lundi 8 juin 2015

Les Brünettes, quatre jeunes femmes à découvrir d'urgence

Elles clament, rugissent, tempêtent, murmurent aussi. Elles ont pris le nom de Brünettes, avec un "umlaut" sur la lettre u de manière à être prononcée à la française.

C'est un peu plus complexe sur le plan phonétique mais je serais bien incapable de l'expliquer correctement. Ce qui est amusant c'est que le nom du groupe évoque leur caractère, leur spécificité et surtout leur spécialité qui est le travail vocal. Car elles sont championnes sur le plan de la prononciation et de la diction.

Elles accumulent les prix et les récompenses, et elles le méritent amplement. Elles sont en train de devenir les étoiles montantes de la scène a capella. Le terme signifie qu'elles font tout avec leur voix ou leur corps, n'ayant besoin d'aucun instrument de musique pour les accompagner sur scène, ou alors  quelques cuillères peut-être ...

Si je vous dis qu'elles sont au féminin l'équivalent des Pow Wow, vous aurez peut-être une idée de leur art. L'idéal est de vous les faire entendre en souhaitant qu'on ait la chance de les voir d'ici quelques semaines en France parce que si elles sont ultra connues et appréciées outre-Rhin leur audience est encore confidentielle ici.

Elles vivent en Allemagne mais elles chantent indifféremment dans les trois langues : allemand, anglais et français. Et pour vous le démontrer j'ai choisi d'intégrer dans cet article l'Homme à la moto dont elles signent une version vraiment originale.


Après les avoir entendues vous allez forcément avoir envie d'en savoir davantage sur ce quatuor aussi talentueux que souriant. N'hésitez pas à aller sur leur site, www.lesbrunettes.fr désormais accessible en français (en cliquant ensuite sur le drapeau français en bas à droite de la page d'accueil) et à me transmettre vos avis, critiques et suggestions quant à leur programmation en France, si vous avez des pistes.

Vous constaterez qu'elles sont toutes les quatre un rapport très fort avec la musique, qu'elles travaillent autant à l'intérieur du groupe que de manière individuelle dans d'autres formations. Elles alternent les rôles et chacune écrit des textes. Elles ont suivi les mêmes études au Conservatoire de Mannheim et ont suivi chacune leur chemin, se retrouvant parfois quand l'une ou l'autre avait besoin d'une choriste dans sa propre formation musicale.

Un jour de 2011, elles ont décidé de s'associer parce qu'elles s'entendaient si bien que c'aurait été dommage d'aller chercher ailleurs des partenaires et parce qu'ensemble on est plus fort. Elles ont depuis remis au goût du jour un genre ancien, de l' "a cappella jazzé" en participant à la renaissance du jazz vocal. Les choses sont allées vite puisque leur premier album éponyme est sorti en 2012.
Elles s'inspirent des grands groupes du genre comme les Andrew Sisters, Lambert Hendricks and Ross, The Supremes, New York Voices, Singers Unlimited et même Doubles Six. Elles sont toutes les quatre autant connues que reconnues en Allemagne où elles ont plus de 200 concerts à leur actif.

Elles sont chacune à leur manière un peu glamour. Mais n'allez pas croire qu'elles se ressemblent. Leur quatre tempéraments sont très différents et c'est ce qui fait l'originalité de leur groupe qui est le résultat d'une solide amitié et d'une créativité débridée.

Juliette Brousset
C'est la première que je vous présenterai. Née en Alsace, Juliette Brousset est la française du groupe. Elle m'a dit qu'aussi loin que sa mémoire s'en souvienne elle a toujours chanté dans toutes les circonstances de la vie, que ce soit en faisant la vaisselle ou pendant des trajets en voiture.

