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vendredi 4 septembre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès


(mise à jour le 1er décembre 2015)

Le grand public guette le nouveau Nothomb à chaque rentrée. Je l'ai fait moi aussi, je le concède. Mais, cette année, la découverte du dernier De Vigan m'intéressait bien davantage. Sans que ce soit exclusif parce que j'étais tout autant impatiente d'avoir entre les mains le dernier Bertholon, Tessarech, Giraud, Blondel ... pour ne citer au hasard que quelques-uns de mes auteurs préférés, qu'ils aient ou non publié fin août.

Cela faisait plusieurs années qu'il n'y avait pas eu de nouveau de Vigan à l'horizon. Rien en 2012, ni les suivantes. Je patientais. Sans me douter que l'auteur me donnerait la réponse dans ce roman - car c'en est un - qui est sorti le 26 août dernier.

Le vrai du vrai c'est la conséquence de sa rencontre avec une femme et qui aurait provoqué deux ans d'impuissance à écrire. Ce démon reste masqué derrière une initiale, L. qui s'entend aussi à la troisième personne (elle) tandis qu'une pléiade de prénoms comme François, Olivier, Nathalie ... surgissent au fil des pages de ce roman à (petites) clés pour le cercle littéraire.

Rassurez-vous : point n'est besoin de débusquer les patronymes pour apprécier l'ouvrage. Je ne vais pas vous les donner. A l'exception du nom de famille du compagnon de l'écrivain, puisqu'il est de notoriété publique, François Busnel, qui anime la Grande Librairie sur France 5.

Delphine de Vigan fait référence dans son livre à son passage dans cette émission littéraire quelques semaines après la sortie de Rien ne s'oppose à la nuit. Elle dit combien cette soirée lui a été reprochée, les mauvaises langues estimant qu'elle avait bénéficié de favoritisme. Elle relate la jalousie dont elle a été abusivement la cible puisque ce roman était déjà un grand succès. Elle raconte surtout combien elle était terrorisée de s'exprimer devant François Busnel ce soir là. C'est tout à fait exact. Il se trouve que j'y étais et je me souviens parfaitement de la façon dont elle se tenait, avec le plus de discrétion possible, comme si elle avait voulu se fondre dans le décor.

Elle m'avait très gentiment dédicacé cet ouvrage après l'émission. Sa manière d'écrire m'avait surprise. Non pas parce qu'elle écrivait de la main gauche mais par sa façon unique de tenir son stylo. Ce qui est drôle c'est que ce geste fait l'objet d'une mention dans le dernier roman. Mais je peux jurer que je ne suis pas L.

Nous avions ce soir là évoqué la question de la vérité. Je n'avais pas pu m'empêcher de l'interroger sur deux ou trois points, en raison des prénoms et des patronymes qu'elle avait employés et qui faisaient terriblement écho à ma propre histoire familiale. Ce n'était que pure coïncidence.

Il faut se garder de raccourcir le titre D'après une histoire vraie en laissant tomber le premier mot. Il est essentiel. Finalement tous les auteurs écrivent "d'après" des éléments plus ou moins réels. Et c'est ce mot là qui situe le texte dans l'univers du roman.

L. demande trois photomatons (p. 203) pour conserver un souvenir de Delphine. Sans doute les trois clichés reproduits sur la couverture ... à ceci près que ce n'est pas le visage de Delphine, même si la ressemblance est troublante.

Delphine de Vigan a effectivement écrit pour le Paris des Femmes. Elle s'est rendue au festival de Chalon sur Saône en avril 2014. Que les faits rapportés soient un peu, beaucoup, ou exacts à la folie, peu m'importe. La lecture de ce dernier roman est tout à fait palpitante, à la manière d'un polar, jusqu'au mot FIN*. Et je vous encourage à entreprendre ce voyage plusieurs fois parce qu'il y a de toute évidence plusieurs niveaux de lecture.

L. porte la même initiale que Lucile, la mère ou Liane, la grand-mère ... de Delphine et déjà dans Rien ne s'oppose à la nuit (p.204), elle s'inquiétait du livre qu’elle écrira après, lorsqu’elle sera délivrée de celui-ci. La question du sujet la hante. Et je ne suis pas loin de penser que L. est son double au simple motif que l'écriture est une grenade (p. 212).

Je n'ai pas recueilli de confidence mais je suis persuadée que l'histoire qui nous est racontée a été inventée de toutes pièces pour ce qui est de l'enchainement des actions. Vue la noirceur de certaines scènes je souhaite sincèrement à Delphine de ne pas les avoir vécues et si par hasard c'était le cas j'ose croire qu'elle interprétera mes doutes comme une preuve de sympathie.

En tant que lectrice j'ai pourtant totalement adhéré au scénario, même si les citations empruntées à l'univers de Stephen King m'ont mise sur la piste de l'hommage. Je suis une fan inconditionnelle de Misery, que j'ai vu plusieurs fois.

La construction du roman en trois actes, séduction, dépression et trahison, démontre une analyse rigoureuse de la relation d'emprise, ce qui n'a rien d'étonnant pour quelqu'un qui connait le sujet du harcèlement au travail, déjà traité dans Les heures souterraines.

Delphine de Vigan raconte aussi la pesanteur des dédicaces et je la comprends. Tous les auteurs le disent. Elle a beaucoup donné dans le registre de l'autobiographie. Je ne veux plus faire çà (écrire sur sa famille), pas sous cette forme confie-t-elle p. 208.

En fait elle punit son personnage. Elle règle des comptes. C'est très habile, très intelligent, même généreux. Elle est elle-même et son double. Un double L.

Ce qui est surtout "vrai" ce sont ses réflexions sur l'écriture. Au lieu de nous livrer un livre sous forme d'essai, à la manière de Barthes, elle nous offre un thriller psychologique. C'est tout de même plus réjouissant. Autrement dit un livre dans le livre.

On pourrait tout de même lui faire un reproche : la source des lettres anonymes n'est pas élucidée, à moins qu'il n'y ait rien à en dire ... ce qui reviendrait à supposer qu'elles furent le fruit d'une imagination débridée.

Emilie Frèche traite à sa manière, et de façon elle aussi très réussie, le même double sujet, l'écriture et l'emprise avec un Homme dangereux.

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès
Sélectionné pour le Goncourt
Prix Renaudot attribué le 3 novembre 2015
Goncourt des lycéens le 1er décembre 2015

mercredi 17 septembre 2014

Catherine Locandro revient sur son livre L'histoire d'un amour, paru chez HEO cet été

J'ai eu l'occasion de recueillir le ressenti de Catherine Locandro quelques jours après la sortie de son livre, L'histoire d'un amour, dont j'avais déjà écrit la chronique fin août. Elle me l'avait dédicacé. J'avais envie de la connaitre davantage, d'autant que j'avais sincèrement apprécié .

Elle m'a confirmé qu'elle était partie de la lecture d'un fait divers, publié en novembre 1995 dans le journal italien de La Stampa, mais qu'elle avait découvert longtemps après, alors qu'elle faisait des recherches sur Dalida, il y un peu plus d'un an seulement. Cet élément a confirmé son intuition : il y avait là matière à raconter une histoire qui soit à la fois une vraie histoire et une histoire vraie.

