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jeudi 12 juin 2025

Comment s'annonce le Festival d'Avignon …

(mise à jour le 26 juin 2025.
Je croyais avoir recensé toutes mes envies mais j'ai ajouté quatre à cinq spectacles)

Le festival d’Avignon s’annonce plus foisonnant que jamais avec cette année le strict alignement des dates pour les deux entités, le In et le Off du samedi 5 au samedi 26 juillet. Le Off annonce 57 évènements et 1729 spectacles dans 139 lieux et le In 300 représentations et plus de 400 rendez-vous, ce qui porte l’ensemble à plus de 2000.

Sans compter tout ce qui est proposé en parallèle tout au long des journées, débats, rencontres, soirées privées, assises, inaugurations et vernissages, concerts … avec l'ajout tout récent de 27 concerts qui investiront les théâtres les jours de relâche pour promouvoir 52 artistes émergents.

Pour ne donner qu’un exemple dans le Off, La Factory se déploie sur cinq lieux en intra muros, accueille soixante spectacles et sept événements en date unique pour célébrer ensemble, avec audace et sans concession, cette grande fête des arts vivants.

Tout en reconnaissant qu’en moyenne les salles ne sont remplies qu’à 50% la première semaine, les organisateurs estiment que c’est une chance pour le public mais on sait pourtant que trop de choix tue le choix. Et chaque année voit l’ouverture de nouveaux théâtres, plus de rencontres, bref un élargissement de l’offre alors que les festivaliers réduisent la durée de leur séjour en raison principalement des coûts des hébergements.

C’est un débat sans fin. D'autant que des professionnels affirment -et je les approuve- leur intention de demeurer dans un "artisanat artistique" sans verser dans l'industrie. Parmi les projets mis en place en 2025 il y a la création du village TADAMM destiné aux enfants et aux familles dans l'école Simone Weil avec des ateliers de médiation., l'ouverture d'un point de vente Ticket'Off, la carte Off à 2€ pour les 14-25 ans.

70 salles ont été labellisées sur la base d'un cahier des charges de bonnes pratiques professionnelles, témoignant là encore de la volonté de placer le public au coeur des préoccupations. Des soirées seront dédiées aux auteurs/trices. Et le développement international se poursuit.

Le Festival In invite une langue, l'arabe, le Off invite un pays, le Brésil. J’ai choisi avec humour une illustration mettant à l’honneur un des plats emblématiques de toute l'Amérique latine, l’empanada, ce petit chausson en pâte feuilletée, parfois en pâte à pain, farci de viande, de poisson, d'œuf, de pomme de terre ou d'autres ingrédients, selon les coutumes de chaque région et de chaque pays (c’est un péruvien sur la photo).

Même en restant 10 jours à raison de 4 spectacles quotidiens (ce qui représente un gros budget et une fatigue conséquente, surtout en période caniculaire), on ne verrait "que" 40 spectacles, …moins qu’une goutte d’eau. D’où la nécessité de préparer sa venue et d’où l’importance des recommandations.

J’ai balayé les programmations. Voici que j’ai déjà vu, et chroniqué, et que je recommande. Pour chacun j’ai indiqué le lien. Attention j’ai pu voir le spectacle dans un autre lieu que celui où il se jouera à Avignon et la distribution peut avoir changé, certains spectacles ayant plus de 4 ans mais restent des valeurs sûres.

Sachant combien il est difficile de s’y retrouver j’ai classé par horaire en mentionnant autant que possible le jour de relâche quand je le connaissais. Les nouveautés sont des spectacles programmés cette année pour la première fois au festival. Ils peuvent avoir été joué plus ou moins longtemps en région parisienne. Voici un florilège de plus de 70 spectacles sur lesquels je voulais attirer votre attention.