Sa famille la soutenue dès son plus jeune âge. Son papa l'accompagnait volontiers à la guitare et elle est entrée naturellement très tôt à la chorale d'une école de musique. Elle a grandi dans une maison où l'on écoute toutes les musiques avec une prédilection marquée pour la musique vocale, du "Stabat mater" de Pergolèse, et des cantates de Bach aux albums de Barbara ou de Juliette Gréco, en passant par Billie Holiday, Marilyn Monroe et bien d’autres encore. Elle s’est nourrie de toutes ces influences que l’on retrouve aujourd’hui dans ses compositions et dans sa manière très personnelle d'utiliser sa voix.

Avant de se tourner définitivement vers le chant, Juliette a étudié le hautbois, le théâtre et la dramaturgie. Elle a travaillé le chant classique avec la soprano colorature Marta Casas, puis s’est tournée vers le chant jazz à la Musikhochschule (Ecole Supérieure de Musique) de Mannheim avec Ann Malcom où elle a passé son bachelor en 2012. Elle étudie ensuite avec Jeff Cascaro et Michael Schiefel à la Musikhochschule Franz Liszt de Weimar et obtient son master de chant jazz en 2013.
Juliette a crée le projet "Désir", avec l'artiste plasticienne Anne-Marie Schoen pour laquelle elle compose et chante des histoires poétiques et drôles, romantiques ou même burlesques, inspirées de leurs vécus à toutes les deux.

Elle est la chanteuse du quintet "Moi et les autres" dont elle est d'ailleurs la créatrice et dont elle a composé les chansons avec le guitariste David Heintz. Leur collaboration remonte maintenant à 2008. 

Les deux musiciens n’ont pas peur d’emprunter aux clichés harmoniques et rythmiques de la chanson traditionnelle française et d’y ajouter une pincé de jazz. Dans la lignée de Claude Nougaro, Henri Salvador, Barbara, qu’ils reprennent aussi avec brio, ils “swingent”, valsent, improvisent et profitent de toutes les libertés musicales que permet le jeu en duo. Et je vous en parlerai bientôt dans un billet spécifique.


Juliette est aussi régulièrement invitée à chanter en tant que soliste pour des projets ponctuels avec différents groupes et avec des big bands. Elle interprétera un répertoire arrangé spécialement pour elle, autour d’un mélange de reprises d’Edith Piaf et de ses propres chansons avec l'orchestre philharmonique de vents de Mannheim durant l’été 2015.

Elle enseigne le chant, notamment à  l'école de musique de Viernheim et, comme second instrument, à la Musikhochschule de Mannheim.

Chez les Brünettes : La voix cristalline de soprano de Juliette s'élève, veloutée, légère et intense à la fois jusque dans les notes les plus aiguës. Elle donne de l'éclat au son du groupe, lui offre de brillantes échappées tout en tension et en émotion, provoquant des moments de pure magie.

La chanteuse française écrit ses chansons dans sa langue maternelle. Elle y développe des harmonies jazz et des rythmes parfois complexes tout en restant simple dans l'écriture des textes et le choix des mélodies.
  
Stephanie Neigel
C'est la première, sur la gauche, sur la pochette de A women Thing. Elle a été bercée par la voix de sa maman qui chantait des soirées entières pour endormir ses filles. La jeune femme a grandi dans une famille où le chant est quelque chose de naturel. C'est la nièce de Julia Neigel qui est une artiste pop-rock extrêmement connue en Allemagne, et qui reçut des distinctions comparables à nos Victoires de la Musique.

"Schatten an der Wand" l'a fait connaitre mondialement dans les années 80 après la chute du mur de Berlin.

Les disques de sa tante tournaient sur la platine et le souvenir des concerts où Stéphanie avait le droit d’accompagner sa célèbre tante demeure très vif. Son modèle fut néanmoins une des plus grandes voix de ce siècle, Whitney Houston, que la petite Stephanie imita bientôt du matin au soir avant de découvrir peu à peu son propre style. C’est sur le piano de ses parents qu’elle commença à composer ses propres chansons. Stephanie fait ensuite des rencontres, s'empare de nouvelles inspirations musicales, travaille des mots  élégants qui fondent sur la langue, et modèle ainsi un univers poétique et musical qui lui est particulier.