Dalida a baigné son enfance. Bien qu'elle ne soit pas une fan, sa personnalité l'a toujours fascinée, pour son coté très lumineux et très sombre, donnant envie d'explorer ce contraste sans pour autant s'engager dans une énième biographie. Il était essentiel pour Catherine de pouvoir entreprendre un travail dans l'imaginaire : C'est surtout la femme touchante qui m'intéressait : en quête d'elle-même. Qui n'a pas hésité à se remettre en question. Une femme romanesque.
Il faut dire que cet amour fulgurant, entre un jeune homme et une femme proche de la maturité, recèle un potentiel incroyable. C'était un point de départ possible pour tirer le fil de ce que fut son existence, mieux comprendre ce qu'elle fut et restituer aussi une histoire d'amour avec ses composantes essentielles : la rencontre, l'éclosion de la passion, la rupture, le manque.
Le talent de l'écrivain est de réussir à transcender un évènement personnel en une analyse de portée universelle.

Catherine Locandro est persuadée que Dalida a tenu à ce que "ça" reste secret. La mode des cougars n'était pas de mise dans l'Italie de la fin des années soixante. Et puis la chanteuse a connu des amours beaucoup plus spectaculaires par la suite (ses trois maris se sont suicidés). Du coup cet épisode pouvait sembler anodin, même s'il a eu des conséquences tragiques et définitives, avec un chagrin de maternité inconsolable. Il est resté dans l'ombre, et vivre une passion à l'égard des regards a dû ajouter du sel en son temps. Cela devait être palpitant de se retrouver dans des hôtels en essayant de passer inaperçue alors qu'elle était déjà célèbre.

On peut penser qu'elle avait aussi besoin d'entretenir une zone de jardin secret comme toutes les personnes qui sont si populaires. Le terme de secret est cependant un peu excessif car Orlando, le frère de Dalida, a mentionné cette passion dans la biographie qu'il a co-écrite en 1995, un ouvrage dans lequel Catherine a puisé largement pour disposer d'éléments véridiques.

Il est probable que si les évènements se produisaient aujourd'hui l'affaire connaitrait un dénouement très différent. D'abord parce qu'il est devenu quasiment impossible de préserver une histoire des oreilles et des téléphones portables indiscrets au-delà de quelques jours et que, paradoxalement, on supporte mieux l'étalage de sa vie privée. De plus les différences d'âge ne sont plus scandaleuses.

La chanson de Jean-Louis Murat qui est citée en exergue est une des chansons préférées de l'écrivain. Celle-ci résume particulièrement bien cette histoire qui ne veut pas finir. Elle l'a choisie aussi parce que le fait que ce soit un homme, un chanteur lui aussi, qui ouvre le livre, apportait une note d'originalité.

Dalida est toujours désignée dans son livre sous le terme de la Chanteuse, ouvrant ainsi les vannes de l'inspiration alors que la désignation nominative de Dalida aurait enfermé le personnage, entravant l'imaginaire de l'auteure comme celui du lecteur. Cette femme est un point de départ pour aller vers quelque chose de plus large. Enfin l'expression place le projecteur sur l'image publique. Il faudra que le lecteur passe outre pour découvrir la femme qui se profile derrière.

Les réactions des lecteurs sont très positives et font un plaisir immense à Catherine Locandro qui reçoit beaucoup de lettres lui expliquant que cette histoire est touchante de façon très personnelle, la confortant dans son intention d'écrire avant tout une histoire d'amour, et pas un épisode de la vie d'une star. Ça parle à beaucoup de gens, me confie Catherine et je reçois de nombreux témoignages très émouvants.

Interrogée sur ses projets elle affirme avoir le désir de continuer. Elle a déjà une piste pour un prochain livre mais elle ne l'a pas tout à fait commencé. Les recherches sont entamées. Là encore il y aura un travail préalable de documentation puisque c'est devenu sa manière d'entrer dans l'écriture. Elle cherche l'inspiration dans les livres, les films, la musique. Elle a besoin de baigner dans une ambiance propice.

Elle est passionnée de cinéma. Elle me recommande d'aller voir Sils Maria, d'Olivier Assayas, qu'elle a adoré. Elle le juge remarquablement écrit et interprété avec finesse. Coté musique, c'est le dernier album de Julien Doré qu'elle a beaucoup écouté ces derniers temps.

Elle lira probablement Nothomb, car le sujet lui semble intéressant, cette amitié particulière ... Elle se plongera dans le dernier Serge Joncourt car son talent est immense, me dit-elle. Elle ne résistera pas au prochain Emilie de Turckheim, qui publie elle aussi chez EHO et dont elle aime la fluidité. J'ai ouvert La disparition du nombril et je partage son opinion.

Catherine fait des allers retours réguliers entre Bruxelles et Paris qui sont à moins de deux heures l'une de l'autre. Elle a vécu à Paris mais la capitale française est devenue financièrement inaccessible. Bruxelles est une ville où l'atmosphère est plus détendue, une sorte de refuge, un endroit très propice pour écrire : On s'y sent bien, c'est plus simple pour un auteur, plus confortable. J'y suis installée depuis neuf ans et j'y suis très heureuse.

lundi 22 décembre 2025

Peut-on être beau et éco-responsable ? La Cour des Icônes a des réponses

Alors que le débat gonfle et s’envenime à propos de l’arrivée de Shein au BHV, j’avais reçu une invitation à me rendre à une présentation presse d’une "agence" dont le credo est de représenter une majorité de marques écoresponsables, pas forcément déjà très connues, mais promises à devenir des icônes parce qu’elles portent chacune une belle histoire.

La Cour des Icônes les présente un peu à l’instar d’un cabinet de curiosités. Je suis allée à leur découverte le 26 novembre dernier, certes par goût pour l’originalité mais aussi par conviction. Je suis en effet la fille de parents qui ont traversé la Seconde guerre mondiale et dont l’enfance a été vécue dans une certaine misère qui a ensuite fortement impacté leur mode de vie bien qu’ils aient ensuite été à l’abri de ce qu’on nomme "les soucis matériels". Ça m’est totalement naturel d’avoir un comportement éco-responsable.

J’ai retenu cette après-midi là une dizaine de marques. Je vais commencer par une femme aux multiples talents et dont j’avais croisé plusieurs fois la trajectoire de vie sans le savoir.

Saranguerel Tseelaajav est née sous la yourte de sa grand-mère, dans une région de Mongolie réputée pour ses élevages de chèvres, yaks et chameaux. Elle a grandi en symbiose avec la nature, mais elle est venue étudier à la Sorbonne et a décidé en 2011 de lancer sa marque éponyme de cachemire haut de gamme, éthique et solidaire, entre tradition.

Saranguerel est d'abord née de la volonté de préserver un savoir-faire ancestral en voie de disparition. Le tricotage se fait sur machine, sans électricité et l’assemblage à la main par une centaine de femmes qui ont encore un mode de vie nomade, justifié par la nécessité d'accompagner les élevages, pour la plupart de petite taille, dans les steppes de Mongolie.