Parmi les dernières créations, jouées très peu de fois en avant-première parisienne, et auxquelles j’ai assisté en voici 10 que je recommande particulièrement :

Juste Irena, la bouleversante création de Cédric Revollon, à 10 h 50 relâches les mardis au Théâtre de l’Entrepôt -1 ter, boulevard Champfleury

Toutes les autres, texte Clotilde Cavaroc, mise en scène Elise Noiraud, avec Stéphane Hausauer et Kimiko Kitamura à 15 h 55 à l’Artéphile, relâche les dimanches. La pièce sera reprise du 5 au 28 octobre au Théâtre de Belleville à Paris.

Dans le silence des paumes, de et mis en scène par Florian Pâque, à 12 h 30 au Théâtre du Train bleu - Salle Maïf, relâche les vendredis 11 et 18 juillet, reprise ultérieurement au Maif Social Club

Cache-cache, le seule en scène de et avec Vanessa Aiffe-Ceccaldi à 19 h 05 au Petit chien, relâche mardi

Les dactylos, dans la formidable interprétation de Jérôme Rodriguez et Valentine Revel-Mouroz à 18h15 au Petit Louvre, 23 rue Saint-Agricol, relâche les mercredis

Le chant des lions dans l’excellente mise en scène de Charlotte Mazneff à 14h40 auThéâtre des Gémeaux - 10 rue du Vieux Sextier, relâches les mercredis

Madeleine Béjart, une femme libre avec la prodigieuse Isabelle Andreani à 11 h 45 à La Luna, relâche les vendredis 11 et 18 juillet

Opérapiécé Opus 2 pour l’immense plaisir de redécouvrir autant de morceaux musicaux d’opéra et de variété, admirablement interprétés par Marion Lépine et Aurore Bouston à 17 h 55 au théâtre Episcène d’Avignon à 17 h 55 (sauf lundis). A partir de 8 ans 

L'Homme Héron à 21h35 au Figuier Pourpre - Maison de la Poésie d'Avignon, pour allier poésie et politique en musique, relâche les jeudis

Happy apocalypse, la nouvelle pièce de Jean-Christophe Dollé qu'il met en scène avec Clotilde Morgiève à 22h35 au 11. Avignon, sauf les 11 et 18 juillet

Et puis l’exposition Les clés du festival à la Maison Jean Vilar

samedi 24 mai 2025

Madeleine Béjart, une femme libre, interprétée par Isabelle Andréani

Isabelle Andreani est une comédienne que je chéris. Xavier Lemaire est un metteur en scène que j’apprécie, tout autant que l’auteur Pierre Olivier Scotto. Tous trois travaillent régulièrement ensemble et j’aurais été désolée de manquer leur rendez-vous autour de Madeleine Béjart au festival d’Avignon cet été.

On se souvient évidemment de leur précédent succès, Un cœur simple (qui sera cet été encore à l'affiche de l'Ancien Carmel d'Avignon à 15 h 15)

Le Théâtre des Gémeaux parisiens a offert au public parisien l’occasion de découvrir Une femme libre en avant-première à travers trois représentations spécialement programmées dans le cadre de leur nouveau festival mettant en avant des Seul(e)s en scène. Une, que dis-je, deux séances de rattrapage restent possibles dans le cadre du Mois Molière à Versailles les 25 et 26 juin. Ce sera dans la Cour de la Grande Ecurie, en plein air, et forcément émouvantissime.

Madeleine Béjart, une femme libre raconte les sept derniers jours de Madeleine Béjart, première compagne de Molière, qui a été sa "mentor", sa muse, sa compagnonne de route, son ombre… Par son écriture Pierre Olivier Scotto (ci-dessous avec son fils, ce qui donne l'indication que le spectacle est accessible aux enfants, à partir de 12 ans) démontre combien elle fut une femme moderne, capable de s’aventurer sur des chemins qu’aucune femme de son époque n’a empruntés.

On découvre que Madeleine s'est occupé de tout/ Elle fut non seulement une interprète de génie, mais elle a écrit des vers, a inventé la mise en scène, et concevait les costumes. On découvre qu’elle construit, finance et dirige les comédiens et la troupe qui deviendra le Théâtre Français en 1680. C'est elle qui aura eu l’idée des Précieuses ridicules. À tel point qu’on a envie, quand le rideau se referme, de signer une pétition pour que la Comédie Française s’appelle la maison de Molière et de Madeleine Béjart !

