mercredi 14 octobre 2015

Réouverture du Musée de l'Homme

C'est une grande chance que la réouverture du Musée de l'Homme puisse avoir lieu quelques jours avant les vacances scolaires. Ce sera un point de chute formidable pour occuper les enfants tout en faisant plaisir aux adultes.

Une fois ne suffira pas pour tout voir, ni tout faire car il y a aussi des postes interactifs. Il serait raisonnable d'envisager 4 ou 5 visites. Vous allez être enthousiaste et l'endroit s'affirme déjà comme le plus beau site, associant esthétisme et contenu, en complément du Museum d'Histoire naturelle ou du Parc zoologique de Paris.

J'ai eu accès aux différents espaces en avant-première. Les échafaudages n'avaient pas tous été retirés, des cartons étaient encore empilés et j'ai plusieurs fois croisé un peintre le pinceau à la main, faisant des retouches de dernière minute.
Le Musée de l'Homme conjugue trois qualités. Il est installé dans un écrin offrant une vue éblouissante sur la Tour Eiffel et le Champ de Mars. Sa scénographie est très lumineuse et le discours est irréprochablement scientifique.
C'est un des rares musées au monde à être exclusivement consacré à l'Homo sapiens considéré dans sa dimension biologique et culturelle, autour de trois questions rappelées sur le mur :
Qui sommes-nous ?
D'où venons-nous ?
Où allons-nous ?
Et si nous tentions de répondre à ces questions ?
Bienvenue dans la galerie de l'Homme !
Les réponses, on le verra, ne sont pas équivoques. Nous ne sommes pas le fruit d'une histoire linéaire assez simple mais le résultat d'une radiation évolutive plus complexe en forme de buissonnement. Enfin, le futur vers lequel nous nous dirigeons replace l'humanité dans la nature et interroge l'avenir de la planète.

Le Musée de l'Homme est un musée citoyen qui a décidé d'être gratuitement ouvert le week-end prochain, samedi, dimanche et lundi de 10 à 18 heures. Vos serez nombreux à vous y rendre. Pour les autres j'ai essayé de rendre l'atmosphère des différents espaces dans ce (long) billet, y compris le processus de rénovation qui a duré 6 ans et l'exposition temporaire de l'artiste camerounais Pascale Marthine Tayou.

Vous y verrez des collections exceptionnelles mais qui ne sont pas surprenantes, comme des crânes très anciens, des bronzes, des statuettes préhistoriques, mais aussi des collections contemporaines qui vont vous surprendre.

Je vous invite donc à suivre les pas de l'ours de François Pompon dont le plâtre original (1925) a été installé ici parce que symboliquement l'avenir de l'homme est indissociable de celui des animaux. Le site du musée vous permettra aussi de préparer votre venue.

Commençons par le temporaire avec l'invitation de Pascale Marthine Tayou pour la réouverture. Il est peu banal d'avoir retenu un artiste camerounais dans un établissement créé en 1938, en pleine période coloniale, pour raconter l’histoire de l’homme dans son unité et sa diversité. Né en 1967 à Nkongsamba, sept ans après l’indépendance du Cameroun, il se définit avant tout comme un homme libre.
En vrai conteur, cet artiste nous égare et nous interroge. Il puise son inspiration dans la mondialisation, la pollution, le réchauffement climatique ou encore les flux financiers, en procédant par recyclage, hybridation, et prolifération. On le constate avec cette Colonne Pascale, totem composé de pots émaillés en 2011, en référence à la colonne sans fin de Brancusi, voisine de la Tour Eiffel dans le salon du premier étage.
Il revendique une position "coupé-décalé" comme disent les Ivoiriens, coupé de tout et décalé en même temps puisqu'on dit de lui qu'il n'est pas assez africain. On remarquera ses personnages totémiques démesurés au détour d'une coursive.
Welcome wall, ce sont des dizaines d’enseignes lumineuses annonçant la "Bienvenue" en différentes langues et accueillant les visiteurs au pied des escaliers monumentaux.
Poupées Pascale, inspirées de la statuaire africaine à partir du cristal de Toscane, qui n’appartient pas à la culture du continent africain, dialoguent avec les objets des collections du Muséum au 2ème étage.

Qui sommes-nous ?
Une des idées reçues dont le musée nous détache concerne la conception la conception d'un petit d'Homme. On comprend au cours de la visite qu'elle est autant culturelle que biologique car si nous sommes bien sûr issus de la reproduction sexuée nous sommes tout autant la résultante du contexte familial, religieux ou culturel dans lequel nous sommes nés.

Toutes les sociétés humaines, sans exception, ont conscience du lien entre sexualité et reproduction. Mais la procréation comporte aussi une part symbolique. pour transformer un foetus en enfant, une intervention extérieure est parfois nécessaire. Il peut s'agir d'esprits, d'ancêtres ou de divinités.

