jeudi 29 décembre 2011

Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti

Une bouteille à la mer fut pour moi d’abord le titre du film de Thierry Binisti que j’ai eu la chance de voir en avant-première (cf. billet du 21 novembre) et dont la sortie est programmée pour le 8 février. Sachant que le livre, dont le titre exact est Une bouteille dans la mer de Gaza, était assez différent du point de vue de son mode narratif, essentiellement épistolaire, je n’ai eu de cesse de m’y plonger.

Heureuse initiative tant l’un et l’autre sont complémentaires. Valérie Zenatti avait prévenu en riant qu’elle s’était elle-même trahie en éloignant le scénario de la version originale. Elle n’avait pas exagéré. Le sujet demeure néanmoins le même malgré quelques épisodes en plus ou en moins et une fin quelque peu modifiée.

Difficile de trancher en recommandant un ordre entre le film et le livre. En tout cas je ne me suis pas ennuyée un instant en lisant ce roman qui m’a tenue en haleine, précisément parce qu’il y avait des variantes par rapport au film. Il s’adresse plus particulièrement à des adolescents alors que le film vise des adultes mais je n’ai pas senti de dichotomie entre les deux.

Par contre l’écrit se prête mieux aux explications. Le contexte historique, pourtant bien connu, est plus facilement situé sans tomber dans le piège de la leçon politique. Valérie raconte le bonheur d’une vie simple à Jaffa jusqu’à l’arrivée des Juifs, la guerre, l’indépendance «gagnée» en 1948, la célébration de cet anniversaire les années suivantes comme une fête d’un coté et comme un deuil de l’autre, 1967 et la guerre des Six Jours, encore gagnée ou perdue, selon le point de vue d'où on se place. Et puis le couvre-feu, la colère et les promesses de vengeance.

L’auteure parvient à ne prendre partie pour aucun des protagonistes. Elle décrit des scènes d’apocalypse d’un coté et de l’autre. A l’instar du film on est de tout cœur avec cette jeune fille, ce garçon, et leurs deux familles. On partage l’angoisse de ceux qui craignent les attentats comme celles de ceux qui n’ont « pas de pays, pas de vie normale, pas le droit d’aller où ils veulent » (p.63).

On suit la correspondance entre les jeunes gens. Tal a écrit un message dans une bouteille qu’elle a demandé à son frère, militaire à Gaza, de jeter dans la mer. La missive est une bombe très spéciale. C’est Naïm qui l’a trouvée et qui, depuis, lui répond via une messagerie Internet. Ce qui est simple en Europe est plus risqué là-bas. Le jeune homme efface les messages aussitôt lus, terrifié à l’idée qu’on découvre qu’il écrit à une Israélienne, mais stupéfait aussi de découvrir que quelqu’un peut s’inquiéter pour un Palestinien, de « l’autre côté ».

Tal voudrait connaître, ou trouver, une formule magique pour que Naïm ait son Etat comme elle a le sien et pour vivre en paix (…). Il faudrait interdire les informations, les nouvelles, les flashes spéciaux, éteindre les télés et les radios allumées en permanence, faire cesser le bourdonnement et le martèlement qui rend prisonnier des voix et des images (p.93). Valérie pointe combien le lexique et le vocabulaire reflètent les opinions (p.139).

On ressent différemment les contraintes quotidiennes et les interdits. L’écart de mode de vie entre Israéliens et Palestiniens est moins sensible dans le livre car les images, elles, renforcent les écarts. Mais je ne vais pas pointer les différences pour ne pas altérer le plaisir de la découverte.

J’insisterai juste sur l’aspect sociologique des relations virtuellement engagées sur internet. Le thème devient récurrent en littérature. On avait l’habitude d’en faire le cadre de relations amoureuses. De plus en plus le discours devient politique, affirmant la crainte qu’Israël ne copie le « modèle » iranien comme Ron Leshem le met en scène dans Niloufar, un livre que je chroniquerai prochainement.

Concluons avec cette recommandation du père de Tal (p.153) : Garde tes rêves intacts. Les rêves, c’est ce qui nous fait avancer.

Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti, École des Loisirs, collection Medium, 2005

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