vendredi 2 septembre 2016

Politiquement correct de Salomé Lelouch

La Pépinière Théâtre ouvre la saison avec une pièce qui est en quelque sorte d'actualité puisque la première scène se déroule au cours d'une soirée d'annonce de résultats électoraux, ce qui va bientôt agiter nos esprits, si ce n'est déjà commencé.

Politiquement Correct est la troisième pièce de Salomé Lelouch qui après s'être confrontée à l'identité familiale, puis l'identité religieuse (et culturelle) questionne maintenant l'identité politique.

Elle est partie cette fois d'une interrogation osée : une histoire d'amour est-elle possible entre deux personnes qui auraient des opinions politiques diamétralement opposées ? Et si tant est que l'histoire s'enclenche, quelles seraient ses chances de durer ?

L'intrigue est vite résumée : Au soir du 23 avril 2017, c'est un coup de tonnerre pour les uns : l'extrême droite est au second tour de l'élection présidentielle. Coup de foudre pour les autres : Mado et Alexandre se sont rencontrés une heure avant les résultats. Ils ont parlé de tout sauf de politique.  Elle est professeure d'histoire dans un lycée parisien. Il est avocat. Mado est une femme de gauche convaincue. Elle ignore qu'elle vient de tomber amoureuse d'un militant d'extrême droite... La situation est cornélienne.

Sans concerner tout le monde à un tel niveau d'interrogation la pièce pose la question de la place que la politique occupe dans un couple. Et cette fois c'est tout le monde qui est potentiellement concerné.

Le sujet est casse-cou et Salomé Lelouch s'en tire brillamment. Parce que c'est drôle, très drôle, sans craindre la gravité, et que la dimension politique est parfaitement exploitée.
Si Mado ne s'était pas trompée de téléphone elle n'aurait pas rencontré Alexandre. Son amie Andréa, amie marxiste / féministe, a oublié son sac et tombe nez à nez avec le meilleur ami d'Alexandre. Il y a quelque chose de l'Amour et du hasard entre ces quatre là ... en ce sens que les apparences sont trompeuses et que les situations s'enchainent en miroir.
Il faut reconnaitre qu'on ne peut pas d'emblée interroger quelqu'un qui nous plait pour décider de poursuivre ou non une conversation selon que l'on partage ou pas des opinions politiques identiques. Pourtant tout le monde a pu vivre à un moment de sa vie une situation de cette complexité, et qui se traduit avec beaucoup de justesse par la réplique : je ne te dis pas tout mais je ne te mens pas.

Alexandre fait partie de cette extrême droite "dédiabolisée", populiste et prétendument moderne.  C'est ce qui ne le rend pas repoussant et Mado veut effectivement croire qu'il n'est pas raciste, mais nationaliste. Elle ne va pas se rendre compte qu'elle tombe amoureuse d'un militant d'extrême-droite, ce qui raconte peut-être quelque chose sur le glissement de la gauche ou sur celui de l'extrême droite. La jeune femme va devoir définir son identité politique de façon intime, et se positionner entre son héritage et son avenir. À l'image de la France, elle va devoir choisir son camp.
La pièce raconte une histoire d'amour à l'épreuve des passions politiques, mais elle permet aussi de mesurer combien les passions politiques peuvent résister (ou évoluer) à l'épreuve de l'amour.

Nous sommes loin du théâtre de boulevard et des grosses ficelles. Le texte fait rire mais la dialectique est brillante jusqu'à la fin qui tombe comme un couperet, magistralement. On en sort forcément secoué. Et c'est bien une des fonctions du théâtre que de faire réfléchir. 

Politiquement correct
La Pépinière Théâtre
Écrit et mis en scène par Salomé Lelouch
Avec Thibault de Montalembert, Rachel Arditi,
Ludivine de Chastenet, Bertrand Combe et Arnaud Pfeiffer Scénographie Natacha Markoff
Costumes Pierre Mattard
Lumière Denis Koransky
Vidéo Olivier Roset
Du 2 septembre au 5 novembre 2016
Du mardi au samedi à 21h, le samedi à 16h.
01 42 61 44 16

Les photos sont de Ch. Vootz

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