mercredi 10 décembre 2008

QUAND JE SERAI GRAND

Une nouvelle exposition a été inaugurée aujourd'hui dans la Galerie des Jouets du Musée des Arts décoratifs initiée par Dorothée Charles, conservatrice, avec l'aide de Patrice Huerre, pédo-psychiatre, spécialiste du jeu, dans une scénographie d'Eric Benqué.
604 enfants, âgés de 5 à 12 ans, parmi lesquels 358 filles et 246 garçons avaient été interrogés pour compléter la phrase Quand je serai grand(e), je serai…, en répondant par un ou plusieurs métiers. Plus de 142 ont été recensés parmi lesquels motocrosseur, sauveteur d'animaux, chercheur de trésor, marchand de légumes, maîtresse de Moyenne section, vendeur de figurines Pokemon, flûtiste et masseuse, chercheur de dinozore (sic), baby-sitter de chiens, sirène, grande actrice .... mais quelques-uns ont honnêtement dit je ne sais pas.

Jouer à être, jouer à se déguiser, jouer à faire la guerre, jouer à la maîtresse sont autant de situations qui permettent à l’enfant de s’inventer des histoires et de grandir. C’est en jouant, en créant des situations, que l’enfant se projette dans le futur, qu’il cherche son identité. À une époque où la notion de métier s’efface au profit de celle de travail, où la notion de transmission d’un métier n’est plus d’actualité, mais au contraire où il faut sans cesse évoluer pour pouvoir « Tout faire », ce projet met en perspective la représentation des métiers dans notre société occidentale depuis le début du 20e siècle.

J'ai eu la chance de visiter l'exposition avant l'ouverture officielle et de bénéficier des commentaires de Aydé, conférencière au musée. Elle s'amuse à interroger notre petit groupe sur le métier que chacun rêvait d'exercer quand il était petit : postière, maîtresse, archéologue, garagiste, hôtesse de l'air, docteur, sculpteur ... Deux seulement sont devenus ce qu'ils s'imaginaient faire. Elle-même n'aurait jamais cru qu'elle serait un jour face à des visiteurs tant elle avait la terreur de parler en public.

Les 500 jouets présentés pour illustrer le propos proviennent tous des fonds du musée. Leur disposition, parfois sur une simple plate-forme de lino gris, est volontairement dépouillée, afin que le spectateur construise lui-même les liens entre les objets. Un livret est néanmoins à sa disposition pour lui fournir les informations qu'il souhaiterait connaitre sur l'origine et l'époque de chaque pièce. L'organisation des vitrines s'articule autour de 5 thèmes :

Je suis un héros
La première vitrine met en valeur la célèbre poupée Barbie qui, en 40 ans, a incarné plus de 100 professions. Apparue en 1959 elle substitue une poupée-femme à la poupée-enfant traditionnelle. Rien d'étonnant alors à ce qu'elle "travaille" : danseuse étoile, chanteuse, infirmière, championne olympique ... elle assure toutes les carrières possibles.
La création de Barbie appartient à l'histoire. Ruth, la femme du fondateur de Mattel, parcourt l'Europe à la recherche d'idées et de contrats. Lors d'un voyage en Allemagne elle découvre en 1955 un personnage de bande dessinée très populaire : Lilli. Plus tard, en voyant jouer sa fille Barbara avec des figurines de carton qu'elle habillait, Ruth aurait eu l'idée de créer une poupée en trois dimensions dans laquelle la petite fille pourrait se projeter : une poupée mannequin avec de vrais vêtements et de vrais accessoires.

Successivement sont apparus Ken, le petit ami de Barbie (1961), Midge, la meilleure amie de Barbie (1963), Skipper, la petite sœur et Allan, l'ami de Ken (1964), Skooter et Ricky, amies de Skipper (1965), Francie, la cousine « moderne » de Barbie, Tutti et Todd, petite sœur et petit frère de Barbie et Skipper (1966). Puis, de nouveaux amis Casey (1967), Stacey, qui est anglais et Christie, noire, font leur apparition en 1968.

En 1972 et 1975, Big Jim et action Joe sont des Action figures. Sportifs de haut niveau, aventuriers, militaires, marins ... ce sont des héros d'aventures qui réalisent des exploits.

Plus de 60 mannequins et professions des années 1960 à nos jours sont présentés dans cette première vitrine. On remarquera que certains métiers sont plus réalistes que d'autres. Que Barbie alterne entre les professions liées au soin et celle qui tournent autour de la séduction. A noter enfin qu'à partir de 2007 sa tête est disproportionnée par rapport au corps, ce qui se constate très nettement avec la patineuse.

La seconde vitrine offre une déambulation construisant des liens entre diverses poupées-figures héroïques. Ainsi trouve-t-on côte à côte Catherine de Médicis (en noire) avec Darvador, Marie de médicis devant Barbie Rock Star,

le Petit Prince avec Peter Pan ...
On nous montre également des "jouets espaces" comme cette nursery avec ses minuscules bébés en couveuse.


