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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
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lundi 22 décembre 2025

Peut-on être beau et éco-responsable ? La Cour des Icônes a des réponses

Alors que le débat gonfle et s’envenime à propos de l’arrivée de Shein au BHV, j’avais reçu une invitation à me rendre à une présentation presse d’une "agence" dont le credo est de représenter une majorité de marques écoresponsables, pas forcément déjà très connues, mais promises à devenir des icônes parce qu’elles portent chacune une belle histoire.

La Cour des Icônes les présente un peu à l’instar d’un cabinet de curiosités. Je suis allée à leur découverte le 26 novembre dernier, certes par goût pour l’originalité mais aussi par conviction. Je suis en effet la fille de parents qui ont traversé la Seconde guerre mondiale et dont l’enfance a été vécue dans une certaine misère qui a ensuite fortement impacté leur mode de vie bien qu’ils aient ensuite été à l’abri de ce qu’on nomme "les soucis matériels". Ça m’est totalement naturel d’avoir un comportement éco-responsable.

J’ai retenu cette après-midi là une dizaine de marques. Je vais commencer par une femme aux multiples talents et dont j’avais croisé plusieurs fois la trajectoire de vie sans le savoir.

Saranguerel Tseelaajav est née sous la yourte de sa grand-mère, dans une région de Mongolie réputée pour ses élevages de chèvres, yaks et chameaux. Elle a grandi en symbiose avec la nature, mais elle est venue étudier à la Sorbonne et a décidé en 2011 de lancer sa marque éponyme de cachemire haut de gamme, éthique et solidaire, entre tradition.

Saranguerel est d'abord née de la volonté de préserver un savoir-faire ancestral en voie de disparition. Le tricotage se fait sur machine, sans électricité et l’assemblage à la main par une centaine de femmes qui ont encore un mode de vie nomade, justifié par la nécessité d'accompagner les élevages, pour la plupart de petite taille, dans les steppes de Mongolie.

La fondatrice garantit à ces artisanes une rémunération et des conditions de travail justes. Côté consommateurs, la traçabilité est sans reproche.

Le vestiaire est composé de pulls, sous-pulls, gilets, pantalons, châles, écharpes, gants et bonnets, vendus exclusivement sur le site internet, ce qui n'exclue pas des commandes personnalisées. La tradition n'interdit pas une certaine modernité comme en témoigne le  coeur tissé sur le col d'un pull. Cet autre motif, sur le pull beige, est exactement celui du  mandala porte-bonheur qui était peint sur toutes les portes des maisons et qui peut être exécuté en plus petite taille.
Tseelaajav est depuis 29 ans en France parle sept langues. Elle a traduit les dialogues de nombreux films. En particulier Si je pouvais hiberner qui fut le premier film mongolien présenté au festival de Cannes. Elle connait très bien les lieux de tournage. C'est là que se trouve le petit atelier de métiers à tricoter.

Sa prochaine collection s’inspirera de son prénom qui signifie "clair de lune" et s’appellera lune.

Revenons en France, et plus précisément dans la quartier parisien de la Goutte d'or où se trouve un atelier qui combine trois belles valeurs : le recyclage, le Made In France et le travail solidaire. Depuis 2008, l'Association Chaussettes Solidaires révolutionne le recyclage des chaussettes usagées en les transformant en nouveaux fils, donnant naissance à des collections d'accessoires et vêtements à la fois esthétiques et respectueux de l'environnement. Elle ne se limite pas à la revalorisation textile. Elle s'engage aussi à l'insertion sociale et économique des personnes éloignées de l'emploi.

L'association recycle les anciennes chaussettes en les transformant en nouveau fil pour en faire des chaussettes neuves, mais aussi des gants, écharpes, et d'autres accessoires de mode élégants et intemporels, qu'elle vend sous sa marque Chaussettes Orphelines.

Le fil issu d'une filature du sud ouest de la France est obtenu en associant aux fibres de chaussettes recyclées des matières ayant un faible impact sur l'environnement (coton recyclé, laine recyclée, lin...) pour encore plus de douceur, de confort et de résistance.

Tous leurs produits sont fabriqués en France par des tisseurs, tricoteurs et confectionneurs soucieux de la qualité et de la durabilité des produits. Et pour prouver qu'ils ne font pas "que" des chaussettes j'ai choisi de présenter un grand sac cabas.

Il faut la suivre sur les réseaux pour se tenir informé de certains évènements auxquels vous pourriez participer. Par exemple le 15 mars dans l'Espace créatif de Marcia de Carvalho, 2 Rue des Gardes, 75018 Paris (inscription ici dans la limite des places disponibles). La fondatrice de la marque interviendra à propos de l'économie circulaire dans la mode à 15 h en compagnie de Catherine Dauriac, présidente de Fashion Revolution France. Suivra un atelier d'upcycling pour apprendre à réparer et personnaliser des vêtements. Puis apéro convivial et concert de musique brésilienne.

