Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 10 décembre 2024

Noël de Jeanne Ashbé

Comment parler de Noël à un tout jeune enfant ? Jeanne Ashbé s’adresse admirablement aux tout-petits. Elle a grandi dans une famille nombreuse, remplie d'amis, de cousins, de jeux, de fous rires et de disputes ! Après ses études universitaires elle a travaillé au Québerc comme thérapeute du langage dans un très grand hôpital pour les enfants.

À son retour en Belgique, et après la naissance de ses enfants elle a commencé à illustrer des livres... d'école ! Et très vite, ce sont ses propres textes qu’elle a mis en images et elle anime aussi des formations à la lecture. Elle a aussi la passion de la cuisine et du violoncelle. Elle a obtenu de nombreux prix en Europe, en Asie et aux Etats-Unis et ses livres sont traduits dans une douzaine de langues.

Elle a conçu cet album sans texte, comme un imagier, et ce n’est pas par négligence. Il concernera les petits (et les parents) de toutes les nationalités, ce qui est précieux pour moi qui ai une petite-fille qui grandit sur un autre continent, situation de plus en plus fréquente.

L’absence de mots sous les illustrations contraint l’adulte à imaginer l’histoire et à la raconter. De tels moments de lecture partagée sont précieux parce qu’ils favorisent le développement du langage et de la pensée de l’enfant qui aimera pointer du doigt ce qui l'intéresse. 

Ce livre-ci est exemplaire. L’auteure a manifestement pensé chaque détail. La couverture est rouge comme le manteau du père Noël, avec le mot Noël écrit sobrement en lettres bâtons dorées. L’enfant apparaît comme dans la focale d’une lampe de poche. On le surprend en train d’accrocher une boule à la branche d’un sapin, symbole fort de la période. Deux autres boules scintillantes émergent d’un carton, semblable probablement à celui que ses parents auront descendu d’une armoire pour décorer le sapin familial

Sa posture et son geste sont un peu raides, comme le sont les tout-petits qui sont encore maladroits. Ce qui peut intriguer, c’est le petit personnage portant un bonnet pointu et tendant le bras, évoquant aussi bien un animal qu’un lutin, en tout état de cause imaginaire, et qui est sans doute son doudou préféré.

Les pages cartonnées, épaisses, aux bords arrondis, sont faciles à tourner et ne présentent aucun danger à être manipulées. Dans la première double page on remarque une évocation de la fameuse lettre au père Noël que l’enfant (qui n’est ni tout à fait un petit garçon, ni tout à fait une petite fille) a "crapouillé" en l’accompagnant d’un premier dessin de bonhomme. On retrouve le doudou qui a tenté de l’imiter.

Page suivante, l’enfant n’est plus seul. Il a participé avec sa maman à l’accrochage d’une couronne sur la porte de la maison. Le doudou est absent et c'est une autre peluche qui est cachée, mais discrète. Ensuite, on découvre l’illustration de la couverture, mais cette fois complète.

A chaque fois un détail figure en gros plan, page de gauche, tandis que celle qui est située en regard explique ou "raconte" la scène. L’attente doit être difficile car on surprend l’enfant en train de scruter le ciel. Puis c’est un goûter avec des camarades qui  se régalent de chocolat au pied du sapin.
La veille de Noël,  l’enfant déposera ses chaussons au pied du sapin. Le lendemain, il découvrira son cadeau, et le doudou n'aura pas été oublié.

Cet opus est le 14 ème exemplaire d’une série d'imagiers sans texte, donc permettant d’échanger librement dans toutes les langues, mettant en scène Lou et Mouf dans leurs premières expériences de vie. Elle a été imaginée par l’auteure pour faciliter les relations entre les parents et les enfants. Car bien évidemment il faut raconter des histoires aux enfants sans attendre qu’ils soient en âge de dialoguer avec nous. De la même façon qu’on n’attend pas qu’ils parlent pour s’adresser à eux avec la parole.
Noël de Jeanne Ashbé, collection Les images de Lou et Mouf, chez Pastel, École des loisirs
En librairie le 6 novembre 2024

lundi 9 décembre 2024

20 ans pour l’Espace cirque d’Antony (92)


Quelques heures se sont écoulées entre notre arrivée sur l’ Espace Cirque d’Antony et l’arrivée sur la piste d’un gâteau d’anniversaire XXL, digne des vingt dernières années.

Avant de nous régaler d’un bonbon coloré translucide nous ne pouvions pas zapper les discours (quoique j’ai vu quelques malins qui se sont faufilés une heure trente après le début de la soirée). Il est vrai que les pouvoirs publics sont de précieux partenaires de l’Espace cirque et ils tiennent à ce que ça se sache et ne s’oublie pas.

Certains ont d’ailleurs les mots justes pour retracer l’histoire de ce pôle national, un des 14 existants dans notre pays et le seul en Ile-de-France. Leurs mots sont choisis pour signifier le vide et le fragile inhérents aux arts du cirque, témoignant combien l’acte du circassien est courageux et éminemment politique.

D’autres répètent, peu ou prou, les mêmes arguments. Tous s’accordent pour conclure combien avoir accueilli 84 chapiteaux différents proposant 695 spectacles ayant touché 210 000 spectateurs, enfants et adultes, sur 20 ans est une prouesse, preuve indéniable aussi de la capacité du cirque à parler à tous en remplissant un rôle crucial sur le plan de l’éducation artistique sur tout le territoire en multipliant (aussi) les interventions dans les écoles, les foyers, les Ehpad.

Antony est devenu au fil de ces années un pôle d’excellence et de référence majeure dans le domaine du cirque contemporain. Ce bilan est le résultat du soutien sans faille des institutions, combiné au dévouement des équipes et à l’énergie du binôme qui en assure la direction : Delphine Lagrandeur et Marc Jeancourt.

L’endroit est un lieu où se confirment les talents mais aussi où s’en découvrent de nouveaux. Il agit comme une rampe de lancement, sur laquelle se conjuguent la création, le dialogue, l’innovation, l’aventure et l’extraordinaire dans le domaine du cirque contemporain, mais pas exclusivement, en tout cas toujours loin du stéréotype d’un cirque figé dans le passé.

dimanche 8 décembre 2024

Le sang des innocents de S.A. Cosby

Je ne me serais sans doute pas penchée sur Le sang des innocents si le livre de S.A. Cosby n’avait pas été choisi par les bibliothécaires de la Ville d’Antony pour figurer dans le prix des lecteurs. D’abord parce que c’est un roman policier, genre que je n’affectionne pas particulièrement. Ensuite parce qu’il se déroule dans un pays régi par la violence et où les affrontements ethniques sont encore quotidiens.

Cet aspect peut d’ailleurs constituer un atout, puisque le roman offre une sorte de témoignage sur la manière dont s’organisent les rapports humains dans le sud des États-Unis mais franchement je trouve la situation si déplorable que cette lecture m’a troublée.

Il est de notoriété publique que les américains ont la gâchette facile. Le Comté de Charon compte plus d'armes à feu que d'habitants (p. 219), et cela ne va pas réduire la violence, loin de là. Qu'un adolescent ait tiré dans un établissement scolaire n'est pas un point de départ surprenant.