La scénographie est simple, composée essentiellement d’accessoires. N’oublions pas que pendant le festival d’Avignon les artistes disposent de peu de place et surtout de peu de temps pour monter un décor. De toute façon, à l’origine, les comédiens ne disposaient pas de théâtre et jouaient sur des tréteaux.

Un fauteuil à cour adossé à une petite table évoque celui auquel on associe beaucoup de scènes interprétées par Molière. Le buste du maître est présent à jardin. Entre les deux une malle, telle que celles dans lesquelles depuis toujours on a transporté les costumes.

Isabelle Andreani m’a d’emblée conquise par ses éclats de rire dont la succession est digne de la tirade des nez de Cyrano.

J'ai lu que le spectacle était annoncé comme une confession. Ce n'est pas le terme qui me vient à l'esprit parce qu'elle n'a pas grand chose à se reprocher, bien au contraire. On comprend très vite -comme elle nous le souligne elle-même- qu'elle n'est pas une pleurnicheuse en se tournant vers nous comme pour nous livrer une confidence : Jean Baptiste me doit beaucoup. 

De fait, c'est bien cela car on quittera la salle en en sachant davantage sur cette femme que l'histoire n'a pas suffisamment retenue alors que son illustre partenaire a tiré grand honneur de leur compagnonnage. J'ai entendu dire d'ailleurs que la grande majorité de ses pièces n'étaient pas de sa plume mais de celle de Corneille. Il ne sera pas question de cela ce soir. Si sa mémoire est égratignée c'est sur un autre registre, plus personnel, bien que Madeleine ne soit pas dans la plainte. Et je me dis que s'il avait vécu à l'époque de #MeToo il n'aurait pas fait la carrière qu'il a eue.

Isabelle Andréani démontre, s'il le fallait qu'elle est une grande comédienne, et qu'elle maitrise l'art du rire car il est vrai que démarrer un spectacle par un rire est l’angoisse des comédiennes mais pas pour elle et elle nous en donne cinq exemples qui deviennent contagieux. La première fois qu'elle devra s'interrompre dans une quinte de toux on s'inquiète de découvrir un vrai souci de santé.

Elle n'a que 54 ans mais le compte à rebours est lancé. Il ne lui reste que 7 jours pour se livrer et lever le voile sur une vie de femme qui fut un océan de secrets.

Son père était huissier des eaux et forêts et sa mère propriétaire d’une échoppe de lingerie. On sent tout de suite que c'est une femme de tête. Malheureuse en ménage, elle n'hésita pas à batailler pour obtenir la séparation de corps et de biens. Superbe victoire et exemple manifeste à une époque où les femmes étaient empêchées.

La jeune fille grandira entre ce modèle d'autonomie et le conformisme (normal pour l'époque) d'un père qui l'offre à un homme âgé de 60 ans. Ç'aurait pu être un drame. Ce fut le début d'un épanouissement sexuel autant que sociétal par la fréquentation des salons littéraires mondains. L'homme sera son amant et son mentor (aucun doute que nous sommes loin de #Metoo). Ajoutez l'hypermnésie (et l'intelligence) et vous comprendrez l'agilité de Madeleine à devenir précieuse mais pas ridicule tout en demeurant courtisane sans culpabilité.

Son parcours interroge évidemment sur l'époque où la gente féminine était interdite d'écrire. Mais nullement de penser. Avec pertinence, sensibilité, est une certaine acuité dans ce qui peut advenir. C'est en tout cas la vision que Pierre Olivier Scotto nous invite à entendre sur Madeleine, ce qui ne l'empêche pas de brosser un très beau portrait d'homme à travers la figure du grand-père. Comme il est réjouissant d'entendre Isabelle (très bien dirigée par Xavier Lemaire) imiter la voix du vieillard prédisant : tu seras une grande tragédienne !

