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samedi 15 février 2020

Le ciel par-dessus le toit de Natacha Appanah

En présentant l'ensemble du Prix des lecteurs d'Antony, le 30 novembre dernier, je disais de ce livre dont le titre, Le ciel par-dessus le toit, fait référence à un poème de Verlaine, qu'il dénouait les fils d’une histoire familiale un peu triste avec une écriture puissante et poétique. Je le referme en devant nuancer cette brève analyse.

"Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs.
Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là.

Cet extrait qui est exactement celui que l'éditeur place sur la quatrième de couverture reflète assez bien mon ressenti de lectrice qui à chaque page croyait être entrée dans l'histoire et qui, au chapitre suivant, mesurait combien elle en était encore très éloignée.

Il est vrai que les phrases se posent délicatement sur le papier comme la lumière sur une forêt de givre. Je ne sais pas si c'est parce que le livre ne se déploie que sur une centaine de pages, ou parce que l'auteure a voulu juxtaposer (on ne les sent jamais former une famille) trop de personnages et surtout trop différents les uns des autres que je n'ai pas réussi à sortir la tête d'une sorte de brume. J'accepte la proposition de Natacha AppanahIl faut se tenir immobile et regarder comment la vie nous joue des tours (p. 26). Mais alors je suis incapable de formuler un avis argumenté.

Outre l'allusion poétique justifiée par l'importance que le ciel prend tout au long du roman je me suis souvenu évidemment que Verlaine en avait écrit les vers, alors qu'il était en prison, condamné à 2 ans. J'ai relu la toute fin :
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

C'est un peu la question à laquelle chacun tente de répondre dans ce roman. Paloma (la soeur de Loup) s'interroge sur le moment qu'elle appelle "heure bleue" où "se mélangent tous les sentiments du soir, petits et grands, beaux et laids, fades et puissants" (p. 30), ce ciel présent dès le début du roman, ouvert, bleu et calme, que l'auteure nous dit à la fin être si bleu, par-dessus tout ça comme un mensonge (p. 109).

Alors ... la vérité ....

Le ciel par-dessus le toit de Natacha Appanah, Gallimard, en librairie depuis le 22 août 2019
Livres précédemment chroniqués :
Joseph Ponthus, A la ligne 
Alexis Ragougneau Opus 77
Line Papin, Les os des filles
Abir Mukherjee, L’attaque du Calcutta-Darjeeling

mercredi 8 avril 2020

Né d'aucune femme de Franck Bouysse

Franck Bouysse ... son nom me parlait mais je n'arrivais pas à ... jusqu'à ce que ... mais oui, il avait remporté le Prix SNCF du polar 2017 avec Grossir le ciel qui me narguait dans ma PAL, annoncé comme un suspense rural.

L'auteur est déjà lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d' aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant 

La couverture de Né d'aucune femme est magnifique. C'est un autoportrait de Sara Saudkova, une photographe tchèque, intitulé Allaitement.

J'avais tenté à plusieurs reprises d'entrer dans le roman mais je n'y étais pas parvenue. J'avais incriminé ce foutu virus qui m'avait épuisée. C'est qu'il faut une certaine force pour se glisser entre les arbres, et partager la rudesse de la vie de ces paysans.

J'étais carrément perdue au début du livre. Alors, après trois tentatives infructueuses espacées d'une quatorzaine, j'ai joué le tout pour le tout en ouvrant le roman plus loin dans l'histoire (page 83). Sans chercher à tout savoir j'avais besoin de m'accrocher à un personnage pour avoir envie de poursuivre.

Je suis bien tombée et le choc opéra. Je repris ensuite au début et me laissai captiver. Les deux premiers chapitres sont troublants mais le récit décolle à partir du moment où Gabriel, le prêtre, récupère les cahiers de Rose. Il les lit d'une traite et va reconsidérer ses valeurs : Moi qui avais jusqu'alors considéré le bien et le mal comme des concepts rassurants pour lesquels j'avais forgé quelques armes, il allait bientôt me falloir glisser d'autres fers dans les braises (page 32).

