jeudi 6 décembre 2012

Lutin veille, un grand classique suédois illustré par Kitty Crowther

De sa grand-mère anglaise Kitty Crowther a hérité un gout affiné pour la nature. C’est en apprenant à lire dans les albums de Béatrix Potter que converser avec des animaux lui est devenu naturel. La petite fille malentendante qui avait du mal à communiquer a très vite développé un intérêt pour les histoires fortes emplies de silences et de questions.

Elle revendique aussi aujourd’hui l’influence d’Arnold Lobel, le magicien des couleurs, de Tomi Ungerer, le papa des Trois brigands (à qui je vais bientôt consacrer un billet spécial) et de Quentin Blake qui a donné vie aux personnages imaginés par Roald Dahl, tous ultra connus des passionnés de littérature jeunesse.

Kitty a illustré près de quarante albums, dont vingt pour lesquels elle a aussi conçu le texte. Elle a été honorée de prix prestigieux comme le Prix Baobab du Salon du livre et de la presse jeunesse en 2008 et le prix Astrid Lindgren Memorial Award pour l’ensemble de son œuvre en 2010 et qui est la plus belle récompense que l’on puisse recevoir dans son domaine d'activité.

Astrid Lindgren (1907 - 2002) était une des plus importantes auteures suédoises du XXème siècle. Elle a écrit des contes, des romans, des livres illustrés, des pièces de théâtre, des scénarios et des chansons. Ses héritiers ont proposé à Kitty Crowther d’illustrer un de ses textes les plus célèbres, inspiré d’un poème de Noël de Viktor Rydberg (Suède, 1828 - 1895) appartenant au folklore suédois, un univers que Kitty connait bien parce que sa mère est suédoise. Elle sait aussi que ce monde n’est pas universellement familier car elle est née en Belgique.
Elle a donc mené des recherches de couleurs assez sophistiquées pour définir la palette de l’album qui est intitulé Lutin veille. C’est Karen Larsson, autre célèbre suédoise, qui lui inspira l’association d’un rouge vermillon et d’un vert émeraude avec une espèce de moutarde, trois couleurs que l’épouse de Carl a beaucoup employées pour décorer l’intérieur de sa maison et qui se retrouvent dans les illustrations de son mari.
Alors qu’elle travaille plutôt aux crayons de couleur, Kitty a choisi cette fois l’aquarelle, ce qui donne davantage de lumières et d’ombres à ses peintures. C’est net quand on on feuillette l’album. C’est encore plus frappant  quand on découvre cet univers en grand format dans l’exposition 28°W sur le thème de l’aventure au dernier Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil.
Elle a intitulé son espace « Adventure in your own backyard », ce qui signifie que l’aventure est à portée de tous, pour peu que l’on soit comme elle sensible à l’invisible et capable de s’ouvrir aux autres mondes. Et ce ne sont pas les petites filles assises au pied du décor qui viendraient la contrarier.
L'auteure, à droite sur cette photo, à coté de Katy Couprie, a confié aux personnes venues la rencontrer à Montreuil samedi dernier qu’il lui avait fallu énormément de temps pour représenter et faire vivre ce personnage complètement mythique en Scandinavie sous de jolis ciels verts de fin d’aurores boréales.
L’album s’ouvre et se referme sur une double page de papiers pliés découpés. L’action se déroule sous une nuit lumineuse entre plusieurs bâtiments agricoles où chacun se repose. Vêtu d’un costume gris bleuté et rouge, coiffé d’un gros bonnet, chaussé de sabots, et armé d’une lanterne, un étrange bonhomme à la longue barbe blanche est le seul à s’activer d’un endroit à l’autre, s’acquittant d’une mystérieuse mission avant de retrouver le chat qui attend son bol de lait. Rien d’étonnant à ce que ce soit cet animal qui tienne compagnie au lutin : Kitty aime beaucoup dessiner ces témoins silencieux.

En Suède, les hivers sont très longs et fort rigoureux. Pour supporter des conditions de vie aussi rudes, les habitants puisent de la force et du réconfort dans la croyance de l’existence d’un peuple d’êtres invisibles. Ce sont des lutins qui, dans certaines religions on croyances sont désignés sous le nom d’anges gardiens.

Lutin veille, de Astrid Lindgren, Illustrations : Kitty Crowther, traduit du suédois par Alain Gnaedig, collection Pastel de l’Ecole des loisirs, 30 Novembre 2012, recommandé à partir de 5 et sans limite d'âge, 12,00 €

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