samedi 17 février 2018

Le petit Poilu illustré

Beaucoup d'enfants sont venus. Le premier rang leur est réservé. La représentation est très familiale et c'est réjouissant de constater que l'Histoire est un intérêt capable de remplir une salle. Peut-être aussi la réputation du Petit Poilu illustré y est pour beaucoup parce que franchement le spectacle mérite le Prix d'excellence.

Ferdinand (à gauche sur la photo) et Paul ont pour mission de revenir sur terre pour raconter la Grande Guerre (j'ai cru entendre le mot galère), celle de 14-18, en étant drôles.

Une force surnaturelle les fait redescendre sur terre, en costume d'époque, dans une chambre d'enfants encombrée de jouets ... qu'ils vont judicieusement utiliser pour mimer les actions les plus caractéristiques de cette catastrophe dont ils vont rappeler les chiffres accablants : 970 000 morts militaires, huit millions de civils, quarante si on inclut les blessés. Rien n'est comparable au séisme de cette Première Guerre mondiale.

On oublie trop l'ampleur de ces données. Il faut dire que la création du Mémorial de Falaise à la mémoire des victimes civiles de toutes les guerres n'a que deux ans d'existence.

Nos deux loustics ont fait du cabaret avant la guerre. Ils connaissent les ficelles pour faire rire, que ce soit le comique de répétition comme celui de la pantomine. Pour le moment ils commenceront en musique, l’un à la trompette, le second à l’accordéon avec une polka plutôt festive. C'est que nos soldats étaient partis joyeusement, avec la fleur au fusil pour certains, pour se mesurer aux Boches, comme on disait alors ... nos ennemis de l'époque. Ils font bien de le préciser.
Ils découpent l'histoire en chapitres dont le premier concerne les causes de la guerre. La vie était douce pour la population et l’époque heureuse à l’été 1914. Les deux compères se boxent dans le parc  pour enfants pour mimer les querelles entre les pays de la Triple Entente s'opposant contre ceux de la Triple Alliance puis cherchant une raison qui semblerait légitime pour déclarer la guerre (qu'ils se feront plus tard sur un plateau d'échecs avec des figurines). La jalousie autour de la possession de l’Alsace Lorraine est le prétexte et c’est une poupée qui représente symboliquement la région volée ou perdue selon qu’on adopte le point de vue de l’Allemagne, par le comédien en casque à pointe, ou celui de la France par celui qui porte haut-de-forme.
La mobilisation générale va offrir des mois de vacances gratuites nous dit un militaire avec un humour corrosif alors que retentit l'ouverture de l'opéra de Guillaume Tell. les soldats, joyeux d'en découdre avec l'ennemi entonnent avec enthousiasme la victoire en chantant. Ils partent en train en agitant les drapeaux.

On apprend ou on révise ce que l'on sait déjà : l'armement en fusil Lebel, robuste, fiable et précis mais qui pouvait avoir des enrayements s'il était mal utilisé. Et surtout l'équipement en pantalon rouge qui faisait des soldats des cibles idéales.

La vie n'est pas joyeuse sous 30 kg de paquetage à trimbaler sur 50 km. Pourtant la bataille de la Marne se déploie sur la musique d’Ivanohé. Entre le 45 et le 12 septembre 1914 on enregistre 256000 pertes allemandes, 227 000 du côté des forces françaises et 37 000 chez les britanniques que l’on oublie trop souvent. La France a "gagné" et je suis mort, dit Paul. Bien sûr puisqu'il portait un pantalon rouge. Les enfants parmi le public rient de cette bêtise purement "incroyable".

Ensuite ? ... On a creusé des tranchées, ... comme les allemands. La musique suit le mouvement. C'est le rap des terrassiers, qui témoigne de la difficulté de creuser dans la boue. Cherche son chat, qu'il appelle Mitzi ou Minou, selon le coté où il se trouve. Les petits chats sont morts ...

Les comédiens fredonnent Douce nuit (les enfants rient sans comprendre). Des voix se répondent, criant Joyeux Noël, proposant du chocolat. Les adultes savent que la trêve malheureusement n'aura pas l'aboutissement espéré. Le film de Christian Carion, sorti en 2005, le démontre douloureusement et devrait être au programme des collèges.

Les militaires, bien planqués loin du Front voulait gagner des batailles. La paix ne les intéressait pas. Joffre n'a pas apprécié. Il a exigé le barbelé dans le no man's land. la guerre s'éternise. Nous sommes tous condamnés, tous sacrifiés. Il faut aller plus vite, plus loin, plus fort.

L'émotion est palpable derrière les rires qui ne sont alors que des sourires. Le fil des évènements continue de se dérouler jusqu'aux adieux, sous le drapeau déployé. Le traité de paix est signé le 28 juin 19 à Versailles.

L'ultime message des deux poilus avant de réintégrer leur place au paradis sera : Ne nous oubliez pas, après avoir érigé leur monument (funéraire) à la gloire des poilus et joué un dernier air d'accordéon. Qui sait que le dernier combattant de cette grande et terrible guerre a disparu en 2011 ? Mon grand-père était l'un d'entre eux et il ne voulait jamais en parler. Le traumatisme était trop fort.
Le travail de mise en scène, d'éclairages (souvent astucieusement avec des spots bleu, blanc, rouge) ... tout est soigné, juste, émouvant sans être larmoyant, drôle sans verser dans le caustique ou l'irrévérencieux, faisant la juste palce à l'humain comme à l'absurde. C'est le seul spectacle jeune public labelisé et recommandé par la Mission du Centenaire de la Grande Guerre.
Ce petit bijou, facile à comprendre, rassemble un large public à partir de 7 ans. J'ai vu dans la salle de très jeunes lecteurs si passionnés qu'ils étaient venus avec leurs munitions pour tromper l'attente.
Après plus de 220 représentations à Paris et en province, le spectacle est installé au Lucernaire jusqu'au 24 mars 2018. Par chance une longue tournée est déjà annoncée sur le site de la compagnie.

Le petit Poilu illustré
La Grande Guerre racontée aux plus jeunes
D’Alexandre Letondeur
Mise en scène : Ned Grujic
Avec : Alexandre Letondeur et Romain Puyuelo
Mise en Lumière Mathilde Mottier et François Vila
Du 17 janvier au 24 mars, les mercredi et samedi à 14h30
Et pendant les vacances scolaires (du mardi 20 février au 4 mars) à 14h30 et les dimanche à 14h00
Au Théâtre du Lucernaire (salle rouge)
53 rue Notre-Dame des Champs - 75006 Paris

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)