Né d'aucune femme raconte la vie de Rose, qui vient tout juste de mourir. Ce qui lui est advenu depuis le jour où de ses quatorze ans, quand son père l’a vendue à un notable assez mystérieux contre une modique somme d’argent en pensant pouvoir nourrir sa mère et ses sœurs.

Le point de départ est venu d'un fait divers qui fit quatre lignes il y a vingt ans dans un journal. Le décor est inspiré de la région où l'auteur est revenu récemment, pour retaper une petite maison, en bordure de la forêt où il a joué gamin, près d'un monastère du XII° siècle d'où les moines s'enfuyaient par un réseau de souterrains. 

mercredi 9 septembre 2020

Un autre tambour de William Melvin Kelley


Un autre tambour est un livre étonnant que je n'aurais sans doute pas ouvert spontanément s'il n'avait figuré dans la sélection de la Médiathèque d'Antony (92).

Il est surprenant d'abord parce qu'il a été rédigé par William Melvin Kelley en 1963 et qu'il est probable que l'auteur ne l'aurait pas conçu de la même manière s'il n'avait été publié que maintenant.

Sa réédition en 2019, deux ans après la mort de William Melvin Kelley rend perplexe et interdit toute discussion avec lui sur ce qu'il pense de l'évolution de la situation raciale aux Etats-Unis. De plus il revient au moment où la question est rendue très sensible avec la modification de tous les intitulés qui peuvent être lus, de près ou de loin, comme étant de nature raciste. Ainsi la version française de "Dix petits nègres", un des polars les plus connus au monde, sera désormais rebaptisée "Ils étaient dix". Et pourtant le titre provient d'une comptine et n'a aucune connotation raciste sous la plume d'Agatha Christie.

A ce propos Un autre tambour résonne dès le premier chapitre comme un conte et les inférences sont multiples, à Shakespeare comme à Beckett, car enfin il y a un coté absurde dans la narration qui rend son interprétation plus complexe qu'il y parait. L'action se situe en Juin 1957 à Sutton, petite ville tranquille d’un État imaginaire entre le Mississippi et l’Alabama. Un jeudi, Tucker Caliban, jeune fermier noir, répand du sel sur son champ, abat sa vache et son cheval, met le feu à sa maison et quitte la ville. Le jour suivant, toute la population noire de Sutton qui part un à un ou en grappe (p. 68) et déserte la ville à son tour.

Outre cet exode apparemment spontané et les conséquences pour la ville, soudain vidée d’un tiers de ses habitants le lecteur est surpris d'apprendre l'histoire de la bouche de plusieurs protagonistes, uniquement ceux qui restent et qui sont des enfants, des hommes et des femmes, libéraux ou conservateurs, mais tous des blancs. Les opinions des noirs sont donnés, mais à travers le prisme de la réflexion des autres personnages.

Les chapitres se succèdent en suscitant un intérêt irrégulier mais croissant à l'instar d'un paysage qui se révèlerait avec la pose des dernières pièces d'un puzzle. La dimension philosophique est évidente, initiée dès la couverture où l'on voit la chaine de l'africain qui se rompt.

A la fin le lecteur connaitra la justification du choix de Tucker : je veux ce terrain sur la plantation parce que c'est là que le premier des Caliban a travaillé, et il est temps, maintenant, que cette terre soit à nous. (...) Mon bébé ne travaillera pas pour vous. Il sera son propre maître. (...) Vous avez essayé de nous libérer autrefois, mais on est pas partis, et maintenant il faut qu’on se libère nous-mêmes (p. 222).

Au lecteur d'interpréter la profonde motivation de Tucker. Après avoir songé à la vengeance ou la colère, on pourra estimer qu'il s'agit là de dignité. Comme le mentionne l'auteur (p. 154) : certaines choses nous apparaissent étranges alors qu’elles sont fondées (parfois par des raisons que l’on ignore nous-mêmes).