Stephanie a étudié le chant au Jazz Institut de Berlin puis à la Musikhochschule de Mannheim avec Ann Malcom ... comme Juliette. Elle y passe son bachelor en 2011. Elle étudie ensuite avec Jeff Cascaro et Michael Schiefel à la Musikhochschule Franz Liszt de Weimar et obtient l’année suivante son master de chant jazz.

Elle est auteure, compositrice et interprète dans son propre groupe, "Stephanie Neigel & Band" et se consacre avec le duo "Neigelböhlen" à la mise en musique de poèmes et à la mise en texte de standards de jazz.

On peut l'entendre également dans d'autres ensembles de jazz comme par exemple le groupe luxembourgeois "Paul Fox Collectiv". Elle a des années d'expérience en tant que chanteuse de big bands et travaille en tant que coach vocal pour l'ensemble du Capitol à Mannheim et pour le Jazzclub de Trier. Elle enseigne aussi le chant à la Staatlichen Offenen Jazzhaus Schule de Cologne.

Chez les Brünettes : Stephanie a une voix enveloppante et intense qui parcourt avec aisance toute l'amplitude des registres. Elle assure aussi bien la fonction de basse que celle de soprano.

Stephanie écrit en anglais. Les thèmes qu'elle aborde, intimes et sincères, sont souvent développés avec une note d'humour.

Lisa Herbolzheimer

Lisa a grandi elle aussi dans un environnement très musical : enfant, elle dévorait la collection de vinyles de son père et regardait en boucle les vieilles comédies musicales comme "High society" jusqu'à savoir par coeur chacun des thèmes. Les tubes des Beatles n’avaient pas davantage de secret pour elle. Son grand-père, Peter Herbolzheimer, chef d'orchestre et arrangeur de musique pour big band, l’initia au jazz qui a toujours fait partie du quotidien de Lisa.

C’est naturellement qu’elle emploie les codes du jazz et de la soul dans ses arrangements et ses compositions.

Lisa termine ses études de chant jazz à la Musikhochschule de Mannheim la même année que Juliette en 2011 avec Ann Malcolm et passe un master de chant jazz avec Jeff Cascaro et Michael Schiefel à la Hochschule für Musik de Weimar en 2012.

Elle chante dans plusieurs combos de jazz et de pop et avec des big bands. Elle a été pendant deux ans la chanteuse de l’émission de télévision allemande "Humpis der Talk", et travaille régulièrement en tant qu'interprète de studio pour différents compositeurs de pop et de jazz.

Elle enseigne la musique à l'école de musique "Fit In Music" de Hambourg et à la Musikschule Büchen.

Chez les Brünettes : Grave et profonde, la voix d'alto de Lisa forme la base vocale du quatuor. Son timbre plein, à la fois doux et rauque, offre de beaux moments d'émotion.

Lisa raconte dans ses chansons des situations qui l'ont touchée et les écrit dans la langue qui lui est la plus proche, l'allemand. La puissance et l’intensité de sa voix expriment sa vision de la musique comme étant l'essence et l'expression même de la vie. Sa voix peut prendre un timbre très "soul" avec par exemple "Trau Dich" (Ose).

Julia Pellegrini 

Avec deux parents violonistes classiques et un grand frère batteur, c'est tout naturellement que Julia (la première à gauche sur la photo) allait devenir musicienne. Elle commence avec le piano classique, mais préfère écouter de la musique pop à la radio plutôt que de rester enfermée à perfectionner sagement des sonates.

Tous les styles de musique l’inspirent. Les morceaux qu’elle écrit doivent autant aux grands auteurs-interprètes comme James Taylor ou Joni Mitchell qu’aux compositeurs classiques comme Kurt Weill ou Maurice Ravel. Elle parvient à combiner aussi bien les codes de la musique classique que ceux de la pop et du jazz pour composer des chansons saluées pour la richesse de son lexique.

Julia poursuit ses études de chant jazz à la Musikhochschule de Mannheim avec Ann Malcolm. Elle y passe son bachelor en 2010 et son master en 2011... juste avant ses trois comparses.