Elle rend grâce à la perspicacité de son aïeul tout en relatant la puissance de ses sentiments, estimant, en toute humilité, qu'elle lui doit d'être devenue Madeleine Béjart.
Mais aussi à Charles Dufresne qui lui apprit le jeu théâtral quand, au printemps 1645, la troupe de l'Illustre Théâtre ayant fait faillite, Molière et elle quittèrent Paris pour aller jouer dans l’ouest et le sud de la France au sein de la troupe de Dufresne.

On apprend tout ce que Molière lui doit alors que son comportement est odieux puisqu'il lui préfère Armande, qui n'est pas (ne serait pas) sa soeur mais sa fille. L'une ou l'autre option est tout autant désolante, surtout qu'Armande nous est décrit comme machiavélique.

Je ne veux pas renoncer au théâtre car ce serait n’avoir jamais existé. Le plus bouleversant est de revivre avec elle l'obligation de devoir rendre son rôle, ce qu'elle nous raconte tout en dégrafant sa robe, qu'elle range dans la malle, mettant à distance aussi le souvenir des coulisses du Théâtre du Marais qui l'a éblouie au premier regard. Comme je la comprends quand elle nous dit qu'elle n’en a jamais oublié l’odeur ! Il m’a fallu trois ans pour accepter de ne plus souffrir du manque de celle des coulisses du TNS après mon départ de Strasbourg.

Ce spectacle est une occasion de dire l'essentiel de la condition d'acteur. Un comédien ne dit pas je vais travailler mais je vais jouer. Il n'empêche que le trac ne tarit pas. Je suis comédienne depuis plus de trente ans et plus je joue plus j'appréhende la montagne de monter sur scène. On comprend la fonction d'apaisement que doivent jouer les loges qu'à juste titre Madeleine caractérise comme les petites alvéoles d’une ruche d’abeilles.

Madeleine restera une femme amoureuse qui pose régulièrement un regard attendri sur le buste de Poquelin. J’ai honte de l’aimer et cependant je l’aime, nous confie-t-elle. Mais elle sera aussi jusqu'au bout une femme libre, malgré un tempérament superstitieux qui la poussera à écrire une lettre à Dieu avant de mourir. Qui ne l'était pas à cette époque ? On le serait à moins quand on compare les dates respectives de leur décès : le 17 février 1672 pour elle et le 17 février 1673 pour lui, très exactement un an plus tard.

Il y aurait sans nul doute beaucoup d'autres choses à dire. L'auteur m'a confié avoir écrit un monologue de deux heures trente dans lequel il fallut couper abondamment. L'essentiel a été conservé. Il est un spectacle en hommage à deux immenses comédiennes, Madeleine Béjart autant qu'Isabelle Andreani qui nous éblouit jusqu'au bout dans une cascade de rires.
Madeleine Béjart, une femme libre, de Pierre Olivier Scotto
Interprétée par Isabelle Andréani
Mise en scène de Xavier Lemaire
Du 24 au 31 mai 2025
Au Théâtre des Gémeaux Parisiens - 15 rue du Retrait - 75020 Paris
Dans la Cour de la Grande Ecurie de Versailles les 25 et 26 juin 2025 à 20 h 30 (sachant que Un coeur simple y sera joué le 13 juin à 20 h 30)
A La Luna du 5 au 26 juillet 2025 (relâche les 11, 18 juillet) à 11 h 45 à pendant le festival d’Avignon
Le texte de la pièce a été publié chez l’Harmattan

jeudi 5 septembre 2024

RENTREE 42, Bienvenue les enfants

Toutes les rentrées ne sont pas équivalentes. Je me souviens de celle de Toussaint 2015 particulièrement tendue et angoissante après l’attentat du Bataclan et des journalistes de Charlie Hebdo à deux pas de la Comédie Bastille où a eu lieu ce soir la première parisienne de la dernière pièce de Pierre-Olivier Scotto (dont j'ai appris qu'il est fils d’instituteur) et Xavier Lemaire qui ont écrit ensemble pour la seconde fois.

Le spectacle RENTREE 42, Bienvenue les enfants est de saison mais on espère que les temps ont définitivement changé.