La fondatrice garantit à ces artisanes une rémunération et des conditions de travail justes. Côté consommateurs, la traçabilité est sans reproche.

Le vestiaire est composé de pulls, sous-pulls, gilets, pantalons, châles, écharpes, gants et bonnets, vendus exclusivement sur le site internet, ce qui n'exclue pas des commandes personnalisées. La tradition n'interdit pas une certaine modernité comme en témoigne le  coeur tissé sur le col d'un pull. Cet autre motif, sur le pull beige, est exactement celui du  mandala porte-bonheur qui était peint sur toutes les portes des maisons et qui peut être exécuté en plus petite taille.
Tseelaajav est depuis 29 ans en France parle sept langues. Elle a traduit les dialogues de nombreux films. En particulier Si je pouvais hiberner qui fut le premier film mongolien présenté au festival de Cannes. Elle connait très bien les lieux de tournage. C'est là que se trouve le petit atelier de métiers à tricoter.

Sa prochaine collection s’inspirera de son prénom qui signifie "clair de lune" et s’appellera lune.

Revenons en France, et plus précisément dans la quartier parisien de la Goutte d'or où se trouve un atelier qui combine trois belles valeurs : le recyclage, le Made In France et le travail solidaire. Depuis 2008, l'Association Chaussettes Solidaires révolutionne le recyclage des chaussettes usagées en les transformant en nouveaux fils, donnant naissance à des collections d'accessoires et vêtements à la fois esthétiques et respectueux de l'environnement. Elle ne se limite pas à la revalorisation textile. Elle s'engage aussi à l'insertion sociale et économique des personnes éloignées de l'emploi.

L'association recycle les anciennes chaussettes en les transformant en nouveau fil pour en faire des chaussettes neuves, mais aussi des gants, écharpes, et d'autres accessoires de mode élégants et intemporels, qu'elle vend sous sa marque Chaussettes Orphelines.

Le fil issu d'une filature du sud ouest de la France est obtenu en associant aux fibres de chaussettes recyclées des matières ayant un faible impact sur l'environnement (coton recyclé, laine recyclée, lin...) pour encore plus de douceur, de confort et de résistance.

Tous leurs produits sont fabriqués en France par des tisseurs, tricoteurs et confectionneurs soucieux de la qualité et de la durabilité des produits. Et pour prouver qu'ils ne font pas "que" des chaussettes j'ai choisi de présenter un grand sac cabas.

Il faut la suivre sur les réseaux pour se tenir informé de certains évènements auxquels vous pourriez participer. Par exemple le 15 mars dans l'Espace créatif de Marcia de Carvalho, 2 Rue des Gardes, 75018 Paris (inscription ici dans la limite des places disponibles). La fondatrice de la marque interviendra à propos de l'économie circulaire dans la mode à 15 h en compagnie de Catherine Dauriac, présidente de Fashion Revolution France. Suivra un atelier d'upcycling pour apprendre à réparer et personnaliser des vêtements. Puis apéro convivial et concert de musique brésilienne.

Mon oeil a été attiré par les volumes et la fluidité des lignes des modèles d'Ekjo, une marque dont le nom est tiré des initiales de la créatrice sud-coréenne Eun Kyung Jo.

mercredi 5 janvier 2011

Entretien avec Gérald Chatelain, metteur en scène de La Dernière leçon de Noëlle Châtelet,

La mère avait choisi son heure de départ vers cet aboutissement de la vie qu’est la mort, pour ne pas être un fardeau pour les siens. Quelques années après la fille adresse une lettre à cette mère pour faire le récit d’une vie bien remplie, d’une belle existence avec ses joies et ses peines. C’est Catherine Rétoré qui interprétera la fille avec la complicité de deux marionnettes pour retracer cette complicité jusqu’à la dernière leçon que donne la mère à sa fille pour accepter son choix.

J’ai rencontré le metteur en scène Gérald Chatelain dans son théâtre de Fontenay-aux-Roses (92) quelques semaines avant la création. Nous avons parlé de théâtre, de vie …

Quand déranger devient vertu
La première mission du théâtre pourrait être de divertir, avec d’ailleurs pourquoi pas, une résonance politique. Je pense à la Résistible ascension d’Arturo Ui, où Brecht critique le régime fasciste en le transposant dans le Chicago des années 1930. J’ai aussi le souvenir formidable d’une comédie cinglante avec la Mort accidentelle d’un anarchiste de Dario Fo. Je pourrais aussi bien entendu citer Molière.
La seconde c’est d’interroger le monde sur ce qui nous trouble et de le faire d’une autre manière. C’est ce que font les textes d’auteurs comme Becket, Jean Genet ... L’évocation de l’aventure coloniale en Algérie avec les Paravents a fait scandale. Un commando d’anciens parachutistes d’Algérie a réussi à perturber la représentation en lançant des bombes lacrymogènes. C’est une image inoubliable. Les gendarmes ont du protéger le théâtre. André Malraux, alors ministre de la culture, a été sommé de s’expliquer, ce qu’il a fait en défendant la liberté d’expression artistique …

Gérald Chatelain regrette que ce type de théâtre se rencontre de moins en moins, ce qu’il attribue à une forme d’autocensure des porteurs de projet qui anticipent la réaction des financiers. Les contraintes économiques sont devenues tellement prégnantes que les producteurs ne prennent plus de risques.

C’est vrai qu’on ne pourrait sans doute plus aujourd’hui quitter la tête haute une structure en faillite comme Patrice Chéreau l’a fait à Sartrouville. Mais je veux croire qu’il reste tout de même quelques troupes qui parviennent à se dégager des aspects financiers. Je pense en particulier à la troupe Kolyada qui nous a secoués l’an dernier avec un Revizor puis un Hamlet exceptionnels.

A cet égard le cinéma parviendrait davantage à rester pertinent, par exemple avec des réalisations comme le Dernier voyage de Tanya, d’Aleksei Fedorchenko, actuellement sur les écrans, ou tous ces films iraniens qui irradient de vivacité alors que le théâtre reste pour Gérald Chatelain très franco-français. Et surtout il bénéficie par essence d’une pérennité qui n’existe mal au théâtre. Les captations sont rares et même quand elles sont excellentes ce n’est plus la même chose.

Mettre en scène une histoire qui trouble
Noëlle Chatelet a écrit un texte fondamental ; une histoire exemplaire qui, d’une certaine manière, serait le rêve de millions de gens. Car à l’inverse de Romain Gary qui a fait un choix personnel, violent, en se suicidant avec une carabine, la mère de Noëlle Chatelet (qui était aussi celle de Lionel Jospin) a effectué un choix partagé.

Plusieurs années auparavant elle avait prévenu ses enfants qu’elle mettrait fin à ses jours quand elle sentirait que l’issue inéluctable. A 90 ans elle annonce tranquillement que ce moment est venu et qu’elle le fera dans trois mois. Ce n’est pas une surprise mais entre la formulation de l’idée et l’annonce du passage à l’acte il y a tout un monde.