Elle est la chanteuse des ensembles de jazz "Stitches Brew feat. Julia Pellegrini", "Pellegrini/Engelberth ...play Kurt Weill" ainsi que du "Trio Pellegrini/Stich/Kiedaisch" avec lequel elle se produit régulièrement. Elle poursuit d'autres projets en solo et en duo. Régulièrement invitée à chanter en tant que soliste pour des programmes ponctuels avec des big bands, elle a travaillé avec plusieurs artistes comme "The King", le "Simon Spiess Trio"... sur scène et en studio.

Elle enseigne le chant jazz aux étudiants de musicologie à la Musikhochschule de Mannheim et a aussi remplacé Ann Malcolm pour une année auprès des étudiants préparant un bachelor de chant jazz. Elle donne des cours de chant et d'éveil musical à la Frankfurt Music Academy de Francfort.

Chez les Brünettes : Julia est la première alto du groupe. Sa voix au timbre marquant et sensible apporte de l'équilibre et de la transparence à la sonorité du quatuor. Ses morceaux, pourtant complexes, sont remarquablement clairs et faciles à retenir. Elle est la voix claire de la chanson "I Care" qu'elle a écrite pour parler de l'inexprimé.

Ensemble elles offrent au public des voix impressionnantes, du tempérament à revendre et une présence scénique très travaillée. Elles sont devenues une référence dans le domaine du jazz a capella. Leurs arrangements rajeunissent des vieux standards du jazz et composent aussi bon nombre de leurs chansons avec une certaine dose d'humour et de bonne humeur sans faire de concession à la musique.
A Women Thing
Tel est le titre de leur deuxième album que les quatre Brünettes, également compositrices et arrangeuses, dédient en quelque sorte aux grandes voix qui les ont inspirées en nous entrainant dans un voyage à travers les époques, les continents, les langues et les styles :

Avec My Heart (piste 1) à Lizz Wright, dont les compositions baignées de spiritualité aux airs de gospel tendent la main aux musiques actuelles.

Avec l'Homme à la moto (piste 3) à Edith Piaf, qui a débuté en chantant dans la rue et a rendu la chanson française célèbre dans le monde entier.

Avec Sankofa (piste 5) à Cassandra Wilson, qui eut l'audace de revisiter le delta blues du Mississippi en lui prêtant ses arrangements modernes, ce qui a fait d'elle une des plus célèbres des chanteuses de jazz.

Avec A case of you (piste 8) à Joni Mitchell, auteur-compositrice-interprète, au début méconnue à New-York et qui a rassemblé tout au long de ses 40 ans de carrière les plus grand musiciens de jazz autour d'elle.

Avec I say a little prayer (piste 10) à Aretha Franklin, la first ladies of soul.

Avec Alfonsina y el mar (piste 11) à Mercedes Sosa, dont les chansons sont devenues des hymnes éternels du mouvement travailleur en Argentine.

Avec Sea Line Woman (piste 12) à Nina Simone, qui est devenue aux États-Unis une figure emblématique de la lutte antiraciste.

Avec 99 Luftballons (piste 13) à Nena, la star de la Neue Deutsche Welle, qui, mère de quatre enfants, est encore une des chanteuses les plus populaires d'Allemagne.

On découvrira aussi des oeuvres signées par Julia Pellegrini avec Tell her (piste 2) Goodbye Song (piste 7), Stephanie Neigel avec Rotation, Lisa Herbolzheimer avec Freiflug (piste 9) et Juliette Brousset avec Inspire (piste 6). Un très beau programme.

Merci au photographe Marius Engels pour ses clichés.

3 commentaires:

Jeanmi a dit…

Ma-gni-fique ! Elles sont formidables, j'adore...

John a dit…

Superbes Quelle énergie ! Bravo de les avoir en quelque sorte "découvertes" pour la France.

Anne-Marie Schoen a dit…

Belle surprise que cet article le jour de la fête de la musique

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