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jeudi 27 août 2020

Un jour viendra couleur d'orange de Grégoire Delacourt

Une fois n'est pas coutume, je ne pense pas parler très longuement d'Un jour viendra couleur d'orange, le dernier livre de Grégoire Delacourt, paru chez Grasset, il y a quelques jours.

Cela ne signifie pas qu'il y ait peu à en dire, bien au contraire. Cet "ouvrage", terme qui me semble hautement plus adéquat que celui de "roman", est extrêmement élaboré, ponctué d'une quantité remarquable de mots que je ne connaissais pas et de références culturelles (dont le sens par contre m'étaient plus immédiatement accessibles et qui de plus sont commentées en notes p. 236) et pourtant il se lit très aisément.

Grégoire Delacourt, dont je me demande pourquoi il a changé de maison d'édition, compose une chromatochronologie (permettez-moi d'oser ce néologisme) des événements que nous avons tous suivis pendant une douzaine de mois, avant que la crise sanitaire ne vienne rebattre les cartes et modifier les priorités.

S'il ne s'était agi que de cela, la mise en perspective de la lutte des gilets jaunes, comme le soudain enthousiasme pour la trottinette, me feraient comparer son travail à celui d'un sociologue comme Edgar Morin ou d'un sémiologue comme Roland Barthes. Cela faisait un moment qu'on n'avait pas écrit l'actualité de cette manière et ce serait déjà un motif de grande satisfaction.

Mais Grégoire Delacourt emmène le lecteur beaucoup plus loin en superposant les événements bien réels dans plusieurs récits initiatiques qui se déroulent en parallèle, et aux cours desquels chaque personnage principal va évoluer. Si bien que l'ensemble peut se concevoir comme une saga à visée philosophique.

On suit avec quasiment autant d'empathie les bons comme les méchants parce qu'ils ont tous leur part d'humanité. Pierre, révolté par un monde qu'il ne comprend pas et qui subira sa colère comme un boomerang jusqu'à ce qu'il comprenne qu'elle pourrait -peut-être- devenir le carburant d'un renversement de situation. Louise, infirmière en soins palliatifs qui soigne autant par les médicaments que par la douceur. Geoffroy, leur fils, grandissant avec un syndrome d'Asperger en ordonnant tout ce qu'il fait par chiffres et par gamme de couleurs. Djamila, sa camarade de classe, découvrant l'horreur de la radicalisation de ses frères et subissant la privation soudaine de liberté. Hagop Haytayan, le vieil arménien dont la sagesse et les actes relèvent parfois de la magie. Et tous les autres, camarades manifestant sur les ronds-points, collègues de travail, ...

Le récit avance au rythme des phrases longues de l’espoir, et des phrases courtes de la résignation, entre l’exactitude de la mathématique régie par le cerveau et la vérité poétique créée par le coeur (p. 177). Toutes les émotions traversent le livre.

Chaque chapitre est annoncé par une couleur. Certaines sont évidentes, comme le jaune des gilets. D'autres plus artistiques comme le vert Véronèse des yeux de Djamila parce que leur nuance de vert titre sur le jaune. Quelques-unes sont très particulières et justifiées par la narration comme rouge commanche, jonquille, et surtout hellébore, dont j'ignorais qu'on puisse utiliser les pétales de cette fleur comme référence de vert parce que j'en connais à la floraison aux tons blanc-vert autant que violet, en passant par le rose et le pourpre. Quoiqu'il en soit chacun de ces coloris permet d'exprimer toute une palette d'émotions.

L'auteur ne cache pas la référence au poème de Louis Aragon, Un jour, un jour, paru dans Le fou d'Elsa, que Jean Ferrat a mis en musique en 1967 et tant contribué à populariser, comme d'ailleurs plusieurs autres oeuvres du poète et avec son approbation. Louis Aragon avait écrit ce texte pour dénoncer la Guerre d'Espagne, en particulier le massacre de Grenade, et l'assassinat de Lorca. Mais aussi toutes sortes d'oppressions. Il avait voulu y placer une note d'espoir, quand ...
... un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront

Voilà sans doute pourquoi il est autant question d'amour que de combats (sur fond de guerre économique cette fois) sous la plume de Grégoire Delacourt avec la même chair à canon qu'en 39, mais dans une guerre mondiale feutrée cette fois (p. 131). La phrase mérite effectivement d'être écrite en lettres majuscules quand Pierre est licencié pour avoir volé dans des poubelles (p. 184) de quoi donner à manger à des gens qui étaient dépourvus de moyens. Intitulé Noir, le récit de son licenciement est édifiant de vérité (p. 190).

J'ai appris le sens de mots que je ne suis pas sûre d'avoir l'opportunité de recaser comme bistoule (café sucré arrosé dans le nord de la France), immarcescible (qui ne peut se flétrir), orexigène (susceptible de stimuler ou d'augmenter l'appétit de favoriser l'augmentation de la masse corporelle), arroches (sorte d'épinard ancien), voire même jaseurs et bruants (noms d'oiseaux).

Je n'avais jamais rencontré le verbe obombrer (estomper), et je sais aujourd'hui qu'on peut rêver d'un monde nouveau, meilleur, dont les forêts obombront les démons de l'ancien monde (p. 199). Un monde où l'humain sera replacé en son centre de gravité en vertu de la constatation que mieux vaut balancer de la bouffe que des pavés, ça va plus loin (p. 194).

S'il est vrai que les utopies sont le sang de nos rêves (p. 211), que nombre d'animaux ont disparu (comme le tarpan, depuis 1909 et dont j'ignorais même l'existence) et que de multiples ethnies sont elles aussi en voie d'extinction, il n'y a pas, pour amender le monde, une seule solution. Il y en a dix mille. C'est avec ces mots que se termine le livre en nous permettant de croire à l'espoir, au coeur des hommes, en leur capacité à aller vers un monde meilleur.

Grégoire Delacourt est né en 1960 à Valenciennes dans le Nord. Il a travaillé plus d'une vingtaine d'années dans la publicité (qu'il appelle "réclame"). Il écrit depuis très longtemps mais son premier roman, L’Écrivain de la Famille a été publié chez Lattès en 2010. Il enchaina ensuite de multiples succès littéraires, dont La liste de mes envies (2012) adapté au théâtre puis au cinéma, On ne voyait que le bonheur (2014), Les quatre saisons de l'été (2015) et plusieurs autres livres. Depuis quelques mois il vit à New York où il fut -lui aussi- confiné. Il y éprouva, dit-il, une furieuse envie de peindre la grisaille. Voilà qui est fait !

Un jour viendra couleur d'orange de Grégoire Delacourt, Grasset, en librairie le 19 août 2020
Lu en version numérique de 242 pages via NetGalley que je remercie.

mardi 9 juin 2015

Les quatre saisons de l'été, le nouveau roman de Grégoire Delacourt

On dirait un roman de plage. On dirait qu'il va être question d'été, la plus belle des saisons. On dirait que les titres des quatre chapitres sont des noms féminins. On a tout faux, enfin presque.

Grégoire Delacourt a l'obsession du bonheur. Celui qu'on fait miroiter, qu'on se promet à soi-même et qui n'est qu'un leurre, celui qui surgit parfois, fugace, et qu'on ne retient pas davantage que du sable entre ses doigts.

