vendredi 18 octobre 2013

Mille milliards de fourmis au Palais de la découverte

Ce soir tous les enfants seront en vacances. Si les parisiens partent, que mes voeux les accompagnent. S'ils restent sur zone, je leur conseille d'aller voir la nouvelle exposition du Palais de la Découverte, Mille milliard de fourmis.

Noire, rouge ou jaune, à petite ou grosse tête, d'une taille minuscule de 1 mm ou énorme avec 3 cm ... il n'y a pas moins de 12 000 espèces. Pour la définir nous dirons que c'est un insecte, caractérisé par la présence d'antennes coudées, de mandibules orientées vers l'avant, avec un corps articulé au niveau du pétiole, et une taille de "guêpe".

L'exposition est composée de plusieurs univers, juxtaposés dans un espace ouvert qui occupe tout le parterre gauche du rez-de-chaussée.

Les fenêtres ont été ouvertes pour l'occasion et apporter davantage de lumière.

Il y a beaucoup à voir, de l'infiniment petit aux maquettes gigantesques.  Mais il y a aussi à toucher et à écouter. Les concepteurs ont pensé à tous les publics, et ont cherché à toucher tous les handicaps.

Le décor évoque le XIX° siècle des "savants fous" avec pourtant de multiples touches ultra modernes. La moquette s'accorde avec l'idée que l'on se fait du sable et des herbes.
Des expériences en temps réel qu'on pourra bientôt poursuivre sur Internet. Le public sera en effet invité à adopter une fourmi et à suivre son évolution. En effet des micro-puces RFID ont été collées sur le dos de 300 individus Odontomachus hastatus (des fourmis cannibales).

La planète des fourmis compose la première partie de l'exposition

On y apprend que les fourmis ont survécu aux dinosaures et qu’elles peuvent disséminer les graines de quelque 11 000 espèces de plantes, tout autour du monde. On ne dira plus, après çà que la fourmi n'est pas prêteuse.

Les fourmis sont vraiment pleines de surprises, que le visiteur peut découvrir avec des maquettes, des objets cachés derrière des œilletons. L'un d'entre eux révèle un étrange kaléidoscope qui fait penser à la joaillerie. 

Le visiteur peut observer un élevage, à l'oeil nu ou sur grand écran grâce à une micro caméra qui filme les déplacements des insectes.
La manière des fourmis Atta de découper une feuille est passionnante. On les voit écarter les pattes et utiliser leur corps comme un gabarit. Mais toutes ne travaillent pas avec la même fougue. Dans les grandes colonies, où les fourmis se sont partagées les tâches de façon plus spécialisée, la part de fourmis inactives est très importante. Et chacune peut être inactive à un moment de sa vie, contrairement à leur réputation. Celles que l’on voit hors du nid ne représentent que 10 % des fourmis ! Voilà un des préjugés dont l'exposition fait la démonstration.
La fourmi a des capacités cognitives étonnantes

Pour clore cette première partie de l’exposition, deux films muets présentent, à l’aide d’exemples étonnants et spectaculaires, les capacités et compétences que des fourmis ont développées au cours de leur évolution. Ainsi, elles peuvent :
• tremper une brindille dans le miel et transporter d’avantage de nourriture,
• utiliser la soie d’une larve pour relier une feuille à l’autre et construire les nids,
• bombarder de projectiles l’entrée des nids voisins,
• apprendre des repères temporels,
• apprendre à sortir d’un labyrinthe,
• se regrouper pour chasser collectivement,
• s’assembler en radeau insubmersible leur permettant d’échapper aux crues et inondations,
• se repérer en fonction du soleil et de la lumière polarisée.