Le personnage de Tucker apparait par touches et il devient extrêmement attachant dès lors que l'on comprend combien, déjà enfant, il éprouve d'empathie pour les adultes qu'il respecte. Il n'a simplement pas les mots pour qualifier ses émotions. Mais celles-ci résultent de fines observations. Ainsi conseille-t-il la patience à la femme de son maitre désarçonnée par le manque de communication qui s'est instauré entre elle et son mari : la princesse devrait attendre, elle ne devrait pas s’enfuir. (il n’a que 9 ans).... (...) parce que le prince va se réveiller un de ces jours et arranger tout çà (p. 179).

En multipliant et en décalant les points de vue, Kelley pose la "question raciale" de façon inédite (et incroyablement originale pour l’époque). Il n'a pas cherché à donner une vérité unique, mais à fournir plusieurs clés d'analyse, autrement dit à nous livrer une version historique décalée d'un ton. Il a dit à propos de son roman : Personne ne prétend que cette histoire est entièrement vraie. Ça a dû commencer comme ça, mais quelqu’un, ou des tas de gens, ont dû penser qu’ils pouvaient améliorer la vérité, et ils l’ont fait. Et c’est une bien meilleure histoire parce qu’elle est faite à moitié de mensonges. Il n'y a pas de bonnes histoires sans quelques mensonges.

Un autre tambour est ainsi une histoire alternative, féroce et audacieuse, un roman choc, tant par sa qualité littéraire que par sa vision politique. Il reste malheureusement d'actualité.

Un autre tambour par William Melvin Kelley, traduit de l'anglais (États-Unis) par Lisa Rosenbaum, Delcourt,  Parution le 4 septembre 2019

Né à New York en 1937, William Melvin Kelley a grandi dans le Bronx. Il a 24 ans lorsque paraît son premier roman, Un autre tambour, qui sera accueilli en triomphe par la critique. En 1966, il couvre le procès des assassins de Malcom X pour le Saturday Evening Post, ce qui éteint ses derniers rêves américains. Anéanti par le verdict, il regagne le Bronx par la West Side Highway, les yeux pleins de larmes et la peur au fond du cœur. Il ne peut se résoudre à écrire que le racisme a encore gagné pour un temps, pas maintenant qu’il est marié et père. Quand il atteint enfin son foyer, sa décision est déjà prise, ils vont quitter la "Plantation", pour toujours peut-être. La famille part un temps pour Paris avant de s’installer en Jamaïque jusqu’en 1977. On ne peut manquer le parallèle avec ce qui était écrit dans le livre deux ans plus tôt. Et Kelley, promis à une brillante carrière, disparaitra quasiment de la scène littéraire. 

Il est l’auteur de quatre romans dont Dem (paru au Castor Astral en 2003) et d’un recueil de nouvelles. En 1988, il écrit et produit le film Excavating Harlem in 2290 avec Steve Bull. Il a aussi contribué à The Beauty that I saw, un film composé à partir de son journal vidéo de Harlem qui a été projeté au Harlem International Film Festival en 2015. William Melvin Kelley est mort à New York, en 2017.
Livres précédemment chroniqués :
Joseph Ponthus, A la ligne 
Alexis Ragougneau Opus 77
Line Papin, Les os des filles
Natacha Appanah, Le ciel par-dessus le toit
Franck Bouysse, Né d'aucune femme

samedi 30 novembre 2019

Le Prix 2020 des Lecteurs d'Antony (92) est lancé

Le Prix des Lecteurs est devenu un rendez vous très attendu par les abonnés des médiathèques de la ville d’Antony (92). Et quand on sait qu’ils sont à peu près 5000 adultes à avoir leur carte cela représente beaucoup de lecteurs.

La formule inaugurée l’an dernier ne change pas. Il n’y a plus désormais qu’un seul Prix donc une sélection unique, qui encore cette fois comprend 10 romans parmi lesquels vous choisirez votre préféré.

La sélection est représentative de la production littéraire de toute l’année 2019, pas uniquement française puisque 4 sur 10 ont été écrit dans une autre langue. Trois ont déjà remporté un Prix, mais que cela ne vous influence surtout pas !