La plage devient un miroir aux alouettes, et celle du Touquet autant que toutes les autres. Les quatre saisons de l'été sont empreintes de vie et d'espoir qui se noient dans un océan de nostalgie qui n'épargne personne, pointant les petits vides qui absorbent une vie. (page 179)

La vie tourne comme une mayonnaise que l'on rate, faute de savoir que la règle numéro un est d'utiliser des ingrédients qui soient tous à la même température. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ... L'expérience humaine n'est pas transmissible. On ne détricote pas une existence pour la remonter avec de nouvelles proportions. Il faudra s'accommoder jusqu'au bout d'une vie étriquée ou au contraire trop lâche. On ne négocie pas avec le destin. Il n'y a que dans les chansons qu'on peut supplier Dieu, laissez le moi encore un peu.

La musique de Grégoire Delacourt est douce amère, consumante comme une canicule qu'on n'aurait pas vue venir, submergeante d'une incommensurable mélancolie alimentée de promesses et de pertes.

Ce roman est une leçon de sagesse. On ne doit pas redonner vie à nos amours d'enfance, prévient l'auteur ( page 114). On doit les laisser là où elles sont : dans l'obscurité confortable des souvenirs.

Les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour éclosent, poursuivent leur cours ou reprennent vie. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, 15, 35, 55 et 75 ans, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir. 

Les chagrins d'amour sont aussi une forme d'amour ( page 119). Il y a du bonheur dans la nostalgie comme Cyrano de Bergerac tente de le faire admettre par Roxane avant de rendre son dernier souffle. Grâce à vous une robe est passée dans ma vie. L'échec est au moins une preuve de tentative et les chagrins d'amour sont aussi une forme d'amour (page 68).

La réalité s'infiltre entre les pages. La musique aussi, comme dans tous les romans de l'auteur. Après Nicole Croisille, avec Parlez-moi de lui de La Liste de mes envies (plus d’un million d’exemplaires vendus, une adaptation théâtrale et un film), et L'été indien de Joe Dassin dans On ne voyait que le bonheur, qui nous ramenait dans les années 70 voici Francis Cabrel chantant Hors saison.

Vanessa Paradis est la Fille sur le pont. Meert, le célèbre pâtissier lillois délecte les becs sucrés que la poésie ne parvient pas à rassasier. Astérix défie César. Paco Rabanne prédit la fin du monde à venir dans cent cinquante-neuf jours.

C'était l'été 1999 sur les longues plages du Touquet. C'était hier et c'est toujours. Serge Lama a compris qu'on récolte l'ennui quand on a ce qu'on veut. Et le deuil d'un amour si fort que l'on puisse en mourir ouvre la voie à l'apaisement et à la richesse de ce qui ne sera pas une aventure.

Chaque titre de chapitre semble évoquer un prénom alors qu'il s'agit toujours d'une fleur, invitant à revisiter la carte du tendre. Grégoire Delacourt vit à Paris mais il reste imprégné du Nord. Sa force narrative pourrait nous donner envie d'aller nous aussi déambuler sur la Cote d'Opale l'été prochain.

Les quatre saisons de l'été, de Grégoire Delacourt, Editions J C Lattès, avril 2015

mercredi 2 juillet 2025

La liste 2 mes envies de Grégoire Delacourt

Je n'avais pas encore lu La liste 2 mes envies quand j'ai rencontré Grégoire Delacourt il y a quelques jours.

Il avait été principalement question au cours de cette soirée animée à la médiathèque d'Antony par Amandine Lochmazeur de son dernier livre, Polaroïds du frère, dont j'ai rendu compte ici.

Depuis, j'ai lu cette Deuxième liste et je suis heureuse de dire que cette lecture est vraiment réjouissante. D'ailleurs je note qu'il emploie deuxième et pas seconde, ce qui pour un puriste de la langue française de son niveau pourrait être signifiant. Cela voudrait-il dire qu’il ne s’interdit pas d’écrire un troisième opus ?

La Liste de mes envies avait connu un succès qu'on peut qualifier de phénoménal avec 1,5 million d'exemplaires vendus pour ce best-seller international traduit en trente-cinq langues, adapté au théâtre, puis au cinéma et qui sera de nouveau sur la scène … cet été en Avignon, à 13 h 30 à l'Ancien Carmel d'Avignon, dans la continuité du Mois Molière versaillais, cette fois dans une interprétation totalement féminine avec Gwénaël Ravaux (relâche les 11 et 18 juillet).

Ce deuxième roman avait véritablement propulsé la carrière de Grégoire Delacourt et il n’était pas question, ni nécessaire, d’écrire une suite. Mais les choses ne s’enclenchent pas forcément dans une logique prévisible … Sont arrivés le Covid et le confinement que l’écrivain estime avoir vécu dans une atmosphère étrange à New-York (où il réside la plupart du temps maintenant). Face à l'ampleur de la pandémie (près de 160 000 cas recensés et plus de 17 000 morts confirmés ou probables), Donald Trump envoya le "USNS" (United States Naval Ship), un navire hôpital de la U.S. Navy de 272 mètres de long pour 70.000 tonnes et d’une capacité de 1000 lits.

A son entrée à Manhattan, le 30 mars 2020, il était survolé par des hélicoptères de chaînes de télé, salué par de grands jets d’eau propulsés depuis les bateaux-pilote de la ville et accueilli dans un silence religieux par le maire de New-York et de nombreux curieux. Grégoire fut lui aussi impressionné par ce colosse marqué d'immenses croix rouges.

Sa mission était d’accueillir les malades non contaminés par le virus mais ayant besoin de soins urgents, donc de soulager les hôpitaux submergés par la crise. Il repartira sans avoir jamais tourné à plein régime et aura traité moins de 200 personnes. Mais on ne le sait pas encore.

L’atmosphère est sinistre. Grégoire avoue avoir besoin (comme beaucoup à l’époque) de légèreté. De plus, il vient d’achever L’enfant réparé et il aimerait préserver sa part joyeuse. Je le comprends pleinement car cet ouvrage m'a bouleversée encore bien davantage que Polaroïds

Il se souvient alors de Jocelyne, la mercière, dont régulièrement les lecteurs lui demandent des nouvelles. Il se dit que ce serait marrant d’aller voir comment elle a évolué. Il décide de repartir mentalement à Arras qui, soit dit en passant est une très jolie ville dont j'adore les grandes places.

Ce fut un exercice difficile de retrouver son phrasé mais palpitant, de nature à provoquer de la joie(car l'aventure est racontée à la première personne mais comme le souligne l’auteur On est qui on veut quand on écrit, donc on peut être une femme)Les phrases en italiques ocre sont celles que que je l’ai entendu dire lors de la rencontre, ou tirées du roman, et dans ce cas le numéro de la page figure entre parenthèses.

Dans La Liste de mes envies, Jocelyne avait gagné dix-huit millions qu'elle refusait d'encaisser. Dans La Liste 2 mes envies, il lui en reste quinze, et un seul désir : les dépenser.

