vendredi 7 avril 2017

Petit Éloge de la nuit avec Pierre Richard

Astrid Astier à démarré en écriture de manière exemplaire en recevant très vite plusieurs prix. Son Petit éloge de la nuit, publié en Folio Gallimard en 2014, est né de notes vagabondes, de nuits inspirées, de lectures et de dialogues croisés dont Gérald Garutti s'est emparé en les enrichissant de textes empruntés à Edgar Poe, Baudelaire, Guy de Maupassant, Desnos, Henry Miller, Neruda, Henri Michaux et Milan Kundera ... et quelques autres.

Un spectateur érudit les reconnaîtra mais leur connaissance n'est pas un préalable pour apprécier la soirée que Pierre Richard nous invite à passer en sa compagnie au Théâtre du Rond-Point.

La vraie question serait plutôt de se demander si le spectacle pourrait exister sans lui. D'évidence non. A tel point que les films projetés sur la toile de fond et dont il est l'unique personnage ne permettraient pas facilement qu'un autre acteur s'empare du texte.

L'acteur existe derrière les indications du metteur en scène. Avec ses longues enjambées, sa diction à peine hachée, la musicalité de ses intonations (il est juste dommage que l'ingénieur du son ait sonorisé sa voix qui aurait été plus agréable sans micro), tout ce qu'il a su conserver de sa maladresse de Pierrot lunaire.

La soirée est le résultat de cette alchimie particulière entre ces caractéristiques et une grande sophistication. Le risque était élevé de faire un coup, de plaquer des morceaux. Pourtant non, la célébrité de l'acteur n'a rien à voir avec le plaisir qu'on ressent. Pas davantage que la surprise de le découvrir dans un registre qui le sort des rôles de fantassin comique dans lesquels d'ailleurs il excellait.
L'homme est présent derrière l'acteur mais le comédien nous mène sur les chemins où il entreprend de nous perdre. C'est la longue route de la chorégraphe Marie-Agnès Gillot. C'est la montée des eaux d'un retour de marée au soleil couchant. C'est le souvenir (pour beaucoup d'entre nous un rappel de l'enfance) d'une Chanson douce, également connue sous le titre du Loup, la biche, le chevalier, interprétée par Henri Salvador depuis 1950. C'est la tension des paroles de La nuit je mens que Bashung chantait en 1998 et que Pierre Richard écoute, une coupe de champagne à la main, en fumant un cigare.

La mise en scène est résolument contemporaine, s'affranchissant d'un décor, mais ni de lumières, ni d'images qui sont projetées sur un écran en fonds de plateau. La caméra permet à l'acteur de se dédoubler en plan rapproché. Sur le carré en estrade, l'acteur tourne, vire, danse sur un air de Fats Waler, lève les bras au ciel, s'allonge, se redresse, scrute les spectateurs dans les yeux, les contraint à écouter aussi les silences.

On se souviendra de l'envahissement de l'espace, du sol au plafond, par des bulles noires et blanches de diverses tailles. C'est magique. De Cyrano aussi quand il se fit la nuit la plus noire du monde.
Si le rêve est l'aquarium de la nuit, le discours n'est pas pour autant philosophique, pas plus que didactique ou démonstratif. Les nuits sont juste multiples. Parfois intérieures. Toujours poétiques. Incarnées.

Nuits inspirées / Petit Éloge de la nuit de Ingrid Astier
Adaptation et mise en scène Gérald Garutti
Avec Pierre Richard
Danse filmée : Marie-Agnès Gillot
Création musicale et sonore : Laurent Petitgand
Scénographie et lumières : Éric Soyer
Vidéo : Renaud Rubiano
Réalisation des films : Pierre-Henri Gibert, Pauline Maillet, Gérald Garutti
Dramaturgie et assistanat à la réalisation : Zelda Bourquin
Théâtre du Rond-Point
Du 15 mars au 15 avril 2017
Photos Pauline Maillet

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