Pour moi elle est Zélia, mais je sais qu'on l'appelle Zélia Van Den Bulke, ou Zézette, en référence à la seconde marque qu'elle a lancée, Zézette by Montmartre, dédiée à la création de tabliers haut de gamme et élégants.Les habitants de Montmartre ont désormais l'habitude de voir les modèles qu'elle a créés spécialement pour des chefs, comme Gilles Marchal ou Christian Etchebest, des artisans, mais aussi des personnes comme vous et moi défiler joyeusement à l'automne dans les rues de la butte, avec banderole et fanfare. Elle participe activement à la vie associative et culturelle de son quartier, notamment pendant les vendanges.
Zélia est une icône du quartier mais sa célébrité s'étend bien au-delà. Même le président de la république la connait et l'apprécie (ce serait lui qui l'aurait incitée à "créer un truc" en lui soufflant l'idée de se lancer dans les tabliers, mais pas pour ramener les femmes en cuisine, précise-elle avec sérieux). En voici un exemple, au hasard parmi les 20 000 qu'elle a tous cousus de ses propres mains, sur la photo ci-dessous à gauche à côté d'une robe en velours frappé et fausse fourrure datant de 1986.
Installée depuis 1987, et donc près de 40 ans, dans le quartier des Abbesses, sa boutique-atelier portant le nom de Zélia sur la Terre comme au Ciel s'est d'abord spécialisée dans la confection sur mesure de robes de mariée uniques, originales et poétiques, ainsi que de tenues de scène et robes de cérémonie. Elle a réussi le pari de réunir un dimanche après-midi les mariées qu'elle avait habillées en leur demandant de reporter leur robe devant le Mur des Je T'aime à Montmartre.
Elle est autodidacte et pourtant son savoir-faire est immense. A tel point qu'elle a été officiellement nommée Maître Artisan en Métier d'Art en 2026. La Chambre de Métiers et de l'Artisanat Ile-de-France a décidé, et ce n'est que justice, de lui ouvrir son hall et quelques vitrines pour qu'elle y présente ses 40 ans d'activité. En fait, elle retrace son chemin depuis l'école où, déjà, elle avait réussi à obtenir un atelier, jusqu'à aujourd'hui, et ce n'est pas fini, loin de là.
Nous sommes accueillis par la robe que portait Mireille Perrier dans le film d'Eric Rochant, Un monde sans pitié. Elle en a fait tous les costumes … jusqu'aux caleçons pour Hippolyte Girardot, convaincue que, même si on ne les voyait pas à l'écran, ils l'aideraient à forger son personnage.Dans la nuit précédent la fameuse scène du baiser au Luxembourg la couturière, insatisfaite de ce qu'elle a fait, fouille ses réserve et en tire ce tissu pied de coq noir et blanc. Elle taille et coud très vite une robe que le réalisateur refuse mais qu'elle parvient à imposer. Bien lui en prit, la scène devint mythique.
En face, la robe de mariée Griotte, revenue spécialement de Russie et qui a été photographiée ci-contre à l'occasion d'un défilé à Montmartre). Ce modèle culte correspond totalement à l'audace de Zélia qui a voulu sortir du blanc traditionnel et raconter quelque chose de la personne à qui elle est destinée, ici la chef Flora Mikula qui s'est mariée au milieu des années 90.Il s'inscrit aussi dans la volonté tenace de Zelia de s'affranchir de ceux qui cherchent à la copier et à s'approprier les idées. Elle osa la couleur, les grands motifs, même les carottes et les navets que la célèbre marque de tenues de mariage P… ne lui volera cette fois pas honteusement.