Il y en a pour tous les goûts. Deux appartiennent franchement au genre policier et 4 autres peuvent se découvrir comme des romans à fort suspense. Plusieurs sont des chroniques familiales ou questionnent sur des choix de vie. Beaucoup sont des romans historiques ou de fiction, osant revisiter l’histoire ou même la modifier.

Ils vont inciteront au voyage puisque 7 d’entre eux situent l’action hors de France et vous partirez au Bengale, en Israël, en Angleterre, au Vietnam, en Amérique du Nord et du Sud.

Je vais maintenant brièvement vous les présenter, en adoptant l’ordre alphabétique.

Natacha Appanah, avec Le ciel par-dessus le toit, qui est un titre qui fait référence à un poème de Verlaine, dénoue les fils d’une histoire familiale un peu triste avec une écriture puissante et poétique.

On a déjà beaucoup parlé de Laurent Binet qui, avec Civilizations, nous offre une uchronie où les Amérindiens n’auraient pas été conquis par les espagnols. Avec lui les Incas ont le pouvoir d’envahir l’Europe et j’avoue que je me précipite sur ce livre avant de partir pour le Mexique.

Né d’aucune femme, de Franck Bouysse a séduit les lecture du Grand Prix ELLE, avec ce roman très fort, très dur, très bien écrit mais très violent dont on peut prédire qu’il fera débat.

Autre débat, très différent avec Le coeur de l’Angleterre de Jonathan Coe dont on espère qu’il nous éclairera sur les tenants et les aboutissants du Brexit à propos duquel il n’a pas une opinion tranchée.

Un autre tambour de William Melvin Kelley n’a été traduit que cette année et nous arrive donc 50 ans après sa publication aux USA, en plein mouvement en faveur des droits civiques. Lui aussi inverse le mouvement puisque sous sa plume les Noirs quittent le Sud des Etats-Unis.

L’attaque du Calcuta Darjeeling de Abir Mukherjee remonte à l’époque de la colonisation britannique pour dénouer une affaire de meurtre en Inde.

Line Papin, avec Les os des filles, raconte une enfance marquée par l’exil de son Vietnam natal de manière très simple mais très touchante.

Joseph Ponthus nous livre dans A la ligne un matériau brut de décoffrage, d'une beauté extrême, comme seuls les grands architectes de la langue sont capables de le faire. Il raconte son quotidien comme intérimaire de nuit dans un abattoir et c’est un hommage magnifique à la condition ouvrière de nos temps modernes. Et c’est un premier roman !

Alexis Ragougneau met la musique en mots dans Opus 77 au rythme des mouvements du concerto de Chostalkovitch. (lire ma chronique ici)

Enfin Schlomo Sand mène une enquête sur La mort du Khazar rouge, prétexte à aborder l’invention du peuple juif et vous pouvez le deviner, il est controversé en israël.

Ce ne sont pas moins de 130 exemplaires qui sont mis en circulation pour ce Prix qui est aussi disponible sur quelques liseuses.

Le prix se déroulera tout au long du printemps 2020 dans les deux médiathèques d'Antony. Un auteur de la sélection viendra à la rencontre des lecteurs à une date qui sera bientôt révélée. Une discussion gourmande est programmée le samedi 28 mars à 10h30 à la médiathèque Anne Fontaine.

Le vote sera ouvert du 4 avril au 15 mai. Il pourra avoir lieu sur place ou s'effectuer en ligne sur le site Internet des médiathèques. Le lauréat sera annoncé le samedi 216 mai à 10h30 . Un tirage au sort, parmi les bulletins de vote, permettra à 10 votants de remporter des Chèques Lire, valables à la librairie La Passerelle d’Antony.

Je vous encourage à participer à ce Prix Si vous n’êtes pas encore abonné aux médiathèques d’Antony il est temps de prendre votre carte. Elle sera valable un an, de date à date.