La drogue est partout. Ce n'est pas étonnant pour eux que le père de Titus ait échangé sa bouteille de whisky contre une bible. Le nombre de congrégations est effarant et leur influence affecte la faculté de réflexion des "fidèles". Enfin, voir écrit -je dirais noir sur blanc- l’ampleur des tensions raciales, de la pauvreté et de la violence font encore davantage froid dans le dos.

S.A. Cosby est Afro-Américain et connait parfaitement le sud-est de la Virginie où sa famille est installée depuis des générations. Impossible de mettre en doute son analyse de l’héritage funeste de l’esclavage et de la guerre de Sécession. La presse a souligné la lucidité de son regard sur son pays et les dépossédés qu’elle condamne à une vie sans avenir. Après Les Routes oubliées (prix Nouvelles voix du polar) et La Colère, ce troisième roman s’inscrit sur la même voie.

Il se projette sans doute dans son personnage principal, Titus Crown, un ancien agent du FBI, revenu à Charon, la terre de son enfance, pour y devenir le premier shérif noir. Ses motivations sont très fortes comme il le confie à son frère Marquis : à la mort de maman je me suis juré de tout faire pour protéger les gens et j’ai également décidé que je ne laisserais plus rien au hasard dans ma vie. (…). L’église ne pourra jamais nous immuniser contre le poison dans lequel on baigne au quotidien. C’est pour ça que j’ai choisi d’entrer dans la police (p. 334).

Il est intéressant de constater que la police ne fonctionne pas selon la même organisation outre-atlantique. Nous ne savons pas ce qui relève de la police de Virginie ou de la police d’Etat pas plus qu’on ne connait le champ de compétences d’un shérif, ce que j’imagine que tout lecteur américain sait parfaitement. L’étoile de shérif n’est pas qu’un insigne que nous avons vu dans les westerns. Elle est toujours distinctive et s’obtient en fonction des résultats d’une élection par les habitants de la communauté. Cela ne signifie pas que la personne élue fera l’unanimité. D’ailleurs si les Noirs sont fiers de la position de Titus, ils restent pour la plupart méfiants quant à sa probité, allant jusqu’à le traiter de sale Bounty (p. 62) et les Blancs ont des doutes comparables. Pas facile dans un tel contexte de faire régner la loi avec une légitimité qui n’est pas totalement acquise même si son passage au FBI lui vaut une admiration sans bornes de la part de ses électeurs (p. 121).

L'intrigue de départ est assez simple : Le fils d’un des meilleurs amis de Titus a tiré à bout portant sur l'enseignant préféré du comté avant d'être abattu par un de ses hommes sanas qu'il ait pu s'interposer. L'affaire va se compliquer au fil des pages et on découvrira un monde très pourri à mesure que Titus se livre à une course contre la montre pour tenter d'éviter d'autres crimes.

A plusieurs reprises l’auteur soulignera la méfiance à l’égard du Shérif Crown et singulièrement des noirs alors qu’il s’est présenté pour que justice leur soit rendue. Je ferais ce reproche principal à S.A. Cosby de régulièrement répéter les mêmes phrases presque au mot près. Aussi bien sur ce point qu’à propos de la mort de sa mère, décédée depuis trente ans d'une sclérodermie qui fait d’elle une héroïne, et dont le manque reste cruel, qu’enfin sur le degré d’attachement qu’il a à sa ville natale … dont je peux dire que je ne l’ai trouvée sur aucune carte, mais là n’est pas l’important.

L’administration elle aussi n'est pas équivalente à la nôtre. La ville est dirigée par un président du Conseil de Comté, blanc et très riche, qui s’oppose de manière récurrente au shérif qu’il soupçonne d’avoir bénéficié d’une discrimination positive (alors que non) et qui est obsédé par l’organisation d’une kermesse censée rapporter beaucoup d’argent … quitte à troubler l’ordre public.

Je ne connaissais pas la citation qui est faite d’un poème de Yeats (p. 226), un auteur irlandais prix Nobel de littérature, et les extraits de la Bible qui émaillent le récit ne me sont pas du tout familiers. Parfois surgit un texte poétique en italiques (par exemple p. 227). Celui-ci s’achève sur le fait que tôt ou tard les petites villes livrent leurs secrets mais pour cela, il faut d’abord payer le prix du sang.

Ce n’est sans doute pas un hasard si le propriétaire du terrain où les policiers vont devoir fouiller déclare que la terre est la seule chose qui compte (p. 117), une déclaration qui fait écho aux paroles qu’on murmure à l’oreille de Scarlett O'Hara, dans le mythique roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent. On ressent fréquemment combien le roman s'adresse à un lectorat imprégné de culture américaine, familier de l'atmosphère de malédiction caractéristique du sud des Etats-Unis, et sachant que faire allusion au port d'une combinaison orange fluo (p. 170) signifie qu'on risque l'emprisonnement.

Ceci posé, l'intrigue est très bien construite et représentative de ce pays. Je suis donc heureuse d'avoir eu l'occasion de lire ce roman et je retiendrai le nom de l'auteur même si je ne suis pas pressée d'en lire d'autres parce qu'il y a trop de violence dans celui-ci. Je n'ai jamais été familière de lectures dont le héros évoque la perversité d'Hannibal Lecter (cité p. 184 pour donner une pointure) dans Le silence des agneaux, même si j'avais été ravie d'apprendre que Marie-Laure Brunel lui doit sa vocation à devenir première la profileuse française comme elle le raconte dans Avant que ça commence.

Ce que j'ai par contre beaucoup apprécié ce sont les références à des dictons familiaux, sans doute parce que les paroles pleines de bon sens de ma grand-mère ont bercé ma propre enfance. Albert, le père de Titus a mis en garde son fils : un homme qui ne te regarde pas dans les yeux quand tu lui parles est un homme qui ne te respecte pas (p. 192). Ou, plus loin, par sa mère : la vérité est encore à faire ses lacets que le mensonge a déjà parcouru la moitié du monde (p. 214).

La cohésion familiale entre Titus et Marquis, et leur père Albert est un bel exemple. Il y a certes dans cette ville de Charon de véritables ordures mais on rencontre aussi des hommes qui se conduisent dignement. A l'instar de leur père qui a sauvé des familles de la famine en cultivant un potager et du même coup sauvé de la prison en leur fournissant de quoi nourrir leurs gosses sans être obligés de braquer la caisse d’une supérette (p. 283). Et Titus lui-même fait preuve d'éthique dans chacun de ses actes.

Et puis, en fin de compte,  son amour indéfectible pour la ville de son enfance et son obstination à rendre justice aux victimes, quel qu'en soit le prix à payer, est vraiment honorable et digne d'intérêt, même s'il va commettre dans les dernières pages un acte qui est répréhensible … bien que prêtant à sourire.