Mon oeil a été attiré par les volumes et la fluidité des lignes des modèles d'Ekjo, une marque dont le nom est tiré des initiales de la créatrice sud-coréenne Eun Kyung Jo.

jeudi 24 octobre 2013

ChiFra ... pour découvrir l'art contemporain chinois jusqu'au 28 octobre 2013

C'est sous l'impulsion d'une collectionneuse pékinoise, Mme DENG Xihong, que 28 artistes chinois et 14 artistes français sont exposés du 22 au 28 octobre dans  un pavillon sur les Champs-Elysées pour la première édition de ChiFra, consistant en un cycle d’expositions internationales.

Le vernissage de cette manifestation exceptionnelle a eu lieu hier soir dans une ambiance où se mêlait l'étonnement et la joie de la découverte qu'une certaine cohue a failli compromettre, mais failli seulement.

Le nombre des personnes invitées devait être colossal, à la mesure de l'évènement qui se déroulait en marge de la FIAC, à deux pas du Grand Palais. On pouvait entendre des remarques assez drôles témoignant d'une petite confusion. C'est une femme qui demande à son mari de se renseigner sur le prix des oeuvres qui lui plaisent le plus et dont elle lui donne la liste, ignorant que ce soir rien n'est à vendre. C'est un homme qui affirme haut et fort le talent des artistes chinois devant des toiles d'artistes français. ChiFra est conçu comme une rencontre culturelle. Ce n'est pas du tout un salon et certainement pas une foire. C’est un lieu de réflexion sensible à partir des œuvres proposées. 

Il faut dire que c'était la première fois qu'on pouvait approcher la peinture (il y avait peu de sculpture) contemporaine chinoise, et même discuter avec les artistes, avec le secours d'interprètes qui faisaient de leur mieux pour ménager les réticences des chinois à aborder certains sujets.

Il n'empêche que le choix des artistes n'avait été imposé par aucun organisme officiel à la mécène chinoise dont on doit louer les qualités et la volonté d'exposer trois générations d’artistes chinois, probablement les meilleurs artistes à l'heure actuelle. L’exposition est coordonnée par le directeur du Namoc, Dian Fan. 
Madame DENG Xihong a étudié à la State University of New York et à l’Université de Tsinghua à Pékin. Economiste, elle est spécialiste en ingénierie financière, en levée de capitaux et dans l'introduction en bourse de sociétés. Cette expérience dans le domaine de la banque l’a menée à la vice-présidence de J.P. Morgan et au board de la Citibank. Depuis 2004, elle dirige la société Hony Capital, fondée en 2003. Avec plus de 6,8 milliards d’USD dans ses actifs, Hony gère des industries de hautes technologies pharmaceutiques et a des parts dans les médias.

DENG Xihong collectionne l’art de son temps. Depuis très longtemps, son amour de l’art l’a conduit à réunir des œuvres et à titre personnel et elle a toujours manifesté son intérêt pour la peinture en agissant comme mécène. ChiFra est la première exposition qu'elle organise pour faire connaître au public des artistes chinois et leur histoire. La scène artistique chinoise est très diversifiée, et son but a été de montrer des œuvres de nombreux artistes vivants en Chine à des gens qui n’ont jamais été dans le pays. Elle a choisi Paris parce qu’elle a un attachement particulier à la France. Elle possède à Grasse une propriété où elle vient de créer une Fondation à vocation caritative, Sofia Art Foundation.

Commençons la visite par quelques artistes chinois. Je ne pourrais pas rendre compte de la totalité de la manifestation. Je renvoie au catalogue ceux qui cherchent l'exhaustivité. Je dois prévenir que je n'ai pas non plus pour prétention d'établir un palmarès mais de pointer quelques oeuvres.

