Alors que le débat gonfle et s’envenime à propos de l’arrivée de Shein au BHV, j’avais reçu une invitation à me rendre à une présentation presse d’une "maison" dont le credo est de ne représenter que des marques écoresponsables, pas forcément déjà très connues, mais promises à devenir des icônes parce qu’elles portent chacune une belle histoire.La Cour des Icônes les présente un peu à l’instar d’un cabinet de curiosités. Je suis allée à leur découverte le 26 novembre dernier, certes par goût pour l’originalité mais aussi par conviction. Je suis en effet la fille de parents qui ont traversé la Seconde guerre mondiale et dont l’enfance a été vécue dans une certaine misère qui a ensuite fortement impacté leur mode de vie bien qu’ils aient ensuite été à l’abri de ce qu’on nomme "les soucis matériels". Ça m’est totalement naturel d’avoir un comportement éco-responsable.
J’ai retenu cette après-midi là une dizaine de marques. Je vais commencer par une femme aux multiples talents et dont j’avais croisé plusieurs fois la trajectoire de vie sans le savoir.
Saranguerel Tseelaajav est née sous la yourte de sa grand-mère, dans une région de Mongolie réputée pour ses élevages de chèvres, yaks et chameaux. Elle a grandi en symbiose avec la nature, mais elle est venue étudier à la Sorbonne et a décidé en 2011 de lancer sa marque éponyme de cachemire haut de gamme, éthique et solidaire, entre tradition.Saranguerel est d'abord née de la volonté de préserver un savoir-faire ancestral en voie de disparition. Le tricotage se fait sur machine, sans électricité et l’assemblage à la main par une centaine de femmes qui ont encore un mode de vie nomade, justifié par la nécessité d'accompagner les élevages, pour la plupart de petite taille, dans les steppes de Mongolie.
La fondatrice garantit à ces artisanes une rémunération et des conditions de travail justes. Côté consommateurs, la traçabilité est sans reproche.
Le vestiaire est composé de pulls, sous-pulls, gilets, pantalons, châles, écharpes, gants et bonnets, vendus exclusivement sur le site internet, ce qui n'exclue pas des commandes personnalisées. La tradition n'interdit pas une certaine modernité comme en témoigne le coeur tissé sur le col d'un pull. Cet autre motif, sur le pull beige, est exactement celui du mandala porte-bonheur qui était peint sur toutes les portes des maisons et qui peut être exécuté en plus petite taille.
Tseelaajav est depuis 29 ans en France parle sept langues. Elle a traduit les dialogues de nombreux films. En particulier Si je pouvais hiberner qui fut le premier film mongolien présenté au festival de Cannes. Elle connait très bien les lieux de tournage. C'est là que se trouve le petit atelier de métiers à tricoter.
Sa prochaine collection s’inspirera de son prénom qui signifie "clair de lune" et s’appellera lune.
Revenons en France, et plus précisément dans la quartier parisien de la Goutte d'or où se trouve un atelier qui combine trois belles valeurs : le recyclage, le Made In France et le travail solidaire. Depuis 2008, l'Association Chaussettes Solidaires révolutionne le recyclage des chaussettes usagées en les transformant en nouveaux fils, donnant naissance à des collections d'accessoires et vêtements à la fois esthétiques et respectueux de l'environnement. Elle ne se limite pas à la revalorisation textile. Elle s'engage aussi à l'insertion sociale et économique des personnes éloignées de l'emploi.
L'association recycle les anciennes chaussettes en les transformant en nouveau fil pour en faire des chaussettes neuves, mais aussi des gants, écharpes, et d'autres accessoires de mode élégants et intemporels, qu'elle vend sous sa marque Chaussettes Orphelines.Le fil issu d'une filature du sud ouest de la France est obtenu en associant aux fibres de chaussettes recyclées des matières ayant un faible impact sur l'environnement (coton recyclé, laine recyclée, lin...) pour encore plus de douceur, de confort et de résistance.
Tous leurs produits sont fabriqués en France par des tisseurs, tricoteurs et confectionneurs soucieux de la qualité et de la durabilité des produits. Et pour prouver qu'ils ne font pas "que" des chaussettes j'ai choisi de présenter un grand sac cabas.
Il faut la suivre sur les réseaux pour se tenir informé de certains évènements auxquels vous pourriez participer. Par exemple le 15 mars dans l'Espace créatif de Marcia de Carvalho, 2 Rue des Gardes, 75018 Paris (inscription ici dans la limite des places disponibles). La fondatrice de la marque interviendra à propos de l'économie circulaire dans la mode à 15 h en compagnie de Catherine Dauriac, présidente de Fashion Revolution France. Suivra un atelier d'upcycling pour apprendre à réparer et personnaliser des vêtements. Puis apéro convivial et concert de musique brésilienne.