Un sujet très présent dans la littérature et au cinéma
Les références sont multiples. Pour Gérald Chatelain ce sont la Ballade de Narayama, ce très beau film japonais de Shohei Imamura en 1983. Et surtout Madeleine Renaud, la Winnie de 'Oh ! les beaux jours' de Samuel Beckett, rôle qu'elle a porté avec un enthousiasme incroyable de 1963 à la fin de sa carrière :
“ Oh le beau jour encore que ça aura été... Encore un... Après tout. ”
Personnellement je pense à des livres que j’ai lus l’an dernier comme un Amour exclusif de Johanna Adorjàn, l’Homme qui m’aimait tout bas d’Eric Fottorino et surtout à une Année avec mon père de Geneviève Brisac. Ou encore Lettre à D d’André Gortz.

Un projet qui murit depuis plusieurs années
Gérald Chatelain avait rencontrée l’auteure quelques fois avant la publication du livre qu’il n’a d’ailleurs lu que tardivement, vers 2007 ou 2008. Mais tous deux ne se connaissaient pas suffisamment pour qu’elle donne immédiatement son accord pour une adaptation théâtrale.
Les évènements étaient extrêmement proches encore pour elle et elle pouvait craindre une trahison possible. Elle était méfiante et a mis longtemps avant d’être convaincue. On a parlé beaucoup ensemble. Mais j’ai décidé de faire moi-même l’adaptation. Je ne lui ai pas proposé de le faire et de son coté elle ne me l’a pas demandé. C’est mieux ainsi.Il est probable néanmoins que Noëlle Chatelet s’attende à un certain réalisme sur scène. Il se pourrait qu’elle soit surprise.
L’entente entre eux s’est construite et on perçoit de multiples points d’accord. Y compris sur l’affiche. Un tableau de Ferdinand Odler, un peintre symboliste que l’écrivain connaissait déjà. Ce sont ces couleurs là qu’il voulait. Des montagnes, des nuages, un paysage qui semble familier malgré un traitement non figuratif. Le tableau intitulé La Pointe d'Andey, vallée de l'Arve (Haute-Savoie), a été acquis par le Musée d'Orsay en1987, mais c'est en Suisse que le metteur en scène l'a découvert en Suisse à l’occasion d’une visite d’exposition.

Fiction ou réalité ?
Il n’y a rien de fictionnel dans le récit de Noëlle Chatelet. Son écriture très serrée, ne laisse aucune place à l’imagination ou à la transgression. Elle a voulu faire résonner ce qu’elle a vécu en collant le plus possible à la réalité. C’est pourquoi elle a sollicité l’autorisation de sa sœur et de son frère avant de publier le livre. Aucun des deux n’a voulu y apparaitre, ce qui témoigne bien de la difficulté d’imaginer une fin de cet ordre, et a fortiori de l’accepter de ses proches.

Gérald Chatelain m’a longuement parlé des femmes. Ils les voient plus proches du réel, du sol, de la terre, ce qui expliquerait selon lui qu’elles soient fondamentalement plus courageuses. Le fait de donner la vie leur permet de savoir davantage que les hommes d’où elles viennent.
Le contexte est d’autant plus troublant que la mère était sage-femme. Il est assez extraordinaire de songer qu’elle a en quelque sorte accouché sa fille de sa mort. C’est cette décision, contre laquelle on ne peut rien faire, qu’il faut accepter après s’être révolté. Noëlle Chatelet dit n’avoir jamais pleuré après. Le deuil avait eu lieu avant. Elle a commencé à prendre des notes avec l’autorisation de sa mère malgré ses doutes sur le projet narratif: est-ce que tu crois que cela va intéresser des gens ? Elle a pu après les évènements assez vite s’asseoir à son bureau d’écolière pour entreprendre d’écrire la Dernière leçon.

Du point de vue de la fille
Troublé d’entendre la voix d’une petite fille, Gérald Chatelain confie que dès le livre refermé lui est venue l’image d’un chemin initiatique, que parcourt le personnage de la fille, encouragée par sa mère qui lui tient la main. Il a choisi de l’appeler Alice, ignorant que Noëlle Chatelet allait publier au Seuil Alice au pays des vermeilles, en 2009, un récit sur le temps et la transmission, et sur la relation d’amour si particulière qui unit une grand-mère et l’enfant de son enfant. Une manière surtout de retrouver le jardin perdu de sa propre enfance, les souvenirs d’avant les souvenirs. Une traversée du miroir à la manière d’une certaine Alice.
La première évidence fut donc de ne pas chercher une interprète pour la mère, pour ne pas se situer dans la description. Elle sera présente sous la forme d’une marionnette. Une seconde représentera la petite mort. Et c’est Catherine Rétoré qui interprétera Alice.
Tous les dialogues ont été retenus pour recentrer sur la relation mère-fille.

Un spectacle qui ne sera pas tragique
Le texte est très proche du livre. Mais il y aura de la gaieté, de la gravité et de la légèreté. Il n’est pas envisageable de tomber dans le pathos, de mettre en scène la moindre violence. Il ne veut pas que les spectateurs soient plombés. Ce n’est pas l’acte qui sera représenté, mais le fait d’avancer dans la vie et de se dire c’est bon, j’arrête avant qu’on ne décide pour moi.
La scénographie représentera le chemin mental en restant dans l’intime, avec un dispositif classique, donc frontal.

Un spectacle sur l’abandon
Si on revient au choix et à la liberté, pas à la chose subie, on pourra entendre le mot « abandon » dans le sens de je m’abandonne, je fais confiance, avec un accompagnement et une forme exceptionnelle de complicité. Alors que la plupart du temps l’abandon est ressenti avec une telle culpabilité par celui qui part qu’il masque ses intentions derrière un rejet agressif, préférant se faire détester plutôt que chercher à convaincre. Il en est souvent ainsi des les ruptures amoureuses.

Comme un train qui s’évanouirait dans la brume
Le sujet a quelque chose de l’ordre du mystique, à l’instar de ce plan du film Théorème, réalisé par Pasolini en 1968, quand un homme nu court dans le désert et se retourne. On pourrait voir comme un chemin dans une forêt. La mère et la fille avancent main dans la main. A un moment la mère retire sa main tandis qu’elles continuent leur progression. Puis la mère force le pas, se détache. L’éloignement se fait imperceptiblement. Bientôt la fille est seule sur le chemin, où elle continue de marcher bien sûr.
La description de Gérald Chatelain est troublante Je ne peux évacuer la suite de l’histoire. Après avoir vue la mère, seule de dos, je suis maintenant face à elle, et je découvre qu’elle avance en tenant la main de sa propre fille.

