lundi 28 mars 2022

Diptyque de Andrew Payne

La tendance durera-t-elle ? Toujours est-il que depuis quelques semaines l’Artistic Théâtre offre du noir.

Mais je ne dirais pas qu’on en broie car il était quasi joyeux ce soir pour la générale du Diptyque qui nous était présenté en version intégrale. Comme deux épisodes d’une série … qui pourrait en comporter d’autres parce qu’à peine l’un terminé on a envie d’enchaîner avec un autre en criant « encore ».

Après Agatha Christie et son formidable Visiteur inattendu (qui est d'ailleurs toujours à l'affiche), voici un autre auteur britannique réputé dans l’univers du polar, Andrew Payne dont il se trouve que Robert Pagnol, le député du Visiteur (vous suivez ?) est le traducteur quasi officiel. C’est donc en toute logique que le voici sur la scène du théâtre quand le Visiteur est en relâche.

Il connait parfaitement l’écriture du créateur de l’inspecteur Barnabé. Il a déjà traduit et joué ses pièces, que ce soit Plan B, Réunion  … Il avait lancé pendant les confinements le théâtre via zoom, en proposant notamment en direct d’un hôtel, des représentations de La femme de ma vie. Il le présente cette fois-ci après un autre monologue d’Andrew Payne.

Dans la première partie il flotte dans son pyjama et dans la seconde il est cintré dans un costume impeccable. Les deux hommes sont aux antipodes l’un de l’autre, mais à chaque fois il est seul en scène, mais encombré de ses souvenirs et avec comme seul point commun l’attente au cœur de la nuit, propice à toutes les confessions… 

La soirée commence avec Une si jolie robe. Le comédien est pelotonné sous sa couette et c’est au réveil qu’il va nous raconter son histoire, plutôt touchante car la robe qu’il a offerte à sa fille pour ses 18 ans sera gratifiée du seul vrai câlin qu’elle ne lui a jamais donné. 

Mike a pourtant tout pour être heureux. un bon job, une jolie maison, une femme et une grande fille. Mais il s’ennuie. Ses collègues sont tristes à mourir, son boss : incompétent, sa femme ne lui accorde aucun crédit, et sa fille l’ignore. Un jour il rencontré Freddy, un promoteur immobilier charismatique qui lui a proposé de s’associer à lui. Mike y a vu un signe du destin et surtout le moyen de remporter enfin le jack pot, l’amour, l’argent et le respect.

Il partage avec le public tous ses rêves en incarnant plusieurs personnages dont il imite la voix à la perfection. Le texte est truffé d’instants d’humour, anglais comme il se doit. La mise en scène est limpide. Le jeu parfait. La fin est surprenante mais prévisible, totalement efficace. Un vrai plaisir.

La soirée se poursuit avec La femme de ma vie. On se demande un instant si ce ne serait pas le même homme à quelques années de distance. Mais non, c’est Franck, un allergique au mauvais goût et à l’autorité, ce qui ne l’a pas épargné d’être dominé par sa mère, puis par sa femme et d’avoir régulièrement des ennuis. Même avec la justice. Après une soirée mouvementée, à trois heures du matin, cet écorché vif, amoureux de la littérature et des costumes sur mesure, que même un aveugle pourrait apprécier sans les toucher, attend avec impatience celle qu’il considère comme la femme de sa vie… et que nous espérerons nous aussi car il a l’art de multiplier les adresses au public qui, forcément, se sent concerné.

On en sort troublé, ne pouvant choisir entre ces deux monologues, écrits par l’un des dramaturges anglais les plus doués de sa génération, pour deux hommes qui s’avèrent aux antipodes l’un de l’autre,

Diptyque de Andrew Payne, traduit et interprété par Robert Plagnol
Episode 1 Une jolie robe : mardi 19h ; jeudi 20h45 ; samedi 15h ; dimanche 17h
Episode 2 La femme de ma vie: mardi 19h ; jeudi 20h45 ; samedi 15h ; dimanche 17h
(Intégrale : dimanche 17h – durée de chaque partie 1h10)
Mis en scène par Patrice Kerbrat à partir du 28 mars 2022
Théâtre Artistic Athévains
45 Rue Richard Lenoir, 75011 Paris - 01 43 56 38 32


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