samedi 29 août 2015

L'air des géants s'expose au Parc de la Villette jusqu'au 13 septembre

Dix oeuvres monumentales sont déployées depuis quelques jours sur l'immensité du Parc de la Villette conçues par des artistes internationaux en plastique gonflable ou en tissu. Il est amusant de penser que chacune est transportable dans une valise quand on se trouve au pied d'un de ces colosses.

L'idée n'est pas nouvelle. Niki de Saint Phalle avait signé quelques Nanas surprenantes en PVC. Christo y a trouvé le matériau idéal pour rentrer dans le Guinness Book des records en concevant la plus grande sculpture jamais créée. Anish Kapoor en a constitué son projet pour la Monumenta 2011 et Paul McCarthy en a fait un de ses médias préférés des années 2000 pour des sculptures aux formes insolites.

Que vous pénétriez dans le Parc par la Porte de Pantin ou par celle de la Villette vous serez accueilli par un des quatre singes de Stefan Sagmeister. L'artiste américain a conçu une oeuvre autour de la maxime Everybody Always Thinks They Are Right, autrement dit chacun est toujours persuadé d'avoir raison. C'est tout aussi vrai pour les disputes minables du quotidien que pour les grands conflits de ce monde, ce qui véhicule au final un message de paix. Si au centre de la pelouse où les projections de films se font en plein air le singe est sur le ventre, il est couché sur le dos porte de la Villette.
Cet artiste américain, né en1962 à Bregenz en Autriche, est une figure marquante du design et du graphisme de ce début du XXIe siècle. Il mélange typographie et imagerie dans un style provocateur, décapant et plein de surprises. Dans ses créations, il remet en cause la frontière entre art et design et s’amuse à transgresser cette limite.

À la fin des années 1990, il se fait connaitre en réalisant des pochettes d’albums mythiques pour les Talking Head, Lou Reed, OK go ou encore les Rolling Stones. Il travaille pour de grands groupes comme HBO ou la Time Warner et réalise d’étonnantes campagnes de publicité pour des entreprises comme Levi’s.

L'oeuvre complète a été présentée pour la première fois en 2007 pour le festival Six Cities Design en Ecosse. Elle se compose de cinq animaux en colère qui tiennent chacun une bannière contenant un mot de la phrase. L'effet est saisissant quand on songe que leur envergure est d'au moins dix mètres. Le promeneur est à peine visible sur cette photo (qui m'a été transmise par Alice Delacharlery que je remercie), dérisoire point rouge à portée de main du singe.

Autre phrase, cette fois un dicton anglais Paint the Town Redsur le pavillon Janvier qui signifie sortir et s'éclaterencourage le spectateur à repenser son environnement et voir la ville sous un angle différent.
C'est le duo Designs in the air, formé par Pete Hamilton et Luke Egan, alias Pedro Estrellas et Filthy Luker, depuis près de 20 ans qui a conçu cette oeuvre assez symbolique du street-artHamilton avait commencé à faire des sculptures gonflables à la suite d’une expérimentation avec un sèche-cheveux et ses vêtements dans son atelier en 1994. Il a été depuis copié dans le monde entier. 
L'objectif de Designs in the air est d'amener un peu de "folies" aux évènements, ce qui est parfaitement "raccord" avec les projets de Didier Fusillier, le nouveau Président de la Villette, concernant notamment l'utilisation des petits bâtiments ou folies de couleur rouge disséminés sur le Parc. C'est à peine visible mais ils sont siglés "à la folie"...
Arrimé sur le toit du restaurant My boat, une autre embarcation, elle aussi voulue symbolique d'un art participatif, en particulier du street art, met en scène la célèbre devise de la Ville de Paris, Fluctuat nec Mergitur. C'est une drôle d'embarcation rouge qui tangue. Et malgré son naufrage (que l'on peut interpréter comme un atterrissage) imaginaire elle semble continuer d'aller de l'avant et délivre un singulier message d'espoir.

