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mardi 1 avril 2014

Infinita de la Familie Flöz au Monfort jusqu'au 13 avril 2014

On aime ou on n'aime pas.

Infinita est ce qu'on appelle un spectacle "segmentant".

Il peut être dérangeant. Parce qu'il est sans paroles. Parce que seuls les corps des comédiens s'expriment, leurs visages étant rigidifiés par des masques en papier mâché.

Parce que l'histoire commence par du théâtre d'ombres, un peu à la manière de Michel Ocelot dans Princes et Princesses. On devine l'enterrement des trois amis d'enfance, laissant seul un vieillard en chaise roulante sous la coupe d'une infirmière.

J'ai vu des spectateurs partir dans le premier quart d'heure. Mais j'en ai entendu beaucoup rire aux éclats, battre des mains et des pieds, s'amuser franchement du début à la fin du spectacle.

Infinita raconte l'histoire de trois garçons qui se connaissent depuis le berceau et qui finiront leurs jours dans une maison de retraite. Entre temps nous assisterons aux balbutiements enfantins et aux premiers émois, aux vilains jeux de mains des aînés bondissants dans des élans de vigueur retrouvée, avant l’accès de nostalgie, le tout dans un feu d’artifices de virtuosités, magistral, féroce et émouvant.

Le collectif berlinois Familie Flöz combine avec talent le théâtre de masques, la danse, l’acrobatie et le clown en un spectacle inclassable et d’une incroyable poésie, que l'on peut voir en famille, à partir de 8 ans.
Le paradoxe fondamental du masque – recouvrir un visage animé par une forme figée afin de donner vie à un personnage - est à la fois une excitation et un défi pour l’acteur et pas seulement pour lui. Le spectateur, d’une certaine manière, par son imagination, donne sens au masque.

Si on "entre" dans le parti pris on s'aperçoit que toutes les émotions, tous les sentiments, peuvent être véhiculés par le corps alors que jusque là on croyait à la suprématie de la parole et du verbe. En paralysant la voix et le visage, le collectif théâtral Familie Flöz démontre combien le corps est un vecteur important. On a de quoi s'interroger à la fin du spectacle sur tout ce que le nôtre raconte à notre insu ...

Familie Flöz est un collectif d’artistes internationaux, fondé en 1994, en résidence à Berlin. Accueilli dans 30 pays, son travail a été récompensé par de nombreux prix internationaux. Créé en 2006, Infinita est pour la  première fois en France.

Les pièces sont le fruit d’un travail créatif collectif où les acteurs sont auteurs de leurs personnages et des situations.

Michael Vogel et Hajo Schüler  sont co-directeur artistiques et fondateurs de Familie Flöz.

Benjamin Reber les a rejoints pour Infinita. Il a composé la musique originale qu’il interprète sur scène au piano et au violoncelle.

Enfin Björn Leese est comédien, mime, musicien et depuis 1997 dans le groupe.

Hajo Schüler est le créateur des masques. Il explique que pour ce spectacle ils ont commencé par se retrouver dans des parcs, pour observer des enfants en train de jouer, et en même temps à rechercher des images sur la mort. A s'interroger sur la manière de faire mourir un masque sur scène.
Cependant, pour ce spectacle comme pour tous les autres, ils ont commencé à travailler sans masque, au cours d'improvisations avant que le masque n’entre en jeu, en recherchant des trucs qui les amusaient. Ils ont beaucoup joué ensemble, en inventant des jeux, en faisant de la musique et des exercices physiques. Ils ont fabriqué des décors simples avec du carton et de la récupération, se sont montré des photos, des textes, ... C’est comme cela que tout doucement une atmosphère commune s'est développée avec l'émergence de petits morceaux de musique et des mouvements de danse.

Il explique que ne plus avoir de visage est déclencheur d’une grande liberté. L’interprète peut s’alléger de sa propre identité et le masque va l’aider à se transformer. Clairement, le masque est toujours meilleur que l’interprète. Il trouve ses origines chez les dieux, les idoles, et les fous.