Voici Colline et rivière, peint en 2012 par CHAO Ge. Né en 1957 à Hohhot (Mongolie-Intérieure), d’ethnie mongole, l’artiste est diplômé du département de peinture à l’huile de l’Institut Central des Beaux-Arts dont il est aujourd’hui, sous-directeur et professeur. L’artiste est par ailleurs membre de l’Académie Chinoise de Peinture à l’Huile et de l’Association des peintres chinois.
WANG Yishi, est une autre figure emblématique de l'histoire chinoise récente. Ce n'est pas lui qui le raconte mais Mme DENG qui rapporte qu'il a été emprisonné pendant la Révolution Culturelle et condamné à mort. Il a été libéré et, en 1989, l’ambassadeur français a commandé une exposition de son travail. Le gouvernement français lui a permis de vivre en France, et il a vécu à Paris pendant six ans et où il a déjà exposé une dizaine de fois. Cependant, il s’est rendu compte que ses racines étaient en Chine et il y est donc retourné. Malgré cela, ses œuvres illustrent l’amour, la beauté et le bonheur – parce qu’il pensait qu’il allait mourir, chaque jour qu’il vivait comptait pour lui.
Elle compare avec un humour particulier les prisons chinoises à de riches centres culturels, étant donné le nombre d’artistes emprisonnés… Le compagnon de cellule du peintre était un chanteur d’opéra. C’est quelque chose qui l’a inspiré pour la création d’un certain nombre de ses œuvres.
Le théâtre classique chinois le passionne effectivement. Il déclare que Roméo et Juliette fut sa source d'inspiration pour la toile ci-dessus.
Ses oeuvres méritent d'être regardées de très près pour en apprécier le travail du couteau. C'est  une évocation de l'univers de  Kandisnsky qui apparait à moyenne distance.
Vermeer est quant à lui ici la référence évidente puisqu'on y voit une miniature de la Jeune fille à la perle. YANG Feiyun est né en 1954 à Baotou (Mongolie-Intérieure). L’artiste a été étudiant au département de peinture à l’huile de l’Ecole Centrale des Beaux-Arts. Il est actuellement directeur de l’Institut de Peinture à l’Huile chinois (qui dépend de l’Institut de Recherche des Beaux- Arts chinois), tout en y étant professeur et directeur de recherche.
Cette toile de GUO Runwen m'évoque une lecture récente, la Fabrique du monde de Sophie Van der Linden, où l'héroïne est une jeune couturière en usine mais on pourrait aussi songer à Balthus. Né en 1955 à Zhejiang, l’artiste a été diplômé en 1982 du département des arts de la scène de l’Académie de Théâtre de Shanghai. Il est actuellement professeur et sous-directeur du département de peinture à l’huile de l’Institut des Beaux-Arts de Guangzhou, vice-président de l’Association des peintres de Guangdong, et membre de l’Association des peintres chinois.
Avec YAN Ping on pense à Van Gogh. Née en juin 1956 à Jinan (Province du Shandong), l’artiste est diplômée en spécialité peinture à l’huile de l’Institut des Beaux-Arts du Shandong. Aujourd’hui, elle est membre du conseil de l’Association des peintres chinois, vice-présidente de l’Académie de Peinture à l’Huile de Shandong et professeur.
Le poisson géant de DUAN Zhengqu, impressionne. Né en 1958 à Yanshi (Province du Henan), l’artiste est diplômé du département de peinture à l’huile de l’Institut des Beaux-Arts de Guangzhou. Il est actuellement maître de conférences à la Faculté des Beaux-Arts de l’Ecole Normale de la Capitale de Chine.
La sculpture est représenté avec notamment SUN Jiabo. Né en 1940 à Pékin, l’artiste est entré au département de sculpture de l’Institut Central des Beaux-Arts tout en y étant actuellement membre du comité d’étude, directeur d’étude et de recherche du premier laboratoire du département de sculpture.
WANG Keju a saisi Les Mouvements du vent, une oeuvre immense qui a la légèreté d'une quarelle. Né en 1956 à Qingdao (Province du Shandong), l’artiste est diplômé en 1983 de l’Institut des Beaux-Arts de Shandong. Il est actuellement professeur à l’Institut des Beaux-Arts Xu Peihong de l’Université Populaire de Chine et membre de l’Association des peintres chinois.
BAI Ming a joliment intitulé son oeuvre vers célestes : observation des montagnes et des rivières. Né en 1965 à Yugan (Province du Jiangxi), l’artiste est diplômé du département de céramique de l’Institut Central de l’Artisanat et des Beaux-Arts. Il est actuellement chargé de cours au département de céramique de l’Institut des Beaux-Arts (qui dépend de l’Université de Tsinghua), membre de l’Académie Internationale de la Céramique (AIC) et membre de l’Association Chinoise de Peinture à l’Huile.
Alin AVILA, historien et critique d’art, a été présent sur les ondes de France Culture pendant plus de 20 ans. Il dirige depuis 2001 la revue Area. Engagé dans l’art contemporain, il a été commissaire d’un très grand nombre d’expositions et a publié de nombreux ouvrages monographiques. C'est le curateur de ChiFra en France et à ce titre il a eu la responsabilité de la sélection française.
Pierre CARRON a été qualifié de peintre de l’intime, et son œuvre a souvent été rapprochée à celle de Balthus ou de Vuillard. Il n'empêche que devant ses toiles immenses j'entendais des visiteurs estimer que cette "peinture chinoise" était tout simplement évidente, ce qui a fait dire à l'artiste qu'il était le plus chinois des artistes français.
J'ai donc été amusée de découvrir un coq émergeant des Croisillons.
Christine JEAN apprécie les grands formats. Elle aime toutes les forêts qu'elle peint de mémoire.
Pour moi la référence à Klimt est évidente, mais l'artiste n'y avait jamais songé.
Toujours souriante, DENG Xihong est ici à coté de Jean CARDOT. Elle présente trois générations d’artistes chinois. La première englobe des artistes âgés de 70 à 80 ans, tous nés dans les années 1930, et qui ont tous connu la Révolution Culturelle, une époque où l’art était interdit. Il y a aussi des membres de la génération « mid-age », toutes diplômées d’université, qui ont connu la fin de la Révolution Culturelle à la fin des années 1970. Beaucoup ont étudié dans des institutions occidentales et recherchent maintenant de l’inspiration dans leurs racines en Chine.
Les membres de la jeune génération sont concernés par la pollution environnementale qui affecte de magnifiques paysages en Chine. Leurs œuvres véhiculent des idées d’incertitude pour l’avenir, non seulement sur la société, mais aussi sur l’environnement. L’idée de la civilisation se heurte à celle de la nature, avec les immeubles, par exemple, qui détruisent les paysages.
La présence de Jean CARDOT dans l’exposition est une manière de rendre hommage au sculpteur qui réalisa en 2000 la statue de De Gaulle, sise à quelques pas de l’exposition, au rond-point des Champs-Elysées. Le Général Charles De Gaulle a effectué un voyage à Pékin en janvier 1964. L’événement fera date et marquera l’esprit des chinois. Le Général sera pour les Chinois celui qui va ouvrir la Chine au monde moderne. Nous commémorerons l’année prochaine la reconnaissance par le Général de Gaulle en 1964 de la République populaire de Chine sur la scène du Monde.
Le mouvement domine dans cette sculpture où le pied du militaire semble s'échapper du socle.
Avec Nathalie MIEL les couleurs explosent.
Philippe GAREL, Flux et reflux (détail).
Photo-souvenir avec, de gauche à droite, Marie Rauzy (artiste), Zwy Milshtein (artiste), Sylvia Beder (CommunicationCulture) et Alin Avila, en bas, Dorian Desmazeaud (son assistant )

