mercredi 21 février 2018

Les prix du brigadier 2017 (décernés en 2018)

Danielle Mathieu-Bouillon, Présidente de l'Association de la Régie Théâtrale, et Stéphane Hillel, Président de l'Association pour le Soutien du Théâtre Privé ont présidé la remise des Prix du Brigadier 2017, qui a eu lieu aujourd'hui au Théâtre Montparnasse, dirigé par Myriam Feune de Colombi, dans un morceau du décor du Lauréat.

La Présidente de l'ART a confié sa crainte quant au niveau des finances du fonds de soutien, redoutant que le ministère, comme la ville de Paris (dont l'adjoint au maire Bruno Juillard n'a pas pu venir cette année ... ce dont il s'est excusé dans un adorable texto lu à la salle). Son dynamisme a vite repris le dessus pour rappeler combien il était précieux de collecter des fonds qui permettent de conserver la mémoire du théâtre et s'est adressé à tous les présents : mes chéris ne jetez rien !

Le Brigadier est un prix modeste mais symboliquement puissant. Créé en 1960 il est la plus ancienne récompense accordée au théâtre. C'est la seule que Jean Anouilh accepta de recevoir.
Il est le bâton magique avec lequel frapper les trois coups annonce quelque chose d'autre en permettant la poésie du spectacle, de plus en plus essentielle à une époque où les gens ont les yeux rivés sur leurs écrans. Finalement le théâtre demeure un des rares endroits où les téléphones sont éteints et où une assemblée partage quelque chose d'unique, car aucune représentation ne ressemble à une autre.

L'an dernier, Catherine Hiegel, Anne Delbée et Michael Lonsdale. La première magicienne de cette oeuvre à recevoir le Prix pour 2017, est Dominique Valadié, pour son rôle dans Au but de Thomas Bernard, présenté au Poche Montparnasse.

Née en 1952 à Nice, la comédienne, qui a aussi une formation de danseuse, a suivi le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. Au théâtre, elle a travaillé aux côtés d’Antoine Vitez (où elle fut une Agnès mémorable), Daniel Benoin, Michel Didym et Alain Françon, notamment dans La Dame de chez Maxim’s (Molière de la meilleure actrice), et plus récemment Le Temps et la chambre de Botho Strauss. En 1993, elle devient professeur au CNSAD. Au cinéma, elle a joué sous la direction d’Agnès Jaoui, Benoît Jacquot, ou encore Bertrand Blier.
C'est une actrice qui peut "tout" faire, de la Môme Crevette à Hedda Gabler. Elle est venue spécialement d'Angers où elle est en répétition pour recevoir cette distinction des mains de Nicolas Vaude que j'avais beaucoup apprécié l'an dernier, dans Pour un oui ou pour un non, dans ce même théâtre (et qui est actuellement à l'affiche de La collection au Théâtre de Paris) où elle a joué Au but, et dont elle se réjouira qu'il sera honoré tout à l'heure, parce que c'est presque un cabaret où on a le plaisir de jouer très près d'un public particulier.
Un Brigadier d’honneur est remis à André Dussolier pour Novencento et l'ensemble de sa carrière. Né un 17 février à Annecy, étudiant en lettres, il monte à Paris à 23 ans. Ses parents, n'appartiennent pas à la "famille" du théâtre et sont probablement surpris de son 1er Prix de conservatoire (à égalité avec Francis Perrin) qui lui vaut d'être immédiatement engagé à la Comédie française, où il est remarqué par François Truffaut pour Une belle fille comme moi (avec Bernadette Lafont).

Sa carrière est une alternance entre théâtre et cinéma. Il a joué en 45 ans de carrière dans autant de pièces que de films, au moins 130 et a reçu 3 Césars. Ce sont des chiffres dont ses parents, fonctionnaires au Trésor public, auraient eu de quoi être fiers.
Il est classé numéro 4 au Top ten des acteurs préférés des français. Il avait préparé son petit compliment, rappelant le mot de Roland Dubillard en réponse aux acteurs qui ont le trac et le palpitant qui cogne à 160 : vous avez oublié votre parachute, tant mieux car alors vous ferez vos preuves.
Il nous promet de continuer ce métier aussi longtemps que durera sa vie, et ce fut un énorme plaisir que de le voir jouer un extrait des Diablogues, mimant à la perfection cette vieille actrice qui après avoir posé le pied gauche par terre, elle levait le pied droit, et hop, elle le posait devant le pied gauche. Et à ce moment-là, couic ! Au lieu de continuer à se servir de son pied droit, comme on s’y attendait n’est-ce pas, puisqu’elle avait commencé à remuer celui-là, il n’y a pas de raison pour qu’elle change. Eh ben non, elle laissait son pied droit par terre, et zioup, voilà son pied gauche qui s’envole, médusé on était.

Il fut fourmidiable, évidemment ... ! Il quitta la scène en souhaitant l'abolition de la frontière entre théâtre public (où est né Novecento) et privé.