Il est vrai que Grégoire Delacourt réussit, avec cette suite très attendue des lecteurs, son pari des retrouvailles avec cette femme plus surprenante, plus drôle et plus touchante que jamais. De ses années de publicitaire il a conservé l’amour des mots et le formidable talent de les faire surgir inopinément ou de les associer pour créer des métaphores, des oxymores, bref d’enrichir le récit. Pour première preuve le titre du roman qui résonne différemment selon que je l’écris ici ou qu’on le lit sur la couverture. On notera d’ailleurs que le changement d’éditeur (de JC Lattès à Albin Michel) ne se sent pas tant les visuels sont cohérents.

Je me suis dit que Grégoire Delacourt devait se porter mieux, que L’enfant réparé avait été une écriture bénéfique et qu’il pouvait continuer sa route d’écrivain du bon pied.

mardi 10 juin 2025

Polaroids du frère de Grégoire Delacourt

Grégoire Delacourt vit depuis plusieurs années à New York mais il vient régulièrement à Paris. C’est ainsi que je l’ai rencontré à la médiathèque d’Antony (92) où il a été finement interrogé par Amandine Lochmazeur à propos de ses derniers ouvrages Ma deuxième liste et Polaroïds du frère.

N'ayant pas encore lu Ma deuxième liste je reprendrai ce qu'il nous en a dit d'ici quelques jours. Je signale que les phrases en italiques ocre sont celles que j’ai entendues de lui au cours de cette rencontre sauf lorsqu’elles sont tirées de Polaroïds du frère (le numéro de la page est alors mentionné entre parenthèses).

Ce dernier livre n'était pas destiné à être un roman. En fait l'objet-livre a clôturé l’histoire. Il ne l’a pas commencée. Ce que l'auteur a cherché à faire c'est une chronologie d’émotions avec des exemples illustrant ces émotions, 188 instantanés pour 30 ans de silence, d'où le titre.

A propos de la couverture (qui, nulle part ne mentionne l'origine de la photographie, pas davantage de qui il s'agit) il confirme notre impression. C'est un cliché familial et c'est lui le petit garçon qui figure au premier plan devant son frère.

Le lendemain du jour où je le refermais je découvrais L'effondrement d’Edouard Louis.

J'ai été frappée par la similitude de la situation et je me souviens également du choc de Nicolas Hulot découvrant dans la cave de l’appartement familial le corps de son frère enroulé dans un tapis. Perdre son frère de mort violente serait-il à ce point un fait divers récurrent ? Peut-être pas mais on ne peut pas s’empêcher de penser à d’autres duos de frères célèbres et dissonants comme les Léotard.

Sur le plan de l'écriture tous deux se composent de morceaux qui nous sont proposés dans un ordre qui ne suit pas la chronologie. Sur le fond, les points communs sont multiples sont en quelque sorte des écrivains de leur familletous deux se situent dans le nord de la France (le frère de Grégoire vivait quartier Sainte Elisabeth à Roubaix, précisément tout près de l’extraordinaire musée de la Manufacure), chaque frère a été retrouvé mort gisant au sol, dans un endroit où il vivait seul. L’un comme l’autre naquit dans une famille dysfonctionnelle, où les parents ont élevé (un peu) différemment leurs deux garçons, un seul faisant des études. Les deux frères ne se voyaient plus depuis de nombreuses années (dix ans pour Edouard Louis, trente pour Grégoire Delacourt) malgré d’anciens moments de complicité très forts qui nous seront racontés. Les pères sont particulièrement violents (Grégoire désigne le sien sous le terme de corbeau) et se comportent odieusement. La violence intra familiale atteint des sommets. Et après le décès du frère ce sont encore le frère survivant et la soeur qui ont les obsèques en charge.

Il est sans doute logique, quand on est écrivain et que la réalité vous heurte de plein fouet, qu’on cherche par l’écriture à comprendre ce qui, pour beaucoup de nous, restera indicible. Edouard Louis s’efforce de disséquer l’histoire en analysant le lien entre dépression et alcoolisme, en tentant de démêler ce qui relève du déterminisme, principalement social, et ce qui aurait pu être modifié.

Si sa motivation me parait davantage d'ordre politique celle de Grégoire Delacourt est d’ordre affectif. Comme il a raison de nous donner cette phrase de Françoise Sagan : aimer c'est comprendre. L'un ne me semble d’ailleurs à aucun moment nommer le prénom de cet homme qu’il met à distance en parlant de lui à la troisième personne tandis que Delacourt le tutoie et finit par révéler son prénom, même si ce n’est que page 143. Il dira même qu'il aurait voulu donner son prénom à l'ouvrage.

Il avoue sa propre frayeur rétrospective : Sa vie était celle que j'aurais pu avoir. Et il ajoute aussi : Je détestais souvent mon frère mais j'ai besoin de comprendre (p 155). On aurait tendance à rétorquer que le manque d’amour lui aura été fatal. Et pourtant l’auteur relate que plusieurs femmes se sont employées à tenter de faire bouger les choses, sans y parvenir.

Dans les deux cas c'est l’alcool qui "gagne la partie". La démonstration est donc faite, sans pourtant employer ce terme, que l’alcoolisme est une maladie, … une maladie mortelle.

C’est le silence autour de toi que je cherche à chambarder. Gaver de mots et d’images l’épouvante de l’effacement, jusqu’à effacer le mot effacement lui-même, car on dit que si un mot n’existe pas, la chose qu’il représente n’existe pas non plus.

Toutefois, il est curieux de constater qu’il n’existe pas de mot pour définir un frère qui a perdu son frère; et je t’ai perdu. Alors les hommes font des livres à leurs frères morts comme on érige des mémoriaux aux inconnus dans les villages pour retenir leurs cendres. 
Et aujourd'hui, si on y réfléchit, un livre tenu debout, c’est une pierre tombale … 

Personne n'a assisté à la mort de cet homme dont le cadavre a été découvert bien des jours plus tard. Même si Ecrire c’est mentir (p. 30) il nous livre (se délivre) plusieurs versions de cette mort dont la reconstitution ne peut qu’être hypothétique à l'instar d'une recherche archéologique. Après avoir déterré une statue, l’archéologue essaie de reconstituer ce que fut le modèle que le sculpteur a modelé et qui aujourd’hui n’a plus de bras. 

Une fois commencé, la lecture est rapide. De ses années de publicitaires il a conservé l’amour des mots et le formidable talent de les faire surgir inopinément ou de les associer pour créer des métaphores, des oxymores, bref d’enrichir le récit. Mais sans bavardage inutile car, et je suis bien d'accord avec lui, il y a trop de mots souvent dans les livres.

Je me suis régalée à découvrir beaucoup de mots que je ne connaissais pas. Par exemple boutanche dont je devine malgré tout le sens, pinaillondébagoulerméphitique, tartarinercrise comitiale et puis d'autres qu'ils a déjà utilisés mais que j'avais oublié comme paréidolie (p. 32).

Il a une façon toute personnelle de conjuguer le verbe irradier (p.34). Guerre et rire offrent l'occasion d'un jeu de mots avec guérir (p. 122). Son amour des mots n'est pas aveugle : les mots sont comme les lames de rasoir. Si vous les gardez, ils vous cisaillent.

Est-ce à dire que l'écriture pourrait avoir une vertu thérapeutique ? Pas vraiment Ça répare rien mais ça donne. Je m’étonne de l’emploi de ce mot "réparer" alors qu’il a écrit L’enfant réparé (critique à venir bientôt également). Il emprunte à Antoine Leiris (Vous n’aurez pas ma haine) une phrase qu'il aurait aimé trouve lui-même : l’écriture n’est sans doute pas thérapeutique mais offre une pause dans le chagrin.

