
C'est toujours compliqué de rendre compte d'une exposition mais particulièrement celle-ci
"Impressions au fil de l’Oise" puisqu'elle se déroule dans trois villes différentes, au
Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de l'Isle-Adam, au
Musée Daubigny d'Auvers-sur-oise et au
Musée Camille-Pissarro de Pontoise, du 15 octobre 2022 au 5 février 2023.
Et il ne faut pas moins d'une journée pour la voir dans son entièreté. Mais que cela ne vous empêche pas de faire (aussi) une balade dans la jolie campagne qui inspira tant les peintres. S'il faudra un billet par lieu sachez qu'un tarif réduit vous sera acquis à partir du deuxième.
J'ai choisi de la présenter en trois temps, un par musée, avec parfois quelques liens. Pour ne pas alourdir la publication j'ai bien entendu d'abord résumé le propos et vous pourrez accéder à toutes les photos et commentaires en cliquant sur le lien en bas de l'article, sachant qu'ensuite chaque photo peut s'afficher plein écran.
Si j'étais déjà allée à Auvers-sur-Oise dans
les traces de Van Gogh, je ne connaissais aucun des trois musées et le parcours fut une totale découverte.
"Impressions au fil de l’Oise" se déploie d
ans le cadre du projet de l’association Destination Impressionnisme de la Vallée de l’Oise, fondée en février 2021 et réunissant les trois municipalités et leurs musées – tous trois Musées de France. Après des actions ponctuelles, toute une série d'animations ont été programmées depuis début octobre jusqu'à début février 2023 avec des spectacles, des guinguettes, une fresque participative, des tirages photographiques à l’ancienne, des croisières …
Agnès Tellier, élue à la culture, espère que l’expérience deviendra pérenne chaque automne. Le point d’orgue en est la collaboration entre les trois musées avec une exposition conjointe autour de trois peintres majeurs de leurs collections : Jules Dupré (1811-1889), Charles François Daubigny (1817-1878) et Camille Pissarro (1830 -1903) qui, par leurs personnalités et leurs talents, ont attiré autour d’eux de nombreux amis ou élèves, faisant de la vallée de l’Oise un foyer artistique majeur.
Principal affluent de la Seine, l’Oise a parfois tendance à être oubliée dans l’histoire de la peinture de paysage aux XIXe et XXe siècles. Elle constitue pourtant une étape essentielle dans la transition du pré-impressionnisme de Barbizon aux années historiques du mouvement qui se déploie principalement entre Paris et la côte Normande.
Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreux artistes se rassemblent dans la vallée de l’Oise dont la diversité des paysages convient particulièrement à l’expression de leur art. Tous sont animés par le désir de peindre en plein air les champs de blé, les coteaux boisés et la rivière aux reflets scintillants.
À L’Isle-Adam, Jules Dupré (1811-1889) souhaite rassembler autour de lui ses amis et les artistes qu’il estime et qui partagent ses idées. Dans les paysages de la cité adamoise et sa campagne environnante, il trouve ce qui va constituer les éléments caractéristiques de son iconographie personnelle.
C’est non loin de là, à Auvers-sur-Oise, que Charles François Daubigny (1817-1878) – ami de Jules Dupré – s’installe. L’architecture de la ville (les ruelles, l’église, etc.), les perspectives sur la rivière et la campagne environnante sont source d’inspiration pour l’artiste qui va lui aussi contribuer à renouveler la peinture de paysage.
Depuis Pontoise, Camille Pissarro (1830-1903) poursuit cette révolution esthétique, notamment par l’éclaircissement de sa palette et le choix de sujets de la vie rurale.
Attirés par la renommée de ces maîtres, des peintres – certains très célèbres comme Cézanne, Gauguin, Vlaminck et Van Gogh – et d’autres plus confidentiels comme Pierre-Isidore Bureau, Auguste Boulard, Renet-Tener, Charles Beauverie ou Paul Jouanny, se succèderont à L’Isle-Adam, Auvers-sur-Oise et Pontoise.
Episode 1 : Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam et Jules Dupré
Les origines du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq remontent à 1939, à l’initiative du Docteur Louis Senlecq qui souhaitait préserver et faire connaître le passé historique et artistique de L’Isle-Adam et de son territoire. Municipalisé en 1999, le musée compte près de 4000 œuvres provenant de nombreux dons, d’achats et de dépôts de musées nationaux ou issus de collections privées. Il bénéficie de l’appellation Musée de France depuis 2002.
Au premier étage, le musée propose en alternance des accrochages temporaires de ses collections permanentes et des expositions temporaires en lien avec l’histoire et le patrimoine locaux, mais aussi tournées vers la création contemporaine.
Jules Dupré est la figure emblématique des collections dont le musée possède avec une centaine de pièces un des plus beaux ensembles d’œuvres de ce peintre après ceux du musée du Louvre et du musée d’Orsay. Pour cet accrochage une soixantaine de pièces issues des collections ont été enrichies de prêts publics et privés.
Son père était originaire de Parmain, ville voisine, et était une personnalité locale car il y dirigeait une manufacture de porcelaine. Né an Nantes, c’est à partir de 1845 que Jules Dupré s’installe à L’Isle-Adam.
Il y partage d’abord un atelier avec son ami le peintre Théodore Rousseau et s’y établit définitivement en 1850. Après avoir fréquenté Barbizon, Jules Dupré trouve dans la vallée de l’Oise ce qui va constituer les éléments caractéristiques de son iconographie personnelle, à savoir : les arbres (la forêt domaniale), l’eau (l’Oise) et les ciels nuageux constituent sa principale source d’inspiration. Il créera un groupe avec notamment Charles Daubigny. Parmi les artistes qui gravitent autour de lui dans la région on compte aussi notamment : son frère Léon-Victor, Auguste Boulard, Pierre-Isidore Bureau et Renet-Tener.
Jules Dupré a un rôle déterminant dans l’histoire de la peinture de paysage au XIXe siècle. Sous son pinceau la touche se libère et il n’est plus question de fidélité absolue à la nature mais de peinture pure, de couleurs, de lumière et d’émotion. Tout comme ses amis, Corot et Daubigny, Jules Dupré influencera les futurs impressionnistes.
L'exposition commence à l'étage. Une soixantaine de pièces provenant de la collection du musée Louis-Senlecq, d’institutions publiques (musée d’Orsay, musée des Beaux-Arts de Reims, musée d’Art et d’Histoire de Meudon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Châlons-en-Champagne, musée Daubigny d’Auvers-sur-Oise) et de collections privées sont présentées.Le regard portera d'abord sur le seul autoportrait connu de cet homme et qui plus est de dos. Cette toile le montre peignant en pleine nature alors qu’il n’était pas pleinairiste.