lundi 24 décembre 2012

Les choix secrets d'Hervé Bel chez Jean-Claude Lattès

Les choix secrets appartiennent à ces livres qu'on démarre sans y prendre garde et qu'on ne lâche pas. C'est puissant, terrifiant, dans la même veine que Le vase où meurt cette verveine que j'ai chroniqué l'été dernier.

Marie allait faire quelque chose, mais quoi ... André se tient debout, dans son dos, respiration haletante, reproche vivant. Elle sait qu'il la trouve ridicule et cela l'empêche de se concentrer. Lui ne semble se douter de rien : bonne nuit, ma petite poule. Comme si les heures à venir pouvaient être autre chose qu'un voile épais dont il allait falloir se défendre.

J'en ai connu des Marie et des André, qui n'ont pas toujours eu le malheur de donner la réplique. Hervé Bel scrute l'intime du couple avec un oeil policier qui voudrait à tout prix trouver un coupable.

Est-ce sa faute à Marie si un rien l'effraie ? Le futur n'est promesse que de danger. Les soucis ne manquent pas, les petits, les vrais, comme cette tuile qui est tombée l'autre nuit et qu'il va bien falloir faire réparer, et surtout la peur de la mort, aussi inquiétante que la vie qui reste à ... à subir, à redouter, à apprécier ... comme si on pouvait.

La mémoire de Marie avance cahin-caha, zigzagant entre le passé et le présent pour éviter de songer à ce qui va arriver. On revit avec elle les épisodes qui ont incurvé son chemin de vie et nous, lecteurs, attendons la révélation fracassante.

André le lui a promis : quoique tu fasses, je t'aimerai toujours (page 33).

Excès de romantisme, manque de confiance en soi, dépression latente, toujours est-il que Marie, toute sa vie, sera persuadée d'être seule à détenir la vérité. Ses jugements seront sans appel. Elles les pose comme des constatations, et son comportement en découle.

On assiste, impuissant, à leur descente aux enfers, en frissonnant au détour d'une petite phrase qui évoque le souvenir d'un parent heureusement lointain, ou tristement proche qui pourrait, lui aussi, basculer en entrainant l'autre dans sa chute. Mais on ne referme pas le livre, non, jamais, trop fasciné pour s'arrêter.

Les choix secrets d'Hervé Bel chez Jean-Claude Lattès, août 2012

1 commentaire:

Akialam a dit…

Effrayant. Je n'y aurais pas pensé, mais effectivement, ça a du sens... La peur de devenir comme Marie, éternelle insatisfaite et pourtant unique responsable de son malheur...

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