On trouve dans le roman une autre définition écrire c’est dénicher les bruits qui font du bruit dans le silence (142)La rédaction de cet ouvrage a un autre effet bénéfique, faire exister son frère : La littérature est un vaste cimetière et j’y pioche ta place. (…)  On me parle de lui comme de quelqu’un de vivant. Deux de mes enfants ne l’ont jamais rencontré.

Au cours de la soirée il aura beaucoup parlé de ses lecteurs, des propos qu’il entend en dédicace. Des "moi aussi" (j'ai perdu un frère). Des "maintenant" (après avoir lu votre livre je me sens apaisé). Preuve que si l’écriture ne répare pas elle donne beaucoup.

Grégoire Delacourt est né en 1960 à Valenciennes dans le Nord. Il a travaillé plus d'une vingtaine d'années dans la publicité (qu'il appelle "réclame"). Il écrit depuis très longtemps mais son premier roman, L’Écrivain de la Famille a été publié chez Lattès en 2010. Il enchaina ensuite de multiples succès littéraires, dont La liste de mes envies (2012) adapté au théâtre puis au cinéma, On ne voyait que le bonheur (2014), Les quatre saisons de l'été (2015) et plusieurs autres livres dont le dernier que j’avais lu qui est Un jour viendra couleur d’orangePour lire tout ce que j’ai écrit sur lui, suivre le lien.

Polaroids du frère de Grégoire Delacourt, Albin Michel, en librairie depuis le 30 avril 2025
Ma deuxième liste, en livre de poche depuis le 30 avril 2025

lundi 16 juin 2025

L’enfant réparé de Grégoire Delacourt

Dans L’enfant réparé, Grégoire Delacourt exprime de multiples souffrances, principalement celles de l’enfance, mais aussi celles que l’homme a dû supporter pour devenir ce qu’il est aujourd’hui, un être tout à fait vivant. C’est du moins ce que l’on ressent.

Mon père, publié en 2019, présentait un père venu demander des comptes à un prêtre coupable d’abus envers son jeune fils. Catalyseur d’émotions enfouies, le livre allait faire ressurgir des souffrances muettes et conduire son auteur à une enquête introspective profonde. Remontant enfin à la source de son enfance saccagée, Grégoire Delacourt la fait revivre dans L'enfant réparé, poignant récit autobiographique où il se livre complètement pour la première fois.

Il considère que le peu de photos qui ont été prises dans son enfance est un indice du dysfonctionnement familial. Je ne crois pas non plus en avoir plus d’une dizaine (que je considère d’ailleurs ratées). C’était une époque où il fallait une occasion particulière pour faire des clichés. Rien à voir avec le comportement familier aujourd’hui et qui est sans doute un autre excès.

Son père n’y est pas déjà le corbeau, mais un diable (p.73) qui portait encore beau. L’enfant devenu adulte interroge un corps abîmé et les livres qui ont pansé celui qui très jeune a subi l’étourdissement dans le Valium, d’autres médicaments et substances et qui se perçoit alors comme un déchet. Et qui plus tard vivra l’ivresse comme son ogresse magnifique (p. 114)

L’écriture lui permet d’abord de subsister, de fuir sa famille et ses souvenirs, avant de devenir une démarche créatrice jalonnée des traces cachées de ses douleurs enfantines … et d’adulte, qu’il désigne avec pudeur, qualifiant par exemple son mariage de ratage magnifique (p. 78).

Pourquoi le petit garçon qu’il était rêvait-il au soulagement de sauter par la fenêtre ? Qui était ce père, absent et bourreau ? Cette mère adorée fuyait-elle son propre enfant, ou bien faisait-elle tout pour le protéger ?

C’est l’histoire d’une enfance abusée, d’une famille où l’on porte le déni comme une armure, et un éclairage unique sur le parcours d’un écrivain pour qui la reconnaissance de sa position de victime a été essentielle : Le jour où j’ai appris que j’étais une victime, je me suis senti vivant. Et pourtant nommer (ce dont on souffre) ne guérit pas. Nommer permet juste de s’identifier (p. 101).

Comme le chemin fut long et les embûches innombrables !

Deux remèdes auront été salvateurs, l’écriture comme mentionné plus haut, sans pour autant avoir un effet rapide puisqu’il n’écrira plus pendant les dix ans qui suivirent l’échec de son long-métrage, et puis aussi la psychanalyse. S’il formule beaucoup de belles choses, d’une grande sensibilité sur l’acte d’écrire ce n’est pas pour autant la voie royale. En effet la rédaction de celui qui précéda, Mon pèrel’avait laissé en vrac (p. 55).

L’amour des mots et l’emploi de fétiches (un peu à l’instar d’Amélie Nothomb avec son pneu à ceci près que c’est intentionnel chez elle) autorise le surgissement de paréidolie (p. 55), un terme que tout bon lecteur de Delacourt devrait utiliser comme mot de ralliement.

Dira-t-on jamais suffisamment la vertu apaisante de certaines musiques ? Cette fois Le petit garçon de Reggiani (1967) supplante Fernando d’Abba (1976) qu’il écoutera en boucle avec son frère comme il nous l’a confié dans Polaroïds du frère que j’ai lu il y a quelques jours.

Si ce livre là est focalisé sur son frère il n’empêche que L’enfant réparé évoque par petites touches et avec des mots terribles l’homme de porcelaine que l’Algérie avait fêlé (p. 81) :  je l’ai effacé comme on gomme d’un livre un mot de trop (p. 80). Quatre ans plus tard il sera le sujet central d’un roman. 

L’enfant réparé de Grégoire Delacourt, Grasset, en librairie depuis le 29 septembre 2021

mercredi 14 mai 2025

L'Effondrement d’Edouard Louis

J’ai lu L'Effondrement parce qu’il appartient à une sélection de romans dans le cadre d’un prix littéraire et, hasard de mon calendrier, je découvre le roman d’Edouard Louis le lendemain du jour où je referme Polaroïds du frère que j’ai découvert parce que je dois prochainement rencontrer Grégoire Delacourt.

Je suis frappée par la similitude de la situation et je me souviens également du choc de Nicolas Hulot découvrant dans la cave de l’appartement familial le corps de son frère enroulé dans un tapis. Perdre son frère de mort violente serait-il à ce point un fait divers récurrent ? Peut-être pas mais on ne peut pas s’empêcher de penser à d’autres duos de frères célèbres et dissonants comme les Léotard.
Mon frère a passé une grande partie de sa vie à rêver. Dans son univers ouvrier et pauvre où la violence sociale se manifestait souvent par la manière dont elle limitait les désirs, lui imaginait qu’il deviendrait un artisan mondialement connu, qu’il voyagerait, qu’il ferait fortune, qu’il réparerait des cathédrales, que son père, qui avait disparu, reviendrait et l’aimerait. Ses rêves se sont heurtés à son monde et il n’a pu en réaliser aucun.
Il voulait fuir sa vie plus que tout mais personne ne lui avait appris à fuir et tout ce qu’il était, sa brutalité, son comportement avec les femmes et avec les autres, le condamnait ; il ne lui restait que les jeux de hasard et l’alcool pour oublier.
À trente-huit ans, après des années d’échecs et de dépression, il a été retrouvé mort sur le sol de son petit studio. Ce livre est l’histoire d’un effondrement.
Les points communs entre les deux romans sont multiples : tous deux se situent dans le nord de la France, chacun a été retrouvé mort gisant au sol, dans un endroit où il vivait seul. L’un comme l’autre naquit dans une famille dysfonctionnelle, où les parents ont élevé (un peu) différemment leurs deux garçons, un seul faisant des études. Les deux frères ne se voyaient plus depuis de nombreuses années (dix ans pour Edouard Louis, trente pour Grégoire Delacourt) malgré d’anciens moments de complicité très forts qui nous seront racontés. Les pères sont particulièrement violents et se comportent odieusement. La violence intra familiale atteint des sommets. Et après le décès du frère ce sont encore le frère survivant et la soeur qui ont les obsèques en charge.