Mon oeil a été attiré par les volumes et la fluidité des lignes des modèles d'Ekjo, une marque dont le nom est tiré des initiales de la créatrice sud-coréenne Eun Kyung Jo.
Elle est arrivée à Paris en 1997 après avoir obtenu son diplôme à la Seoul University et complète sa formation à la Chambre Syndicale de la Haute Couture, au Studio Berçot et à Central St Martins à Londres. Elle a lancé sa première collection de prêt-à-porter en 2001et a reçu en 2020 le label Made in Paris. En effet, toutes les collections sont dans l'atelier du 2 rue du Jour où se trouve également la boutique, même si les articles sont aussi accessibles en ligne.Issue d’une famille d’artistes, la styliste continue de s’inspirer de son environnement, de ses souvenirs d’enfance et de la nature tout en revendiquant une forte volonté d’une mode libre et créative qui s'exprime par exemple son pantalon parachute.
Elle sélectionne des matières de qualité, symbolisant un luxe authentique et une vision humaniste, imprégnés dans l’ADN de la marque. Consciente de l’impact de la consommation actuelle sur la planète, la marque s’est engagée dans un mode de production plus responsable. L’upcylcing et les circuits courts sont des éléments essentiels de son processus créatif.
Partons en Inde avec ces vêtements retaillés dans des tissus kantha, donc en soie comme cette veste kimono cousue à la main, qui est en taille unique. On pourra la porter sur un pantalon noir ou blanc comme sur un jean et l'accessoiriser à sa guise. Impossible de s'en lasser puisqu'elle est réservible.
LM Lulu est une maison née d’une rencontre qui se poursuivit dans une histoire d’amour entre Lucien, dit Lulu, et Patricia, unis dans la vie comme dans la création. Le nom de leur marque est un jeu de mots intime et élégant, "Elle aime Lulu".Chaque collection, réservée exclusivement aux professionnels de la mode, est pensée comme une signature, composée de modèles originaux en séries limitées, créés par Patricia Forgeal. Ce sont des pièces fortes, portées par des femmes qui aiment la mode, l’allure et la liberté de rêver d'un style qu'on qualifie souvent de folk, ou bohémien chic.
Installée à Paris la créatrice a étudié dans plusieurs écoles de mode pour perfectionner sa technique : Jeoffrin Byrs et Esmod. Pour finir son parcours à la chambre syndicale de la haute couture où elle sera récompensée de l’Oscar de la mode. Elle est présente dans plusieurs marques de prêt-à-porter français comme Amuse, né en 2016, pour combiner le style parisien et l'inspiration des voyages en associant des imprimés expressifs et colorés aux broderies anglaises et à des dentelles florales aux couleurs électriques.
Martha Escaler, la créatrice de Maison Earth est elle aussi une grande voyageuse et y trouve une source d'inspiration. Depuis 2024 cette styliste engagée dans le mouvement de la slow fashion imagine une collection de pièces uniques et essentielles : robes vaporeuses, chemises amples, pulls enveloppants, châles brodés...
Maison Earth est une philosophie : ralentir, observer, chérir ce qui existe déjà. Après plus de dix ans vers l’industrie de la mode et face au vertige de la surproduction, Martha a choisi une autre voie.Elle récupère de belles pièces oubliées, chinées (souvent pour la douceur des matières naturelles — lin, coton, alpaga, cachemire — choisies pour leur noblesse et leur durabilité) et leur offre une nouvelle vie, sublimée par son regard, ses voyages, ses inspirations organiques et intuitives à travers une broderie originale. Cette intervention tisse un lien intime entre le vêtement et celle qui le portera.
Chaque broderie, délicatement posée à la main, incarne une élégance douce, poétique et actuelle pour raconter une histoire, une transformation, une renaissance.
C'est une invitation à ressentir, garder, transmettre, loin des diktats de la mode éphémère. La démarche est sensible et engagée autour d'un chic bohème, et profondément moderne.
J'entends de plus en plus souvent parler de recyclage de coquilles de crustacées pour en faire de la céramique et de déchets de pommes et de goémon pour fabriquer un cuir végétal. C'est dans cet esprit que Me Land emploie cette matière résistante et imperméable, composée pour moitié de déchets de pommes et pour moitié de bioplastiques à base d’algues.