Rien de mieux qu'un extrait pour vous donner envie d'aller vivre cette expérience :



Infinita, une pièce créée et interprétée par Björn Leese, Benjamin Reber, Hajo Schüler, Michael Vogel
mise en scene Michael Vogel, Hajo Schüler
masques Hajo Schüler
décor Michael Ottopal
costumes Eliseu R. Weide
musiques originales Dirk Schröder, Benjamin Reber
décor/jeux d’ombres Silke Meyer
vidéo/animation Andreas Dihm
production Familie Flöz
du 25 mars au 13 avril •GrandeSalle
du mardi au samedi à 20h30 dimanche à 16h
à partir de 8 ans
Le Monfort, 106 rue Brancion, 75015 Paris
01 56 08 33 88 / www.lemonfort.fr

dimanche 21 janvier 2018

Familie Flöz dans Hotel Paradiso

Familie Flöz s'installe dans Hotel Paradiso à Bobino jusqu'au 4 février 2018 et c'est un immense plaisir de retrouver ces prodigieux comédiens-mimes qui m'avait réjouie avec Infinita au Montfort il y a quatre ans déjà. J'avais alors écrit que leur manière de jouer (sans paroles) était segmentante.

Je les ai retrouvés égaux à eux-mêmes mais avec peut-être encore un peu plus de facéties qui les rendent plus accessibles à un public non initié.

Un massif montagneux se laisse deviner à cour derrière la lumière bleutée des glaciers ; c'est que nous sommes près du paradis, dans un hôtel qui a des allures de pension de famille comme on en connaissait dans les années 45-50.

dimanche 11 juillet 2021

Solar par Utopik Family au Girasole pour le Festival d’Avignon Off 2021

Pour achever la journée en beauté je suis allée au Girasole pour découvrir Solar à 20h20.

Si vous avez déjà vu un spectacle de la troupe Familie Flöz (que je connais depuis 2014 avec Infinita) vous vous sentirez immédiatement en terrain connu dans ce monde du masque.

Si ce n’est pas le cas il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Le langage parlé par Utopik Family est universel, c’est celui des émotions. Et seuls les animaux, le bébé et les instruments de musique donneront de la voix au cours de la soirée.

Libre à vous de décrypter l’histoire à votre manière en fonction de la lecture que vous ferez de chaque scène. La troisième création de cette compagnie Suisse de théâtre de création créée et dirigée par Florine Némitz et Fabrice Bessire résulte comme il se doit d’un immense travail collectif.

L’action se déroule sur une place d’un village, quelque part en bordure d’une mer survolée par des mouettes. Les habitants (et Dieu qu’ils sont nombreux) s’y croisent plusieurs fois par jour dans une sorte de ballet ludique et extrêmement poétique. Dans ce monde miniature, les rivalités, la séduction ou l’abandon seront, comme dans la vie, graves et drôles à la fois, dans le pur respect de la devise de ces artistes : Sur scène tout est possible.
 
La photo du spectacle Solar est de Pascal Krattinger.

Article extrait d’une publication intitulée « Avignon le 11 juillet aux Gémeaux, au Verbe fou, à Théâtre Actuel, et au Girasole ».

mardi 28 janvier 2020

Le Banquet écrit et mis en scène par Mathilda May

Il existe des spectacles vraiment particuliers et qui, une fois qu'on les a vus, relèvent pourtant de l'évidence, au-delà de leur singularité, parce qu'ils sont forts et touchent à l'universel.

Le Banquet, écrit et mis en scène par Mathilda May, est de ceux-là.

C'est une expérience particulière parce que les dialogues sont en yaourt, mais compréhensibles par le ton employé et surtout par les mimiques accompagnant chaque scène. On est dans ce qu'on pourrait qualifier de théâtre visuel, un peu à l'instar de ce que fait Familie Flöz que j'aime beaucoup, ou encore LoDka.