Il est sans doute logique, quand on est écrivain et que la réalité vous heurte de plein fouet, qu’on cherche par l’écriture à comprendre ce qui, pour beaucoup de nous, restera indicible. Edouard Louis s’efforce donc de disséquer l’histoire en analysant le lien entre dépression et alcoolisme, en tentant de démêler ce qui relève du déterminisme et ce qui aurait pu être modifié. Il invoque le déterminisme social p. 136 mais à mes yeux il fut avant tout familial.

Il insiste en effet sur le rôle de la mère, peut-être seule capable de faire basculer les choses mais qui, dans ce parcours de vie, se range du côté du bourreau (incroyable récit de l’annonce de l’embauche à la boucherie (p. 21). Elle est moins dure que le père mais raccroche quand il annonce l’intention de se suicider

Mon frère était malade de ses rêves (mais personne de la famille ne l’aidait. Il n’avait que des chimères pour seul horizon) écrit-il p. 20. Il liste des faits qu’il énumère de 1 à 16. Le 9ème : Toute sa vie, mon frère a  été chassé. Toute sa vie, mon frère a eu des comportements qui l’ont conduit à être chassé (p. 136).

Il en résulte un roman qui se compose de morceaux qui nous sont proposés eux aussi dans un ordre qui ne suit pas la chronologie. Mais Edouard Louis s’appuie sur des essais philosophiques et psychologiques dont il nous donne les références en annexe dans une bibliographie.

La motivation principale d’Edouard Louis n’est pas d’ordre affectif (il est davantage politique). Il me semble d’ailleurs qu’il ne donne à aucun moment le prénom de cet homme qu’il met à distance en parlant de lui à la troisième personne alors que Delacourt le tutoie et finit par dire qu’il s’appelle Renaud, même si ce n’est que page 143.  Il avoue sa propre frayeur rétrospective : Sa vie était celle que j aurais pu avoir. Et il ajoute aussi : Je détestais souvent mon frère mais j ai besoin de comprendre (p 155). On aurait tendance à rétorquer que le manque d’amour lui aura été fatal. Et pourtant l’auteur relate que plusieurs femmes se sont employées à tenter de faire bouger les choses, sans y parvenir.

On lit au fil de l’Effondrement que plusieurs opportunités se sont présentées, qui auraient pu incurver la courbe du destin : il aurait pu devenir boucher, compagnon du devoir, rénovateur d’appartements. Face à chaque échec il fuyait encore davantage dans l’illusion, celle par exemple de gagner le gros lot d’un jeu de hasard (il est tentant d’en souligner la proximité avec deux romans de Grégoire Delacourt sur le sujet, avec les Listes de mes envies). Edouard Louis émet deux hypothèses. La première serait que les rêves de son frère étaient trop hauts et que la chute était inéluctable. Mais il pense aussi que l’impossibilité de mettre des mots sur sa dépression (parce que dans le milieu ouvrier on ne se fait pas aider par un psy) l’a empêché de construire une autre vie et que l’alcool a été plus fort que tout. La démonstration est donc faite, sans pourtant employer ce terme, que l’alcoolisme est une maladie, … une maladie mortelle.

Si Edouard Louis parle de ce frère à la troisième personne il lui donne parfois la parole, lui faisant répéter : J’ai bu pour m’évader et l’alcool est devenu ma prison (p. 221).

Mourir détruit à "seulement" trente-huit ans est effrayant. Heureusement qu’il existe des contre-feux comme le film réaliste, mais optimiste, d’Elsa Bennett, Des jours meilleurs.

Je reviendrai sur le sujet après la rencontre avec Grégoire Delacourt qui aborde le sujet de manière semblable mais avec malgré tout une tonalité très différente.

Édouard Louis est écrivain. Il est l’auteur de plusieurs livres autobiographiques qui s’appuient tous sur son histoire familiale et qui ont été traduits dans plus de trente langues. Celui-ci, qui a été distingué par le Prix Les Inrockuptibles 2024, figure dans la sélection du Prix des lecteurs de Vallée Sud Grand Paris.

L'Effondrement d’Edouard Louis, éditions du Seuil, en librairie depuis le 4 octobre 2024

lundi 25 août 2014

On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt chez JC Lattès

Grégoire Delacourt s'y entend comme personne pour dresser des listes, établir des récapitulatifs. Il l'a prouvé avec La liste de mes envies. Il remet ça avec son dernier roman, On ne voyait que le bonheur. Avec des chapitres brefs, qui claquent comme les pages qu'on tourne, assez vite, en croyant que cela ne s'arrêtera pas alors qu'il en est des livres comme de la vie ... tout à une fin.

On dirait des nouvelles, des instantanés, un livre de photos, jetées dans un désordre qui n'a rien de chronologique, qu'il nous autorise à feuilleter et dont il nous souffle les commentaires.

L'auteur pèse ce que vaut ce monde, notre monde qui, par bienséance débaptise un dessert, appelé autrefois "tête-de-nègre" pour le renommer Othello mais qui ne semble pas choqué de laisser se multiplier les licenciements.

Quand on aime, peut-on compter autre chose que de l'amour à deux balles ?  Le narrateur est prolixe. Sa soeur s'exprime à demi-mots.

Que le récit soit autobiographique ... je l'ignore. Nostalgique de toute évidence, à l'instar de ce cliché qui suggère la tranquillité d'un art de vivre à la française dans les années 70, et de quelques leitmotiv comme ce rêve de boire des Blood and Sand au Mexique qui s'insinue dès le début. Il faudra attendre la page 181 pour en connaitre la recette. 

Qui ne s'interroge pas un jour sur ce qu'il a reçu en héritage de ses parents ? Le narrateur attribue à son père son incapacité à se laisser aimer (p. 103). De ce handicap il a fait une force qui lui permet d'accomplir son métier d'assureur sans état d'âme. Son incapacité à éprouver de la compassion fut une aubaine pour son patron.

Ensuite, son entourage pourra bien le toucher dans le petit pyjama de leur vie (p. 170) ... il n'empêche qu'il ne sera pas capable d'agir autrement que d'une manière violente, justifiant ses actes en reportant , encore une fois, la responsabilité sur son père : le mal que j'ai fait c'est le mal qu'il m'a fait (p. 210).