A cette époque les soit disants vacances s’achèvent fin septembre. Soit-disants car, pour beaucoup d’enfants, il fallait aider la famille à expédier les travaux agricoles et particulièrement les vendanges (qui avec le réchauffement climatique sont terminées aujourd’hui bien avant la fin septembre mais c’est une autre histoire). 

Ce ne sera qu’en 1959 que les grandes vacances seront déplacées dans leur ensemble de deux semaines : elles commenceront plus tôt (le 1er juillet) et finiront plus tôt (vers la mi-septembre). L’allongement du premier trimestre sera compensé par la libération de 4 jours à la Toussaint pour qu’il y ait une "petite coupure". Et maintenant que la rentrée s’effectue au 1er septembre, les vacances de Toussaint sont portées à deux semaines.

Revenons en 1942. La rentrée aura lieu le 2 octobre. C’est bien normal. Le 1er, les enseignantes se retrouvent et préparent leur classe. C’est toujours normal. Le décor est réaliste et nous sommes, spectateurs, placés en position d'élèves invisibles.

Monsieur Bastien (Dominique Thomas) chante Maurice Chevallier. La salle de classe va se réveiller de la trève estivale. Gisèle, la directrice (Anne Richard) efface "Au-revoir les enfants" du tableau noir et inscrit la date de demain, le 1er octobre 1942. Les vacances sont terminées et elle exprime sa nostalgie à propos de la maison et de son potager situés à Antony (92). On saura plus tard combien l’endroit compte pour elle.

Bien accueillir les élèves suppose de les connaître et de disposer de leurs noms, encore contrôlés aujourd’hui par les mairies pour ce qui est des écoles primaires. Et pourtant la directrice ne parvient pas à se faire remettre les listes. 

Il est prévu un peu plus de 120 filles (l’école ne sera mixte que dans les années 70) pour 4 maîtresses. Les classes seront chargées. Cela reste normal pour l’époque. Les enseignantes sont plus ou moins heureuses de se retrouver, masquant leurs émotions dues au contexte tragique général car la France reste en guerre. On est soulagé de savoir Pétain aux affaires car les combats ont cessé ou on est furieux de vivre dans un pays sous domination allemande. On s’accommode quand on a un père a la tête d’une chocolaterie. On se rebelle quand ses amis sont communistes. On s’affole quand on est fragile (incroyable Isabelle Andreani qui a inventé la gestuelle de Lucienne Tatillard). On essaie de maintenir l’ordre quand on est directrice d’école. On fait de son mieux pour aider quand on est le gardien de l’établissement mais on n’oublie pas la précédente … guerre où on a laissé un bras. 

Le premier acte installe l’ambiance, rappelle les privations dont on sent le poids et les petits bonheurs magiques comme la perspective de faire croire qu’on porte de vrais bas (avec couture apparente sur l’arrière de la jambe) ou le plaisir de savourer un vrai café qui déclenchera un soupir d'aise. On a appris à vivre rationné (savez-vous que faute de tissu on a créé la jupe crayon ?), y compris pour les fournitures scolaires, à l'exception de la craie. On enfile la blouse bleue réglementaire et rassemble le matériel parmi lequel figure le masque à gaz réglementaire. Radio Paris, peu informative, claironne que Cadum est le meilleur des savons. Tout se passe sous le portrait quasi lumineux du maréchal. On mesure la crainte oppressante de conséquences éventuelles si on n’appliquait pas fermement les principes de neutralité et de discrétion afférents à l’école publique. Lucienne joue la victimisation, se plaignant d’une poisse constante qui nous ferait croire qu'elle seule est frappée par le malheur, en l’occurrence le risque d’être mutée dans un bureau en cas de fermeture de classe pour manque d’effectifs. L'énergie qui se vit sur le plateau allège néanmoins l'atmosphère, surtout quand on ponctue ses plaintes d'adages qui font rire le public : Ne sois pas modeste, les autres le sont pour toi. Ou encore : Le silence est la seule chose en or que les femmes détestent.