Vous pouvez aussi le suivre, en suivant les chroniques que je publierai au fur et à mesure de mes lectures. Si vous me permettez le jeu de mots celle de A la ligne est déjà en ligne … depuis le 2 juin dernier.
Bonnes lectures ! Bonnes découvertes !

jeudi 20 juin 2013

Visite de la Tour Jean sans Peur à proximité des Grands Boulevards

Je vous l'annonçais hier : nous allons grimper aujourd'hui au sommet de la Tour Jean sans Peur. Je l'ai découverte en faisant un périple sur les Grands Boulevards dont je vais vous parler pendant plusieurs jours tant il y a à voir ...

Si vous connaissez l'endroit vous allez me dire : c'est une bonne chose d'en parler, l'endroit est quasi secret. Si vous n'en avez jamais entendu parler, rassurez- vous, j'étais comme vous. Et pourtant je suis passée devant plusieurs fois sans la remarquer.

C'est Cyrille qui me l'a fait découvrir. Il pilote une des 40 voitures du parc, toutes de couleurs différentes, de 4 roues sous 1 parapluie qui propose des virées buissonnières en 2CV avec chauffeur.

Cela peut paraitre incongru et pourtant c'est vraiment un bon moyen pour voir Paris autrement. D'abord parce que la 2CV est mythique.  Il faut savoir que les banquettes s'enlevaient facilement. Pratique pour pique-niquer à la campagne !

Quand j'étais toute petite je m'imaginais partir en vacances au volant d'une dodoche ... quand je serais grande. Je suis devenue adulte et la 2 pattes, comme on l'appelait aussi, avait été détrônée par d'autres modèles. Ma mère adorait son pot de yaourt ... la fameuse Fiat 500, qui était la Smart de l'époque. J'ai préféré la fourmi, une Wolkswagen Polo qui n'avait que deux portes, ce qui permettait de remplir l'arrière à bloc pour les vacances. Ma fille se souvient encore de nos épopées dans "la voiture orange".

La 2CV avait l'inconvénient d'avoir des portes avant qui s'ouvraient à l'envers. Il valait mieux porter un pantalon, d'autant qu'on s'enfonçait dans les sièges et que s'en extraire était presque acrobatique pour les corps un peu enrobés. La souplesse de ses amortissements en faisait  une voiture extrêmement confortable et cette qualité se retrouve aujourd'hui avec plaisir. Vous le comprendrez quand vous passerez devant l'église Saint Germain des Prés : vous ne sentirez pas les pavés. Ses banquettes sont aussi agréables qu'un fauteuil de relaxation.

Les portes ouvrent désormais dans le bon sens. Les banquettes ont revêtu un habit rouge et les moteurs ronronnent. Le matériel est entretenu et en parfait état de marche, preuve que la Deuche est toujours solide, après 65 printemps.

On voyage donc dans le temps et dans l'espace. Avec un toit ouvrant, ou plutôt "décapotable" au moindre rayon de soleil. Par les temps qui courent c'est génial de profiter de cette climatisation naturelle. Le confort allié à la vue comme dans un bus à impériale.

On découvre Paris autrement. Et avec un guide qui vous racontera des anecdotes ou vous rappellera des vérités que vous avez oubliées, comme la dématérialisation de la Bourse en passant devant le Palais Brongniard, vidé de sa salle des marchés ...
Nous voici donc au pied de la tour. L'ascension des 144 marches m'effraie un peu mais très franchement cela se grimpe facilement avec une pause à chaque étage.

Ouverte au public en 1999, la Tour appartient à la Ville de Pais mais elle est gérée sans subvention par une association. Il faut l'imaginer 602 ans plus tôt. Le Palais des Ducs de Bourgogne couvrait alors une superficie de 1km2 témoignant d'une puissance supérieure à celle des Rois de France. 