En tout cas s'il y a un sujet qui résonne absolument plus vrai que vrai ce sont les lignes consacrées au licenciement et aux méthodes de Pôle Emploi, notamment avec deux pages implacables (p. 235-236). Celui qui n'a pas connu cela ne sait pas ce que c'est que le dégoût de soi, ni où il peut conduire, ni de quel drame il peut être le déclencheur.

On l'approuve lorsqu'il écrit que l'on pousse tordu sans l'amour d'une maman (p. 354). Par contre je ne suis pas d'accord avec lui quand il affirme que le bonheur, on ne sait jamais qu'on est en train de le vivre, contrairement à la douleur (p. 343) même s'il avait auparavant expliqué joliment le pourquoi du titre, On ne voyait que le bonheur ... (p. 77)

Le roman s'articule en trois parties très différentes mais chacune empreinte d'une très forte humanité et de références qui emportent le lecteur vers d'autres rivages. C'est la surprenante citation de Clémence Boulouque extraite de son livre Je n'emporte rien du monde : Le temps est passé. Alors le temps est venu. (p. 269). C'est encore la chanson qu'interprétait Nicole Croisille Parlez-moi de lui ... (p. 356)

Comprendre, c'est faire un pas de géant vers l'autre. C'est le début du pardon. (p. 218)

Tout compte fait, et une fois terminés les alignements de chiffres, on admettra que le vrai sujet du livre était là dans la capacité à concevoir le pardon.

On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt chez JC Lattès, août 2014

mardi 29 octobre 2013

La liste de mes envies, un livre, une pièce de théâtre, bientôt un film

Je suis allée voir La Liste de mes envies, adapté du roman éponyme et best seller de Grégoire Delacourt, interprété par Mikael Chirinian, dans la mise en scène d'Anne Bouvier au Cine 13 Théâtre.

La Liste de mes envies raconte le destin de Jocelyne, une mère de famille modeste travaillant à Arras, dont la vie bascule subitement après avoir gagné à la loterie.

Il serait plus correct de titrer "les" listes de mes envies car les souhaits de Jocelyne évoluent avec le temps.

C'est l'histoire d'une nana qui s'éprend d'un mec qui s'appelle presque comme elle. La ressemblance s'arrête là. Parce que, outre le fait que c'est un homme, Jocelyn ne fonctionne pas du tout comme elle. L'argent effraie la mercière. Le risque potentiel que son équilibre domestique se retourne comme une crêpe la pousse à ne rien changer quand elle gagne une somme astronomique au loto.

Difficile d'aller au bout de sa décision en jetant le billet gagnant. Elle le cache ... serait-ce au cas où ?

Vous découvrirez ce qu'il en adviendra en allant au théâtre. Anne Bouvier a adapté avec une fidélité incroyable l'énorme succès de librairie de Grégoire Delacourt qui n'a pas fini sa course vers le succès puisqu'une version cinématographique est déjà bouclée ... avec Mathilde Seigner, Marc Lavoine, Patrick Chesnais ... dans une réalisation de Didier Le Pecheur et dont la sortie est annoncée pour le printemps 2014. Je me demande comment il a employé ses droits d'auteur qui doivent s'approcher de ce qu'il aurait pu gagner à la loterie si ...

Mikael Chirinian joue tous les personnages, Jocelyne,  Jocelyn, les deux copines Danièle et Françoise, le père de Jocelyne. Non pas par souci d'économie mais pour illustrer toutes les facettes de l'énigme, à savoir qu'est-ce qui fait le bonheur ?

Egalement parce que ce comédien a cette capacité de changer de peau d'une seconde à l'autre, comme il l'avait déjà fait dans Rapport sur moi, au Théâtre Tristan Bernard où je l'avais découvert il y a quatre ans, dans une mise en scène qui était (déjà) signée par Anne Bouvier.

Le spectateur est constamment sur le qui-vive, se demandant qui parle. Décor et accessoires sont également déstabilisants, composant  une sorte d'illustration métaphorique de l'embrouillamini où se débat Jocelyne.

Le comédien ne perd jamais le fil, pas plus qu'il ne se prend les pieds dedans, ce qui parfois relève de la performance physique dès lors que la scène prend une allure de ring où Jocelyne énumère ses envies, ses besoins et surtout ses folies dont beaucoup font écho aux nôtres.

La bande-son est tout à fait juste, avec l'Eté indien de Joe Dassin pour installer la nostalgie amoureuse et le mélancolique adagietto de la 5ème symphonie de Mahler pour illustrer la perte d'un enfant.

Tout concourt au succès. A commencer par le texte qui est si juste dès qu'il aborde la question du rapport à l'argent, en continuant par le comédien (qui est ovationné à la fin).

Aimer c'est comprendre, attendre et puis c'est tout ... une autre façon de dire que finalement le bonheur ne tient qu'à un fil.

Ancien théâtre du Tertre, le Ciné XIII Théâtre, tel qu'il est aujourd'hui, a été construit en 1983 par Claude Lelouch qui a entièrement décoré le lieu à l’occasion du tournage du film Edith & Marcel. Il doit son nom à la superstition du cinéaste à propos du chiffre 13 qu'il a donné à sa société de production, son club ... Il est probable que s'il jouait au loto le 13 serait dans sa combinaison.

Niché au cœur de la butte Montmartre, à deux pas au-dessus du Moulin de la Galette, la salle est longtemps restée un cinéma où le réalisateur diffusait ses films en avant-première. Elle a conservé ses canapés rouges qui en font une salle au confort incroyable. Salomé Lelouch en a pris la direction depuis presque dix ans en faisant le pari de proposer des spectacles à la fois populaires et exigeants.

La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt,
au Ciné XIII Théâtre - 1 avenue Junot, 75018 Paris
du mercredi au samedi à 20 heures, samedi à 17 heures (et à partir de novembre également le dimanche à 16 heures) jusqu'au  12 janvier 2014
Réservations : 01 42 54 15 12

lundi 7 juillet 2014

Rentrée littéraire 2014 sur A bride abattue


(mise à jour 1er octobre 2014)

On annonce une rentrée littéraire d'enfer avec plus de livres encore que les trois années précédentes. On attend pas moins de 607 romans français et étrangers, avec parmi eux des auteurs célèbres comme Emmanuel Carrère, Olivier Adam, ou David Foenkinos.

Je serai d'abord fidèle à d'autres que je "suis" comme on dit dans le jargon, comme Frédérique Martin, Marie-Hélène Lafon ou Sophie Van der Linden dont j'ai tant aimé le premier roman l'été dernier. J'avais alors lu ceux-ci.

J'ai aussi un peu de retard à rattraper ... comme d'habitude direz-vous, et vous aurez raison, mais on ne peut pas tout faire. Je me demande d'ailleurs si une année je n'aurai pas l'idée de faire une "fausse" rentrée ... en prenant sciemment des livres de septembre 2007, soit l'année juste avant la création du blog.

Quand je constate en librairie qu'un livre n'a que deux mois pour y faire sa place je suis tellement scandalisée que j'aimerais que les bloggeurs (ce ne sont pas les journalistes qui s'y mettraient !) permettent à quelques ouvrages qui le méritent d'avoir une seconde chance en faisant leur promotion.

Certes il y a des exceptions pour durer, mais il faut s'appeler Shakespeare ou Sartre.