Le sang des innocents de S.A. Cosby, traduit par Pierre Szczeciner, chez Sonatine, en librairie depuis le 11 janvier 2024, déjà Grand Prix des Lectrices de ELLE 2024 catégorie Policier

samedi 7 décembre 2024

Da Capo, l'épopée du Circus Ronaldo

Quelques jours après l'émouvant Sono io ? je retourne le Circus Ronaldo pour un spectacle combinant tous les arts du cirque avec le théâtre.

Da Capo c’est une formule qui en musique signifie "reprendre au début". C’est le cheminement qu’a suivi Danny Ronaldo pour raconter l’histoire d’une dynastie de circassiens où certes, toutes les spécialités sont maîtrisées mais pour qui le théâtre et la musique sont terriblement importants.

Le résultat est éblouissant, foisonnant et surtout extrêmement joyeux sous la toile du chapiteau tendue comme un ciel bleu.

Danny arrive et commence par installer précautionneusement la doyenne de la troupe, sa maman Maria Van Vlasselaer, au premier rang avant de s’adresser au public en italien … et pourtant il est belge, et je me rendrai compte plus tard qu'il parle parfaitement notre langue. Il nous promet un "momento exceptional" en nous faisant comprendre qu'ils sont tous très honorés de présenter l'histoire du Cirque Ronaldo.

Cette histoire de famille va se dérouler sur sept générations en prenant la forme d'une grande parade, au cours de laquelle seize artistes de tous âges vont envahir la piste, et nous faire traverser les siècles pour parcourir l’histoire réinventée de 180 années de cirque et de partage. Jonglage, acrobaties sur fil, mime, artisanat, trompette, tuba et rock’n’roll seront au rendez-vous pour nous émerveiller et nous faire vivre un grand spectacle comme une célébration.

Ça commence avec l’entrée fracassante d’une 4 L rutilante. Nous sommes en 1971 et une dispute s’ensuit parce que tout a commencé bien plus tôt, à Gand en 1842, lorsque d’Adolf Peter Van den Bergh, un tout jeune garçon de quinze ans fugua pour rejoindre un cirque allemand comme palefrenier avant de tomber amoureux d’une comédienne de commedia dell’arte et plus tard de devenir cavalier acrobate.

Evidemment les lampes posées au sol comme des bougies sont emblématiques de la période. Tout comme les tréteaux du cirque ambulant d’autrefois sur lesquels s’ébattent Pierrot, Colombine et bien entendu Arlequin, dans la pure tradition de la pantomime. C’est une jolie idée de simuler le jeu des artistes derrière le rideau, situant de facto le public dans la position d’être installé dans les coulisses. Les rires enregistrés confortent cette impression.

On apprécie aussi de voir porté l’antique costume de clown qui était revêtu dans le Circus Wulff.

Nous ne serons pas à cheval sur les dates. Nous aurons compris que Danny situe la naissance du cirque contemporain de ses parents, donc en 1971, alors que son frère est plus rigoureux et impose qu’on remonte aux origines. Chacun cherche à imposer la pancarte comportant la date revendiquée plus haut que l‘autre. Nous concentrerons notre regard sur les performances dont certaines sont époustouflantes.et s’enchaînent avec virtuosité. Et nous dirigerons nos oreilles vers les musiciens qui jouent chacun de plusieurs instruments.

J’ai été éblouie par l’orchestre des cuivres menée par un géant dressé sur des échasses et un cracheur de feu, entraînant le bonimenteur et la petiote de la dernière génération en tutu.

J’ai adoré l’apparition du cheval articulé dirigé par deux hommes qui le font vivre comme un véritable animal qui va être dompté comme le ferait un torero dans une arène.

Ils sont capables d'exécuter des numéros sur une scène minuscule où la pitchoune minuscule devient jongleuse. Ta-ta-ta-ta … on nous fait chanter la marche nuptiale devient Mendelssohn fort à propos après nous avoir fait assister en « live » au fameux coup de foudre des ancêtres. Le chariot se. transforme en table de banquet et la musique prend des accents de musique tzigane.

Je n’avais jamais vu une ballerine faire des pointes sur des verres et des bouteilles. Quel numéro ! Sans doute un de ceux qui étaient pratiqués autrefois et qui ont disparu du répertoire. Et quel humour de nous montrer l’envers du décor en nous initiant aux bruitages avec la machine pour faire le vent, le bâton de pluie version XXL pour faire entendre le bruit des vagues, et la plaque de métal qui, secouée, résonnera comme le tonnerre.

On devine que l’électricité est inventée et plusieurs spectateurs sont invités à venir s’asseoir sur des bancs vite disposés sur la piste devant une scène improvisée, brutalement interrompue par une alerte aérienne, annonçant la guerre tandis que sonnent les cloches de l’église.

En cette période de pénurie il est légitime de nous offrir un ultra-simple numéro de marionnette avec juste un poupon manipulé par Danny sur le dessus de son pied avec une canne évoquant celle de Charlot.

On ressent combien le cirque empreinte au cinéma, y compris au muet et au noir et blanc, en réponse aux emprunts que le cinéma lui a fait dans les années précédentes. Et comme l’histoire avec un H majuscule se déroule simultanément on n’est pas surpris de voir les évocations d’épisodes qui ont marqué nos propres parents comme la libération de la France par les soldats américains débarquant sur un vrai Dodge WC 54 dont la taille est impressionnante et sur lequel les numéros de cirque réussissent à prendre appui.

vendredi 6 décembre 2024

Singrid Campion, une personnalité dédiée au jazz manouche

On dit que Singrid Campion est la reine du monde forain. Chanteuse, entrepreneuse, auteure et compositrice, la fille du légendaire Marcel Campion ne rentre pas dans une seule case, la faute à l'ampleur de son charisme.

Après avoir fait bouger les lignes en faisant évoluer le statut des femmes dans l’univers forain, cette passionnée de jazz manouche et de sonorités latines et parisiennes a fait une entrée remarquée dans la musique qui lui a permis de remplir la mythique salle de l’Olympia… un vendredi 13 de l'année 2018. Et elle a depuis poursuivi son chemin musical sans relâche.

Je l'ai rencontrée hier soir dans le cadre sympathique du restaurant le Miam et si j'ai été tout à fait séduite par ses qualités d'interprète … -parce que ce n'est pas tout le monde qui peut chanter les grands succès de Johnny Hallyday- c'est aussi en tant que mère qu'elle m'a touchée. C'est rare de voir une femme couver son "petit" du regard alors qu'elle est en prestation musicale devant un public.

L'enregistrement De Django à Johnny comprend 14 titres (et 2 qui sont repris en live électrique en bonus) parmi lesquels Retiens la nuit que Singrid interprète avec douceur et sensibilité. J'ai beaucoup aimé L'idole des jeunes en duo avec un accompagnement de guitare, rejointe ensuite par la batterie.  Quelque chose en moi de Tennessee gagne à être chanté avec des choeurs d'El Chato. L'introduction de Je te promets est magnifique. Que je t'aime retrouve toute sa puissance émotionnelle grâce à la tonalité manouche, de même que Le pénitencier en bonus.

Chaque titre est une redécouverte. Singrid est touchante dans L'envie qu'elle entonne sans avoir besoin d'hurler. Diego, libre dans sa tête évoque un tournage cinématographique.