Voilà pourquoi est exposé ce masque ventral d'initiation (Amwalindembo), culture Makondé, Tanzanie, Afrique, début du XX° siècle.

L'objet fait partie d'un costume porté par un jeune homme pendant les rituels d'initiations qui marquent le passage à l'âge adulte chez les Makondé, en Tanzanie. La mise en valeur du corps d'une femme enceinte symbolise la fécondité. Durant la cérémonie, les danseurs appellent les esprits  d'ancêtres pour qu'ils veillent à la naissance de futurs descendants. Une façon d'assurer la fertilité des individus et la prospérité de la communauté toute entière.

On trouve aussi une Vierge en prière sur un buisson de roses, plâtre polychrome doré, France, XX° siècle.

Toutes les sociétés admettent aussi que, dans certaines circonstances, des femmes puissent être fécondées par des êtres surnaturels et donner ainsi naissance à des enfants sans avoir eu de contact avec un sexe d'homme. Dans la théologie chrétienne le mystère de "l'Immaculée Conception" veut que la Vierge Marie ait elle-même été conçue en dehors de tout rapport charnel entre ses parents, pour pouvoir donner naissance au Christ, fils de Dieu.

La présence du fait religieux est plutôt importante et peut surprendre dans un contexte politique actuel imposant la laïcité comme vertu indiscutable.

L'envolée des bustes démontre sur 19 mètres de long et 11 de haut comment l'homme appréhende la diversité humaine.

Charles Cordier (Cambrai 1827, Alger 1905) occupe une place particulière dans la sculpture française de la seconde moitié du XIX° siècle. Sensible à la démarche ethnographique qui émerge alors, il se rend en Algérie, en Grèce et en Egypte. De ses rencontres avec les habitants naissent des portraits vivants et nobles qui puisent notamment leur beauté dans le regard du sculpteur. En 1848, année de l'abolition de l'esclavage en France, sa réalisation du buste d'un Soudanais est remarquée au Salon de l'Académie des beaux-arts.

Parmi ses oeuvres en bronze j'ai retenu, au hasard, Saïd Abdallah, type Ethiopien et une Femme chinoise, type mongolithique (1245).
Des cires anatomiques témoignent de l'évolution des représentations scientifiques. Par exemple avec les objets réalisés par André-Pierre Pinson, au XVIII° comme cette Myologie de la main, en cire colorée.
En soixante millions d'années la main a perdu peu à peu ses fonctions de locomotion au profit de la manipulation sans changer radicalement de forme. Depuis 47 millions d'années, chez tous les Primates, le pouce, doigt le plus épais et le plus fort, est opposable aux autres doigts. La paume humaine, plus large, permet de saisir de gros objets.
La taille de notre cerveau a triplé en 3 millions d'années, un temps très court à l'échelle de l'évolution. le cortex, la fameuse matière grise, a multiplié les replis pour pouvoir se loger dans le crâne. C'est ainsi que se sont développées les aires de la conscience de soi, de la perception de l'espace, ou encore du langage. Constitué de 100 milliards de neurones, chacun doté de 1000 à 10 000 connexions, le cerveau est en activité permanente et fonctionne à 100% de ses capacités.
Trente langages différents, parmi les 7000 parlés dans le monde, sont à écouter devant un grand planisphère mural en "tirant la langue" de son choix.

D'où venons-nous ?
Cette fois nous sommes invités à faire connaissance avec nos lointains ancêtres, à changer de regard sur l'homme préhistorique et à comprendre le basculement de l'humanité avec la sédentarisation.

On apprend ainsi que le loup fut le premier à être domestiqué et que le chien descend de cet animal.
Le face à face avec les restes fragmentaires d'Homo sapiens s'effectue dans un espace privilégié où crânes, os et fossiles ont vertu de trésors, ce qu'ils sont d'ailleurs.
Quatre objets majeurs du Paléolithique supérieur sont exposés. Parmi eux la Vénus de Lespugne, ivoire de mammouth, Frotte des Rideaux, Lespugne, Haute-Garonne, France, vers 23 000 ans, Gravettien.
Cette exceptionnelle statuette a été découverte dans un habitat préhistorique vers le fond de la grotte des Rideaux à Lespugne, à l'écart du foyer. Elle est faite d'un emboîtement de volumes anatomiques, organisés en respectant une symétrie. des traits finement gravés ont été interprétés tantôt comme un pagne tantôt comme une chevelure. En retournant cette statuette, on peut en effet, y lire une autre figure. Son utilisation reste inconnue.

Où allons-nous ?
Les questions sont multiples. Allons-nous tous vivre de la même façon ? Allons-nous continuer à évoluer ? Comment faire face aux défis d'une planète dont les ressources ne sont pas inépuisables ?