Un spectacle qui n’est pas un testament
Après avoir dirigé le théâtre de Chartes, Gérald Chatelain est directeur du Théâtre des Sources depuis 15 ans. Son mandat se termine en mars prochain. Le nom de son successeur devrait être annoncé en janvier. (encore non connu à l’heure où j’écris ces lignes)
La simultanéité de son départ avec cette création est une pure coïncidence, comme la presque homonymie des deux noms. Interrogé sur ce point, il répond « renaissance », estime que continuer serait régresser et se réjouit d’avoir bientôt de nouveau du temps pour lire, écrire, mettre en scène …

Il se souvient de son arrivée, sur un terrain en friches, dans un lieu aux allures de salle des fêtes, où il qualifie d’innommable la programmation de l’époque. L’architecte n’avait même pas songé à des bureaux, comme si c’était un endroit de passage où personne ne s’arrêterait pour y travailler. Depuis on peut constater qu’il a pris de l’âme.
Un théâtre comme une nécessité
A force de travail le public est arrivé. Il a une jolie formule pour résumer son action et celle de toute une équipe : on a créé une nécessité. Comme il le dit avec humour, quand il n’y a rien c’est facile de construire. Le foyer en est la démonstration exemplaire. Une salle vide, où l’essentiel du budget déco était absorbé par un lustre énorme, kitsch à souhait, qu’on pourrait regarder avec nostalgie s’il n’avait pas couté une fortune.
C’est aujourd’hui un salon cosy, chaleureux comme un appartement, où le code couleur gris-bordeaux-chocolat connote l’univers théâtral mais aussi la douceur de vivre.

Avec des canapés qui invitent à s’installer, un bar joliment baptisé la Source (en allusion au nom du théâtre), un piano, deux fauteuils d’orchestre, des affiches polonaises en enfilade, des tombées de rideaux qui protègent les bureaux administratifs du regard.

Même en journée l’endroit est cosy, comme un salon de thé londonien, acceptant le bruit de la rue et les cris du square voisin en décalé.

Une création à Cergy-Pontoise avant Fontenay-aux-Roses
La Dernière leçon sera créée sur la Scène nationale du Théâtre des Arts de Cergy-Pontoise en janvier. Une avant-première est programmée pour les membres de l’ADMD, Association au Droit de Mourir dans la Dignité, dont j’apprends que c’est la plus grosse association en France, regroupant plus de 45000 personnes. La seule où Noëlle Chatelet s’investit et où elle milite fort.

LA DERNIÈRE LEÇON par la Cie D’Après La Pluie
texte de Noëlle Châtelet, adaptation et mise en scène Gérald Chatelain
mise en images de Jean Pierre Lescot
avec Catherine Rétoré et deux marionnettistes
Coproduction Théâtre des Arts scène nationale de Cergy Pontoise, Théâtre de la Marionnette à Paris, Théâtre des Bergeries de Noisy-Le-Sec, Cie Phosphènes Jean Pierre Lescot, avec une aide à la production de la Drac d'Ile-de-France

du 13 au 15 janvier 2011 au Théâtre des Arts / Cergy-centre
mardi 1er février (20 heures 30) et mercredi 2 (19 heures 30) au Théâtre des Sources, 8 Avenue Jeanne et Maurice Dolivet 92260 Fontenay-Aux-Roses - 01 41 13 40 80
Réservations du mardi au vendredi de 14h30 à 18h30 et le samedi de 15h à 18h.
vendredi 4 février au Théâtre Victor Hugo, 14 avenue Victor Hugo, 92220 Bagneux, tel 01 46 63 10 54
samedi 2 avril à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne
mardi 3 et mercredi 4 mai 2011 à 20h au Théâtre Forum Meyrin (Suisse)

jeudi 29 juillet 2021

Une histoire d’amour d’Alexis Michalik

 

Le public avignonnais était très chanceux d’avoir accès aux meilleures pièces de théâtre. Mais les parisiens ne sont pas à plaindre. Même en ce moment il y a des spectacles qui sont des valeurs sûres comme Une histoire d’amour que vous pourrez voir tout l’été à la Scala.

C’est Alexis Michalik qui l’a écrite et comme tout ce qu’il entreprend depuis déjà un bon moment le succès fut immédiat.  On l’adore parce qu’il se renouvelle à chaque nouvelle aventure sans répéter les ingrédients qui ont fait mouche la fois précédente.

L’homme totalise tout de même 11 Molières même s’il donne un chiffre plus modeste en se limitant aux récompenses le qualifiant de meilleur auteur francophone vivant ou de meilleur metteur en scène.

On lui doit Le porteur d'histoire en 2011, Le cercle des illusionnistes en 2014, Edmond en 2016 et Intra-muros en 2017, qui tournent toutes. Une histoire d'amour, a été créée à la Scala le 11 septembre dernier.

On pourrait le qualifier de magicien et estimer qu’il y a un truc. Evidemment le talent et le travail. Et puis sans doute un art de la troupe car il n’y a pas de star sur la scène. Même s’il joue lui-même dans une de ses pièces il n’est qu’un interprète au service du texte, lequel peut fort bien être servi par un autre acteur. Les comédiens sont totalement investis, manipulant les éléments de décor entre les scènes, et à vue, interprétant les rôles secondaires en plus du leur. Cela donne une cohésion incroyable renforcé par le rythme d’un scénario dont les scènes s’enchaînent vite.

Alexis Michalik jouait le rôle William à la création. C’était Paul Lapierre qui l’interprétait ce soir et franchement il n’y avait aucune raison d’être déçue. La distribution était excellente et tous ont été longuement salués par un public totalement conquis par Stéphanie Caillol (Justine), Alexia Giordano (Claire), Julia Le Faou (Katia) et Lior Chabbat (Jeanne) qui à quatorze ans promet d’être une formidable actrice.

Il n’est pas vraiment nécessaire de donner l’essentiel du résumé. On va voir un Michalik comme on irait voir un Molière, un Feydeau ou un Tchekhov, quoique la capacité de renouvellement de l’auteur soit assez exceptionnelle. J’ai remarqué l’importance de la littérature et de l’écriture dans la construction de la jeune Jeanne. C’est peut-être un des traits communs entre toutes les pièces de cet auteur qui, à première vue, semblent très différentes les unes des autres.

Et il y a fort à parier que la prochaine, en janvier 2021, sera surprenante. Il a déjà annoncé qu’il allait mettre en scène le mythique show de Broadway, "Les producteurs", d’après Mel Brooks, jusqu’à maintenant jamais monté en France et dont il travaille déjà à l’adaptation. Il devrait être créé au Théâtre de Paris, ce qui confirme qu’Alexis Michalik peut investir tous les lieux parisiens, sans être attaché à l’un d’entre eux en particulier.

Je n’ai pas envie de spoiler cette histoire d’amour qui est largement plurielle car le thème est traité sous de multiples facettes, l’amour passion, l’amour fraternel, l’amour maternel et qui interroge aussi sur la paternité quand elle n’est pas biologique.

Qui mieux que Charles Aznavour aura chanté les sentiments sous toutes leurs formes ? Voilà pourquoi chaque personnage reconnaît face au public que quoi qu’il soit arrivé elle/il n’aura aimé que toi, en le chantant a capella, au centre du rectangle définissant l’aire de jeu. Et pourtant résonne comme un avertissement du désamour à venir avec une infinie tendresse.
L’histoire peut commencer et il est intéressant de savoir qu’elle démarre il y a quinze ans quand l’homosexualité était loin d’être acceptée et que deux femmes n’avaient pas le droit d’avoir un enfant reconnu d’elles deux. On est dans le mélodrame (au sens noble du terme) contemporain. C’est sans doute le plus intime des spectacles d’Alexis Michalik. Préparez vos mouchoirs. Vous allez pleurer. Rire aussi.