Informations pratiques
ChiFra, sur les Champs Elysées du 22 octobre au 28 octobre
Tous les jours de 11h00 à 20h00
8€ (dont une partie sera reversée aux associations d’aide à l’éducation artistique d’orphelins en Chine) – Gratuit pour les étudiants, les demandeurs d’emploi, les jeunes de moins de 25 ans.
Nocturnes Mardi 22 octobre et Vendredi 25 octobre

Le projet s’étendra sur cinq ans, de 2013 à 2018. Chifra, en 2014 sera présentée dans sept musées de Chine, à Pékin, Shanghai, Canton ...

mercredi 13 septembre 2017

Marco Polo et l’Hirondelle du Khan

Magnifique, magique, envoûtant. Les mots revenaient en boucle unanimement dans les commentaires qui s'échangeaient dans le public ce soir de première ... parisienne, car le spectacle avait été joué avec succès cet été au festival d'Avignon.

Eric Bouvron nous embarque dans un Orient fabuleux, sur les traces de personnages historiques  qui donnent leur nom au titre de la pièce Marco Polo et l’Hirondelle du Khan. Il aurait été trop long d'ajouter et Kublai Khan, petit‑fils de Ghengis Khan. Pourtant c'est à leur jeu pervers et de manipulation que nous assistons, fascinés.

Car c’est à un voyage dans le temps et dans un univers inhabituel auquel il faut se préparer.

Marco est jeune. 20 ans. Curieux. Ambitieux. Assoiffé d’aventure. Il sait très bien que son charme et sa fausse naïveté sont des armes dans la cour du Khan. Le souverain mongol a 60 ans. Souffrant des douleurs liées à l’âge, il suit son ambition d’unificateur. Il voit en Marco Polo un pion nécessaire à ses projets d'expansion. Il est patient, possessif, manipulateur et néanmoins une grande sensibilité se cache sous sa peau de conquérant.

Il voit tout, et la passion que sa quatrième et précieuse épouse va témoigner au jeune homme ne lui échappera pas.
Eric Bouvron est capable de restituer l'atmosphère singulière de la Mongolie du XVI° siècle avec un décor minimaliste.... mais des costumes somptueux, et surtout une musique enveloppante. Avec une direction d'acteurs sans faille.

Ce n'est pas une surprise : il nous avait déjà convaincu avec les Cavaliers, Molière du théâtre privé 2016, (créé dans ce même théâtre La Bruyère) qui partent demain en tournée aux États Unis puis au Maroc.

Marco Polo est dans la même veine. C'est encore une épopée, mais cette fois c'est Eric qui en a écrit la trame et les dialogues. Il n'est qu'un homme, c'est juste un homme dira au début Marco Polo qui cherche sans doute à se rassurer. Le Khan s'inquiète de son coté à propos du risque à introduire dans son cercle intime un jeune homme aventurier : Celui qu'on ne connaît pas on le craint.

La pièce déroule deux joutes, l'une politique, avec des visions opposées du monde, conquérir ou unir, et une autre, qui se place au niveau des sentiments puisque, c'était fatal, Marco Polo est séduit par l'hirondelle. Le discours religieux s'entend en filigrane. Existe-t-il un paradis et où est Dieu ?