La mondialisation se traduit par la diffusion de produits sur toute la planète, qu'ils soient issus de la technologie des sociétés industrielles ou dérivés des artisanats traditionnels. Le téléphone portable, inventé aux Etats-Unis puis commercialisé au Japon, a rapidement été adopté par le monde entier.  D'où l'idée de consacrer une vitrine aux étuis de protection.

L'anorak, d'origine inuite, s'est peu à peu adapté à une demande diversifiée, tout en demeurant parallèlement une production vestimentaire artisanale des peuples de l'Arctique.
On pourra embarquer dans un bus sénégalais des années 60. Et je vous souhaite de pouvoir vous faire expliquer l'iconographie du véhicule. Tout fait sens. le nombre 25 sur la portière est le nombre de places. Le cheval fait référence aux courses hippiques. Le paon était dans un jardin présidentiel. On remarque des amulettes et des inscriptions destinées à protéger conducteur et passagers.
La yourte, entre tradition et modernité, habitation traditionnelle des peuples nomades des steppes d'Asie centrale, s'est adaptée à un mode de vie moderne. Elle est aujourd'hui transportée par camion et équipée de panneaux solaires, qui l'alimentent en énergie et permettent ainsi de la connecter au monde grâce à la parabole, la radio, la télévision.
Pourtant, en France, la yourte incarne un mode de vie simple, un retour à la nature, prisé par les amateurs de séjours alternatifs qui aspirent à fuir le monde industriel et sa société de consommation.

Le balcon des sciences
Il se déploie entre la Verrière de Davioud de 1878 refaite et l'Atrium qu'il surplombe. On y découvre les coulisses du musée-laboratoire à travers des vitrines et des objets à toucher. 
La première exposition thématique interroge sur les collections sous l'angle de l'éthique, du droit, des transferts ... en invitant à se demander si ces objets (ci-desous) ont leur place dans un tel musée. La section actualité est consacrée à la COP 21 en rapport avec la thématique du climat, justifiant la présence de l'ours Pompon.
Les anciens laboratoires ont réintégrés les murs après avoir travaillé pendant les six ans de la rénovation dans des bâtiments provisoires au Jardin des plantes. Il n'y aura plus de guerre de territoires entre les disciplines. De nouvelles sont d'ailleurs apparues comme la primatologie et l'ethnobiologie. Des chercheurs iront régulièrement au devant du public à cet endroit. Ils sont 150 à travailler pour le musée et partent régulièrement en mission.
A cet étage on peut aussi s'immerger dans la Chronique de la renaissance du musée, voir un film retraçant le chantier, qui a été mené par l'architecte Emmanuel Nebout.

Certaines photos sont saisissantes de l'ampleur des travaux comme cette comparaison avant-après de l'auditorium Jean Rouch :
Une bibliothèque et le Centre de recherche Germaine Tillion, panthéonisée cette année, complètent le tout, ainsi qu'un espace de restauration baptisé Lucy, en hommage à notre plus vieille ancêtre.
Le Musée de l’Homme est ouvert tous les jours, sauf le mardi,
de 10 h à 18 h, le mercredi jusqu’à 21 h.
12 place du Trocadéro, 75016 Paris
Fermé le mardi, 1er janvier et le 25 décembre.
L’évacuation des salles débute 30 minutes avant l’heure de fermeture.
Pour tous renseignements complémentaires :
01 44 05 72 72,
contact.mdh@mnhn.fr
L'ouvrage, "Une belle histoire de l'Homme" complète ou précède utilement la visite qui ne peut pas être exhaustive en une paire d'heures. Il a été mené sous la direction d’Evelyne Heyer, qui est la commissaire scientifique du musée, et est publié chez Flammarion. Chaque question et sa réponse sont traitées sur une double page, illustrée de photos et de schémas explicatifs. Les textes concis, accessibles à tous, nous aident à réfléchir, à mettre nos idées en perspective et nous ouvrent ainsi des horizons sur l’Homme et son devenir.

3 commentaires:

zarline a dit…

J'ai lu quelques articles sur la réouverture de ce musée que je n'ai encore jamais visité. Merci pour ton billet qui donne une très bonne idée de ce qui nous attend pendant la visite. Mais je t'avoue que je trouve l'ensemble un peu fourre-tout à première vue. Je tenterai peut-être la visite et ça fera probablement plus de sens sur place.

marie-claire a dit…

J'ai appris un terme au cours de cette visite : buissonnant, pour qualifier l'évolution de l'Homme. A te lire, il me semble que mon billet est lui aussi "buissonnant". On est loin de la linéarité habituelle de ce genre d'endroit. C'est riche, très riche .... Mais ça vaut le coup.

zarline a dit…

Ha ha ha, "buissonnant", joli terme ;-) Ce n'est en rien une critique de ton billet hein, ça me semble un bon reflet de ce musée construit autour d'une thématique aussi complexe que l'Homme. Promis, je tenterai le coup à l'occasion...

Messages les plus consultés