Je sacrifierai malgré tout volontiers à la célébrité en chroniquant Grégoire Delacourt parce j'ai beaucoup apprécié la Liste de mes envies. Et Amélie Nothomb parce que si elle a ce rituel de "pondre" un roman par an (c'est elle-même qui en parle avec ces mots) j'ai celui d'inaugurer la série de mes chroniques de rentrée par le sien depuis 5 ans.

Pétronille (chez Albin Michel) et On ne voyait que le bonheur (chez Lattès) figureront donc la vingtaine d'autres titres que je me suis promise de lire cet été. Tout n'est pas sur la photo ci contre, d'autres titres pourront encore arriver. N'hésitez pas à me laisser en commentaires vos avis, critiques et suggestions.

Je mettrai ce billet régulièrement à jour en associant au fur et à mesure les liens (il suffira de cliquer dessus pour ouvrir l'article correspondant) sur la liste ci-dessous qui, en quelque sorte, est celle de mes envies ... de lecture et qui est classée par ordre alphabétique d'auteur, histoire de ne pas faire de hiérarchie :

Toute ressemblance avec le père, Franck Courtès, Jean-Claude Lattès, septembre 2014
On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt, Jean-Claude Lattès, août 2014
Les hommes meurent, les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles, Belfond, 14 août 2014
Une vie d'emprunt, Boris Fishman, traduit par Stéphane Roques, Buchet Chastel, 28 août 2014
Pierre contre ciseaux, Inès Garland, traduit par Sophie Hofnung, Ecole des loisirs, mars 2014
Omaha, Norman Ginzberg, Editions Héloïse d'Ormesson, 5 juin 2014
Louise, Julie Gouazé, éditions Léo Scheer, 20 août 2014
La nuit commencera, Thierry Illouz, Buchet Chastel, 4 septembre 2014
Etranger dans le mariage, Emir Kusturica, traduit par Alain Cappon, Jean-Claude Lattès, 24 septembre 2014
Joseph, Marie-Hélène Lafon, Buchet Chastel, 28 août 2014
L'Histoire d'un amour, Catherine Locandro, Editions Héloïse d'Ormesson, 21 août 2014
Sauf quand on les aime, Frédérique Martin, Belfond, 14 août 2014
Pétronille, Amélie Nothomb, Albin Michel, 21 août 2014
Le voltigeur, Marc Pondruel, Jean-Claude Lattès, septembre 2014
Les amants spéculatifs, Hélène Risser, Jean-Claude Lattès, septembre 2014
Power Patate, Florence Servan-Schreiber, Marabout, janvier 2014
L'incertitude de l'aube, Sophie Van der Linden, Buchet Chastel, 21 août 2014
Une semaine dans la vie de Stephen King, Alexandra Varrin, Editions Léo Scheer, 3 septembre 2014

Les titres qui ne sont plus à l'encre noire ont déjà été lus, couleur marron, pas forcément chroniqués, mais en voie de l'être. Ils passent alors en rouge et vous pourrez alors lire la critique en suivant le lien.

jeudi 6 juillet 2017

Quoi voir à Avignon cet été ?

Je vais simplement me concentrer sur quelques spectacles que j'ai vus et aimés à Paris ces derniers mois pour vous les recommander s'ils sont programmés en Avignon, évidemment dans le off, qui se déroule du 6 au 26 juillet.

Je commence par le Théâtre des 3 Soleils 4 rue Buffon - 84000 Avignon avec 3 pépites :

Anquetil tout seul Pour voir ensuite le Tour de France d'un autre oeil. Grand coup de coeur pour ce spectacle. Tous les jours à 10h30 (relâche tous les mercredis)
de Paul Fournel, publié aux éditions du Seuil / éditions Points. Avec : Matila Malliarakis, clémentine Lebocey, Stéphane Olivié Bisson
Un peu plus tard dans la journée, à 13 h 40, dans ce même théâtre Histoire d'une femme. Encore un (énorme) coup de coeur. Mise en scène Pierre Notte. On rit, on réfléchit et on sort bouleversé par une comédienne extraordinaire qu'est Murielle Gaudin.
A 22 h 20, on enchaine avec la Liste de mes envies interprétée par Mikael Chirinian qui depuis déjà 4 ans est un énorme succès au théâtre après l'avoir été en librairie (texte de Grégoire Delacourt)

Au Rouge Gorge, 10 bis rue Place de l’Amirande 84000 Avignon Rue de la Belle Ecume qui ne figure sur aucun plan mais qui continue de nous enchanter depuis plusieurs années. Avec d'excellents comédiens-chanteurs et de non moins bons musiciens. Aussi bien le guitariste Jeff Mignot que Roland Romanelli au piano, à l'accordéon et l'accordina.
Tous les jours (sauf lundis) à 12h00
Spectacle musical écrit par Christian Faviez, Musique : Philippe Brami, Chant : Emily Pello et Laurent Viel
Autre spectacle musical, Night in white Satie que j'ai vu le 12 juin au Théâtre du Rond-Point dans sa seconde version, celle qui sera à l'affiche au Théâtre du Balcon, à 22h15 (Relâches les 11, 18 et 25 juillet), 38 Rue Guillaume Puy, 84000 Avignon, Téléphone : 04 90 85 00 80

Le spectacle s'inscrit dans la célébration de l’anniversaire de la naissance d’Erik Satie (150 ans en mai 2016), à l'initiative de l'Adami qui gère et fait progresser depuis 60 ans les droits de plus de trente mille artistes-interprètes en France et dans le monde.

Pierre Notte a bénéficié d'une grande liberté pour évoquer cet immense artiste qu'était Satie, et qui a influencé tous les arts. Comédie, musique, chanson et danse se répondent sur scène et composent un spectacle très original et très réussi.
Pasolini Musica, un spectacle théatro-musical d'une grande qualité de par ses textes, de par ses compositions, de par sa mise en scène et de par la qualité des artistes. C'est à 10h30 tous les jours, à l'Espace Roseau 8, rue Pétramale 84000 Avignon
Du pur théâtre maintenant avec Le Misanthrope Vs Politique au Collège de la Salle (Préau)
3 place Louis Pasteur 84000 Avignon - 04 90 83 28 17
du 7 au 30 juillet 2017 à 12h15 (relâches les lundis 10, 17 et 24)
Un spectacle très intelligemment mis en scène par Claire Guyot auquel j'avais donné la note de 10/10 pour le site Au balcon
Pour terminer, les Apéros de Carolina de 17h00 à 19h00 sur France Bleu puis à 19h30 sur les places d’Avignon et en direct sur Facebook : carolinaofficiel

Actrice internationale, Carolina a tourné avec Pedro Almodovar, dont elle est l’égérie. Elle est idolâtrée en Italie, a mené une exceptionnelle carrière d’animatrice aux USA, recevant les plus grandes stars dans son émission "Talk to me, I’m Carolina" jusqu'à ce qu'elle décide de lancer à Paris en 2010 le Carolina Show.

Bon Avignon !

dimanche 31 mai 2026

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet

Chez Lorraine Fouchet tout est bon, comme dans les salades que choisissait la mère de Georges Brassens. Il n’y a rien à jeter.

Si j’avais eu entre les mains Du goût pour le bonheur en version anonyme je lui en aurais sans hésiter attribué la maternité. Elle n’a pas sa pareille pour combiner le fond et la forme. On apprend énormément de choses dans ses romans où le moindre restaurant cité existe vraiment, tout autant que Chatou possède bien une librairie portant le nom d’un livre de Georges Pérec.

