dimanche 26 février 2012

Jolene de Shaïne Cassim, à l’École des loisirs

Cela faisait peu de temps que j’avais lu Je ne suis pas Eugénie Grandet quand je me suis aperçue que l’auteure, décidément prolixe, signait un nouveau livre dans cette même collection Médium de l’École des loisirs.

Après s’être glissée dans la peau d’une adolescente la voilà qui emprunte les vêtements d’un jeune homme avec autant de facilité apparente. Elle nous avait plongés dans l’univers du théâtre. Et nous découvrons maintenant celui de la musique.

Le livre raconte l’histoire de Jolene, une jeune fille imprévisible, au caractère bien trempé, hérité d’une arrière grand-mère Sioux. C’est aussi le titre d’une chanson de Dolly Parton, reprise par Ray LaMontagne auquel Shaïne Cassim fait plusieurs fois référence (il est très connu depuis qu’il a signé How come, que l’on entend dans le Diable s’habille en Prada). Elle imagine qu’Aurélien rencontre Jolene au cours du concert que le chanteur a donné (réellement) à l’Olympia. Le jeune homme a peur d’affronter ses émotions, mais il a l’art de repérer celles des autres, et il sera à la fois au ciel et au désespoir avec la jeune musicienne. Hallelujah ! comme le chante si bien Leonard Cohen.

Aurélien connait des interrogations comme tous les ados d’aujourd’hui. Il se demande avec lucidité : pourquoije séduis, pourquoi je fuis (p.26). Le cow-boy solitaire qui n’a besoin de personne (p.58) a la trouille d’aimer et son credo pourrait être : ne rien signer surtout… S’il se comporte parfois avec cynisme (avec Oriane) il est aussi capable de devenir un grand consolateur, pour son frère énurétique puis, avec l’aide de sa très compréhensive maman, à l‘égard de Rosemarie, une jeune fille désemparée rencontrée par hasard et qui évoque Sara (prononcer Sera) chantée par Bob Dylan.

Le livre aborde avec sensibilité des sujets polémiques comme l’alcoolisme des jeunes, l’école buissonnière, et des questions existentielles comme le deuil et le pardon. Avec notamment cette philosophie inattendue préconisant de dire adieu comme il faut aux gens qui vous ont fait du mal, sinon ils vous hantent toute votre vie. (p.101)

Et alors que la chanson Hurt de Johnny Cash est représentative de l’univers dans lequel Bernard Saint-Paul plonge le personnage principal de son livre, LUCIEN, c’est cette fois Like a bird on the wire que l’auteure fait écouter à Aurélien avec nostalgie dans la version de Johnny Cash (p.36).

Personnellement je préfère la version originale de Leonard Cohen et je regrette qu’un CD n’ait pas été glissé dans la couverture du livre. On peut craindre que les jeunes lecteurs aillent télécharger les nombreux titres cités pour partager l’atmosphère de voix magnifiques : Nina Simone chantant Feeling Good (p.116), Audrey Hepburn à la guitare pour Moon river (p.138), Otis Redding et son Sitting on the Dock of the Bay (p.159) sans oublier la célébrissime (pour les lecteurs cinquantenaires s'il y en a) protest song de Bob Dylan Hurricane, composée en 1970.

Et de nouveau écouter Like a bird …pour comme le grand Leonard (Cohen, qui fut le créateur du titre en 1969 et qui en a fait la reprise en 2008 à son retour sur scène, d’une manière qui évoque Bashung) espérer pouvoir affirmer I have tried in my way to be free.

Jolene de Shaïne Cassim, collection Médium de l’École des loisirs, mars 2012

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