Elle a été créée en 2012 par un plasticien wallon, Johan Muyle qui ne cesse d'explorer l’histoire de son pays et de la culture populaire, tout en proposant un regard critique et poétique sur l’époque. Il est directeur artistique du festival "Openairs" à Liège, dont l'idée est de convier une dizaine de plasticiens à créer une oeuvre originale en utilisant un matériau de plastique gonflable.

Entre 1995 et 2004, il avait réalisé principalement des installations composées de peintures monumentales animées, avec la collaboration de peintres affichistes de Madras en Inde.
Les Plasticiens Volants sont une compagnie de théâtre de rue fondée en 1976 par Marc Mirales, qui investit les villes des 5 continents avec ses créatures. La compagnie s’est installée 10 ans plus tard dans le Tarn.

Ils ont participé notamment à la clôture des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, ceux de Sydney en 2000, à l’inauguration du tunnel sous la Manche, à la fête du centenaire du Tour de France à Paris en 2003, à la parade d’ouverture de Lille Fantastic en 2012, ou encore aux Fêtes vénitiennes présentées sur le Grand Canal de Versailles en 2011. J'avais découvert leurs drôles de créatures monstrueuses à Epernay dans le cadre des Habits de lumières en décembre 2013.

Des marionnettes géantes au bestiaire fantastique survolaient le public, manipulées depuis le sol par des comédiens évoluant parmi les spectateurs.
A la Villette c'est un Poulpe d'une envergure de 8 mètres qui déploie ses tentacules.
Je n'ai pas tout vu parce que je suis arrivée peu de temps avant que la nuit ne tombe sur le Parc, alors que les structures allaient être dégonflées. Les oeuvres que j'ai préférées sont celles de Choi Jeong Hwa, un artiste coréen, né en 1961 à Séoul, qui avoue avoir peur de la "vraie" nature,  parce qu'elle est si rare dans son pays en tant que telle, qu'il se sent vraiment effrayé quand il la rencontre.

Le meilleur moyen pour l'appréhender est une idée de la nature à l’abri de la destruction, voilà pourquoi il en crée une artificielle pour la regarder et l’apprécier. Et franchement on est nous aussi fasciné par les objets.

Les fleurs de lotus de l'artiste ont particulièrement attiré l'attention suite à l'apparition de "Dragon Flower" une fleur blanche exposée dans un décor de jardin à l'extérieur du pavillon coréen, à la Biennale de Venise en 2005.
La plupart de ses récentes structures gonflables géantes sont de forme florale, comme ce White lotus, imaginé en 2015, souvent créées en tissu et monochromes : soit dans des couleurs simples et vives, soit en noir, blanc et or. Elle se gonfle et se dégonfle en permanence par un système de ventilateur, simulant une respiration.
La même année il créé aussi Fruit Tree, un arbre providence portant des fruits qui ne devraient jamais mourir ... à condition d'être constamment alimentés en air.

Une troisième oeuvre de Choi Jeong Hwa (non photographiée), About being Irritated, cette fois en plastique, appartient à la série des Robots, un humanoïde gonflé à bloc, couché sur le dos qui tente de se lever par lui-même en poussant avec une seule main. Sa signification est symbolique et induit un positionnement sur les problématiques politiques et sociales de la Corée.

Avec cette exposition en plein air, au sens propre comme au figuré, le "Gonflable" apparaît comme un média récurrent dans la scène de l’art actuel et un passage dans la carrière d’un artiste, une sorte de confrontation nécessaire à la matière à un moment donné.
Il ne faudrait pas de voir l'exposition de Felice Varini La Villette en suites qui elle aussi se déploie jusqu'au 13 septembre.

L'air des géants, du 27 août au 13 septembre 2015
Parc de la Villette
211 avenue Jean-Jaurès 75935 Paris cedex 19
En accès libre

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