mardi 2 décembre 2008

Diterzi on the rocks

Que Claire Diterzi se rassure : elle n'est pas une chanteuse ordinaire. Le concert qu'elle a donné ce soir à Antony (92) en interprétant une majorité de titres du dernier album Tableau de chasse (mais pas que) en est une preuve vivante. Elle le dit elle-même : toute petite, je ne voulais rien faire comme tout le monde.
Elle apprend la guitare toute seule, en accompagnant des airs de Maxime Le Forestier avec ses camarades de colonie de vacances. Elle pratique la danse, suit des études de graphiste, et rêve de pouvoir chanter aussi bien que Kate Bush (on se souvient de Babooshka), Björk, et surtout Jevetta Steele, l'interprète de Calling You, la mythique chanson du film Bagdad Café.

Ce qu'elle nous donne à voir n'est pas "aussi" bien. C'est le niveau supérieur. Autant vocalement que visuellement. Claire Diterzi réussit, à force de travail sans aucun doute, à conjuguer tous ses talents et à en faire la synthèse dans ce dernier concert.

« J’ai voulu m’appuyer sur du beau, de l’émotion, pour m’abriter de la médiocrité ambiante, et stimuler une curiosité sans cesse menacée par la télé. » Une approche à la fois artistique et militante. Mais le plus simple c'est encore de vous faire écouter cette interview publiée sur Dailymotion en vous recommandant de patienter au-delà des premières secondes. Vous découvrirez l'univers de cette artiste complète et difficilement classable dans le rock et la variété française. Appréciez l'humour des paroles des Bonnes Soeurs à la cinquième minute, simplement rythmées de claquements de doigts. Puis le décalage voulu avec un court extrait de la Vieille Chanteuse que plus loin je vous livre in extenso.


Revenons à Antony. Un écran démesuré est dressé coté jardin. La batterie campe coté cour. Claire Diterzi apparait d'abord de dos, sur l'écran, qui la révèle en pleine séance d'enregistrement dans son domicile transformé en studio.

La caméra tourne autour d'elle, surprend un geste, saisit un sourire. Cela tient de la videoperformance comme on en voyait dans les années 80 dans les festivals. Mais l'arrivée du numérique permet de décupler les effets, de les sélectionner au centième de seconde près. Du coup toutes les influences se conjuguent. La voici de face croquant une pomme. On suit le film comme un jeu de pistes. Le mot odalisque se laisse deviner. Elle entre en scène, cheveux auburn, dans une robe en peau de vache , les épaules offertes. Elle chante en répondant à son double cinématographique. C'est comme si elle était sa propre muse dans une mise en abîme vertigineuse.

Cela pourrait être nombriliste. Cela pourrait devenir très technologique. C'est précisément artistique. Tout est travaillé, revisité dans les moindres détails. Même les chœurs, qui se démultiplient. Et faire chanter des choristes assises sur un canapé, il n'y a que Claire Diterzi pour oser le faire. Et cela fonctionne !

La chanteuse a une énergie pharaonique. Qu'elle communique à son groupe et à la salle. Elle achève ses chansons avec un cri de guerre. Elle est à la chanson ce que le synthétiseur est à la musique. Totalement multiple. La sonorité est très rock mais on se surprend à lui trouver des intonations slaves ou irlandaises. Surgissent des sons qui résonnent comme des flamencos, comme des circuits ferroviaires, comme des chevauchées fantastiques. Les attitudes ont fait un emprunt au monde de la danse, à celui de la mode, sans oublier la peinture et le cinéma.

Ce qui dérange par contre, c'est le niveau sonore (on ne dira jamais assez aux musiciens de ne pas monter les décibels à de telles hauteurs, point de vue largement partagé par les spectateurs.) et la difficulté à comprendre les paroles. Les textes des chansons ne sont pas très faciles en soi. Ils méritent d'autant plus d'être entendus. Les applaudissements furent plutôt calmes au début.