Cet ensemble est très réussi et particulièrement les chansons dont Singrid signe les arrangements même si les premières, arrangées par Sandra Abaldonato (qu'on retrouve au clavier) sont très intéressants. William Brunard est à la contrebasse, Rocky Gresset, Stochelo Rosenberg, et Marcel Campion à la guitare (entre autres). L'idole des jeunes doit lui avoir fait un clin d'oeil depuis le firmament pour avoir si bien marié le rock et le jazz manouche; On attend impatiemment la sortie des vinyles même si l'enregistrement actuellement disponible est déjà très satisfaisant.

Elle était accompagnée pour ce show-case par des musiciens de jazz manouche exceptionnels qui nous ont enchanté au-delà de son tour de chant.
Un clip a été tourné avec l'artiste vidéo Oscar Bizarre, colleur d'images animées, réalisateur et chef opérateur qui, avant de travailler dans le cinéma, était technicien son et lumière dans des salles de concerts. Il s'agit du titre Ma gueule qui a été réalisé avec Pistoleros (société de production spécialisée dans le cinéma de genre). Impossible de résister au plaisir de le partager avec vous :
On peut trouver depuis le 4 décembre 2024 Les Contes d’Allison (second prénom de Singrid et joli clin d'oeil à Andersen) aux Editions Sister & Brothers basés sur le thème de la fête foraine aux couleurs gitane. Singrid a écrit les aventures de Tykno (petit garçon en langue manouche) qui est en fait le fils de Singrid, Marcel junior, de Tyknie (petite fille) qui est sa nièce Lilly Rose, et le doudou Niglo (le hérisson qui est le symbole du gitan) en hommage à son neveu Moïse.
Les enfants de sa famille découvriront les plus grands manèges : la Grande Roue de la Concorde pour admirer la ville-lumière, le plus célèbre des trains fantômes en Roumanie, le Carrousel de la Place Saint-Marc à Venise, les montagnes russes du Grand Huit. Ils vivront l'ambiance festive du Break Dance à Broadway et expérimenteront la magie du dragon avant de revenir à Paris retrouver le monde des gens du voyage pour y célébrer un anniversaire.
Cet évènement méritait d'être fêté en partageant un gâteau que la jeune femme s'est fait une joie d'allumer avec l'aide de son fils. Nous l'avons dégusté accompagné de bulles, en toute modération avant d'enchainer avec les traditionnelles photos avec les invités d'honneur comme Jordan de Luxe, Fabienne Thibault ou Chantal Ladesou ou encore Jerem Rassch, Pierre-Jean Chalançon, Shawa Pablo Chester, Dominique Damien-Réhel, Saida Jawad, …
Elle nous a rappelé qu'elle a aussi sorti plusieurs albums de chansons de Noël dont le dernier Gipsy Noël a été fait en collaboration avec son frère pasteur, Chriss Campion et sa chorale et qui est basé sur le jazz manouche, avec des arrangements de Sandra Abaldonato.

La musique est plus que vitale pour Singrid. C'est son oxygène et elle nous a rappelé cette parole de Nietzsche : la vie sans musique serait tout simplement une erreur.

Le 5 février 2025, un roman basé sur de nombreuses personnalités accompagnant la famille Campion sortira dans toutes les grandes librairies aux Editions Sister et Brothers.

Ce roman fait l’objet d’une adaptation en série produite par Eric Atlan (Les démons de Jésus) qui va nous faire découvrir l’histoire romanesque de cette famille hors normes sous le regard espiègle d’une petite fille, … Singrid.

Ce sera l’occasion de découvrir ou redécouvrir la saga de la famille et son parcours sous un angle à la fois humoristique et émouvant. Parce que avec Singrid tout devaient flamboyant, fascinant et surprenant comme l'étaient les deux personnages qui ont accueilli les participants à la conférence de presse hier soir.

Enfin, pour ne rien oublier, une série fiction sortira bientôt et même un film en 2026. L'univers de Ingrid, vous l'aurez compris est éclatant comme un feu d'artifices et on n'a pas fini d'en regarder clignoter les étoiles.
Le Miam est ouvert midi et soir du lundi au vendredi et samedi soir au 72 boulevard Malesherbes - 75008 Paris  +33 (0)1 45 63 22 62

jeudi 5 décembre 2024

Rhinocéros de Ionesco, mis en scène par Bérangère Vantusso

L'affiche représente clairement le décor de Rhinocéros et c'est sans grande surprise qu'on le découvre en s'installant sur les gradins du Monfort.

Il n'empêche, il en impose et on ne perçoit pas à première vue comment les comédiens vont s'en emparer. On a une autre incertitude, quant à résonance que le célèbre texte de Ionesco (1909-1994) peut encore avoir aujourd'hui.

Il faut croire que les enseignants n'ont pas le moindre doute si j'en crois le nombre de lycéens qui étaient dans la salle le soir de ma venue (et qui sont ressortis animés de la fougue de débattre entre eux des enjeux traités par la pièce). C'est que le théâtre dit de l'absurde est d'une actualité folle, et ce ne sont pas les pseudos débats entre politologues sur les différentes chaines de télévision qui démontreront le contraire.
Dans une petite ville de province, tous les habitants se transforment inéluctablement en rhinocéros. Béranger, allergique à la contagion, assiste impuissant à la mutation mentale de son entourage. Plus de soixante ans après son écriture, au moment où l’Europe et plusieurs régions du monde sombraient dans les eaux troubles du nationalisme, la pièce nous saisit encore par sa terrible actualité.
On nous annonce un démarrage en fausse piste, comme une comédie burlesque. On entre et on s'installe sur les gradins alors que les interprètes sont en équilibre, prenant la pause, le bras en l'air ou la main pendante, la jambe pliée ou raide, chacun installé à sa manière sur quelques cubes blancs disposés sur le sol.
Il est vrai que lorsque les comédiens seront sortis de l'immobilité de leurs postures de "chat perché" on suivra, dans les premières minutes, leurs allers et venues alors qu'ils arpentent le plateau dans sa largeur en gestes saccadés à la manière de robots, décrochant des vêtements pendus sur des portants, à jardin et à cour, au rythme d’une musique techno rappelant celle qui accompagne les défilés de haute couture. On pourrait même les qualifier de marionnettes, si on songe que la metteuse en scène est une interprète-marionnettiste.
Et considérer alors le mur de milliers de cubes blancs en relief, tous de taille identique (mais de composition différente, permettant que certains se brisent et finissent en miettes et d'autres pas) comme une salle d'hôpital ou d'expérimentation aux murs carrelés, sorte d'immense théâtre d'objets dans lequel les comédiens puiseront les éléments de démonstration de leur récit. Cela donnera de très belles scènes comme celle du bar quand les cubes deviennent des verres de pastis, ou comme celle de la démonstration du syllogisme exemplaire : Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats. … Mon chien aussi a quatre pattes … Alors c’est un chat.