S'agissant de la représentation sportive on passe du premier babyfoot de table à un jeu de football en équipe puis au culte de la personnalité avec l'individualisation des joueurs qui cette fois portent chacun un numéro.

Je m'occupe des chevaux
Les enfants ont beaucoup cités des métiers liés aux animaux. En prenant comme exemple le cheval, la troisième vitrine présente les métiers liés à cet animal depuis la fin du XIX° siècle mais aussi les jouets utilisant la figure du cheval. Davantage lié au garçon quand il était encore un moyen de transport quotidien (hippomobile, cariole, poste) , ou à une vocation militaire (soldat) il glisse ensuite dans un univers plus féminin avec le club d'équitation jusqu'à l'imaginaire contemporain, proche de Pégase, montrant un cheval à la crinière rose s'élevant dans les airs.
De maréchal-ferrant, sellier, cocher, jockey on passe à écuyère, vétérinaire.

J'incarne un personnage


Le mur suivant fait la part belle aux petits métiers oubliés. En affichant des jeux de sept familles qui évoquent les familles Lahure (charcutier), Lempeigne (cordonnier), Lafleur (jardinier) ou Ducordon (concierge) ... Le jeu des Arts et Métiers daté de 1865 fera travailler sur le vocabulaire par exemple du menuisier ou de la modiste : capotte, velours, ciseaux, mantelet, dentelle, bonnet, fleurs, rubans, aiguilles et plumes.
Une petite salle de jeux interactifs offre des simulations à lancer sur écrans tactiles : 24 possibilités de se "mettre à la place de ... ", parfois en français (avocat), en japonais (le chef cuisinier), en anglais (maire) et même pour Dieu, comme si c'était un métier réaliste.

L'espace suivant révèle 12 boutiques et leurs propriétaires : pharmacien, mercier, fruitier ... Les petits personnages, mêmes immobiles, transmettent une idée de mouvement. On devine les gestes correspondants à l'exercice de ces professions. Alors qu'autrefois était associé un vocabulaire précis à chaque métier on s'aperçoit que le mot employé le plus par les enfants d'aujourd'hui devient celui générique de "travail". On ne sait plus exactement ce que font les parents. Ils partent, téléphonent, travaillent à l'ordinateur. L'époque où on était rémouleur ou charpentier de père en fils semble révolue.

Je joue à être
Une nouvelle grande vitrine se déploie en 8 comme un circuit à partir d'un garage d'où auraient glissés des véhicules. Les couleurs vont du rose-bleu pale pour évoquer des jeux de filles (le métier de maman a été formulé, selon l'idée qu'elle est l'organisatrice de tout) à des couleurs vives pour ceux des garçons. Conduire un camion de pompier ou un camion poubelle demeure très ludique. Au centre une série de landaux se succède à l'instar des chevaux à bascule dans une précédente vitrine.
Il est significatif de remarquer que les jouets anciens sont des reproductions fidèles et miniatures d'objets réels (pouvant d'ailleurs être perçus comme potentiellement dangereux quand il s'agit d'outils) désormais remplacés par des moulages en plastique qui sont des illustrations virtuelles.

Je m'affirme fille ou garçon

Voici encore les panoplies, parfois proches du déguisement. Celle du prêtre est étonnante avec la réplique de tous les objets religieux (1917), à coté de la blouse du Dr Klein où les instruments médicaux sont simplement dessinés sur le tissu.



Enfin pour terminer plusieurs personnalités confient ce qu'elles voulaient faire quand elles étaient ... enfant. Ainsi Yannick Alléno, le chef étoilé du Meurice, s'amusait avec des voitures miniatures et aimait beaucoup se déguiser en Zorro. Mais dès l'âge de 8 ans il voulait être cuisinier et sa mère disait qu'il était plus souvent dans ses casseroles que dans ses jupons. Claire Gibault désirait déjà devenir chef d'orchestre. Chantal Desbordes voulait être cinéaste. Cette femme, première (et seule) contre-amiral de la marine nationale confie être entrée dans la marine parce que le cinéma n'avait pas voulu d'elle.

La capacité de jouer est essentielle parce qu'elle permet de s'adapter à l'inconnu, d'accepter des contrariétés, des oppositions et d'être inventif. A l'inverse ceux qui ne seraient pas capables de jouer s'efforceront plus tard de rester dans des situations familières qu'ils savent maîtriser afin de ne pas risquer de réveiller l'angoisse de l'inconnu qu'ils n'ont pas réussi à apprivoiser dans l'enfance. Nous savons que nous ignorons de quoi demain sera fait. Alors il est urgent de jouer à être ...

Musée des Arts décoratifs - galerie des jouets jusqu'au 24 mai 2009
107 rue de Rivoli - 75001 Paris - Tél. : 01 44 55 57 50

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