mardi 9 décembre 2014

Sophie a les boules, c'est écrit par Sylvie Bourgeois

Sylvie Bourgeois l'affirme comme une évidence : J’écris parce que j’écris.

Elle a conçu le personnage de Sophie à son image.  Sylvie l'aime bien. Ses lecteurs aussi. Des hommes, justement, qui ont entre 20 et 70 ans. Ils sont aussi nombreux que les femmes à l’apprécier. Et pas des moindres, la féministe Antoinette Fouque l'adorait, Jean-François Kahn aussi, pour ne citer qu'un homme et une femme. L’éventail est large.

Sylvie va faire le bonheur de tout le monde puisqu’elle a décidé de relancer la série. Il va donc y avoir de nouveau "des" Sophie. Le pluriel est une évidence.

Ils étaient plus de 200 à fêter la sortie du dernier opus, Sophie a les boules. Un joli jeu de mots en cette période de fêtes, mais surtout une sorte de cri d’alarme.

Sylvie a conscience de s’inscrire dans un marché de niche, plus anglo-saxon que continental. Dans ses livres les choses sont dites, les dialogues sont justes, les femmes sont attachantes, ou plutôt "attachiantes" … comme dans la réalité dit Sylvie en souriant.

Qu’on soit homme ou femme, on s’y retrouve si on a envie de lire quelque chose de divertissant.

Vous aurez compris que Sylvie n’écrit pas pour ceux qui veulent vivre par procuration et qui espèrent un happy-end à la manière des romans à l’eau de rose du siècle dernier.

Je surfe sur la douleur. Je laisse apparaitre la faille, la rupture, mais sans m’appesantir. C’est dans ce compromis que la vie se situe.

Le message de Sophie est facile à décrypter : On peut s’en sortir si on est courageux. Parce que malgré les difficultés faut rester en vie. Du coup ses romans donnent la pêche. J'en ai plusieurs fois fait l'expérience.

Ses héroïnes (valables aussi pour le livre précédent, J’aime ton mari) offrent un modèle identificatoire positif. Elles montrent le chemin à toutes les personnes qui n’osent pas. D’ailleurs certaines trouvent la force de surmonter un souci et clament : hier j’ai fait ma Sophie ! Bientôt l’expression passera dans le langage courant.

Sylvie Bourgeois distille dans chacun de ses romans une certaine dose de parisianisme, des bribes d'analyse sociologique (comme l'influence de facebook sur les relations humaines) et donne au passage les bonnes adresses du spot où réside momentanément son héroïne.

Sophie aura toujours quarante ans. Elle ne vieillira jamais. A chaque début de roman elle est fragilisée par une rupture amoureuse, soit subie, soit provoquée. Cette fois l'élément déclencheur est le désir de paternité de son compagnon. Sophie porte en elle une blessure qui ne cicatrisera jamais : le choc de la mort de sa mère suivi par le suicide de son père. Il y a de quoi développer la phobie de mettre au monde un être qui aurait le même destin.

Sylvie argumente en mots très justement choisis pourquoi Sophie redoute la maternité. Elle est loin d'opposer un refus égoïste et on constate à la lecture du roman qu'elle a beaucoup de complicité avec les enfants et qu'elle est capable de leur prodiguer une infinie tendresse.

Il n’y a jamais de suite. Chaque opus peut se lire indépendamment des autres. La seule répétition concerne son histoire familiale, et sa vie de la naissance à 25 ans, l’âge auquel elle a perdu ses parents. Et une phrase fétiche qu'elle envoie systématiquement par texto à un moment ou un autre. A vous de la dénicher !

Elle est fille unique, vit dans un milieu ni pauvre, ni riche. Elle a toujours travaillé en free-lance. C’est une femme libre, ni opportuniste, ni carriériste, qui met un point d'honneur à demeurer indépendante financièrement. Elle se situe dans l’humain. Ce qui lui importe c’est la relation qu’elle peut créer avec les gens dans l’instant. Elle s'exprime avec une franchise insensée, quitte à faire quelques dégâts collatéraux.

Sylvie a accepté de passer le test du questionnaire de Proust au nom de son héroïne :

Si Sophie était une couleur ? Elle hésiterait entre le bleu, pour la mer, et le rouge, pour la vie.
Si Sophie était une musique ? Arvo Part pour le coté contemporain et philharmonique.
Si Sophie était une ville ? La plus belle ville du monde, donc Paris.
Si Sophie était un animal ? Le lion, pour la crinière.
Si Sophie était un plat cuisiné ? Un soufflé au fromage.
Si Sophie était une qualité ? La bienveillance.
Si Sophie était un défaut ? L’impatience.
Quelles sont ses valeurs ? L'humour, la réflexion, la spiritualité.
Quelle serait sa devise ? Elle veut être humainement fréquentable.

Sylvie a répondu sans hésiter. On voit qu’elle est très proche du personnage qu’elle a créé. Elle a réussi à s'en faire une amie (page 123) en jouant son propre rôle dans le roman.

Elle répond à mes questions en tortillant une mèche de cheveux. Le geste me parait tout à coup signifiant. Je voudrais pouvoir poser mon carnet de notes et saisir mon appareil photo mais quelque chose me retient ... Je peste intérieurement une heure plus tard quand je découvre (page 13) que Sophie fait tourner ses cheveux entre ses doigts en téléphonant à son ami.

L’oxymore de la couverture est intentionnelle avec une balance entre un titre connotant l'énervement et un visuel signifiant la recherche d'une zen attitude salutaire. L'emploi de la couleur rouge est récurrent sur les couvertures des livres de Sylvie. Son graphiste a l’habitude des affiches de cinéma. Il avait déjà fait celle du précédent roman.

Sylvie a déjà l'esprit porté vers les nouvelles aventures de Sophie. Elles sortiront en avril. La jeune femme retourne sur les rivages méditerranéens. Après Cannes, en 2011, Sophie va cette fois investir Saint-Tropez, encore une ville que Sophie connait très bien puisque ce fut le décor d'un film dont elle a co-signé le scénario, Les Randonneurs à Saint-Tropez, sous la réalisation de Philippe Harel, sorti en 2008.

Il y aura désormais le livre d’été et le livre d’hiver. Je la taquine en lui demandant si le suivant ne sera pas Sophie à N... Impossible, cette ville n’est pas assez "particulière". Les paris sont donc ouverts pour les prochaines destinations de Sophie.

Sophie a les boules, de Sylvie Bourgeois, chez Adora, décembre 2014

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