Comparativement, les paroles des chansons de Dolly Parton qui chante en américain sont assez limpides.

Le public est dans l'ambiance dès le lever de rideau, en suivant les déboires de la serveuse (Stéphanie Djoudi-Guiraudon) qui provoque l'hilarité. Les rires vont se succéder sans relâche. Et le spectateur ressentira une palette d'émotions. Comme dans la vraie vie et qu'on a envie d'éclater de rire à un enterrement ou de pleurer à un mariage.

Tout au long de la soirée, les personnages s’aiment, s‘affrontent, se jalousent, se retrouvent, s'émerveillent et se perdent dans une succession de tourbillons rythmés par la musique country de Dolly Parton (avec notamment Love is like a butterfly, 9 to 5 et Travelin’ Prayer). Le spectacle obéit à une mécanique ultra-précise qui n'a rien d'improvisé. 
Les comédiens sont autant à l'aise dans le jeu, le mime, la danse, et même le chant, justifiant le Molière 2019 du metteur en scène d'un spectacle de théâtre public, et le Molière de la révélation féminine (pour Ariane Mourier).
Tout y est : le jet de riz comme le lancer de bouquet, le discours, l'ascension acrobatique vers le buffet, l'invité mystère, la gaffe, l'accident ... le gâteau, des ralentis, des moments de poésie ou de trivialité, et même de la magie. Tous les sentiments se succèdent, même l'ennui.

Le Banquet est intemporel et c'est une heureuse idée de le reprendre au Théâtre de Paris quelques mois après sa création au Rond-Point, à un moment de l'année où on a besoin de distraction. N'hésitez pas à aller le voir. Laissez-vous porter. C'est un régal pour un public qui s'avoue conquis.

Le Banquet
Ecrit et mis en scène par Mathilda May
Décor Jacques Voizot
Lumières Laurent Béal
Son Guillaume Duguet
Costumes Valérie Adda
Vidéo Nathalie Cabrol
Avec Sébastien Almar, Anna Mihalcea, Bernie Collins, Jérémie Covillault, Lee Delong, Stéphanie Djoudi-Guiraudon, Arnaud Maillard, Brigitte Faure, Ariane Mourier et Tristan Robin
Au Théâtre de Paris jusqu'au 19 mars 2020
Du mardi au samedi à 20h30
Les dimanches à 15h30
15 rue Blanche - 75009 Paris 01 48 74 25 37

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Giovanni Cittadini Cesi

mardi 31 juillet 2018

LoDka, du théâtre clownesque russe

Les spectacles se suivent et ne se ressemblent pas. C'est ce qui fait le charme d'Avignon. Il y en a pour tous les goûts à toute heure. LoDka est une sorte d'ovni théâtral, un peu à l'instar de la Familie Flöz dont je suis une fan absolue.

Chacun a son registre comique bien particulier, même si les deux troupes se situent dans l'univers du mime, ce qui fait qu'elles ont en commun de pouvoir être accessibles par un public international sans nécessiter le moindre surtitrage.

Leur langage est universel, c’est la force de l’image et du mouvement, des dérapages, des cascades et des enchainements de situation comiques, avec juste ce qu'il faut de poésie pour apporter de la légèreté.

LoDka signifie petite barque en russe et c'est une façon de préserver la couleur de leur langue. On pourrait le deviner dès la première scène, du canotage sur une mer artificielle, une fois dissipée la fumée qui filtrait déjà sous le rideau de scène pendant l'installation du public.
Tout ira de guingois, tout le temps, avec des enchainements désopilants, plus rocambolesques les uns que les autres. Parce qu'on aura vite compris que le bateau en question est la métaphore du travail théâtral dans lequel ils sont tous les cinq embarqués. Et nous avec. Un vent de folie fera capoter leurs projets mais rien ne les arrêtera malgré tout, même pas l'effondrement des décors. Parce qu'ils maitrisent le secret de la longévité : faire équipe pour ne pas échouer.