Troisième et dernier brigadier pour le Théâtre de Poche-Montparnasse (75 boulevard du Montparnasse) et Philippe Tesson pour la qualité de sa programmation que j'avais surpris un peu plus tôt, dans sa pose habituelle, les lunettes sur le front, ne perdant pas une miette de la cérémonie depuis une baignoire.
Il est né en 1928 dans l'Aisne (comme mes grands-parents, je l'ignorais) et c'est en quelque sorte un beau cadeau d'anniversaire à cet homme dont l'énergie créatrice est passée par Combat, le Quotidien de Paris (et le Quotidien du Médecin qu'il fonda en 1971 avec sa femme Marie-Claude), les Critiques littéraires et j'en oublie forcément ... car il est quasiment partout.
C'est un critique de théâtre très précis et c'est aussi un  excellent programmateur. Alors que Myriam Feune de Colombi s'est déclarée grisée, charmée, émue et honorée de lui remettre ce prix, Philippe répond comme d'habitude en faisant une pirouette c'est tout ? Jamais je n'aurais cru me produire sur une scène de théâtre avec vous. On peut faire un petit Marivaux ...

Il a rendu hommage à Renée Delmas et Etienne Bierry qui ont animé le Poche de 1956 jusqu'en 2012, date à laquelle il a repris les lieux et entamé une série de travaux.
Je me souviens des confidences de ce couple extraordinaire que j'ai plusieurs fois rencontré, notamment à la Tempête. D'un endroit réputé pour être minuscule mais chargé d'histoire, Philippe Tesson a fait un théâtre avec deux salles, une petite et une autre, ... petite aussi, qui ouvrent le 15 janvier 2013. La programmation est audacieuse et de qualité. La direction est assurée par Stéphanie Tesson et Charlotte Rondelez.

L'homme est assurément très honoré de l'honneur qui lui est fait ... malgré les réserves entendues dans le sous-texte sur sa légitimité. Son discours mérite d'être retranscrit : ce n'est pas que je me mésestime, je suis très lucide à mon âge, mais je ne suis pas parfaitement à l'aise. J'ai toujours été un peu complexé devant vous qui appartenez à un monde auquel je n'ai pas accès, cette famille du théâtre, tellement unie comme vous aimez le dire, ça m'impressionne, je me sens batard.

J'étais à l'origine entrepreneur, c'es vrai, surtout journaliste (toujours indépendant d'un groupe de presse), un commentateur, un juge, et pire, un critique. En 15 ans au Canard Enchainé j'ai écrit conformément à l'esprit du journal. En 15 ans à l'Express j'ai écrit conformément aussi à l'esprit de l'hebdomadaire. En 25 ans au Figaro magazine, j'ai cultivé la non-conformité.

J'ai passé l'âge de la passion, de la justice  de l'indépendance aux autres. Cela fait donc 60 ans que je suis assis dans un fauteuil à vous regarder, vous écouter, vous admirer, vous juger, vous applaudir .... jusqu'à 3 à 4 fois par semaine. cela doit faire 12 000 pièces, et c'est absolument énorme. Je reçois donc le Brigadier du spectateur, moi l'imbécile heureux, le batard qui ne suis pas de la famille. Vous êtes des étoiles quand je suis le ver de terre même si nous respirons le même air. Ce brigadier d'honneur me légitime et me rend très heureux, moi qui aime infiniment le théâtre.

Et le plus satisfaisant est que j'incarne le Poche, qui fêtera bientôt les 5 ans non pas de sa restauration, mais d'un nouvel envol, après avoir présenté environ 150 pièces. Philippe Tesson a salué l'équipe dont personne n'est parti depuis la réouverture, égrenant les noms des collaborateurs, en profitant avec malice pour rappeler que Histoire du soldat (où le rôle du diable est tenu par le formidable Licinio Da Silva qui est aussi le responsable du bar-foyer) joue jusqu'au 15 mars. Il citera plus tard mademoiselle Julie et le Tour du théâtre de Christophe barbier.

On s'entend si bien au Poche qu'il n'est pas nécessaire d'y publier des notes de services. Tout peut y faire théâtre. Nous ne sommes pas adeptes de la catégorisation. Quel malheur d le diviser, même dans son statut. Le théâtre doit être le miroir le plus fidèle de l'abondance de la vie dans ce qu'elle a de poétique, rare, mystérieux, joyeux, banal ou pas, un point c'est tout.
Stéphanie l'a rejoint pour les saluts en n'omettant pas un petit mot pour les absents, sa maman marie-Claude et Etienne Bierry qui leur avait présenté le Poche comme une baraque, au fond de l'impasse de la liberté, ce que ce lieu magique est toujours.

Chaque théâtre l'est à sa manière. Celui que dirige Myriam tout autanti, avec au foyer les affiches des grands succès et les tableaux le représentant comme celui-ci, fidèle à ce qu'il est.
La nostalgie cohabite avec le progrès. J'ai remarqué dans le hall un distributeur automatique de captations de la COPAT qui entretiennent la mémoire du théâtre.

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