Le recours à ces éléments autorise l'humour tout autant qu'il permet de matérialiser l'angoisse à mesure que l'épidémie se propage et que les rhinocéros sont de plus en plus nombreux. Le mur sera alors un moyen pour ceux qui résistent de se protéger des pachydermes. La peur n'évite pas le danger, c'est connu. Que faut-il voir dans la volonté de résister ? Fatalisme ou sagesse ? La manière dont les idéologies se propagent reste une interrogation cruciale. Certains d'entre nous restent de marbre. D'autres, comme ce carrelage, vont se briser.

C'était le cas hier, il n'y a pas si longtemps, quand le dramaturge roumain écrivit la pièce pour alerter ses concitoyens sur un éventuel retour du nazisme. La première représentation, dans une traduction allemande, a eu lieu au Théâtre de Düsseldorf le 6 novembre 1959, seulement dix ans après la Seconde Guerre mondiale.

Mais si on se souvient de l'enfance de l'auteur, qui n'accepta jamais le manque d'éthique, d'amour et d'ouverture d'esprit de son père magistrat, opportuniste et tyrannique, qui se rangera tout au long de sa vie du côté du pouvoir, adhérant successivement aux dictatures carliste, fasciste puis communiste, on peut alors considérer Rhinocéros sous un autre angle, plus large, comme une mise en garde contre toute forme de domination.

La comédie burlesque vire au drame et nous plonge dans le chaos de l'âme humaine, comme nous en prévient Bérangère Vantusso. 65 ans après sa création, Rhinocéros est resté une œuvre majeure du théâtre de l’absurde, et résonne avec une incroyable modernité, et pur cause puisque l'homme n'a pas changé. Ajoutons que notre jeunesse doit faire face à la déconstruction du rêve européen entamée par une nouvelle montée des nationalismes.

Bérangère Vantusso dirige, depuis janvier 2024, le Théâtre Olympia - CDN de Tours – et y poursuit un travail de réflexion, entrepris il y a quelques années déjà, sur l’utilisation de la matière à des fins marionnettiques, de simples bouts de bois dans Alors Carcasse (2019) ou des cartes dans Bouger les lignes (2021).

La première de Rhinocéros a eu lieu, en janvier 2024 au Théâtre de la Manufacture de Nancy – Centre dramatique national (CDN) de Lorraine. La pièce est depuis en tournée en partenariat avec Le Mouffetard – Centre National de la Marionnette.
Rhinocéros d’après l’œuvre d’Eugène Ionesco, mis en scène par Bérangère Vantusso
Mise en scène de Bérangère Vantusso assistée de Pauline Rousseau
Adaptation et dramaturgie de Nicolas Doutey
Avec Boris Alestchenkoff, Simon Anglès, Thomas Cordeiro, Hugues De la Salle, Tamara Lipszyc, Maïka Radigales
Collaboration artistique – Philippe Rodriguez-Jorda
Scénographie de Cerise Guyon
Lumières d’Anne Vaglio
Création musicale d’Antonin Leymarie
Costumes de Sara Bartesaghi Gallo & Elise Garraud
Du 5 au 14 décembre 2024
Les mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 20h
Au Théâtre Silvia Monfort - 106 Rue Brancion - 75015 Paris - 01 56 08 33 88

mercredi 4 décembre 2024

JADIS, Châtenay-Malabry de 1870 à 1930

Le Pavillon des Arts et du Patrimoine de la Ville de Châtenay-Malabry (92)  propose "Jadis", une nouvelle exposition, absolument passionnante, permettant de découvrir la ville telle qu’elle était il y a cent ans. 

Il faut saluer le travail entrepris pendant deux ans à collecter un millier de cartes postales et de négatifs sur verre auprès d'institutions et de particuliers, à les inventorier, les classer, les sélectionner en retenant les plus expressives (un peu plus de 250), et enfin écrire et maquetter un texte de présentation.

Je ne suis pas nostalgique du passé mais je la trouve si attrayante que j’aimerais qu’une baguette magique me permette de remonter le temps, l’espace d’une journée, pour profiter et de la campagne à la ville et de ses guinguettes. 

Ce sont les premières empreintes visuelles des lieux qui ont façonné une époque. le grand-père et la petite fille dont il tient la main et qui a été choisi pour illustrer le livre et l'exposition sont des anonymes qui ont été saisis dans le Parc de la Roseraie, dont le Département des Hauts-de-Seine a acheté récemment les 8 hectares pour les ouvrir au public en 2025. Aucun d'eux ne pourrait témoigner aujourd'hui. Si on retrouvait leurs descendants ce serait quelque chose comme 7 générations plus loin. Ce cliché témoigne de la fragilité de la vie mais aussi d'une certaine forme de continuité. On remarquera que derrière le sourire il y a sans doute une certaine tristesse puisque l'homme porte le brassard du deuil au bras gauche. Il semblerait que son pantalon soit troué au-dessus du genou droit. Est-ce un vêtement de travail qui porterait l'usure de travaux agricoles ou d'entretien d'un jardin ?

Je ne m’étais jamais penchée sur l’apparition de la carte postale. A la réflexion il est logique qu’elle soit postérieure à l’invention de la photographie. C’est donc un moyen de communication relativement récent et qui n'aura pas duré très longtemps car on peut parier que les photos publiées sur les réseaux sociaux ont détrôné ce média.

Aucune ne rendra probablement compte d'autres évolutions intervenues sur la commune, comme l’installation en 1969 de l’Ecole centrale sur un immense terrain qui lui aussi a connu un changement radical avec la construction de 2200 logements où vivent déjà environ 1200 habitants. Il faudra sans doute recourir à d'autres images que les cartes postales pour réactiver les souvenirs.

Revenons en arrière. Tout a commencé avec les héliogravures, faite sur une plaque en métal recouverte de gélatine et sur laquelle le cliché apparait. Une fois la plaque posée sur du papier l'image apparait en noir et blanc. Le bromure a permis plus tard de reproduire l'image toujours en noir et blanc, sur un papier spécial, mais avec des détails plus précis. Ultérieurement on pensa à ajouter des couleurs sur les images pour obtenir des cartes colorismes qui furent très populaires. Ce sont les ancêtres de la carte postale et l'exposition explique cette évolution de façon très pédagogique.

Les concepteurs ont travaillé sérieusement mais avec humour en disposant quelques spécimens sur le sol pour inciter les visiteurs à suivre tout le parcours, y compris au premier étage. Ou en installant çà et là une pluie de cartes suspendues qui donnent envie de les saisir pour les observer de près.

Toutes les cartes exposées et mises en scène sont des témoins de leur époque. On s’intéresse aux modifications architecturales et on est surpris de voir les prairies sur les coteaux mais elles sont aussi le reflet d’un mode de vie disparu.