La nouvelle collection Printemps Eté 2026 sera disponible dès le 1er février 2026 en boutique et en ligne. Les baskets Evan & Vivace sont fabriquées artisanalement au Portugal dans le respect des traditions bottières.
Elles sont intégralement à base de déchets plastiques marins recyclés et d’une semelle en gomme recyclée, confortable et ultra flexible, avec une semelle intérieure à mémoire de forme. Elles sont 100% vegan et 100% recyclées et existent dans des colorations estivales inspirées par le soleil : bleu ciel ou électrique, rose pâle ou fushia mixé avec des zestes de jaune ou orange. Il existe aussi une version en jeans upcyclés retournés par les clients de la marque pour une mode plus vertueuse.
Côté bijoux j'ai retenu les créations d'Audrey Attia qui depuis 2016 incarne avec Niiki Paris une bijouterie inspirée, entre héritage et création contemporaine. Issue d’une famille de joailliers, Audrey a grandi dans l’univers précieux des ateliers parisiens, entre gestes minutieux, pierres naturelles et admiration pour la beauté du savoir-faire. Après une carrière de dix ans dans le marketing de mode, elle a voulu revenir à l'essentiel en créant une marque fondée sur l’émotion, la tradition artisanale et l’élégance.
Installée au 8 rue Réaumur, la maison puise son inspiration dans le voyage, l’art et l’architecture, notamment les lignes géométriques audacieuses de l’Art Déco. Chaque collection exprime une histoire, une culture, une sensation. Chaque bijou raconte une histoire captivante en célébrant une féminité libre, audacieuse, toujours en quête d’originalité. Audrey Attia conçoit ses créations en étroite collaboration avec des artisans locaux et internationaux.
Maria Luisa Craia développe depuis plus de 10 ans une collection de sacs aux formes et détails uniques, qui incarnent une nouvelle définition du luxe. Ses créations, réalisées par des artisans italiens très ciblés, sont très contemporaines et allient élégance, légèreté, praticité et durabilité.
Spécialiste du cuir, la créatrice travaille le veau grainé ou saffiano, mais également tous les matériaux naturels et techniques haut de gamme, nylon, denim et éco fourrure. Sa collection se décline en petites séries uniques pour chaque boutique, en France, en Italie, en Corée, et aux États Unis. Elle joue la couleur dans des tonalités neutres et douces, tels le noir, kaki, taupe, marron, rose, ou "flash", jaune, vert, fushia, rouge, bleu....avec une version argent ou fausse fourrure.
Ada est un petit cabas confectionné en cuir de bison américain finement froissé et en véritable dos de crocodile teint à la main. On devinera que les matériaux sont d'exception. Ils sont sublimés par une fabrication réalisée avec un soin et une attention aux détails remarquables : surpiqûres contrastées, doublure en laine, poche intérieure texturée et fermeture éclair avec tirette en cuir.
Comme on le voit sur la photo, le design est épuré et pratique. Le cuir, soumis à un tannage spécifique, est devenu souple et compact, tout en développant une texture unique, similaire sur chaque sac, mais jamais identique. Les dos de crocodile, également assouplis et teints à la main, incarnent à la perfection le luxe raffiné que Maria Luisa Craia souhaite offrir à travers ses créations. C'est une pièce très originale et cependant intemporelle qui résiste au temps.
Pour finir je ne peux pas zapper la collection capsule de Bombers. J'imagine que vous connaissez déjà cette marque éponyme de "flight jackets" qui fait référence, grâce à ses modèles aussi intemporels qu’incontournables. Créé dans les années 50, ce blouson emblématique avait à l'origine été pensé pour des besoins techniques plus que des envies stylistiques. Les modèles "MA-1 et B15" ont été élaborés initialement pour les pilotes de chasse de la marine et l’armée de l’air américaine.
Chauds pour faire face aux intempéries extérieures et intérieures, courts pour ne pas être gêné sur le siège éjectable, doublés de nylon orange pour être mieux repéré en cas de crash, avec une fameuse poche zippée sur la manche, pour pouvoir y placer cartes et stylos.
Sans cesse réinterprétée, sans jamais perdre de sa superbe, la marque a réussi à traverser les décennies sans perdre une ride comme en témoigne cette capsule plus fashion orientée vers un univers féminin qui pourra désormais porter un blouson à l'instar de James Dean, Tom Cruise, Steve McQueen, ou les artistes contemporains du Hip-hop comme D.Dre et 2Pac.
Je reparlerai prochainement d'upcycling à travers notamment d'un reportage en immersion chez Chaussettes Orphelines.









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