Claire Diterzi a du se douter de quelque chose en nous confiant que cela allait lui être "super dur de parler avec son public". Alors elle fait le clown pour présenter "A quatre pattes" en tirant des coulisses Cindy la Bimbo et Carla la Bimbo. Elle raille ses choristes avec jubilation . La quatrième chanson l'essoufla. "Faut être un peu Madonna pour chanter çà quand même" dit-elle en se moquant de son interprétation avant d'enchaîner sur une chanson plus calme. Elle annonce "Charlie, les copains !" qu'elle chante d'une voix cristalline. Allez juger sur son site ! (il est visuellement très esthétique, documenté et on peut écouter des extraits dans une excellente qualité sonore)

Rupture de ton avec les Repas de famille qui commencent bien
Politiquement correct, y a les p'tits plats dans les grands
Tout le monde est réuni un dimanche midi
Emotionnellement correct, on parle d' la pluie et du beau temps
La télé est allumée, faut s'y résigner
pour se terminer mal, dans une ambiance "à vomir", avec un juron, sur une musique qui n'est pas sans rappeler le très connu We will rock you de Queen (souvenez-vous c'est celle là même qu'Evian a reprise pour ses spots publicitaires)

L'instant d'après c'est alternativement à Elie Medeiros, Olivia Ruiz, puis à Catherine Ringer que l'on pense. Elle braque le projecteur sur le public. Les percussions résonnent. Ah, çà défoule, s'exclame-t-elle avec satisfaction. Est-ce pour se reposer qu'elle annonce ironiquement l'heure de la chanson con, qui fait pas de bruit ... the song of love for you tonight. Cette fois c'est Loreena Mc Kennitt qui se serait mise à vocaliser un medley pour un soap américain. Claire Diterzi maitrise à fond l'exercice du sampling ... point commun avec Anaïs d'ailleurs.

La voilà maintenant qui sollicite ses cordes vocales à plein. Je crois voir sur scène la minuscule Mitsou, que j'avais découverte à Fontenay-aux-Roses il y a trois ans en concert avec les Gens de passage, interprétant Ederlezi (la célébrissime musique du film le Temps des Gitans. Frissons assurés) ou Jaimo. D'autres ont senti une inspiration corse. L'humour du texte est décapant :
Je t'aimerai toute ma vie
Pomme S
Je fais sans doute une énorme connerie
Pomme Z
Mais je nous quitte
Pomme Q
Pour la voiture, on fait un week-end sur deux
Et la moitié des vacances scolaires
Par contre, je garde le chien
Évidemment il faut être ou avoir été utilisateur de Mac Intosh pour saisir la subtilité, laquelle va loin puisque le trognon de pomme est en bonne place sur son site officiel. On peut aussi penser à la gestuelle, à la coiffure et au timbre de voix d'une très célèbre femme politique qui s'est prise il y a quelques jours pour une Cyrano féminine. Sauf si toute ressemblance avec quelqu'un existant réellement ne serait que fortuite ...

Elle enchaîne avec l'Epave. La voix monte. Les tambours cognent comme une marche militaire. On se dit qu'elle pourrait lever une armée entière. Quelle force dans cette femme fine !
Si tu m'abandonnes
Ô mon amour,
De marbre je resterai
Si tu m'abandonnes
À mon sort d'albâtre
Je me tairai
Mais si tu me couronnes
À tes côtés
Je me prosternerai
Changement de décor. Autre robe, simplement toute noire. Autre ton. Virage radical. Référence aux années Rossi, Tino Rossi. C'est la romance de la Vieille chanteuse. Hommage aussi à sa région d'origine, la Touraine. Pas de doute, Claire Diterzi est une "tenace". Avec un petit air cette fois de Valérie Lemercier qu'on imagine très bien exécuter pareil numéro. Le son craque comme un 78 tours. C'est irrésistible. On y va ?

