jeudi 7 janvier 2016

Mariage de saison de Jean-Philippe Blondel

Après Un hiver à Paris, Jean-Philippe Blondel continue d'explorer ce que les sentiments peuvent susciter de malentendu(s) mais en abordant cette fois le sujet sous un autre angle, moins personnel, et par camera interposée.

Si Mariages de saison n'est pas directement autobiographique on retrouve la manière particulière que l'auteur a pour sonder l'âme humaine. Nous voilà embarqués en province dans le tourbillon de la vie. Ce monde là n'est pas plus libre que le milieu parisien de son précédent roman. Les règles sont différentes mais elles régissent la société, surtout quand il s'agit d'une cérémonie aussi codifiée que le mariage. Parce qu'il y a obligation de faire plaisir aux deux familles, pas obligatoirement aux mariés. (p. 58)
Comme chaque été, Corentin retrouve, au côté de son parrain, Yvan, son emploi saisonnier de vidéaste de mariage. Chargé d’accompagner les couples des premières heures de la journée la plus importante de leur vie jusqu’au matin suivant, il recueille leurs espoirs et leurs désillusions, leurs joies et leurs détresses, parfois. Mais à vingt-sept ans, il est temps de faire des choix, amoureux tout autant que professionnels. Corentin a devant lui cinq mariages et aucun enterrement pour trouver sa voie.
L'été 2013 s'étire de juin à novembre et le lecteur découvrira à la fin l'épilogue qui se dénoue en juillet de l'année suivante. Il est toujours question de temps et de lieu dans les livres de Jean-Philippe Blondel. Ses personnages vivent dans des huis clos, même en extérieur.

Le mot raison se cache derrière celui de saison. Le roman aurait pu aussi bien s'intituler Raison et sentiments si Ang Lee n'avait pas réalisé un film sous ce titre en 1995. Raisons au pluriel d'ailleurs parce que le livre dissèque admirablement tous les motifs de se marier ... ou pas.

Pour certains, convoler c'est mettre en oeuvre un plan quinquennal : enfants, acquisition de biens, découverte de l'ouest américain en camping-car, ascension sociale. (p. 59) Pour d'autres ce sera comme une tempête.

Corentin a l'intuition des failles ... une capacité à disparaitre pour que l'autre existe quelques instants. (p. 98). Pourtant il a du mal à s'intéresser au bonheur des autres. Il flotte en marge de l'existence (p. 60), mais c'est paradoxalement cette position, derrière l'oeilleton de la caméra, hors champ par définition, qui lui permet de recueillir les confidences.

Soit pendant les tournages des cérémonies, soit, à travers des portraits des personnes qui comptent pour lui, qu'il tourne chez lui, sur son canapé vert, et qui sont retranscrits en italiques entre les pages du journal. Ces moments sont mon viatique et mon talisman, confesse-t-il dans le sien, filmé par son ami Alexandre.

La situation excentrée de Corentin n'échappe pas à son entourage. Qui, de son parrain, de sa mère, de son ami ou de ses "clientes" sera l'élément déterminant qui lui permettra de quitter sa position d'observateur pour devenir pleinement acteur de sa vie ?

Jean-Philippe Blondel sème des indices et c'est un plaisir, à peine le livre achevé, que de relire les premiers chapitres, un peu comme dans un film que l'on rembobine.

Ce roman, plus léger que le précédent, n'est pas pour autant superficiel. Il donne envie de le reprendre.

Mariage de saison de Jean-Philippe Blondel, chez Buchet Chastel, en librairie le 7 janvier 2016

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