L’amour aurait un début, parfois flamboyant, inattendu, exaltant, et puis une fin, qu’elle soit le fait de l’un des deux ou imposé par le destin. Le spectateur est surpris souvent car il ne s’attend pas aux multiples rebondissements et à de jolies trouvailles scéniques, extrêmement poétiques (voilà pourquoi je ne veux pas raconter l’essentiel du scénario). Je dirais juste que l’art de l’auteur est d’écrire des dialogues honnêtes qui ne condamnent aucun des comportements. Comme le dira Justine : On fait tous des promesses qu’on peut pas tenir.

La narration est ponctuée de chansons que l’on connait tous : Don’t go breaking my heart (Elton John), Can't Help Falling In Love, le grand succès d’Elvis Presley en 1961, qui est une variation de Plaisir d’amour (1785 - Paroles de Jean-Pierre Claris de Florian, musique de Jean-Paul-Égide Martini) qui fut interprété par plus d’une centaine d’artistes) dont on entendra aussi un extrait.

Tout en signant un théâtre populaire, Alexis Michalik assume qu’amour ne rime pas avec toujours, et que les sentiments ne vont pas de soi. On se reconnaît tous dans un morceau de cette histoire. Et c’est très fort d’avoir réussi à instiller autant d’humour et de rire dans ce qui aurait été un pur drame sous d’autres plumes.
On passe une belle soirée dans ce joli théâtre bleu nuit. N’oubliez pas de regarder avant ou après le spectacle, l’installation de l’artiste iranienne Helika Hedayat, qui est le fauteuil d’artiste #6.

Son titre, Abyssal, lui a été inspiré par le parallèle qu’elle fait entre notre monde et le cosmos, à travers sa perception du corps humain. Elle a imaginé une installation triptyque qui inclut deux vidéos loops de 30 à 40 secondes qui sont projetées en boucle chacun des murs qui se trouvent de part et d’autre du fauteuil, lequel est placé devant un dessin représentant une connexion de neurones (photo ci-dessous).
Trois autres œuvres vidéo sont projetées dans le foyer-restaurant.

Une histoire d’amour d’Alexis Michalik  
Mis en scène par l’auteur
Avec en alternance Clément Aubert, Pauline Bression, Juliette Delacroix et Marie-Camille Soyer ou Stéphanie Caillol, Alexia Giordano, Paul Lapierre et Julia Le Faou, Victoire Brunelle-Rémy, Lior Chabbat, Lila Fernandez, Elisa de Lambert et Léontine d’Oncieu
Décor Juliette Azzopardi
Du 20 juillet au 21 août 2021
La Scala - 13 boulevard de Strasbourg - 75010 Paris

jeudi 18 décembre 2025

La Maison Heurgon fête 160 ans d'engagement en haute horlogerie et joaillerie

Le 20 novembre 2025, pour célébrer 160 ans d'engagement en haute horlogerie et joaillerie, Heurgon proposait un événement exclusif aux amateurs d’art et aux collectionneurs : une soirée unique en partenariat avec Opera Gallery, dans leur flagship du 58 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.

Dans le cadre de ce partenariat, une sélection exclusive d’œuvres iconiques de Niki de Saint Phalle, Manolo Valdès, Yves Klein, ainsi que des créations majeures d’artistes contemporains, ont été dévoilées.

Ce fut également une occasion rare d’admirer une exposition exceptionnelle de pièces de haute horlogerie et de joaillerie, présentées et signées par 24 partenaires d’exception, dans un environnement résolument exclusif.

Cette prestigieuse collaboration entre Heurgon et Opera Gallery a offert une expérience immersive, où l’art et le luxe se sont rencontrés, symbole de l’excellence et du raffinement qui a été accompagnée par un buffet festif.

Je rappellerai l’histoire du joaillier Heurgon, qui participe à la réputation internationale du quartier de la Madeleine et du Faubourg Saint-Honoré, avec d’autres maisons de qualité et d’élégance.

C’est en 1865, au cœur de Paris du Second Empire, que la Maison Heurgon ouvre ses portes au 15 rue Royale.

Très vite, l’adresse devient un lieu incontournable, témoin d’un art de vivre raffiné et d’un savoir-faire joaillier et horloger d’exception. Pendant plus d’un siècle et demi, la vitrine de la rue Royale rayonne, avant de céder en 2021 sa place à une nouvelle ère : l’ouverture du flagship Heurgon au 58 rue du Faubourg Saint-Honoré, au cœur du triangle d’or parisien.

Mais puisque la longévité n’a jamais eu valeur de certificat de légitimité, l’histoire d’Heurgon s’est construite sur les intuitions successives de ses propriétaires. En 1973, Michel et Jacques Cymerman lui ont donné une impulsion décisive en intégrant les plus grandes marques de la joaillerie française et de l’horlogerie suisse.

Ce sont désormais Arnaud et Benjamin Cymerman, soucieux de préserver le même esprit de famille, qui surprennent et satisfont leur clientèle en lançant de nouvelles de nouvelles tendances, collections et marques adaptées notamment au besoin des femmes et des hommes d’aujourd’hui.

Ils incarnent l’héritage d’une famille dédiée à la transmission d’un savoir-faire d’excellence, forte de plus de 160 ans d’histoire dans l’univers de la joaillerie et de l’horlogerie. Heurgon rassemble les signatures les plus convoitées en horlogerie. Commençons par Breguet avec La reine de Naples, puis la Tradition, et, présentées en double exemplaire la Type XX, Breguet Classique et Breguet Marine :

Parmi toutes les montres présentées les Bréguet occupent une place particulière. En effet, le fondateur de la marque est un horloger devenu légendaire, Abraham-Louis Breguet, pionnier de la mesure du temps de précision. Son invention, en 1795, du tourbillon, parfois appelé "cage rotative", est l'une des innovations les plus remarquables de l'histoire de l'horlogerie. Elle représentait alors une véritable révolution chronométrique.

Les montres n’étaient pas portées au poignet au XVIII° siècle. Elles étaient à l’époque glissées dans un gousset et du fait de la verticalité du cadran, subissaient les effets de la gravité sur le balancier et l’échappement. Le tourbillon a permis de compenser ce phénomène en offrant une précision nettement supérieure à celle des mouvements horlogers classiques.

lundi 14 mai 2018

Celui qui disait non de Adeline Baldacchino

Celui qui disait non est un livre étonnant, inclassable, qui provoque une forte émotion.

Adeline Baldacchino y raconte une histoire d'amour et de rébellion. Celle d'August qui, tout simplement, ne fit pas le salut hitlérien le 13 juin 1936 sur le quai d’un chantier naval de Hambourg, alors que tous ses confrères le faisaient machinalement et sans sourciller.

"Tout simplement" parce que seule une photo révèle cet acte, et qu'il aurait pu passer inaperçu si elle n'avait pas été largement diffusée.