On remarquera le nom de Damien Ricour au générique, collaborateur essentiel du spectacle, trop tôt disparu et auquel Eric Bouvron rendra hommage aux saluts.

La musique est essentielle. Un musicien, deux musiciennes-chanteuses mongoles, et une chanteuse lyrique, sont présents sur la scène, à l'instar d'un coryphée antique. Leurs interventions alimentent le mystère comme un feu toujours maintenu dans l'imaginaire du spectateur.

Les intonations du morin khuur (vièle mongole à tête de cheval) sont envoutantes. La puissance de Cecilia Meltzer est intense. L'émotion passe par de nombreux registres. La perversité des relations est mise en relief. On est subjugué.

Marco Polo et l'Hirondelle du Khan
de Eric Bouvron
Mise en scène Eric Bouvron assisté de Victoire Berger-Perrin
Collaboration artistique Damien Ricour-Ghinea
Costumes Sarah Colas
Lumières Edwin Garnier
Avec Jade Phan-Gia, Laurent Maurel, Kamel Isker en alternance avec Eliott Lerner
Musiques et chants Ganchimeg Sandag, Bouzhigmaa Santaro, Cécilia Meltzer et Didier Simione
Au Théâtre La Bruyère à partir du 13 septembre 2017
Pour 100 représentations exceptionnelles
Du mardi au samedi à 21h - matinée samedi à 15h30
5, rue La Bruyère - 75009 PARIS- Location : 01 48 74 76 99
Photos Marc O Carion

samedi 13 janvier 2024

Si seulement je pouvais hiberner, un film de Zoljargal Purevdashet un album de Johanni Curtet

Il y a foule de films à découvrir et vous connaissez ma capacité à l’enthousiasme. J'ai senti le coup de coeur pointer pour Si seulement je pouvais hiberner avant même d'avoir franchi la porte du cinéma.

Je l'ai découvert par la musique du réalisateur que j'ai écoutée en boucle. Elle est envoûtante, charriant une palette d’émotions que j’ai explorée avant de découvrir les images du film, très vite ensuite.

C’était assez inédit pour moi d’entrer dans une œuvre par la porte musicale mais j'ai trouvé ça vraiment intéressant.

Johanni Curtet est avant tout musicien, ethnomusicologue, producteur et directeur artistique de Routes Nomades. Depuis 20 ans, il pratique et étudie le khöömii, chant diphonique mongol, en l’expérimentant à travers diverses créations.

Plusieurs disques de sa réalisation sont parus chez Buda musique avec Tserendavaa & Tsogtgerel (2008) ; Une Anthologie du khöömii mongol (2017) ; Khusugtun (2020) ; Batsükh Dorj (2023) ; ainsi que ceux de son trio Meïkhâneh. Avec la bande originale de Si seulement je pouvais hiberner, (dont la pochette reprend le visuel de l'affiche) il signe une double première, une musique de film et un disque en son nom.

Ce film est un cri du cœur pour la Mongolie perçu à travers la rude vie quotidienne d’une famille d’Oulan-Bator. Il a presque des vertus documentaires car si on imagine le combat quotidien pour survivre l’hiver, on ne connait pas les quartiers de yourtes délaissés, où vit tout de même 60% des habitants, la pollution de la capitale la plus froide du monde, avec des températures de -35°C, l'usage du charbon (parce qu'il serait difficile de se chauffer autrement tant qu'on n'installera pas des panneaux solaires), la question de l’égalité des chances, mais aussi les enjeux sociaux tels que l’exode rural et le décalage entre la présence nomade et l’urbanisme.
Ulzii, un adolescent d’un quartier défavorisé d’Oulan-Bator, est déterminé à gagner un concours de sciences pour obtenir une bourse d’études. Sa mère, illettrée, trouve un emploi à la campagne, les abandonnant lui, son frère et sa sœur, en dépit de la dureté de l’hiver. Déchiré entre la nécessité de s’occuper de sa fratrie et sa volonté d’étudier pour le concours, Ulzii n’a pas le choix : il doit accepter de se mettre en danger pour subvenir aux besoins de sa famille...
Au-delà des problèmes, Ulzii (prodigieusement interprété par un comédien amateur), le personnage principal incarne un grand espoir qui pénètre toute l’histoire. Il ne renonce jamais et c'est son petit frère qui prononce la phrase-titre du film : Si seulement je pouvais hiberner …

La voix diphonique est le relai de cette voie d’espoir semée des doutes que suit Ulzii, mais rappelle sa région d’origine, l’Altaï. À l’image de sa vie, l’instrumentarium est simple : guitare, luth doshpuluur, vièle morin khuur, contrebasse, guimbardes et beatbox ; tout comme leurs modes de jeu. Les modes pentatoniques se frottent aux dissonances ou au blues en allant parfois chercher des rythmiques d’autres cultures nomades. Mais la présence harmonique, discrète, est partout.