L’organisation sociale des fourmis est un des facteurs clés de leur réussite.  Dans la zone qui se déploie autour de l’escalier monumental de l’exposition, le visiteur est invité à entrer dans un espace représentant le nid des fourmis. Une vitrine évoque le vol nuptial des fourmis reproductrices avec des sculptures qui s'apparentent à des bijoux montés sur des épingles.
Une vie en société hyper codifiée

C'est surtout la vie en société qui nous en apprend le plus sur ces animaux qui peuvent vivre en colonies de 20 millions d'individus (pouvant peser jusqu'à 40 tonnes et occuper 70 m2) où aucun n'agit pour son propre compte. Le femelles sont de taille supérieure aux mâles. elles sont plus nombreuses. Il arrive que les "gourmandes" deviennent reines sans que l'on ait encore compris comment ni pourquoi, peut-être par prédisposition génétique.
Des maquettes permettent de voir ces animaux en très grand format
Portraits et maquettes géantes en bois de robinier (par souci écologique), associés à une dizaine de dispositifs facilitent l'immersion dans la diversité des fourmis pour comprendre les particularités de leur anatomie.

Les ouvrières qui sortent du nid sont vulnérables face aux attaques des prédateurs. Elles ont donc développé différents systèmes de défense au niveau de l’extrémité de l’abdomen dont le visiteur peut expérimenter l'efficacité. Il peu actionner un bouton qui va simuler
• l’injection de venin par l’intermédiaire de l’aiguillon (il le verra sortir de l’extrémité de l’abdomen),
• la projection de venin depuis l’extrémité de l’abdomen : acide formique de Formica rufa (il sentira de l'air)
• l’application de venin par l’intermédiaire d’une sorte de spatule (qui sort elle aussi de l’extrémité de l’abdomen)
Les mandibules servent à la manipulation d’objets (couvain, nourriture, terre, graines, proies, ...), à la chasse et à la défense (attraper une proie rapide, en immobiliser une autre avant de la piquer et à la préparation des proies (découper, démembrer une proie, broyer des graines, etc.).
Certaines mandibules se referment avec une force absolument extraordinaire comparativement à leur taille. La manipulation qui est proposée permet d'en prendre conscience.
Les photographies Stéphane Querbes sont conçues comme de gigantesques portraits. Sur plus de 3 mètres sur 4 elles mettent en valeur certaines caractéristiques morphologiques, en particulier les yeux et les antennes.
Dans l’espace de médiation se niche la plus grosse fourmi du monde, Dinoponera quadriceps, qui vit sans reine. Une seule ouvrière dominante se reproduit et ne maintient son statut qu’en luttant constamment. À sa mort, une nouvelle ouvrière sort pour la phase de fécondation et prend la relève dans la colonie.
L'organisation d'une fourmilière se prête à élevage en vase clos, pourvu que l'on aide les insectes en vidant régulièrement leur "dépotoir".
Les enfants peuvent enfin se confronter à la vie en société de ces animaux sur un plateau de jeu.

Les fourmis font l'objet de recherche pour décrypter ce que leurs comportements nous enseignent. On a réussi à prévoir leurs mouvements et à anticiper les conduites humaines de foule, ce qui a pour application de contrecarrer les mouvements de panique.
Nathalie Puzenat, commissaire de l'exposition, m'a aussi appris que les fourmis parviennent à trouver le chemin le plus court en mémorisant la longueur du trajet. Nous n'avons sans doute pas fini d'être surpris par ces petites bêtes ...

L'exposition est ouverte du 15 octobre 2013 au 24 août 2014
du mardi au samedi de 9 h 30 à 18 h 00, (fermeture des caisses à 17 h 30)
le dimanche et les jours fériés de 10 h 00 à 19 h 00, (fermeture des caisses à 18 h 30)
Fermé TOUS les lundis (normaux et fériés) et les 1er janvier, 1er mai, 14 juillet et 25 décembre.
Ouverture exceptionnelle le 28 octobre 2013. L'accès est libre pour les visiteurs ayant acquitté leur droit d'entrée au Palais de la découverte. Gratuit pour les moins de 6 ans

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