lundi 9 janvier 2017

Inertia, un film de Idan Haguel, avant-première

J'ai eu l'opportunité de visionner Inertia avant sa date de sortie officielle (le 1er février 2017) du réalisateur israélien Idan Haguel dont c'est le premier long métrage.

Catégorisé "drame", ce film est néanmoins difficilement classable parce que de nombreux plans sont puremetn surréalistes. A commencer par l'affiche qui représente le visage d'une femme pénétré par des vagues, à moins que ce ne soit le contraire, de l'eau qui jaillirait de ses yeux.

La mer s'impose dans le scénario. On la découvre dès les premières images, où elle apparait paisible avant de devenir angoissante quand le cri Mira (Ilanit Ben-Yaakov) se réveillant brutalement suggère qu'il s'est passé un évènement tragique.

On n'entend plus que le souffle du vent, une sorte de silence et il faut attendre plus de 4 minutes 30 pour découvrir les premiers dialogues.

Inertia est troublant mais également envoutant. Si le spectateur apprend assez vite la disparition du mari de Mira il devra faire preuve d'imagination pour tenter de recomposer l'histoire. s'est-il enfui de son plein gré ? Sa femme est-elle impliquée comme victime ou coupable ?
La conversation entre la fille et la mère (Galia Ishay) fournit des pistes fugitives à nos fantasmes : J'ai entendu parler de cette femme de Bucarest qui a cuisiné son mari comme des lardons et l'a mangé dit-elle.

- Pourquoi ? semble s'étonner la fille ....

Evidemment on verra Mira la poêle à la main sur le plan suivant. On la pense sombrer dans la folie en la découvrant parler à un dauphin à travers un écran de télévision, alors qu'elle est simplement au téléphone.
Plusieurs images ne dépareilleraient pas dans un univers signé par un peintre surréaliste, comme ce bateau qui évoque une tombe. Ou Mira perdue au rayon plomberie d'un magasin de bricolage.
La force du film est de nous surprendre régulièrement par des moments de pure comédie qui s'infiltrent de manière naturelle dans des scènes de la vie quotidienne. Par exemple cette scène où un homme à la tête débonnaire est assis à l'extrémité d'un canapé où se trouve à l'autre bout un coussin avec une tête de chien noir et blanc.
On comprend que Mira vit une sorte d'amnésie et son obstination à vouloir nettoyer une tache de sang sur le plateau de verre de la table du salon ne peut que nous rendre suspicieux. Elle multiplie les démarches pour chercher son mari. Pourtant, plus le temps passe, plus elle se rend compte qu'elle est beaucoup mieux sans lui...

Notre vigilance est en alerte. La présence d'une canne à pêche en plein salon... procure un effet comique ... ou tragique si on pense que c'est un indice.
C'est un autre homme que la police a retrouvé. Les plans sont extrêmement lents, et construits de manière à entretenir le mystère. Ainsi par exemple l'eau sous la douche devient la mer rouge, et prend la couleur rouge sang.

Le personnage de Max n'apporte pas de résolution même si on remarque que Mira devient de plus en plus jolie à mesure qu'elle le fréquente.

Idan Haguel a travaillé le scénario depuis plusieurs années. Il avait réalisé un court métrage dans le même coin d'Haifa, intitulé Haifa Fish-Soup en 2005, et depuis ce tournage il a reconnu avoir le désir de faire un long métrage dans cette rue et ce bâtiment en particulier, où vivaient ses grands-parents. 

Il a rédigé le scénario avec une de ses amies, Ifat Makbi, qui est également réalisatrice. Et le producteur Elad Peleg (de Daroma Productions) l'a accompagné. Le titre du film, Inertia, s'est imposé après le montage pour caractériser l'état d'esprit des personnages principaux et leurs interactions.

Ce film étonnant qui nous emmène en terre inconnue a reçu plusieurs distinctions.

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