LoDka parle donc de la vie, du bonheur, de l’amour, du chagrin, des sentiments, des souffrances et questionne la place de l’individu parmi les autres. Avec énergie et poésie aussi.

Les fêtards qui ne seraient pas encore complètement réveillés à l'heure matinale à laquelle Lodka est programmé (10 heures) seront vite secoués de rire comme tout le monde.

Les visages ont nécessairement peints en blanc, dans la plus pure de la tradition clownesque qu'ils revendiquent, passant par Charly Chaplin et naturellement James Thierrée.
Ces artistes originaires de Saint-Pétersbourg ont été formés à l’art du clown par les artistes du Teatr Licedei. Ils ont fondé en 2002 une troupe qui avait présenté un premier spectacle en 2005, devenu vite culte, dans ce même théâtre du Chêne noir, reprenant le nom de la troupe, La Famille Semianyki (qui fut joué longtemps joué à Paris au Rond-Point). Olga Eliseeva, Alexander Gusarov, Yulia Sergeeva et Marina Makhaeva sont de la nouvelle aventure, avec cette fois Natalia Parashkina.

dimanche 11 juillet 2021

Avignon le 11 juillet aux Gémeaux, au Verbe fou, à Théâtre Actuel, et au Girasole

 La journée commence au Théâtre des Gémeaux, 10 rue du Vieux Sextier, avec une pièce au sujet plutôt sombre, Vienne 1913 les prémiSSes du pire d'après Alain Didier-Weill, dans l’adaptation de Louise Doutreligne avec des comédiens qui exécutent chacun leur(s) partition (s) avec talent : William Mesguich, Claudine Fiévet, Oscar Clark, Jean Luc Paliès, Nathalie Lucas, Alain Guillo, Estelle Andrea et Magali Paliès.

La mise en scène de Jean Luc Paliès est comme « dirigée » par la scénographie de Lucas Jimenez qui a conçu un dispositif évoquant l’univers de l’opéra dans une modernité solennelle qui génère à la fois recueillement, écoute et éblouissement. La musique sur verre & cristal de Catherine Brisset ponctue admirablement l’évocation du passé et les angoisses à venir.

Mais pour le moment, nous ne sommes pas encore dans les horreurs qui marqueront la moitié de ce siècle terrible (et qui sont en germe comme le laisse deviner la présence des deux S majuscules dans le titre). La légèreté peut s’évaporer de cette assemblée de figures qui bientôt seront tristement célèbres. On comprend ce qui va fracasser les uns contre les autres. C’est à la fois solide et fragile comme le cristal.

On reconnaît les célébrités comme Sigmund Freud, Carl Gustav Jung ou Gustav Klimt. On met un peu plus de temps (et c’est intentionnel) à percevoir celle d’Adolf qui n’est pas immédiatement repoussant. On découvre Hugo Von Klast, ce jeune homme, brillant, beau, héritier de la célèbre aristocratie viennoise qui s'étourdit de valses et de luxe et dont la phobie antisémite sera traitée sur le divan du grand psychanalyste.

La confrontation des idées et des principes de Hugo et d’Adolf, est très intéressante et remarquablement amenée. Les personnages féminins sont eux aussi très réussis. Voilà un des spectacles « indispensables » du festival.
Vienne 1913 à été crée en résidence au Théâtre Coluche de Plaisir qui le co-produit avec Influenscènes et Serge paumier Production.
Restons aux Gémeaux pour suivre Juste une embellie, un texte de David Harele dramaturge, scénariste et réalisateur britannique, encensé par Hollywood et qui a écrit plus de trente pièces de théâtre. Intitulée en version originale The Breath of Life, elle a été créée à Londres le 3 octobre 2002 et jouée à bureaux fermés jusqu’au 1er mars 2003.