La Marseillaise est interdite et la devise complète est devenue Travail-Famille-Patrie. Chacun exprime son aversion pour l’occupant, mais par petites touches, parfois comiques, quand les allemands sont comparés aux artichauts, un légume qui présente plus de déchet que de chair comestible. Au mur, les cartes reflètent la nouvelle géographie de la France coupée en deux par la ligne de démarcation entre le nord occupé et la France libre.

Ce qui ne sera pas normal ce sera la rareté des élèves qui vont se présenter le lendemain. Mais pourquoi ? Elles ne sont que 14 à se présenter au portail alors qu’elles sont 123 inscrites. Comment justifier 109 retardataires ? Le spectateur en apprend assez vite la raison mais je ne vais pas la dire ici. Je préciserai juste que le trouble grandit quand nous réalisons que nous sommes à quelques centaines de mètres du quartier où se trouvait l’école de cette histoire, l’école élémentaire des Hospitalières-Saint-Gervais au coeur du Marais.

Les programmes ont évolué. Les fondamentaux sont : moralisme, patriotisme et vie pratique. L’accent sera porté sur les travaux manuels à la demande du maréchal pour préparer les garçons à devenir artisans, les filles à être de bonnes maîtresses de maison. Le sport sera au centre des apprentissages. La venue du grand champion de tennis Jean Borotra est déjà annoncé. On cite Sarah Bernhardt comme exemple de volonté, élevée dans la misère et aujourd’hui artiste adulée dans le monde entier.

Les enseignantes ont du mal à se projeter. Le départ de leur collègue Rachel Meyer reste une douloureuse interrogation. On apprend que des écoles du IV°, du XI° et du XX° arrondissement seront fermées au retour des vacances de Noël. Et ce que je peux raconter c'est comment la directrice cherche une solution qui garantisse la survie de l’établissement. Par exemple en constituant une classe unique dans laquelle les institutrices se relayeront en appliquant la métaphore du lancer de ballon. Mais, comme le déplore Monique Ricou (Emilie Chevrillon) : Les gamines seraient-elles dans de très jolis camps de repos en Bavière ? Ça ne tourne pas rond dans l’carré d’l'hypothénuse. Il est temps de prendre des virages en ligne droite.

Ce qui est très réussi dans l’écriture c’est le tricotage entre la grande et la petite histoire. Il est savoureux de nous restituer l’épisode (hélas bien réel puisque 4115 élèves seront privés de rentrée scolaire en octobre 42) en le faisant vivre par le biais de femmes et d’hommes qui l’ont traversé. C’est l’occasion de secouer nos consciences. Rien n’est jamais acquis et l’horreur se répète au bout du monde, on le sait. 

Ce qui est très réussi c’est la distribution car les acteurs incarnent toutes les tendances de l’époque. Jusqu’au fonctionnaire d’état trop dévoué à sa hiérarchie, avec pour justification le fait que le ministère de l’Éducation nationale est occupé (du 25 février 1942 au 20 août 1944) par un fanatique de la collaboration, obsédé par l'ordre nazi, un certain Abel Bonnard, qui est une sorte d'anti Jules Ferry. Les comédiens se connaissent et sont amis dans la (vraie) vie. Leur cohésion de groupe s’en ressent.

Ce qui est très réussi et moins fréquent c’est d’avoir pensé à faire basculer la tragédie dans une sorte de comédie à l’italienne. Le perdant sera cet inspecteur de l’Education nationale (formidable Michel Laliberté dont le jeu évoquera souvent le comédien Michel Serrault) suite à quelques scènes fort jubilatoires. L’équipe fait acte de résistance et chacun s’y met, y compris la jeunette bourgeoise Fanny Lucet (Suzy Courcelle) qui semblait avoir des idées différentes au début de la pièce.