L’auteure est la précision incarnée et je la crois sur paroles. Elle n’aborde pas un sujet avant de l’avoir autopsié de la tête aux pieds. Je la lis munie d’un bloc-notes pour y inscrire ses bonnes adresses comme les mots nouveaux que je vais apprendre. Grégoire Delacourt m’a enseigné l’art de lire dans les nuages (la paréidolie). Sophie Prat, dans London 53, m'a appris ce qu'était l'adermatoglyphie qui ne concerne que 4 familles dans le monde entier. Elle m’a éclairé sur l'aphantasie (p. 139), une neuroatypie qui touche 2% de la population et qui n'a été découverte qu'en 2015 (p. 219). Sa méthode d’auto-hypnose (p. 215) pourrait être utile à appliquer  … Quant à la toque elle n’a rien de culinaire dans le lexique juridique (p. 208).

Au début du roman, je ne savais pas encore qui avait le goût du bonheur dans le trio d’enfants que l'on devine assis sur la plage de couverture, mais j’étais déjà saisie par leur vivacité et j’étais volontaire pour partir avec eux. Je me doutais bien que nous irions à Groix, l’île adorée de l’auteure, qui en est devenue la meilleure ambassadrice au monde. Mais c’était surtout le voyage de la vie que je m’apprêtais à entreprendre avec ses personnages.
Rose veut explorer le monde. Oscar souhaite devenir journaliste, Max psychiatre. Ils sont jeunes mais ils ont déjà des objectifs.
Pia, vingt ans, a grandi avec sa mère, Rose, à qui la vie n'a pas fait de cadeau, et son parrain, Max, qu'elle adore. Il est leur pilier et Groix leur port d'attache. Au cours d'un séjour sur l'île, Pia et Max, éternels complices, découvrent à l’occasion d’une fête des voisins qu'ils pourraient devenir fille et père. Cette révélation bouleverse toutes leurs certitudes. Parrain et filleule envisagent de se lancer alors dans une procédure d'adoption sans en parler à Rose, qui de son côté prépare une surprise que Pia n'appréciera guère. Le trio frise l'implosion sous le poids des non-dits lorsque Oscar, le père biologique de Pia, débarque dans l'équation.
Lorraine Fouchet a une autre qualité, celle de ciseler la formulation des expressions des sentiments. Ainsi le corps d’Oscar est secoué de larmes sèches avant de se vider des chagrins retenus (p. 21). Des hommes se posent chez Rose en oiseaux migrateurs (p. 49)

Je ne dirais pas que Lorraine Fouchet est moraliste mais je reçois volontiers ses conseils dont voici un exemple : oublier pour survivre (p. 23).

Elle n’a jamais quitté le stéthoscope et j’adore bénéficier de ses leçons. En matière de santé comme d’art de vivre. Il est utile d’avoir en tête de « se méfier d’une grossesse extra-utérine devant tout malaise d’une jeune fille ou femme non ménopausée. Et d’une rupture de rate devant tout malaise ou douleur abdominale de quelqu’un qui a eu un choc récent (p. 92). Qui sait si ce type de mise en garde ne sauvera pas une vie ? En ce sens je trouve que l’écriture de Lorraine Fouchet a quelque chose de militant. J’ignorais la tradition italienne du tradition du caffe suspeso. On commande un café en en payant un second qui sera plus tard offert à quelqu’un qui aura soif mais pas d’argent (p. 144).

Bien que Rose soit dotée d’une logique d’extraterrestre (p. 126) on distingue nettement la personnalité de Lorraine derrière elle, maternante sans excès. J’ai adoré la vengeance (double vengeance) des bandes plâtrées dont elle explique (p. 191) comment s’en dépêtrer sans appeler un spécialiste.

Dans ce roman, déjà le 27 ème, Lorraine Fouchet sonde les liens familiaux avec sensibilité et précision. La famille que l’on possède, celle qu’on se donne, celle qu’on gagne. Et en matière de droit c’est un roman sur la patience et la détermination. Elle a dû passer des heures à potasser le droit de la famille, qui est une branche du droit privé régissant les relations d'un ensemble d'individus unis par un lien de parenté ou d'alliance.

Elle nous amène à réfléchir sur cette forme de paternité particulière qui place l’adoption au-dessus au parrainage. Chacun des personnages va entreprendre une introspection afin d’en mesurer les enjeux et les changements que la relation risque de subir. Au final on a le sentiment d’assister, par l’enchaînement des témoignages, à la concrétisation d’un nouveau concept, celui de l’adoption réciproque.

Je ne pensais pas que l’obligation alimentaire régentée par l’article 205 du Code Civil était si "large" (p. 141). J’ignorais que la loi française autorisait d’avoir plusieurs pères (p. 55), et plusieurs mères d'ailleurs. Il est inutile de mentionner en note de bas de page l’article de loi correspondant. On peut accorder une confiance aveugle à tout ce qui est énoncé. Lorraine est incollable sur la reconnaissance et sur l’adoption, poussant le détail à nous expliquer la nuance entre gracieux et contentieux (p. 193). À la définition du parquet p. 212 j'aurais ajouté que c’est aussi le nom d’une latte de bois. Vous comprendrez pourquoi dès les premiers chapitres du roman.

Pneu est le mot fétiche d’Amélie Nothomb. Meunier est celui de Lorraine (qui a le goût du champagne en commun avec sa consoeur). On trouve depuis longtemps la playlist des oeuvres musicales citées à la fin de ses romans. Très franchement, elle pourrait aussi ajouter celle de ses recommandations gustatives (Mavrommatis que j’adore tout comme elle, Michocomigato qu’elle me donne envie de tester, Homer Lobster dont j’ai plusieurs fois hésité à franchir la porte …).

Lorraine reconnaît volontiers ne pas être une cuisinière aguerrie mais elle avoue aussi sa gourmandise. Il y a toujours quelque chose à déguster dans ses romans. On retrouve le tchumpot (p. 49) dont elle nous avait donné la recette de Lucette dans Entre ciel et Lou (p. 419). Aujourd'hui ce sera la salade d’Hélène Vanoni, la femme de Damien, le souffleur de verre (p. 245) qui sera partagée en bonus et dont je me suis inspirée pour composer cette assiette.

On prétend que Lorraine Fouchet publie dans la veine du Feel-good, ce qui est réducteur. Ce n’est pas parce que ça finira bien (on le suppose) que ce n’est pas intense et sérieux. Son ancien métier de médecin urgentiste lui a enseigné que la vie n’est pas juste (p. 129) et elle nous transmet cette philosophie, sans doute pour nous inciter à en apprécier le sel. Nous sommes bien d’accord : L’amour ne se découpe pas comme un gâteau, il se multiplie, il est inépuisable (p. 210).

Je me doutais bien que l’Oncle Maurice avait réellement existé et je le supposais membre de la famille de l’autrice. La postface me le confirma. Pour finir j'ajouterai que je ne savais rien des évènements personnels qui ont amené Lorraine à écrire sur le sujet de l'adoption et que, comble des hasards de la vie (que j'adore) j'ai commencé, et terminé, ce roman le jour de la fête des mères.

Du goût pour le bonheur de Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson, en librairie depuis le 5 mars 2026

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