samedi 9 janvier 2016

De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites

Un capharnaüm règne sur la scène du théâtre de l'Atelier bordée de murs délabrés. La mère, Béatrice Hundsdorfer, (Isabelle Carré) est sous la couette. Ruth (Alice Isaaz), 17 ans, fantasque et rebelle, coud. Mathilda (Armande Boulanger), 13 ans, potasse ses cours de physique.

Au fond, un tableau récupéré dans une ancienne salle de classe fait office d'écran sur lequel sont projetées les images de Nina Simone chantant en 1968 Ain't Got No...I've Got Life qui, en substance dit que si elle ne possède aucun bien matériel elle est en vie et surtout elle vit libre et compte bien le rester.

C'est un hymne à la dignité qui a presque valeur prédictive de la fin de la pièce.

Mais pour le moment, Béatrice Hundsdorfer rêve d’ouvrir un salon de thé élégant "comme à la maison" alors qu’elle élève seule ses deux filles en vivotant d'une indemnité de garde d'une vieille dame grabataire.
Les deux adolescentes ont des caractères opposés. Ruth est exubérante, superficielle et épileptique, Mathilda est introvertie, idéaliste et surdouée, passionnée de sciences, étudie l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites. La mère semble se reconnaitre dans Ruth mais elle est en vérité totalement dépassée par l'une comme par l'autre. Fragile certes, submergée par les frustrations, mais malheureusement abusive aussi, elle glisse de la folie douce à la folie tout court.

D'abord égoïste et fantasque, enferrée dans une grande confusion, parfois franchement sadique, elle sombre lentement dans une profonde dépression, concluant à la fin qu'après avoir tout additionnée de sa vie elle arrive à zéro. Mais ça c'est juste avant que Mathilda ne remporte un prix pour ses travaux, ce qui rendra sa mère fière de quelque chose pour la première fois de sa vie.

Peut-on en conclure qu'elles sont désormais sur la bonne voie ?

Ecrite en 1964, la pièce de Paul Zinder valut à l'auteur le Prix Pulitzer. Paul Newman le réalisa au cinéma en 1972. Quarante ans plus tard Isabelle Carré redonne vie à ce texte qu'il faut considérer comme une métaphore.

On peut être pauvre, et malmené, il suffit d'un petit quelque chose pour que la vie renaisse avec une vigueur nouvelle ... mais l'existence est injuste et imprévisible, certains ne s'en remettent pas.

Les trois actrices ont l'habitude de travailler pour le cinéma. le rôle de Mathilda est joué en alternance. Le soir de ma venue c'était Armande Boulanger, dont la justesse de jeu est remarquable. Isabelle Carré signe là une (première) mise en scène très sensible.

De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites
Texte de Paul Zindel
Mise en scène de Isabelle Carré
Adaptation et collaboration à la mise en scène: Manèle Labidi-Labbé
Avec Isabelle Carré, Alice Isaaz, Lily Taïeb et Armande Boulanger en alternance
Au Théâtre de l'Atelier, ​1 place Dullin - 75018 Paris 18​​ - 01 46 06 49 24
Jusqu'au 23 janvier
Du mardi au samedi à 19h00
Matinée le samedi à 17h00

A signaler qu'on peut toujours boire un verre ou même "casser une graine" au bar du premier étage à partir de 18 h 30. L'endroit s'appelle le Milk (Mum in her little kitchen) et est ouvert du mardi au dimanche avant chaque représentation.

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