Après cela, fausse sortie. C'est le traditionnel jeu des rappels. Claire permet 3 choix à son public, comme une bonne fée autoriserait 3 souhaits. Une voix réclame le Pont d'Avignon. Refusé. Je me souviens de la neige. Approuvé ! Infidèle. Cela fait deux. Une négociation difficile s'engage, par plaisir de part et d'autre. Billy the Kid mettra tout le monde d'accord. C'était pas un petit gars d'Antony celui-là ...
Même avec la fumée (demandée par la chanteuse) les paroles n'édulcorent pas la situation :
Je me souviens de la mer et de tes mains sur mon corps
Qu'est-ce que tu lis sur ma chair, les ecchymoses du remords

On ne peut pas dire que la suivante soit plus optimiste mais l'interprétation est devenue romantique :
si les tissus de ma peau se flétrissaient
que les soins de mon visage se désagrégeaient
si les nœuds de tes élans se relâchaient
que le feu de nos démences s'étouffait en silence, serais tu ?
en silence serais tu ? infidèle ?

Le public continue à réclamer le Pont d'Avignon. Refusé encore et encore. Allez donc voir Franck Monnet qui vous la chantera mieux que moi ! Je peux faire ce que je veux , je suis la leadeuse (la chef) dit-elle en défense. (Pour la petite histoire la maison de disques avait censuré la chanson qu'il avait écrite. Il ne peut la chanter qu'en concert. Mais Claire Diterzi a pu l'ajouter in extremis à son album Boucles)

Les spectateurs ne veulent pas quitter la salle. Claire Diterzi peut être fière. Elle a largement dépassé ceux qu'elle cite en modèle. Alors elle annonce "un truc de femme hypra sensible", une berceuse qu'elle chante en s'accompagnant à la sanza, démontrant que même avec de touts petits moyens c'est toujours une grande chanteuse :

rapsodie, dodécaphonie, aria,
requiem, toccata, sonatine, oratorio
la musique adoucit les moeurs
Encore un rappel qui nous vaut le surnom de "Antony superglu ce soir". Elle reprend le texte précédent qu'elle nous susurre presque a capella, les yeux dans les yeux. Puis nous offre un dernier petit air de musique pour la route. "Merci beaucoup de votre curiosité" dit-elle en saluant avec choristes et musiciens. Nous sommes autorisés à penser que le projet a bien été vécu et partagé sur scène ce soir et que le plaisir a été réciproque.
De droite à gauche : Anne (violoniste), Delphine (guitariste), Diane, Claire, Etienne (batteur) et Nathalie. Beaucoup de femmes travaillent sur la tournée. Un hasard expliquera Claire.
Elle surgira, tout sourire et fraîche comme une rose, après le concert dans le hall du théâtre pour discuter avec ceux qui avaient envie de lui parler. On en oublie toutes les questions qu'on aurait voulu lui poser. Mais on se reverra un jour ou l'autre ...

Merci à Diane d'avoir pris pour moi cette photo d'elle avec Nathalie.

Vous avez manqué Antony. Consolez-vous. La tournée sera longue :
13 déc. 2008 20:00 THEATRE ANTOINE VITEZ IVRY SUR SEINE (94)
16 janv. 2009 20:00 THEATRE SILVIA MONFORT YSEURE (03)
17 janv. 2009 20:00 LE PRISME ELANCOURT (78)
20 janv. 2009 20:00 THEÂTRE DE BOURG EN BRESSE BOURG-EN-BRESSE (01)
21 janv. 2009 20:00 LE DOME THEATRE ALBERTVILLE (73)
22 janv. 2009 20:00 LE TRAIN THEATRE PORTES-LES-VALENCES (26)
23 janv. 2009 20:00 THEATRE DURANCE CHATEAU-ARNOUX (04)
24 janv. 2009 20:00 THEATRE LA PASSERELLE GAP (05)
29 janv. 2009 20:00 APDCV / L’ATELIER A SPECTACLE VERNOUILLET (28)
30 janv. 2009 20:00 SALLE JEAN CARMET ALLONNES (72)
31 janv. 2009 20:00 NOUVEL ESPACE CINEMA ARGENTEUIL (95)

1 commentaire:

Christine a dit…

SUPERS tes articles dans ton blog,tu mériterais vraiment d'avoir une carte de presse.J'espère que l'année 2009 t'apportera satisfaction de ce côté là.Amitiés

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)