Ces bras qui restent croisés scellent une décision brave, sincère, mais lourde de conséquences puisqu'elle précipitera sa mort et celle de sa femme Irma par voie de conséquences.

La couverture du livre place l'homme en noir et blanc au centre de la page, comme s'il était mis en lumière par un projecteur. Sans cet artifice j'avoue que je n'aurais pas remarqué sa posture, du moins pas au premier coup d'oeil. On peut se demander s'il s'agissait d'un moment d'égarement ou d'un choix mûrement réfléchi et qui, quoiqu'il arrive, aurait été suivi d'autres actes du même ordre.

dimanche 18 juillet 2021

La Collection Lambert, en Avignon

La Collection est le témoignage d’un marchand visionnaire, qui s’est passionné pour l’art minimal, l’art conceptuel et le land art avant de s’intéresser au retour de la peinture dans les années 1980, puis à la photographie, à la vidéo et aux installations dans les années 1990 et 2000.

Constituée dès les années 60, la Collection Lambert représente les goûts du collectionneur, ses aspirations et ses passions : marchand depuis cette période, Yvon Lambert a combattu les académismes d’une peinture française qui refusait depuis la guerre de reconnaître que le centre mondial de la création n’était plus le Paris des années glorieuses, mais l’Amérique triomphante.

L’art minimal, l’art conceptuel, le land art représentent les piliers de la collection. Dans les années 80, le marchand-collectionneur s’est tourné vers une nouvelle peinture plus figurative, puis dans les années 90, la photographie a recueilli tous ses suffrages. Ensuite, la vidéo, les installations, la peinture ont constitué l’essentiel des achats qui permettent d’accroître le fonds toujours tourné vers la jeune création en devenir.

On trouve dans la collection des œuvres d’artistes aussi variés et renommés que Jean-Michel Basquiat, Miquel Barceló, Sol LeWitt, Robert Ryman, Lawrence Weiner, Nan Goldin, Andres Serrano, Christian Boltanski, Daniel Buren, Douglas Gordon, Anselm Kiefer, Cy Twombly, Niele Toroni, Bertand Lavier, Claire Fontaine, Miroslaw Balka, Adel Abdessemed ou Francesco Vezzoli, avec des ensembles souvent sans équivalent dans d’autres collections françaises.

samedi 14 septembre 2024

Le palmarès du 22ème festival Paysages de cinéastes

Le Festival Paysages de Cinéastes de Châtenay-Malabry (92) s’est achevé hier soir au Cinéma Le Rex sur un consensus pour distinguer deux longs métrages, L’histoire de Souleymane et Norah dont j’avais précédemment fait l’éloge sur les réseaux sociaux. Côté court, c’est Qu’importe la distance de Léo Fontaine qui fut primé. 

La question de la place des femmes (et de ce qu’elles endurent), de celle des migrants, et les problèmes judiciaires auront largement marqué la programmation faite par Carline Diallo pour les films en compétition mais aussi les avant-premières et les films à l’affiche (parmi eux je recommande Le fil, chef-d’œuvre de Daniel Auteuil, déjà sorti en salles).

Je voudrais aussi mentionner l'importance d'un outil de communication qui n'était pas aussi présent dans nos vies il y a quelques années que maintenant. Il tient souvent un rôle déterminant dans les films que nous avons vus. Le scénario de 4 films sur 5 intègre le téléphone portable et son absence rendrait impossible le déroulement de l'histoire.
Après l'annonce des prix, que je récapitule ci après, la soirée de clôture s’est achevée avec l'avant-première de Quand vient l’automne de François Ozon. Josiane Balasko et Hélène Vincent sont exceptionnelles dans des rôles joués avec subtilité en accordant une belle place aux non-dits. Le choix d’un thriller policier et psychologique était tout à fait cohérent et nous a permis de retrouver Pierre Lottin qui interprétait le frère de Benjamin Lavernhe dans le film d’ouverture En fanfare il y a une semaine. On ne pouvait pas mieux boucler la boucle.

lundi 20 février 2023

Mourir avant que d'apparaître de Rémi David

Rémi David prévient tout de suite que Mourir avant que d’apparaître est une œuvre de fiction, en aucun cas une biographie de Jean Genet.

Néanmoins il concède que son roman s’appuie sur des personnages ayant réellement existé et sur des témoignages. On peut se mettre d’accord sur le fait qu’il s’agit d’une interprétation vraisemblable de la réalité.
On lit sur la quatrième de couverture : Lorsque Jean Genet rencontre Abdallah, qui sera un jour la figure centrale de son magnifique texte Le Funambule, le jeune homme a dix-huit ans à peine et vit à Paris. Genet, à quarante-quatre ans, est déjà un écrivain consacré. Il est aussitôt ébloui par le charme de cet acrobate, qui a travaillé plusieurs années au cirque Pinder. Il entreprend le projet fou de le hisser jusqu’à la gloire : son agilité, son expérience du cirque devraient lui permettre de devenir un artiste hors pair. Mais comment, après la chute, demeurer le funambule qui danse dans la lumière, le prodige que le poète a forgé de ses mains ?
Rémi David laisse au lecteur la liberté de forger son avis à propos de cette histoire d’amour et de fascination réciproque à laquelle on assiste comme on le ferait d'un spectacle.

Il traite la notion d'oeuvre, laquelle ne semble pas pouvoir advenir sans courir (ou avoir couru) de risque. Il fait l'hypothèse que si Giacomettti n'avait pas été heurté par une voiture (il se déplaçait avec une canne) il n'aurait sans doute pas créé la série de Lhomme qui marche dont le secret était, Jean Genet l’avait compris, qu’il boitait. Il avait su trouver dans sa faiblesse un élan pour créer.

S’agissant d’Abdallah, on apprend que Jean Genet considérait son parcours artistique comme un chef d’œuvre que, lui, l’écrivain, aurait réussi à créer. Il avait d’ailleurs tout pensé de la scénographie, maquillage, costume et musique. Il apparaît qu’il a modelé le funambule à l’instar du sculpteur ayant modelé ses personnages masculins. A tel point que le cadavre d’Abdallah évoquera pour Genet une sculpture de Giacometti (p. 146).

Le roman de Rémi David nous permet de mieux comprendre la manière dont Genet a conçu son oeuvre. Il donne comme exemple de son style : Lorsque la pluie tombait, Genet pouvait vous la faire voir comme jamais vous ne l’aviez regardée : elle devenait fascinante dans sa façon de tomber, irrégulière au-delà de l’apparente homogénéité qui n’était que son manteau. Elle pouvait se transformer en gouttelettes de peinture venues pour transformer la toile qu’était le sol, posée horizontale, venues y dessiner une œuvre éphémère (p. 74). Mais tout en louant son génie l’auteur ne cache pas qu'en éternel insatisfait l’écrivain recommençait sans cesse, pour sans doute « rater mieux », selon l’expression de Beckett.