Corinne Touzet a choisi une adaptation française signée Michael Stampe et a confié la mise en scène à Christophe Lidon (dont j’ai tant apprécié Mademoiselle Julie au Théâtre des Halles). Elle a proposé à Raphaéline Goupilleau de la rejoindre sur scène pour notre plus grand plaisir car on sait que ces deux excellentes comédiennes sont depuis plusieurs années impatientes de se donner la réplique. 

On assiste, en quatre actes qui entretiennent une tension psychologique, à la rencontre entre Frances (Corinne Touzet) et Madeleine (Raphaéline Goupilleau) dans une maison reculée, implantée sur l’île de Wight. La blonde comme la brune ont aimé le même homme, lequel les a aimées toutes les deux. Le spectateur décidera qui, de la charmante mère de famille coincée en banlieue avec ses gamins ou de la passionaria libre (voire libertaire) et militante aurait peut-être eu la préférence, en confrontant les paroles que le séducteur laissait échapper auprès de l’une à propos de l’autre, et réciproquement.

Elles sont aujourd’hui deux femmes abandonnées au profit d’une troisième, beaucoup plus jeune. Elles ont alors le choix de s’affronter, de s’allier, ou de se libérer d’une relation qui pourrait être le sujet d’une autofiction qu’écrirait l’une d’elles. La pièce est aussi une réflexion sur les combats politiques poursuivis par le Flower Power qui ne fut que juste une embellie avant un grand pas de coté.

Les deux comédiennes expriment avec talent tous les sentiments contradictoires que la situation peut générer. Il faut donc profiter de cette embellie et comprendre que courage et confiance en soi ne vont pas systématiquement de pair.
Je croise Marcel Bozonnet en début d’après-midi devant le Verbe fou et je le remercie pour cette performance mémorable du 6 juillet. Il me confirme que les comédiens tenaient absolument à jouer La Cerisaie ce soir là mais que la décision fut difficile à prendre parce qu’on craignait d’endommager les costumes et les instruments de musique (voilà pourquoi ils ont été cachés) et de subir un court-circuit (voilà pourquoi les lustres n’ont pas été allumés) sans parler des risques de chute sur le parquet trempé. Mais ils ont joué et ne regrettent rien.

Il aurait été impensable pour lui de ne pas honorer à 14 h 15 le récital de Nawel Ben Kraïem, Je chante un secret, dont il a fait la connaissance il y a quinze ans au cours d’un stage et dont il a la discrétion de ne pas me dire qu’il a mis en scène son récital. Nous partageons aussi notre enthousiasme pour le spectacle de Nathalie Béasse. Il me conseille d’aller en voir un autre, de sept heures, créé par l’avignonnais, Baptiste Amann, qui est un ancien élève de Jean-Pierre Vincent. Mais je n’ai plus la place pour cette trilogie intitulée Territoires car la dernière aura (déjà) lieu demain.

L’émotion de la jeune femme, toulouso-tunisienne comme elle aime à se présenter en souriant, est palpable pour cette toute première, ici en Avignon où elle ne s’était encore jamais produite.

Je m’en remets au vent qui s’en remet à moi, prévient-elle. Elle chante bien sûr, mais elle parle aussi et récite de très beaux textes aux accents rimbaldiens. Elle jongle avec les mots avec adresse sans en laisser tomber aucun. Elle ne manque pas de glisser un hommage à Idir, le passeur de rêves qui l’inspire encore et toujours. On accède à sa poésie téléphones éteints et esprits allumés. Nawel est une fenêtre surplombant le monde intérieur. A découvrir sans tarder dans ce théâtre littéraire du Verbe fou, au 95 rue des Infirmières jusqu’au 18 juillet.
Longeons les remparts jusqu’à la rue Guillaume Puy pour découvrir, au numéro 80, La dernière lettre, à Théâtre Actuel, la dernière création de Violaine Arsac, dont j’avais salué Les passagers de l’aube en janvier 2020.