La fin ne console pas du drame mais elle ouvre sur l’espérance. On peut applaudir.
Ce spectacle qui passe du rire aux larmes en revenant sur le rire est utile et humaniste, surtout en temps de remise en cause de la démocratie. Parlons-en aux enfants et venons avec eux au théâtre !
RENTREE 42, Bienvenue les enfants de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire
Mise en scène de Xavier Lemaire
Avec Anne Richard  (la directrice Gisèle Blanc), Isabelle Andréani  (Lucienne Tatillard), Emilie Chevrillon (Monique Ricou), Fanny Lucet  (Suzy Courcelle), Dominique Thomas (le gardien Adolphe Bastien) et Michel Laliberté (l'inspecteur Monsieur Person)
Décors : Caroline Mexme - Lumières : Didier Brun - Musique : Phlippe Bozo - Costumes : Christine Vilers 
Du dimanche 08 septembre au dimanche 05 janvier 2025
Au Théâtre Comédie Bastille
5 rue Nicolas Appert - 75011 Paris - 01 48 07 52 07
Le texte de la pièce a été publié chez l’Harmattan

jeudi 23 novembre 2023

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée est typiquement le spectacle dont on ne peut faire que des compliments.

Le texte et l’interprétation sont très justes. Les costumes élégants. Même si nous sommes davantage dans une cave que dans un grenier les vieilles pierres de ce cadre naturel composent un décor qui convient à merveille.

La pièce d’Alfred de Musset est intemporelle puisque le thème est la naissance du sentiment amoureux et sa déclaration.

Le seul bémol serait peut-être sa brièveté mais l’équipe artistique a trouvé une parade en demandant à Isabelle Andréani de créer une brève « comédie- proverbe » dans son contexte le plus intime en regardant l’auteur par le trou d’une serrure, comme une petite souris...

Après s’être plongée dans le secret de sa vie, tumultueuse et mouvementée, elle a imaginé que ses deux serviteurs pourraient témoigner de son quotidien, de ses tourments, de ses amours et leur a accordé le droit de commenter ses œuvres. Comme l’explique le cocher, quand on fait ce métier on attend beaucoup, ce qui laisse du temps pour lire. Ainsi, au fil de ses découvertes avec la servante il va découvrit qu’il ont une passion commune pour les livres, les poèmes et les pièces d’Alfred de Musset. Ils pourront même donner, à travers certains extraits de ses écrits, tout l’éventail de son style. Et nous assisterons aux prémices de leur connivence alors qu’ils font un décryptage croustillant des amours de leur patron avec Georges Sand. 

Placée en « lever de rideau », La clef du grenier d’Alfred nous donne les éléments de compréhension de l’œuvre de l’écrivain en révélant certains de ses secrets... avant d’enchaîner avec la pièce proprement dite.
À Paris, en septembre 1851, la servante et le nouveau cocher de la maison pénètrent dans le grenier d’Alfred de Musset pour récupérer les harnais du coche... C’est alors qu’ils découvrent des textes inédits et le récit d’anecdotes piquantes qui vont bientôt les conduire à jouer eux-mêmes Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée et progressivement se déclarer de façon singulière leur amour...
Il y a beaucoup de fantaisie dans cette pièce qui procure sans nul doute un grand plaisir aux deux comédiens. Leur connivence est savoureuses. Les dialogues sont une suite de réparties souvent très drôles.  Les batailles de mots s’enchaînent. Avec de jolies trouvailles comme celle consistant à cacher une déclaration d’amour en la découpant en morceaux de manière à ce qu’elle n’apparaisse que si on pense, par exemple, à ne lire qu’une phrase sur deux.

S’il est nécessaire que le public accourt à la création d’un spectacle il est bon également qu’il songe à venir (aussi) plus tard. Car il ne faut jamais arrêter de parler du théâtre. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée n’en est pas à sa première saison et elle n’a rien perdu de sa fraicheur. C’est l’apanage des valeurs sûres.
La clef du grenier d’Alfred d’Isabelle Andreani
Suivi de  Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset 
Mise en scène de Xavier Lemaire  
Avec Agathe Quelquejay et Michel Laliberté 
Au théâtre Essaion - 6, rue Pierre-au-Lard - 75004 Paris
Jusqu’au 09 janvier 2024
Les mardis à 19h15
Relâche le 26 décembre
Une pièce accessible à partir de 12 ans

mercredi 14 juin 2023

Mes recommandations pour Avignon 2023

Je n’ai pas reçu cette année la programmation du If et je ne l’ai pas cherchée parce qu’il est peu probable que j’aille en Avignon cet été.

