dimanche 21 janvier 2018

Familie Flöz dans Hotel Paradiso

Familie Flöz s'installe dans Hotel Paradiso à Bobino jusqu'au 4 février 2018 et c'est un immense plaisir de retrouver ces prodigieux comédiens-mimes qui m'avait réjouie avec Infinita au Montfort il y a quatre ans déjà. J'avais alors écrit que leur manière de jouer (sans paroles) était segmentante.

Je les ai retrouvés égaux à eux-mêmes mais avec peut-être encore un peu plus de facéties qui les rendent plus accessibles à un public non initié.

Un massif montagneux se laisse deviner à cour derrière la lumière bleutée des glaciers ; c'est que nous sommes près du paradis, dans un hôtel qui a des allures de pension de famille comme on en connaissait dans les années 45-50.


Je lis le mot "Defekt" sur la pancarte accrochée à côté de l'ascenseur. La signification (défectueux) témoigne de l'humour de la troupe qui peut être un peu noir, voire même trash. L'appareil est en panne, et pourtant il fonctionne parfaitement pour faire monter les morts ... au ciel, leur portrait apparaissant alors au-dessus comme s'il s'agissait d'un caveau familial.

Les scènes sont cocasses sans être morbides. Le fils fait sa gymnastique matinale en pyjama devant le portrait de l'aïeul. Une chanson fredonnée en allemand se danse comme un tango, en hommage au défunt.

Le vent n'en finit pas de ronfler. La veuve honore à son tour le défunt. Ah la voir évaluer le risque de grimper sur une chaise pour épousseter son portrait d'un coup de plumeau hardi, est un moment d'anthologie.

Comme dans les spectacles précédents ces artistes démontrent une nouvelle fois que le corps peut exprimer une infinité d'émotions puisque c'est un spectacle sans paroles. Le travail de masques (conçus par Hajo Schüler) est prodigieux. Hotel Paradiso a ceci de génial qu'il s'affranchit des frontières. Le seul regret est que le décor impose une jauge resserrée dans cette belle salle de Bobino.

Le public assiste au réveil agité de l'établissement quatre étoiles qui en perdra une au cours de la soirée. La vie reprend ses droits dans une sympathique agitation. A l'instar des petits enfants qui ne maitrisent pas encore la parole, on s'exprime à coups de sac à mains, ou de canne ... respect à nos morts ! On se dispute aussi la succession et le fils ne recule devant rien pour supplanter sa soeur.
La bonne est kleptomane. Les policiers tentent de mener l'enquête sur les accidents des clients qui finissent parfois en cuisine. On ne peut pas raconter. Il y a trop d'actions qui s'enchainent. De la joie, de l'horreur, de la tendresse aussi avec la découverte de l'amour sur l'instrumental de Heartaches que Ted Weems enregistra avec son orchestre en 1947.
Ils surgissent à un rythme d'enfer : la vieille, un chinois, un groom, un sportif, un voleur, deux policiers, plusieurs clientes, la femme de chambre, le groom, le cuisinier, l'alpiniste... J'ai compté 16 personnages différents alors qu'ils ne sont que jamais plus de quatre comédiens sur les photos, et pour cause.
Les saluts sont un moment fort de surprise.

Infinita racontait l'histoire de trois garçons qui se connaissent depuis le berceau et qui finiront leurs jours dans une maison de retraite. Le thème de la vieillesse et de la mort est décidément privilégié par le collectif berlinois qui combine depuis plus de 20 ans, et avec talent, le théâtre de masques, la danse, l’acrobatie et le clown en un spectacle toujours aussi inclassable, que l'on peut voir en famille, à partir de 8 ans.

Hotel Paradiso
Bobino – 14-20 Rue de la Gaité – 75014 Paris
Jusqu'au 4 février 2018
Je vais cette fois encore ajouter un extrait vidéo pour rendre compte de la particularité de ces artistes :
Familie Flöz / HOTEL PARADISO trailer from F.F. on Vimeo.

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