Inutile de tergiverser, sachez tout de suite que c’est un des grands succès de cette édition Off 2021. J’en veux pour preuve l’ovation debout qui a bouleversé les comédiens aujourd’hui. Il va falloir qu’ils s’y habituent. Et ce n’est pas seulement parce que le public semble apprécier les intrigues policières (qui décidément ponctuent cet été, je pense notamment à Coupables (que j’ai vu le 7 juillet), ou encore à Terreur (que j’ai vu le 10).

Le texte est remarquable de tension. La cause semble entendue dès le début. Comment se laisser attendrir par une lettre écrite par le meurtrier de votre mari ? Violaine Arsac s’attaque à nos convictions et nous interroge sur l’éventualité de passer de la haine au pardon. Elle a très habilement situé l’intrigue au Texas où le fonctionnement de la justice est très différent du nôtre et où la peine de mort est encore un argument électoral.
Anna Larcher, la quarantaine, est journaliste, française expatriée aux Etats-Unis depuis quatre ans. Elle mène dans une grande ville de la côte Est, avec son mari Matias et leur fille âgée de 8 ans, une vie facile jusqu’au jour où Matias est tué lors d’un déplacement professionnel à Houston. Pris à partie dans une rixe par une bande de voyous, il reçoit deux balles dans la poitrine. Un délinquant du nom de Michaël Ellis est arrêté et condamné pour ce crime.
Anna Larcher reçoit alors la visite de Clémence Robin, bénévole dans une association qui met en lien les familles des victimes avec les condamnés : elle lui apporte une lettre de Michaël Ellis, qui souhaite entrer en contact avec elle.
Que se trame-t-il derrière cette demande ?
Marie Bunel, Grégory Corre, Noémie de Lattre, Mathilde Moulinat (accompagnés par la voix de Benjamin Penamaria) disposent d’un texte qui leur permet de jouer divers retournements de situation, dont certaines obéissent à des a priori dans lesquels on se reconnaît. C’est bouleversant, théâtralement et humainement parlant.

Et parce qu’il ne faut pas oublier que l’appel de la vie est plus fort que tout et que l’humour guérit tous les maux, je vais vérifier le conseil de la jeune avocate (Mathilde Moulinat) d’associer glace coco et glace caramel en commandant un demi-litre chez un de mes glaciers avignonnais favoris (adresse en MP comme on dit).
Pour achever la journée en beauté je suis allée au Girasole pour découvrir Solar à 20h20. Si vous avez déjà vu un spectacle de la troupe Familie Flöz (que je connais depuis 2014 avec Infinita) vous vous sentirez immédiatement en terrain connu dans ce monde du masque. Si ce n’est pas le cas il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Le langage parlé par Utopik Family est universel, c’est celui des émotions. Et seuls les animaux, le bébé et les instruments de musique donneront de la voix au cours de la soirée.

Libre à vous de décrypter l’histoire à votre manière en fonction de la lecture que vous ferez de chaque scène. La troisième création de cette compagnie Suisse de théâtre de création créée et dirigée par Florine Némitz et Fabrice Bessire résulte comme il se doit d’un immense travail collectif. L’action se déroule sur une place d’un village, quelque part en bordure d’une mer survolée par des mouettes. Les habitants (et Dieu qu’ils sont nombreux) s’y croisent plusieurs fois par jour dans une sorte de ballet ludique et extrêmement poétique. Dans ce monde miniature, les rivalités, la séduction ou l’abandon seront, comme dans la vie, graves et drôles à la fois, dans le pur respect de la devise de ces artistes : Sur scène tout est possible.
 
Toutes les photos sont © À bride abattue, à l’exception de la photo du spectacle Solar qui est de Pascal Krattinger.

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