D'un siècle où les habitants se déplaçaient à pied, à vélo ou à cheval. il existait des services "hippomobiles "publics ou privés, à savoir fiacres, caresses et omnibus tirés par des chevaux. On n'y pense pas mais l'invention du pneumatique (en 1888 par John Boyd Dunlop) pour acquérir un avantage concurrentiel en course cycliste a été utile pour tout le monde en popularisant la pratique cycliste. Mais l'arrivée de la voiture automobile individuelle modifia toutes les pratiques, faisant disparaitre progressivement l'emploi des chevaux et … du tramway en 1888 … lequel est de nouveau présent sur le territoire depuis juin 2023.
D’une époque où les draps blanchissaient en plein air (et c'est une jolie idée d'avoir installé un mannequin en costume de lavandière), où les bûcherons avaient leur cabane dans le bois de Verrières, où on allait quotidiennement chercher son lait à la ferme voisine, par exemple dans le bois de Verrières où l'on promettait "du lait à toute heure", sur la route de Versailles qui était alors bordée de champs (devenue Avenue de la Division Leclerc) ou encore chez la famille Boyer située sur la Grande rue, aujourd’hui rue Jean Longuet … et dont il subsiste encore une bouteille en verre pour y verser le précieux liquide.
… où on guettait le passage du rémouleur sur la place de l’église, où on se laissait tenter par les articles des vendeurs ambulants (Amazon en a repris le principe), où les pépinières Croux étaient les plus grandes de France (aujourd’hui Arboretum du Département des Hauts-de-Seine et établissement Truffaut).

… d'un centre ville où résonnaient les martèlements des maréchaux-ferrants, des selleries, et qui bruissait de l'activité des menuisiers, grainetiers, cafés, marchands de tabacs et épiceries.

… de grands espaces verts qui étaient aussi des lieux d'exploitation de pépiniéristes et de jardiniers.

Il y avait autrefois un restaurant juste en face de l'entrée actuelle conduisant à la maison de Chateaubriand, et dont les murs restent tout à fait reconnaissables. Et Malabry, parfois orthographié Malappris, était le nom d'une ferme. 
La culture n'a de sens que si elle est partagée pour rêver ensemble dira Carl Segaud, le maire de Châtenay-Malabry. Voilà pourquoi un ouvrage (en vente au Pavillon), dont le titre reprend l'intitulé de l'exposition, permet aux intéressés de consulter tranquillement les clichés et de prendre le temps de les restituer dans leur univers familier. Je savais que la mairie avait déménagé plusieurs fois, ayant d'ailleurs fait halte un moment dans ce Pavillon des arts qui est un bâtiment XVIII°. Mais j'ignorais par exemple que la Poste avait autrefois occupé une maison - à l'angle de la rue Colbert et de la rue Jean Longuet- qui est maintenant la propriété de particuliers.

On trouve des traces du passé industriel de la ville. Ladislas Lewkowicz (1880-1939), communément appelé "Ladis", polonais d'origine, passionné d'aviation et d'automobile, occupa, pendant une vingtaine d'années, à partir de 1918, les bureaux-ateliers construits au 9/27 rue des Sablons (aujourd'hui rue Hélène Roederer) dans lesquels il a fait fabriquer des pièces automobiles, et des vêtements civiles et militaires. Cet entrepreneur fut l’inventeur industriel du Sidal, un matériau pour lequel il eut des contrats avec l’armée française et qui servit pendant la Première Guerre mondiale de protection contre les gaz de combat. Ensuite il reconvertit son procédé à la confection vestimentaire et le Sidal devint l'imperméable à la mode qu’il soit de luxe, en soie gabardine, cachemire de soie ou plus quotidien, en caoutchouc, que nous connaissons aujourd'hui.

Il aménagea en 1920 à Châtenay et Sceaux, le quartier dit des "Sablons" où il a fait construire une centaine de pavillons. Il baptisa les rues du quartier du nom d'aviateurs connus (Roland Garros, Georges Guynemer et Célestin Adolphe Pegoud, pionnier de la voltige aérienne) et de prénoms de membres de sa famille (Marguerite, sa seconde épouse et Jacqueline, sa fille).

Il fut ruiné lors de la crise économique de 1929 et son entreprise de construction de monuments funéraires Sidalgrani fit faillite en 1935. Nouvelle tragédie en 1939 quand l’armée fit à nouveau appel à lui lors des évènements de la seconde guerre mondiale. Il meurt brutalement d’une crise cardiaque à cette nouvelle.

Ce livre apporte des compléments d'information en reprenant aussi les messages écrits au verso de ces cartes qui, ne l'oublions pas, étaient utilisées pour communiquer avec famille et amis.

L’exposition couvre la période 1870-1930 et beaucoup d'actions ont été entreprises ensuite. Je crois savoir que d'autres expositions, et sans doute d'autres livres nous aideront à faire revivre les époques suivantes et poursuivre la conversation commencée avec le passé.

JADIS de 1870 à 1930
Du 3 décembre 2024 au 4 janvier 2025
Au Pavillon des Arts et du Patrimoine - 98 rue Jean longuet - 92290 Châtenay-Malabry 
Entrée libre, les mardi et vendredi de 14h à 18h
Mercredi, jeudi et samedi de 10h à 12h30 puis de 14h à 18h
Nombreuses animations et médiations culturelles programmées notamment avec les écoles et centres de loisirs.
Une visite et un atelier tout public sont annoncés le samedi 14 décembre de 10 à 12 heures.

mardi 3 décembre 2024

Le Grand Tasting de décembre 2024

Je suis désormais ultra organisée en ayant repéré en amont la liste des stands où je souhaite m'arrêter de manière à pouvoir saluer tous les producteurs que j'ai envie de revoir et de déguster -en toute modération- peu de cépages sans trop me laisser tenter par  ailleurs.

C'est dans cet état d'esprit que je suis arrivée au Grand Tasting organisé par Bettane et Desseauve au Carrousel du Louvre les 29 et 30 novembre derniers.
J'avais un tel bon souvenir d'une dégustation de vins suisses il y a quelques mois que le Domaine Hammel fut le premier à m'intéresser.

Il y a une "bonne" raison au fait qu'on ne connait pas beaucoup les vins suisses en France. C'est qu'ils consomment leur production, n'en exportant que 2%. A l'inverses ils sont de gros importateurs de Champagne, de Bourgogne et de Bordeaux.

Charles Rolaz est propriétaire de prestigieux domaines dans les cantons de Vaud et Valais et sa renommée n'est plus à faire. La Bolliattaz est implantée en Lavaux qui est classé au patrimoine de l'Unesco. Sa situation en terrasses rend impossible l'usage de la motorisation. Tout est donc effectué à la main dans les respects de la Biodynamie et de la réglementation Démeter.

Ce premier vin -qui est le seul actuellement à être distribué en France- est issu de vignes plantées en chasselas, qui est au demeurant le cépage le plus planté en Suisse. La robe est jaune pâle à reflets verts. J'ai été saisie par le côté fruité du bouquet, ses notes florales d'acacia et de tilleul très odorantes (en particulier le millésime 2022) évoquant un Viognier ou un Condrieu, et s'accordant avec une belle minéralité qui constitue la signature du terroir. Il n'y a aucune surprise à apprendre que nous sommes davantage sur du calcaire que sur de l'argile, en réalité des marnes glaciaires.

Le nom semble tracé à la plume sur l'étiquette. Il mérite son appellation Grand Cru Monopole. Le terme de "Monopole" s'applique quand la parcelle est détenue dans sa totalité par un même propriétaire. Ce vin s'accordera avec beaucoup de recettes, poissons de rivière, volailles, viandes blanches, fromages peu corsés.

