vendredi 30 décembre 2011

Hollywood au Théâtre Antoine

La salle du Théâtre Antoine est magnifique. Un bijou de théâtre et c'est un bonheur que de s'y rendre. Cette fois pour Hollywood.

Nous voici immergés dans la même époque que celle qui sert de toile de fond au spectacle musical qu’on peut voir dans le même théâtre à 19 heures, Une étoile et moi. Rien ne s’oppose donc à ce qu’on enchaine, d’autant qu’Hollywood est une pure comédie.

Néanmoins, autant le premier est très fidèle à la réalité même si Isabelle George ne revendique pas une biographie exhaustive de Judy Garland, autant le second est une vraie fantaisie. Cela commence comme une comédie musicale policière.

Après plusieurs années de préparation voilà que la production d’Autant en emporte le vent est bloquée sous prétexte que le scénario ne tient pas la route. On ne conservera de la première version que la première ligne du célèbre ouvrage de Margaret Mitchell, clair de lune et magnolia qui est d’ailleurs le sous-titre de la pièce.
Le producteur David O. Selznick n’est pas satisfait. Il a congédie son réalisateur et néanmoins ami George Cukor. Le tournage est stoppé, et tant pis si chaque jour cette attente coûtera des fortunes au producteur. Celui-ci convoque un nouveau scénariste, Ben Hecht et un nouveau réalisateur, Victor Fleming. Enfermés tous les trois dans le bureau de Selznick, ils s’emploient à réécrire le scénario en quelques jours.

Le livre est énorme et le scénariste appelé à la rescousse avoue ne connaître l’histoire « que de vue », autant dire pas du tout. Selznick et Fleming vont la lui raconter en mimant les scènes au cours de huit jours et autant de nuits de folie avant qu’Autant en emporte le vent devienne le film mythique d'Hollywood que les protagonistes prédisaient pourtant comme très bon navet ou très mauvais chef d'œuvre. Bref, un Guerre et paix américain en quelque sorte. Qui aurait prédit en effet que ce bled perdu (Hollywood) deviendrait le centre du monde ?

Les dialogues imaginés par Ron Hutchinson, et adaptés par Martine Dolléans ont un effet comique dévastateur. Et les comédiens s’amusent à en rajouter. Quand le scénariste dit " c’est bizarre de ne pas comprendre ", le producteur (Daniel Russo) avance en guise d’explication tout en étouffant lui-même un rire " Oh c’est Noël ", faisant redoubler de rire le public, lequel communique son hilarité sur la scène où l’on s’amuse tout autant.

Le réalisateur est prêt quant à lui à faire le film tel que le producteur le voit. Les répliques sont bien choisies, avec une dose d’ironie assez forte. Scarlett est une pimbêche, adultère, manipulatrice, esclavagiste, dont le rire se moque de tout, et dont le comportement est passible de violence sur mineure (puisqu'elle donne une gifle à sa fille). La terre de Tara est rouge, comme il se doit. A les croire l’intrigue ferait passer Proust pour un auteur de roman policier. Et Hitler lui-même serait incapable de supporter le stress d'un studio.

Les rebondissements s'enchainent jusqu'à la fin, somme toute banale, ce qui fait croire au scénariste qu'il a du sauter des scènes. A moins que ce ne soit la fin du premier volume, sous-entendant qu'il y aura une suite.

Plus pragmatique le producteur temporise : quand on achète les droits d'un livre on acquiert autant les trouvailles que les erreurs de l'auteur. Et le réalisateur de suggérer de prévoir une scène finale de rechange au cas où l'avant-première tournerait mal.

Toujours est-il que la (vraie) fin du film nous est projetée, surprenante en effet par l'absence de dialogues mais reconnaissable entre mille par la musique.

La pièce s'achève sur la conclusion mythique de Margaret Mitchell : demain est un autre jour. Le plateau est ravagé, les acteurs décoiffés et le public déchainé d'enthousiasme.

Vous avez jusqu'au 15 janvier pour en rire.

Hollywood, moonlight and magnolias, de Ron Hutchinson,
adaptation de Martine Dolléans, mise en scène de Daniel Colas
Avec Daniel Russo, Thierry Frémont, Samuel Le Bihan et Françoise Pinkwasser
Théâtre Antoine : 14 boulevard de Strasbourg 75010 Paris (M° Strasbourg Saint-Denis - Château d’eau)
Informations : réservations : 01 42 08 77 71 - theatre.antoine@wanadoo.fr
Du mardi au vendredi à 21h, samedi 16h et 21h, dimanche 15h30

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