Cette musique est à la fois minimale, gaie, douce ou énervée, répétitive jusqu’à l’entêtement, comme les états d’âme qui traversent les questionnements de cet adolescent qui cherche à s’en sortir avec une ténacité et un courage qui forcent l'admiration.

Partant de l’identité mongole elle devient universelle. A signaler que c'est le premier film mongol à être présenté à Cannes. Il porte en quelque sorte la voix des habitants d'Oulan-Bator. Et c'est un chef d'oeuvre.

Si seulement je pouvais hiberner, un film de Zoljargal Purevdash
Sélection officielle du Festival de Cannes (Un Certain Regard 2023)
En salles en France depuis le 10 janvier 2024
If Only I Could Hibernate, album de Johanni Curtet
Chez Buda Musique / Socadisc et Amygdala Films & Urban Factory
Dans les bacs depuis le 5 janvier 2024

samedi 29 février 2020

Nouvel album de Duplessy & The Violins of The World

Le nouvel album, le troisième, de Mathias Duplessy, m'a totalement ravie et fait voyager très loin ... vers l'Est. Le concert qu'il a donné avec ses musiciens, les Violins of the World, au Café de la Danse le jeudi 27 février 2020 a été un grand moment de partage et de plaisir.

La soirée a commencé avec quelques morceaux de Macha Gharibian, une pianiste étonnante, capable de jouer assise ou debout, des deux mains comme d'une seule. Sa voix volcanique a sculpté l'atmosphère de la salle. Elle a enchanté nos oreilles avec une première chanson, Sari Siroun Yar, qui est un chant traditionnel arménien qu’elle avait eu l’habitude d’entendre chanter par son père, le guitariste Dan Gharibian, dont je rappelle qu'il est le co-fondateur de l'immense groupe Bratsch.

Elle dédia à toutes les femmes la quatrième, co-écrite avec Pierre de Tregomain, The Woman I Am Longing To Be,  et nous a ensuite tous fait chanter. Le seul regret est de ne pas avoir réussi à la faire revenir pour un rappel alors que nous l’applaudissions chaleureusement. Retenez son nom, et son prénom, et le titre de son troisième album, Joy Ascension, sorti le 24 janvier 2020 (Meredith Records/Rue Bleue/Pias).

On peut en dire qu'il oscille entre jazz, soul-folk et blues, et qu'il a contribué parfaitement à nous préparer à la suite du concert. Mathias Duplessy (dont c'est lui aussi le troisième album, sortie le 24 janvier chez Absilone) est arrivé avec avec sa guitare folk et non pas trois, mais quatre musiciens, parmi lesquels Stephen Bedrossian, son compagnon de route contrebassiste depuis vingt ans.

Il était bien entendu accompagné des trois grands maîtres de vièles traditionnelles, qui composent le groupe des Violins of the World : Guo Gan, maître de la vièle chinoise erhu, reconnaissable à sa longue robe grise, Epi (Enkhjargal Dandarvaanchig) à la vièle mongole à tête de cheval, et l'impétueux Aliocha Regnard à la vièle scandinave, le ou la nyckelharpa qui est un instrument de musique traditionnel à cordes frottées d'origine suédoise, plus précisément de la région d'Uppland, au nord de Stockholm.

Ensemble ils ont le goût des aventures sonores et des voyages imaginaires. Si le plaisir qu'ils ont à jouer et chanter ensemble ils ne sont pas bavards et chacune de leurs compositions s'apparente à une petite cérémonie.

Mathias aime introduire un concert, non pas avec un morceau nouveau mais de manière rituelle avec le très beau et mélancolique morceau Montagnes, extrait de l'album "Crazy Horse" sorti en 2016 qui sera très applaudi. Il est seul à chanter avant d'être rejoint par les autres. Personne n'a de partition devant les yeux. Seule la "set-list" les guidera d'un morceau à l'autre.

jeudi 17 février 2011

Ailleurs à l'Espace Culturel Vuitton

Après la merveilleuse exposition Qui es-tu Peter ? il était difficile de surprendre encore le public. Pour Marie-Ange Moulonnet, directeur de l'Espace culturel Vuitton, une seule direction possible, celle de l'Ailleurs.

L'intitulé est bref et signifiant. Le pari est encore une fois réussi et à défaut de vous prendre par la main pour vous emmener faire ce voyage, je vais tenter de vous en montrer les principales étapes à travers quelques photographies prises sur le vif.

S'il faut se référer à un artiste-voyageur en particulier c'est Paul Gauguin qui s'impose. Le déplacement physique est vécu comme nourricier. Matelot à 16 ans, Paul Gauguin n'a cessé de voyager, même très affaibli et affecté par la mort d'une de ses filles. Le peintre arrive en 1901 dans les îles Marquises, après un détour par Tahiti. Il peint aussitôt la Fuite, cette petite aquarelle et gouache sur papier au titre évocateur. Il meurt en 1903. Il n'a que 45 ans ...