Bien que la production suisse s'effectue à environ 70% en blancs il existe des rouges,  issus de Gamay, de Merlot ou de Syrah, comme le Clos de la Gorge que j'ai ensuite découvert. Les vignes poussent sur une parcelle de terrasses de moraine rhodanienne alpine à cailloutis calcaire, composant un triangle très ensoleillé, d'où on a une vue sur les Dents du Midi.

Sa robe est d'un pourpre intense. Nous sommes cette fois davantage sur les petits fruits noirs, les épices, la réglisse et en bouche on pourra reconnaitre aussi l'olive noire et le café.

Son élevage en cuve et barriques de chêne acquises en Bourgogne lui confère une certaine rusticité qui s'exprime par des tanins charnus. On l'accordera plus facilement à des viandes rouges grillées, accompagnées par exemple de champignons des bois, à l'instar d'un Côte rôti.
L'Ovaille - 1584 - 1er Grand Cru, m'a vraiment surprise, dans le bon sens du terme. Il faut savoir que, contrairement à la manière de nommer les vins en Bourgogne, le 1er Grand Cru est au-dessus d'un Grand Cru en Suisse. Ce Chasselas élevé en amphore est plus rond que le premier dégusté. Ici ce sont les fruits jaunes qui dominent et pourtant sans appauvrir sa vivacité. On le pressent immédiatement sur un foie gras ou de vraies bouchées à la reine.

La pastille d'étain qui orne le col de la bouteille (et qu'on ne voit pas sur la photo) lui confère de la noblesse en lien avec l'histoire du terroir installé sur un coteau d’éboulis datant de 1584 et qui compte parmi les fleurons du vignoble suisse. En effet cette année là un éboulement tragique a totalement détruit le village qui dut être reconstruit entièrement tandis que les vignes ont été replantées.

Il domine la commune d’Yvorne du haut de ses terrasses escarpées à 500-600 mètres d'altitude. Il est exposé sud-ouest dans un coteau à très forte pente (jusqu'à 75% sur les hauts). Il est bien évidemment récolté à la main au terme d'un suivi parcellaire des maturités pour le choix de la date de récolte. Les vendanges manuelles s'accompagnent d'un tri des raisins en caissettes afin de préserver l‘intégrité des baies. Pressurage très doux dans le respect du fruit. Après sédimentation naturelle, lente fermentation, puis élevage sur lies fines en amphores. Filtration légère.
J'ai été heureuse de re-discuter avec les deux soeurs travaillant au Château de Lascaux qui est un domaine viticole historique en Pic Saint-Loup. La famille Cavalier s’est établie au XVI° siècle à Vacquières, au cœur de la garrigue. Elle poursuit aujourd’hui une histoire familiale, en osmose avec le milieu naturel riche qui l’entoure. Les parcelles de vignes en agriculture biodynamique s’épanouissent sur un terroir atypique et identitaire, pour produire des vins de grande expression : finesse, subtilité et fraîcheur inspirante.
J'ai d'abord dégusté Les Pierres d’Argent, AOC Languedoc, assemblage de Rolle pour 40%, Marsanne 35%, Roussanne 15% et Viognier : 10% qui est le résultat d'une sélection parcellaire. Le terroir se trouve à 130 mètres d’altitude sur le sol argile-calcaire d'un versant de pente très faible exposé sud-est près du village de Vacquières.

Vendange manuelle. Entièrement égrappée. Pressurage après une courte macération pelliculaire à froid. Débourbage à froid sans excès. Fermentation en levures indigènes. Température de vinification maîtrisée autour de 18°. Fermentation et élevage en foudre sur lies et cuve ovoïde sans bâtonnage pendant 9 à 12 mois. Elevage en bouteille au minimum un an avant la commercialisation.

La robe est brillante avec de jolis reflets dorés. Après un premier nez sur des notes de chevrefeuille et de noisettes concassées, apparaissent des arômes de petits biscuits au beurre. Il est très aromatique, floral et complexe. Très fluide en bouche, on retrouve les arômes du nez, ajouté à des notes de litchi. sa tension est inhabituelle pour un vin du Sud. Je le verrais très bien sur une galette des rois même s'il s'accordera avec  une volaille jaune ou un poulet aux morilles aussi bien qu'un vin du Jura.

Les Nobles Pierres Pic-Saint-Loup fut une autre belle surprise. Lui aussi résultant d'une sélection parcellaire, cette fois de vignes (Syrah : 70 % Grenache : 30 %) plantées sur un sol constitué d’éclats de calcaire résultant de la fragmentation des calcaires par l’eau qui gèle dans leurs fractures ("gélifraction"), puis étalés en vastes cônes de déjection par des torrents, au cours d’une des dernières périodes froides de l’ère Quaternaire.

lundi 2 décembre 2024

Vingt dieux, film de Louise Courvoisier

Un mois s’est écoulé depuis la proposition de l’AFCAE de découvrir un film-surprise, en l’occurrence Le Royaume, premier film d’Yvon Colonna. Et c’est encore un premier long-métrage que j’ai pu voir ce soir au cinéma Le Rex de Châtenay-Malabry. Après la Corse, nous avons plongé dans une autre réalité, celle du fromage Comté AOP et de ses producteurs.

Le film démarre par une image insolite (un veau debout sur le siège avant d'une voiture) et le titre apparaît après un très long plan séquence suivant la nuque d'un homme transportant un fut de bière en se faufilant entre les stands d'une fête agricole.

Louise Courvoisier a donné comme titre à son oeuvre une exclamation que j’ai beaucoup entendue dans les milieux ruraux de l’Est de la France pour exprimer aussi bien la colère que l’admiration ou une grande surprise. Ceux qui ne veulent pas choquer emploient grands dieux et d’autres s’écrient sacrebleu ou crevindiou.

Quoiqu’il en soit Vingt dieux a été créé par opposition à un dieu unique (et tout puissant) ou encore vain dieu (indiquant que dieu n’existe pas en réalité). Mais ce juron blasphématoire peut aussi s’écrire "vin dieu". Il résonne alors vivement avec le travers des personnages de boire plus que de raison mais je ne sais pas si la réalisatrice avait noté cette collusion.

En tout cas le ton est donné dès les premières images. On fume et on boit jusqu’à l’enivrement et les conséquences vont vite être désastreuses, provoquant la perte de contrôle de ses pulsions, entraînant de violentes bagarres et, pire que tout, un accident mortel. Et ce ne sont pas les parents qui donneront le bon exemple !

Comme on le voit sur l’affiche du film, Totone (Clément Faveau), 18 ans, est plus intéressé par l'idée de s’exhiber sur une table et d'amuser la galerie les fesses à l'air en chantant la danse du Limousin, que par celle d'aider son père à la fruitière familiale.  Pour le moment la fête est ensoleillée mais la façade va se fendre.

