à Broadway où elle se jouera pendant 5 ans à guichets fermés. Henry Koster k'adaptera pour le cinéma avec James Stewart et Josephine Hull.
Laurent Pelly qui signe la mise en scène et les costumes (avec Jean Jacques Delmottea choisi un dispositif scénique conçu comme un puzzle qui se met en place verticalement en fonction des scènes. Le décor imaginé par Chantal Thomas demande à l'oeil du spectateur de faire l'effort d'imaginer ce qui ne lui est pas montré. Il sera ainsi prêt à prendre pour argent comptant ce qu'on veut lui faire croire. L'inimaginable devient plausible et l'ambiguïté s'efface.

Peu nous importe alors que la réalité soit ou non vraisemblable. On sait bien qu'au théâtre tout devient vrai. Surtout avec une brochette d'acteurs comme ceux là. Jacques Gamblin (Elwood P. Dowd) en tête qui traverse la scène avec la souplesse d'un fétu de paille et la légèreté d'un elfe. Mais tout autant Charlotte Clamens (Vita Simmons), Pierre Aussedat (Docteur Chumley), Agathe L’Huillier (Clémentine Simmons), Thomas Condemine (Docteur Sanderson), Emmanuel Daumas (Maître Gaffney) Lydie Pruvot (Betty Chumley, Madame Chauvenet), Katell Jan (Infirmière Kelly), Grégory Faive (Wilson) et Kevin Sinesi (Le taxi).

Harvey est comme le grain de sable capable de détraquer la machinerie conventionnelle de la société américaine des années quarante-cinquante. la folie peut souffler sur le plateau en dégageant une poésie mélancolique qui nous gagne peu à peu, avec pour effet secondaire de nous inciter à la bienveillance.

On pourrait reprendre les mots de Philippe Bouvard, qui était un fin humoriste : Dieu n'existe pas, mais il faut faire semblant d'y croire; cela lui fait tellement plaisir.

Je vous souhaite grandement de croiser Harvey une fois dans votre vie. Après Versailles, le spectacle sera présenté le 28 janvier au Théâtre de Saint-Germain-en-Laye puis partira en tournée le 2 février au Théâtre de Gascogne de Mont-de-Marsan, le 4 février à L’Olympia d'Arcachon. Il reviendra en région parisienne le 8 mars à L’Avant-Seine de Colombes, les 10 et 11 mars au Théâtre Jean Vilar de Suresnes et s'installera du 17 mars au 1er avril au CADO d'Orléans.
La pièce est publiée dans la traduction française d’Agathe Mélinand par L’Avant-scène théâtre.
La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Polo Garat.

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