Bas Jan Ader est une autre figure emblématique. Il s'est forgé une réputation de jusque-boutiste avec une série de chutes, allant jusqu'à 8 mètres de haut. Il était capable de se suspendre à une branche d'arbre jusqu'à tomber d'épuisement. Plus encore que Napoléon il croyait à l'impossible. L'ailleurs était repoussé au-delà de toutes les limites, par parti-pris artistique. Il entreprend la traversée de l'Atlantique sur une embarcation dérisoire, qu'il sait inapproprié et se perdra en mer. Le bateau, In search of the Miraculous, seul, survivra, échoué sur une cote irlandaise neuf mois après le départ.

Joanna Malinowska est une fervente admiratrice de Glenn Gould. Elle ressent l'ailleurs dans le temps que la musique mesure. Elle est allée le plus loin possible en Alaska pour déposer un lecteur de musique fonctionnant à l'énergie solaire et qui diffuse en permanence les Variations Goldberg, là où le pianiste aurait voulu les jouer. La rapidité de son interprétation demeure une référence absolue, et un miracle si on considère sa posture insensée (il jouait assis sur une chaise dont il avait fait scier les pieds, pour avoir les mains en hauteur et le nez sur les touches, pour demeurer dans la même position qu'il avait lorsqu'il avait appris le piano avec sa mère). Nous voyons et entendons l'instrument comme si nous y étions, c'est-à-dire quelques bribes musicales, mais surtout le vent. Se référant explicitement au travail à la mémoire de Bas Jan Ader, elle a intitulé son œuvre In Search of the Miraculous, Continued .../ part II of three.
Olivier Leroi œuvre dans le décalage. J'aurais aimé croiser dans le Parc de Chambord les brigadistes à vélo auxquels il a greffé des bois de cerf en guise de guidon. Je n'ai rencontré cet été que des Médines, déjà bien surprenantes. Olivier Leroi voit les choses différemment du commun des mortels. Le canapé rouge où Michel Drucker reçoit avec bonhommie ses invités de Vivement Dimanche lui apparait comme un moulage de gencive après l'extraction des canines.

L'ailleurs est pour cet artiste très proche ou très lointain. Il apprend que l'Antarctique n'a pas de drapeau. Il lui en dessine un aux couleurs de son principal habitant, le manchot, en respectant la proportion des couleurs de sa robe. Et c'est si réussi qu'on a peine à croire que ce n'est pas la réalité. enfin, pas encore.
Laurent Mulot intervient un peu dans le même état d'esprit. Il fonde le réseau International des Centres d'Art Contemporain Fantômes (CGAC en anglais) dont le titre lui a été suggéré par le premier couple de gardiens australiens, seuls à 8o0 km de la première ville. Le dernier en date a été inauguré en Terre-Adélie. Le réchauffement climatique est suggéré par la fonte d'un lettrage tridimensionnel de glace et suggère la transformation de l'être par le néant, ou presque. Une œuvre en mouvement qui sera différente à chaque moment.
Comme l'indique le terme fantôme, la structure n'existe pas en tant que telle, sauf sa matérialisation par une plaque et son gardiennage. Le centre français est Rochefourchat, dans la Drôme, avec un seul habitant recensé.





Lucy et Jorge Orta pratiquent l'art humanitariste. Ils ont mis en place le Village Antarctique en 2007, un village pionnier de tentes à partir de drapeaux, accompagnant leur démarche de la création d'un passeport mondial remis à tous ceux qui soutiennent leur entreprise et qui sont prêts à vivre en tant que citoyen du monde. Soit en privilégiant le respect de l'autre, de l'environnement, combattre le racisme, la violence et la barbarie, et promouvoir la démocratie.

Changement d'univers avec Fernando Prats qui vit et travaille en Espagne et au Chili. Il noircit des papiers de fumée charbonneuse qui lui servent ensuite de toiles, laissant la nature "faire le travail" pour lui. L'eau, un arbre, le vent fixeront leurs empreintes. On le voit sur cette photo (ci-contre) feuilleter le catalogue des œuvres ainsi obtenues.




On clame aux parents la vertu de l'ennui pour leurs enfants, tentant de les convaincre que c'est le meilleur moyen de développer leur créativité. Marc Horowitz en est la parfaite illustration. Il se sent délaissé et note son téléphone sur un cliché qu'il a réalisé dans le cadre de son travail de publicitaire en ajoutant "Dinner with Marc". Cette blague arrive dans des millions de foyers. Marc perd son job mais gagne des dizaines de milliers d'invitations, affrète un camping-car, prend la route et ... 20 kilos au fil du temps. L'échec devient un succès artistique, médiatisé au-delà de ce qui est imaginable. Avec Marc, l'ailleurs est ici, toujours et maintenant. Bonne nouvelle : l'homme a gardé un sourire communicatif et retrouvé sa ligne de jeune homme.

