mardi 13 septembre 2016

Amok de Stefan Zweig avec Alexis Moncorgé

Quand on s'appelle Alexis Moncorgé, qu'on est le petit-fils de Jean Gabin et qu'on a (déjà) reçu le Molière de la Révélation masculine pour le rôle d'Amok la reprise du spectacle, toujours au Théâtre de Poche, représente un nouveau challenge.

Car le public ne vient plus avec la candeur de la découverte. Il fait confiance mais il veut voir de ses yeux la performance. Personne hier soir n'aura douté du talent d'Alexis Moncorgé.

Il peut bien dire avec humilité au moment des saluts que le voyage est différent chaque soir, il ne fait aucun doute que le comédien partage avec la salle un grand moment de théâtre.

Une nuit de mars 1912, sur le pont d’un navire qui file vers l’Europe, pendant que les autres passagers rient, s’amusent et dansent, un homme se tient à l’écart dans une diabolique solitude. Il a un secret trop lourd à porter, dont il se délivrera au cours de la soirée.

Ce jeune médecin fuit la Malaisie où il a exercé cinq ans durant, au milieu de la jungle, jusqu’au jour où une mystérieuse femme "blanche" de la ville est venue solliciter son assistance... mais qui par son orgueil a incité le jeune homme à lui résister. C'est le récit fiévreux d’une course contre la mort où la passion se confond avec la folie, où l’obsession qui l’aliène à une femme ressemble à l’amok, cette sorte de rage humaine dont sont pris soudainement les opiomanes malais...
Le décor se résume à trois caisses de bois, une chaise et un drap. Très vite nous serons sur le pont d'un paquebot, le plancher d'une salle de bal, dans une obscure fumerie d'opium, au chevet d'une femme dans une maison bourgeoise ... Nous la verrons dans ses bras et surtout nous ne lâcherons pas ce jeune médecin littéralement possédé par l'amok, terme désignant une forme d'envoutement qui conduit à la folie en décuplant la charge émotive.

On connait bien les nouvelles de Zweig qui ont toutes en commun la fatalité unissant pour le pire un homme (en général jeune) et une femme (en général adultère et plus âgée)dans une atmosphère lourde de secret. Son talent à explorer l'âme humaine est immense. On pourrait croire avoir tout vu de lui mais l'adaptation d'Alexis Moncorgé est si fine qu'elle restaure l'intérêt pour la dialectique et la psychologie de l'auteur viennois avec bonheur.

Le devoir s'arrête là où on n'a plus le pouvoir de l'accomplir. Qu'aurions-nous fait à sa place ? Choisir entre la raison et la passion n'est pas aisé. Ce ne sont pas des questions qu'on se pose au cours de la soirée, mais après, parce qu'Alexis Moncorgé ne nous laisse pas en paix. Il nous embarque comme rarement un acteur parvient à le faire.

C'est une chance que le spectacle soit repris. Il faut aller le voir, puis attendre patiemment la future création de Chayle et Compagnie en janvier au Ranelagh avec l'Aigle à deux têtes.

S'il est le petit-fils de Gabin la filiation s'arrête là car il n'a pas connu son grand-père et a été élevé parmi les chevaux, loin des feux des projecteurs. Il ne doit son succès qu'à lui-même et à son travail. Il fallait le souligner.

Amok de Stefan Zweig
Adaptation Alexis Moncorgé
Mise en scène Caroline Darnay

Avec Alexis Moncorgé
Chorégraphie Nicolas Vaucher

Théâtre de Poche-Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris - 01 45 44 50 21
Représentations du mardi au samedi à 19h, dimanche à 17h30
Jusqu'au 13 novembre 2016

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