mardi 9 juin 2015

Les quatre saisons de l'été, le nouveau roman de Grégoire Delacourt

On dirait un roman de plage. On dirait qu'il va être question d'été, la plus belle des saisons. On dirait que les titres des quatre chapitres sont des noms féminins. On a tout faux, enfin presque.

Grégoire Delacourt a l'obsession du bonheur. Celui qu'on fait miroiter, qu'on se promet à soi-même et qui n'est qu'un leurre, celui qui surgit parfois, fugace, et qu'on ne retient pas davantage que du sable entre ses doigts.

La plage devient un miroir aux alouettes, et celle du Touquet autant que toutes les autres. Les quatre saisons de l'été sont empreintes de vie et d'espoir qui se noient dans un océan de nostalgie qui n'épargne personne, pointant les petits vides qui absorbent une vie. (page 179)

La vie tourne comme une mayonnaise que l'on rate, faute de savoir que la règle numéro un est d'utiliser des ingrédients qui soient tous à la même température. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ... L'expérience humaine n'est pas transmissible. On ne détricote pas une existence pour la remonter avec de nouvelles proportions. Il faudra s'accommoder jusqu'au bout d'une vie étriquée ou au contraire trop lâche. On ne négocie pas avec le destin. Il n'y a que dans les chansons qu'on peut supplier Dieu, laissez le moi encore un peu.

La musique de Grégoire Delacourt est douce amère, consumante comme une canicule qu'on n'aurait pas vue venir, submergeante d'une incommensurable mélancolie alimentée de promesses et de pertes.

Ce roman est une leçon de sagesse. On ne doit pas redonner vie à nos amours d'enfance, prévient l'auteur ( page 114). On doit les laisser là où elles sont : dans l'obscurité confortable des souvenirs.

Les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour éclosent, poursuivent leur cours ou reprennent vie. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, 15, 35, 55 et 75 ans, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir. 

Les chagrins d'amour sont aussi une forme d'amour ( page 119). Il y a du bonheur dans la nostalgie comme Cyrano de Bergerac tente de le faire admettre par Roxane avant de rendre son dernier souffle. Grâce à vous une robe est passée dans ma vie. L'échec est au moins une preuve de tentative et les chagrins d'amour sont aussi une forme d'amour (page 68).

La réalité s'infiltre entre les pages. La musique aussi, comme dans tous les romans de l'auteur. Après Nicole Croisille, avec Parlez-moi de lui de La Liste de mes envies (plus d’un million d’exemplaires vendus, une adaptation théâtrale et un film), et L'été indien de Joe Dassin dans On ne voyait que le bonheur, qui nous ramenait dans les années 70 voici Francis Cabrel chantant Hors saison.

Vanessa Paradis est la Fille sur le pont. Meert, le célèbre pâtissier lillois délecte les becs sucrés que la poésie ne parvient pas à rassasier. Astérix défie César. Paco Rabanne prédit la fin du monde à venir dans cent cinquante-neuf jours.

C'était l'été 1999 sur les longues plages du Touquet. C'était hier et c'est toujours. Serge Lama a compris qu'on récolte l'ennui quand on a ce qu'on veut. Et le deuil d'un amour si fort que l'on puisse en mourir ouvre la voie à l'apaisement et à la richesse de ce qui ne sera pas une aventure.

Chaque titre de chapitre semble évoquer un prénom alors qu'il s'agit toujours d'une fleur, invitant à revisiter la carte du tendre. Grégoire Delacourt vit à Paris mais il reste imprégné du Nord. Sa force narrative pourrait nous donner envie d'aller nous aussi déambuler sur la Cote d'Opale l'été prochain.

Les quatre saisons de l'été, de Grégoire Delacourt, Editions J C Lattès, avril 2015

1 commentaire:

Mademoiselle est comme tout le monde a dit…

Bonjour,
j'ai bien aimé ce livre, mais moins que le précédent Delacourt.
Jen parle ici
http://mademoiselleestcommetoutlemonde.blogspot.fr/2015/10/livre-les-quatre-saisons-de-lete.html
Bonne journée,
Morgane

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