Fabrice Langlade suscitait l'étonnement le soir du vernissage. Adepte du conseil de Goethe : Créé, artiste et ne parle pas, le sculpteur affichait une préoccupation obsessionnelle, celle de n'être photographié qu'en pied. Le voici acceptant néanmoins de bonne grâce de poser devant la Tour Eiffel, aussi droite qu'un I, laissant apparaitre son projet de Pont en porcelaine en Mongolie comme un rêve holographique.

Ce projet, appelé réellement à être réalisé, sera comme une apostrophe, un nuage posé au croisement de l'Orient et de l'Occident dans le pays du monde qui compte le moins d'arbres. préfigurant le bâton que les cavaliers plantent là où il demeurent quelques instants en paix avant de reprendre la route, on pourra potentiellement passer le pont à cheval dessous, comme dessus.
Andreas Angelidakis est scénographe du merveilleux. Il évolue dans un univers où l'idée et la construction se rejoignent, faisant de son ordinateur un musée. Ses créations architecturales se bâtissent et se déconstruisent en une boucle infinie de 20, 25 ou 40 secondes.

Laurent Tixador se situe à l'opposé de la contemplation d'un jardin. Il s'est enterré deux mètres sous terre, pendant vingt jours, avec Abraham Poincheval pour vivre une expérience particulière de l'ailleurs. L'homme fut le premier artiste au Pôle Nord. C'est dire combien il ne craint pas les péripéties. Cette fois le voyage, quoique court en terme de distance, fut étrange, donnant l'impression de circuler dans la mort, seul face à soi-même. Le rapport émotionnel reste palpable et l'artiste confie que les 4 premiers jours furent les plus durs.

Ils n'ont manqué de "rien". Les trois repas quotidiens étaient précieusement conservés caisse par caisse. Un vieux téléphone de l'armée américaine les reliait au monde du dehors. Les vitrines montrent ce qui a pu être réalisé ensuite sous l'influence du lieu avec des objets souvenirs.

La première œuvre avec laquelle on est en contact à l'arrivée à l'Espace culturel est cette immense carte de Yann Dumoget, lui aussi artiste participatif à l'instar de Marc Horowitz , à ceci près qu'il fut précurseur. Ami Barak, curateur et critique, ami de longue date de Yann, admire sa ténacité, et la permanence de son attitude, l'empêchant de se poser comme une malle ... un comble dans cet endroit !

L'homme est adepte du contact direct. il a entrepris un voyage aléatoire de deux ans le conduisant ici ou là au hasard des rencontres et des messages à porter. C'est sans doute le seul artiste à avouer aussi franchement un échec qui n'en est pas véritablement un car il pressentait que la mondialisation était plus favorable aux marchandises qu'aux êtres humains. Les difficultés administratives ont eu raison de son enthousiasme mais il revient avec bonne humeur, toujours prêt à acheter à tours de bras l'amitié du premier venu en lui tendant un billet portant l'inscription de son numéro de téléphone. Je n'ai pas fait l'expérience d'appeler. Enfin pas encore ... j'attends d'être à proximité de son atelier montpelliérain pour solliciter un entretien, en espérant qu'il ne sera pas déjà parti sur d'autres routes, en Islande probablement.

Yann Dumoget me confiait qu'il avait songé à garder trace de ses expériences dans un blog mais que l'ampleur des contraintes l'avait freiné tant qu'il avait renoncé (je comprends ... et je songe qu'écrire dans un blog peut être une voie vers l'ailleurs dès lors qu'on a pour objectif de faire partager des univers où le lecteur ne serait pas allé spontanément...). Il pose devant sa carte en compagnie d'un violoncelliste qui a joué toute la soirée du vernissage en écho à l'esprit de la songline du marcheur nomade.
Je me suis moins attardée auprès des œuvres de Giovanni Anselmo et de Luc Mattenberger.










En revanche l'univers de Tïa-Calli Borlase m'a fascinée.

Ses "sculptures membranes" se balancent comme des créatures sous-marines sur un fond Bordeaux qui évoque le sang sans vulgarité.

On sent une proximité avec l'univers des Lalanne. Au départ elle sculptait dans la résine mais sa toxicité (les Nanas de Niki de Saint-Phalle ont considérablement abrégé sa vie) l'a conduite vers le latex et les baleines de corsets qu'elle achète par 300 mètres. Elle travaille clandestinement dans des chambres d'hôtel, prend vite une photo-mémoire avant de s'échapper.
Cavalière émérite elle développe aussi des projets plastiques relatifs au cheval comme cette silhouette qui est exposée dans la vitrine de la rue Bassano.

Il m'a semblé que les autres vitrines étaient dans le ton, très noir et blanc de cette exposition qu'il faut aller voir avant le 8 mai 2011, d'autant qu'elle est gratuite et que tous les publics sont accueillis avec le même intérêt.


Espace culturel Louis Vuitton, 60 rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03
du lundi au samedi de 12 à 19 heures, dimanche et jours fériés de 11 à 19 heures

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