mardi 29 septembre 2009

La Vie devant soi est en tournée

Après un triomphe la saison précédente, le "meilleur spectacle du théâtre privé en 2009" part à la rencontre du public des scènes conventionnées. C'est le théâtre Jean Arp de Clamart (92) qui l'a accueilli le premier pour ouvrir sa saison devant une salle comble samedi 26 septembre. Il sera à la Piscine de Chatenay-Malabry le vendredi 2 octobre.

L'adaptation a été écrite à partir du livre d'Emile Ajar, alias Romain Gary. L'auteur, déjà couronné par un Prix Goncourt, en a reçu un second alors que le règlement exclut le doublé. Mais voilà ... il a publié la Vie devant soi sous un autre nom. Le succès est immense. Il refuse le Prix mais on le lui impose malgré tout. Il sera remis à son neveu, lequel avait accepté d'endosser l'identité de cet Emile Ajar surdoué qui écrivit ensuite trois autres livres tout autant appréciés. Le secret fut gardé encore quelque temps après sa mort.

La personnalité de l'écrivain est étonnante et son talent est réellement exceptionnel. Ses romans n'ont rien perdu de leur vigueur. La Vie devant soi n'a pas été conçue pour le théâtre et Xavier Jaillard en a fait une adaptation très réussie (récompensée d'un deuxième Molière). Les coupes sont régulières, le texte obéit à de multiples remaniements, plusieurs personnages secondaires disparaissent. Mais le style Ajar demeure, avec sa syntaxe et son lexique si particuliers.

On entre doucement dans l'univers défraichi du 6 ème étage -sans ascenseur- de madame Rosa, une maitresse femme au coeur "gros comme çà" qui n'en peut plus. On partage l'intimité de ses dernières semaines avec Momo, l'enfant nourri, logé, blanchi depuis 11 ans.

La mère adoptive a besoin d'achever l'éducation de ce fils chéri qu'elle maintient à distance de l'Assistance Publique grâce à de "faux-papiers en règle" et avec le soutien du bon Docteur Katz. C'est que la crainte de l'héritage psychiatrique hante madame Rosa tout autant que la peur des français, des allemands et des flics qui ne l'a pas quittée depuis son retour d'Auschwitz.

Elle croit devenir folle en apprenant qu'il a jeté dans une bouche d'égout les 500 francs (une somme énorme pour l'époque) de la vente de son caniche à une gentille dame. C'est que Momo a une morale particulière. Il vend l'animal "pour qu'il ait une vie" mais il ne garde pas l'argent puisque c'était un animal volé.

Les dialogues sont savoureux et très drôles, dominés par des confusions de sens. Rosa refuse de se faire naturaliser. L'enfant s'affole à l'idée qu'on aurait pu l'empailler. Il comprend que tous les enfants qu'elle recueille sont nés par manque d'hygiène (absence de contraception) mais que cela lui permet de faire la sécu (de toucher de l'argent). De son côté madame Rosa admet que si Momo lui fait du souci il fait les courses aussi . Nous serons d'accord avec eux : tout est blanc ou noir, cela dépend d'où on regarde.

Aymen Saïdi habite Momo. Boudeur, gamin, enchainant les pourquoi, cherchant sans relâche à comprendre d'où il vient. Son accent tranche avec le phrasé correct de sa mère adoptive. En attendant d'avoir l'âge d'écrire les Misérables II, Momo joue encore et fredonne"En passant par la Lorraine sur son chameau".

Myriam Boyer incarne madame Rosa, avec une présence formidable. Rien d'étonnant à ce qu'elle ait reçu le Molière de la meilleure comédienne (en voilà donc un total de trois pour la pièce). Sa prestation est comparable à celle de Simone Signoret autrefois, dans un film qui obtint l'oscar du meilleur film étranger. Décidément le roman porte chance aux personnes de talent. Son Momo, elle est prête à tout pour le garder, falsifier son âge, changer Mohamed en Moïse, un musulman de naissance en juif pratiquant par "erreur identique".

On passe la soirée à rire et à réfléchir. Parce que les propos sont pleins de bon sens. C'est toute une philosophie de la tolérance qui nous est proposée. Les choses c'est comme les gens, cela n'a pas de valeur, sauf si quelqu'un les aime. Alors il faut aimer.

Ce sont les quatre derniers mots de la pièce comme du livre. Et nous avons toute la vie devant nous pour les appliquer. C'est aussi le secret du bonheur. Khaïrem ! autrement dit juré, craché !

Pour connaitre la programmation du théâtre Jean Arp : http://www.theatrearp.com/
Et le théâtre firmin Gémier -La Piscine : http://www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr/

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