La Tour est une tour de prestige et le surnom de "sans peur" est un qualificatif que Jean s'est lui-meême attribué après être sorti vainqueur d'une difficile bataille. Il prend comme symbole le rabot pour signifier sa détermination à son rival Louis d'Orléans dont l'emblème est un gourdin.
Les vitraux portent la fleur de lys de la famille royale et le lion de la flandre. Le rabot qui est l'emblème de Jean sans Peur est visible sur les vitraux de la chambre de l'écuyer et sur la décoration du mur des toilettes. L'édifice est un des premiers à disposer de latrines encastrées dans le mur, chauffées par la cheminée et disposant d'un véritable tuyau d'évacuation. Celles ci sont les plus anciennes visibles à Paris.
On voit sur les murs, et dans l'escalier, une vingtaine de marques différentes sur les pierres. Chaque atelier avait la sienne de manière à ce que leurs ouvriers, appelés tâcherons, soient payés au nombre de pierres posées. le contremaître n'avaient qu'à les compter tous les trois jours. Aucune contestation possible. 
La voute végétale du grand escalier, quasi intacte, à ceci près que la polychromie a disparu. Il faut imaginer les branches marron, les feuillages verts et le ciel bleu. C'est un chef d'oeuvre de sculpture, unique en France, également chef d'oeuvre d'héraldique qui nous place exactement sous la famille de Bourgogne. Le chêne (le père) part du point central et c'est le houblon (le fils) qui s'enroule autour de lui.

Trois végétaux y sont en effet représentés. D'abord le chêne, évoquant Philippe Le Hardi (le père de Jean sans Peur) , qui symbolise force, puissance et longévité. C'est aussi un hommage à Saint Louis rendant la justice sous un tel arbre. Ensuite le houblon, qui évoque Jean sans Peur qui devait choisir une plante représentative du Nord. C'est de plus en quelque sorte une plante "d'actualité" puisqu'elle commence alors à entrer dans la composition de la bière. La troisième est l'aubépine, évoquant sa mère, Marguerite de flandre et d'Artois, et bien sûr la blancheur, la pureté et le printemps.

Seul le Louvre dispose lui aussi d'un escalier de pierres à la même époque. Partout ailleurs ils sont en bois. Autre particularité avec la taille des ouvertures qui sont larges, signe de luxe.
Jean sans Peur fit assassiner son rival et cousin, duc de Bourgogne en 1407. Il entraîna la France dans la guerre civile entre les factions bourguignonne et armagnac (celle-ci cherchant à venger Orléans), qui se disputèrent alors la capitale et la régence. Ces troubles, conjugués à l’appel à l’Angleterre d’Henri V (de la part des deux parties), contribuèrent à relancer la guerre de Cent Ans.

Jean sans Peur fut assassiné à son tour en 1419, alors qu’il tentait une énième réconciliation avec les Armagnacs pour tenter de parer au péril anglais. Son fils, Philippe le Bon lui fera ériger un tombeau grandiose, visible aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Dijon.
La Tour Jean sans Peur propose un tarif  préférentiel dans le cadre du Pass "Promenons-nous sur les Grands Boulevards" pour visiter le monument et voir une intéressante exposition sur la fête au Moyen-Age. 4 roues sous 1 parapluie existe depuis dix ans et propose lui aussi une offre spéciale avec une réduction de 15% pour un départ devant le musée Grévin au 10 boulevard Montmartre, 75009 Paris.

Le principe est qu'un pass (non nominatif valable pour une personne) est délivré sur le premier site après achat d'un billet ou d'une prestation plein tarif. Vous pouvez aussi le télécharger en cliquant sur le logo ci-dessus. Il ouvre droit ensuite à des réductions chez tous les autres partenaires. Et ils sont nombreux !

Autres articles autour des Grands Boulevards :
Le roman de Tonie Behar Grands Boulevards chez JC Lattès, paru en juin 2013

Tour Jean sans Peur
20, rue Étienne Marcel - 75002 Paris, tel : 01 40 26 20 28 
site internet : www.tourjeansanspeur.com

4 roues sous 1 parapluie
22, rue Bernard Dimey, 75018 Paris, tel 01 58 59 27 82, site de 4 roues

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