A l’instar des contes de fées dans lesquels les héros doivent surmonter des épreuves, les personnages n’ont personne sur qui prendre appui, si ce n’est les amis de leur génération, et nous verrons que leur soutien n’est pas acquis d'avance ni infaillible. Les familles sont éclatées, devenues majoritairement monoparentales, sans grands-parents, oncles et tantes ni mères de famille pour donner un cadre éducatif un peu stable. C’est la pire des catastrophes lorsque le père meurt prématurément, changeant brutalement la donne, obligeant Totone à prendre soin de sa petite sœur Claire (Luna Garret), et à gagner sa vie. Il lui faudra alors se recentrer sur le premier cercle, à savoir les amis.

Née à Genève en 1994, Louise Courvoisier est fille de musiciens professionnels (qui signent la bande du film) reconvertis dans l'agriculture. Elle a grandi à Cressia, petit village du sud du Jura (39). Adolescente, elle s'en est éloignée pour apprendre le cinéma et travaillera plus tard sur plusieurs tournages avant de se lancer dans la réalisation d'un court-métrage très remarqué, Mano a Mano, qui plonge dans l'intimité d'un couple d'acrobates circassiens après un accident qu'elle filme en témoignant de leurs efforts et de leur créativité. Il a obtenu le prix du jury Ciné Fondation du festival de Cannes 2019. Dans un moyen-métrage documentaire, Roule ma poule (2020), elle suivait, à travers les villages jurassiens, le quotidien de la petite troupe de cirque fondée avec ses parents, ses frères et sa soeur.

La voilà ensuite à Cannes avec son premier long, dans lequel on retrouve l'authenticité, la ruralité, la jeunesse, la liberté et la vitalité réjouissante qui sont en quelque sorte sa carte de visite. Sa caméra capte au même niveau la joie communicative de la fête de village, la banalité avec laquelle une fille accepte de suivre un garçon dans la nuit, le fiasco relatif des relations amoureuses … et la brume qui s’effiloche au petit jour dans le fond de la vallée.

Quand les ébats amoureux ont lieu dans la paille ce n'est pas pour faire pittoresque et la caméra n'est jamais impudique. Le sexe masculin est plus valeureux en paroles qu'en actes et la charge érotique est davantage suggérée que montrée. Les sentiments s'expriment avec une certaine rugosité, comparable à la rudesse des paysages géographiquement bouchés qui, loin de composer un simple décor, représentent l'expression visuelle des caractères humains.

Le spectateur se sent à la fois invité et impuissant face aux difficultés qui empêtrent ce monde rural. Certes il y a l'alcool qui est un facteur aggravant mais il y a bien d'autres contraintes, sociales, financières, éducatives, culturelles … et les engins agricoles sont parfois antiques.
Plusieurs membres de sa famille sont au générique. Et c’est parmi ses anciens camarades de la CinéFabrique de Lyon où elle a fait ses études, que la réalisatrice a trouvé une grande partie de son équipe. Le choix de confier les rôles à des comédiens non-professionnels, recrutés lors de castings sauvages dans les courses de motocross ou de stock-cars et les comices agricoles de la région, confère au film un formidable accent de vérité et de naturel. Leur authenticité est à la hauteur de l’AOP comté qu’ils défendent dans leur real life et qui occupe la place d'un personnage principal. Le résultat est hurlant de vérité faisant oublier qu’on est devant un écran.

dimanche 1 décembre 2024

Chronicles of Time : Tango, Jazz & Beyond, un album de Patricia Bonner

J’ai rarement écouté un album en boucle aussi longtemps. J’aurais parié qu’il s’agissait de reprises des meilleurs standards de jazz. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que c’était Jean Michel Proust qui en avait composé la musique et Patricia Bonner écrit les paroles pour la plupart des chansons.

J’ai remis comme on dit mon métier sur l’ouvrage pour comprendre et j’ai mieux repéré et isolé les instants d’hommage aux grands artistes que sont Michel Legrand, Astor Piazzola, Billie Holiday, Edith Piaf, Nina Simone… Chronicles of Time : Tango, Jazz & Beyond est très bien fait mais je reprocherais tout de même que ce ne soit pas mentionné sur le livret, pas davantage que Joseph Kosma auquel on pense dès les premières notes de Dis te souviens-tu ? (piste 1) qui fait directement référence aux Feuilles mortes écrites par Jacques Prévert et dont l'évocation réapparaitra nettement dans Foolish Dreams (piste 13).

Comment ne pas penser au pianiste Gérard Jouannest qui a écrit et composé pour Jacques Brel Ne me quitte pas en écoutant Soy (piste 3) ?

Quoiqu’il en soit, j’adore et je regrette de n’avoir pas eu la disponibilité pour assister au concert qui a eu lieu à Paris le 27 novembre 2024 au Studio de l’Ermitage.

Il s'agit, je crois de son troisième album. Et comme pour les précédents, l'interprète a collaboré avec le compositeur Jean-Michel Proust. Il signe ici la composition des seize titres pour lesquels il s’est entouré de deux orchestrateurs : Chloë Pfeiffer (cheffe d’orchestre et arrangeuse de tango) et Jean-Marc Fritz (chef d’orchestre et arrangeur de jazz).

Patricia Bonner s'est exprimée sur sa volonté de marier jazz et tango : "Si l’on regarde leurs parcours, jazz et tango ont des univers très croisés, ils viennent de la rue, je les retrouvais à Buenos Aires où j’allais très souvent dans les années 80. Le tango, comme le jazz, évoque la sensualité, la suavité, la sentimentalité avec, en plus pour le tango, une note de gouaille et de fatalité".

Il est vrai que ces deux genres font bon ménage avec sa voix, qu'elle s'exprime en français, en espagnol ou en anglais. Et on imagine danser Catherine et Françoise, les demoiselles de Rochefort sur l'air de La chanson des troubadours (piste 12) qui doit beaucoup à Michel Legrand.

Elle a écrit majoritairement les chansons de l'album mais No rush (piste 14) a été rédigée en commun avec Jean-Michel Proust. L'album parle de souvenirs (Dis, Te Souviens-tu ?, Memories - pistes 1 et 6), et la quête de soi (Soy, Je M'aime, I'm ready - pistes 3, 5 et 16), évoque le printemps ou l'été (Verano, It is Spring - pistes 4 et 11) et toujours la nostalgie du temps qui s'enfuit (It's a good Day, Cette larme à l'instant - pistes 10 et 15).

La voix est agréable et l'ensemble est harmonieux, démontrant que même si elle s'inspire des plus grands, Patricia Bonner parvient à les inviter dans un univers forgé à partir de toute la musique qui l'a entourée depuis toute petite. Ses grands parents interprétait pour le plaisir des air d'opéra. Sa mère chantait dans l'orchestre de Ray Ventura. Un de ses frères était passionné de musique classique et l’autre de jazz, ce qui explique comment elle a découvert ce genre. Elle a rencontré le pianiste de jazz américain Bud Powell et finalement il était logique qu'elle finisse par chanter, pour commencer en amateur pendant quelques années. Jusqu'à ce que sa route croise en 2009 celle de Jean Michel Proust avec qui elle travaille encore aujourd’hui.

Chronicles of Time : Tango, Jazz & Beyond
Sortie le 29 novembre 2024 chez Teranga Production

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