Bien qu'il s'agisse d'une histoire d'emprise, tous les personnages suscitent une immense empathie, qu'il s'agisse de Monique, la secrétaire qui tapait les manuscrits chez Gallimard, des célébrités et bien sûr d’Abdallah Bentaga dont l'auteur apprit l'existence alors qu'il travaillait comme dramaturge auprès d’une circassienne. Il a été bouleversé par l'histoire cachée derrière Le Funambule, ce tout petit texte qui est à la fois une lettre d’amour et une réflexion sur l’art.

jeudi 13 octobre 2022

Une journée dans un musée de l'Oise Episode 1 : Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam

C'est toujours compliqué de rendre compte d'une exposition mais particulièrement celle-ci  "Impressions au fil de l’Oise" puisqu'elle se déroule dans trois villes différentes, au Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de l'Isle-Adam, au Musée Daubigny d'Auvers-sur-oise et au Musée Camille-Pissarro de Pontoise, du 15 octobre 2022 au 5 février 2023.

Et il ne faut pas moins d'une journée pour la voir dans son entièreté. Mais que cela ne vous empêche pas de faire (aussi) une balade dans la jolie campagne qui inspira tant les peintres. S'il faudra un billet par lieu sachez qu'un tarif réduit vous sera acquis à partir du deuxième.

J'ai choisi de la présenter en trois temps, un par musée, avec parfois quelques liens. Pour ne pas alourdir la publication j'ai bien entendu d'abord résumé le propos et vous pourrez accéder à toutes les photos et commentaires en cliquant sur le lien en bas de l'article, sachant qu'ensuite chaque photo peut s'afficher plein écran.

Si j'étais déjà allée à Auvers-sur-Oise dans les traces de Van Gogh, je ne connaissais aucun des trois musées et le parcours fut une totale découverte.

"Impressions au fil de l’Oise" se déploie dans le cadre du projet de l’association Destination Impressionnisme de la Vallée de l’Oise, fondée en février 2021 et réunissant les trois municipalités et leurs musées  – tous trois Musées de France. Après des actions ponctuelles, toute une série d'animations ont été programmées depuis début octobre jusqu'à début février 2023 avec des spectacles, des guinguettes, une fresque participative, des tirages photographiques à l’ancienne, des croisières …

Agnès Tellier, élue à la culture, espère que l’expérience deviendra pérenne chaque automne. Le point d’orgue en est la collaboration entre les trois musées avec une exposition conjointe autour de trois peintres majeurs de leurs collections : Jules Dupré (1811-1889), Charles François Daubigny (1817-1878) et Camille Pissarro (1830 -1903) qui, par leurs personnalités et leurs talents, ont attiré autour d’eux de nombreux amis ou élèves, faisant de la vallée de l’Oise un foyer artistique majeur.

Principal affluent de la Seine, l’Oise a parfois tendance à être oubliée dans l’histoire de la peinture de paysage aux XIXe et XXe siècles. Elle constitue pourtant une  étape essentielle dans la transition du pré-impressionnisme de Barbizon aux années historiques du mouvement qui se déploie principalement entre Paris et la côte Normande.

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreux artistes se rassemblent dans la vallée de l’Oise dont la diversité des paysages convient particulièrement à l’expression de leur art. Tous sont animés par le désir de peindre en plein air les champs de blé, les coteaux boisés et la rivière aux reflets scintillants.

À L’Isle-Adam, Jules Dupré (1811-1889) souhaite rassembler autour de lui ses amis et les artistes qu’il estime et qui partagent ses idées. Dans les paysages de la cité adamoise et sa campagne environnante, il trouve ce qui va constituer les éléments caractéristiques de son iconographie personnelle.

C’est non loin de là, à Auvers-sur-Oise, que Charles François Daubigny (1817-1878) – ami de Jules Dupré – s’installe. L’architecture de la ville (les ruelles, l’église, etc.), les perspectives sur la rivière et la campagne environnante sont source d’inspiration pour l’artiste qui va lui aussi contribuer à renouveler la peinture de paysage.

Depuis Pontoise, Camille Pissarro (1830-1903) poursuit cette révolution esthétique, notamment par l’éclaircissement de sa palette et le choix de sujets de la vie rurale.

Attirés par la renommée de ces maîtres, des peintres – certains très célèbres comme Cézanne, Gauguin, Vlaminck et Van Gogh – et d’autres plus confidentiels comme Pierre-Isidore Bureau, Auguste Boulard, Renet-Tener, Charles Beauverie ou Paul Jouanny, se succèderont à L’Isle-Adam, Auvers-sur-Oise et Pontoise.
Episode 1 : Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam  et Jules Dupré

Les origines du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq remontent à 1939, à l’initiative du Docteur Louis Senlecq qui souhaitait préserver et faire connaître le passé historique et artistique de L’Isle-Adam et de son territoire. Municipalisé en 1999, le musée compte près de 4000 œuvres provenant de nombreux dons, d’achats et de dépôts de musées nationaux ou issus de collections privées. Il bénéficie de l’appellation Musée de France depuis 2002.

Au premier étage, le musée propose en alternance des accrochages temporaires de ses collections permanentes et des expositions temporaires en lien avec l’histoire et le patrimoine locaux, mais aussi tournées vers la création contemporaine.

Jules Dupré est la figure emblématique des collections dont le musée possède avec une centaine de pièces un des plus beaux ensembles d’œuvres de ce peintre après ceux du musée du Louvre et du musée d’Orsay. Pour cet accrochage une soixantaine de pièces issues des collections ont été enrichies de prêts publics et privés.

Son père était originaire de Parmain, ville voisine, et était une personnalité locale car il y dirigeait une manufacture de porcelaine. Né an Nantes, c’est à partir de 1845 que Jules Dupré s’installe à L’Isle-Adam.

Il y partage d’abord un atelier avec son ami le peintre Théodore Rousseau et s’y établit définitivement en 1850. Après avoir fréquenté Barbizon, Jules Dupré trouve dans la vallée de l’Oise ce qui va constituer les éléments caractéristiques de son iconographie personnelle, à savoir : les arbres (la forêt domaniale), l’eau (l’Oise) et les ciels nuageux constituent sa principale source d’inspiration. Il créera un groupe avec notamment Charles Daubigny. Parmi les artistes qui gravitent autour de lui dans la région on compte aussi notamment : son frère Léon-Victor, Auguste Boulard, Pierre-Isidore Bureau et Renet-Tener.

Jules Dupré a un rôle déterminant dans l’histoire de la peinture de paysage au XIXe siècle. Sous son pinceau la touche se libère et il n’est plus question de fidélité absolue à la nature mais de peinture pure, de couleurs, de lumière et d’émotion. Tout comme ses amis, Corot et Daubigny, Jules Dupré influencera les futurs impressionnistes.
L'exposition commence à l'étage. Une soixantaine de pièces provenant de la collection du musée Louis-Senlecq, d’institutions publiques (musée d’Orsay, musée des Beaux-Arts de Reims, musée d’Art et d’Histoire de Meudon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Châlons-en-Champagne, musée Daubigny d’Auvers-sur-Oise) et de collections privées sont présentées.Le regard portera d'abord sur le seul autoportrait connu de cet homme et qui plus est de dos. Cette toile le montre peignant en pleine nature alors qu’il n’était pas pleinairiste.

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