Je vais concentrer mes recommandations sur le In et le Off et ce sera déjà énorme.

Commençons par le In dont les « grands » spectacles sont donnés dans la cour d’honneur du Palais des papes. Voilà pourquoi j’illustre cet article par ce tableau peint en 1900 par Paul Signac, que j’ai récemment découvert au Musée d’Orsay.

L’exposition de Christophe Raynaud de Lage reste accessible et je vous encourage à aller la voir à la Maison Jean Vilar.

Le bleu est cette année la couleur du In, si bien qu’avec les trois clés toujours rouge et le fond blanc du papier nous sommes sous les auspices du drapeau national.

Comme j’aurais aimé programmé dans mon agenda :

Welfare mis en scène par Julie Deliquet dans la cour d’honneur (et revoir à cette occasion la comédienne Evelyne Didi que j’ai vue jouer sur cette même scène quand j’étais attachée de presse du Théâtre national de Strasbourg).

Retourner dans la carrière Boulbon (encore un souvenir !) pour Le jardin des délices par Philippe Quesne. C’est une chance que Arte en ait prévu la captation.

J’avais très envie de découvrir Carte noire nommée désir de Rébecca Chaillon au lycée Aubanel parce qu’on m’a beaucoup parlé d’elle, à tel point que ma curiosité est attisée.

La Maison Tellier & Friends pour Emily Loizeau à l’Opéra Grand Avignon

Et bien entendu By Heart de Tiago Rodrigues dans la Cour d’honneur. Ainsi que Dans la mesure de l’impossible, également deTiago Rodrigues, qui sera programmé à 16h à l’Opéra Grand Avignon suite à l’annulation du spectacle Les Émigrants de Krystian Lupa.
Passons donc maintenant au Off qui, encore cette année, approche les 1600 propositions comme je le notais après la conférence de presse de lancement.

Je donnerai d'abord mes coups de coeur, les spectacles que je serais prêtes à défendre envers et contre tous, parce que je les ai déjà vus, appréciés, et chroniqués (donc les liens bleus conduisent vers mes publications), en les classant par horaire, du plus tôt au plus tardif, car je sais ô combien ce critère est essentiel pour organiser sa journée.

Je n’ai sans doute pas tout noté et pourtant, même en restant dix jours, vous ne pourrez pas voir toutes mes recommandations, ne serait-ce que parce que les horaires se chevauchent, et que beaucoup ont choisi le mercredi comme jour de relâche. Il serait donc stupide d’en donner plus encore mais bien entendu ma sélection n’est pas limitative.

samedi 3 juin 2023

Braconniers d’Eric Bouvron

Le Mois Molière a été lancé jeudi soir par François de Mazières, maire de Versailles, avec la nouvelle création d'un habitué des lieux, Eric Bouvron qui présentait Braconniers dans la cour de la Grande Ecurie, avenue Rockfeller.

Le metteur en scène est connu pour ses succès avec Les Cavaliers, Molière du meilleur spectacle privé en 2018, et Lawrence l'année dernière, poursuit dans le registre de l'épopée situant la nouvelle en Afrique subsaharienne, loin de l’Afrique que nous connaissons  celle du Roi Lion, de Out of Africa ou de Tarzan.

De fait, il a écrit une sorte de road movie- thriller psychologique où, même si le thème du braconnage est bien entendu au coeur de l'histoire il est aussi question de solidarité familiale, d'honneur, de vengeance, et d'interrogation en terme de pardon.

L'écriture est puissance avec des actions qui s'enchaînent sans répit. Chaque scène est chorégraphiée dans un rythme soutenu. Le décor est réduit à sa plus simple expression, ce qui est parfait pour stimuler l'imagination. Il suffit de quelques caisses de bière pour installer l'atmosphère et permettre un bruitage ingénieux. IL faut voir ce que les comédiens parviennent à suggérer avec deux bouteilles de bière vides et une roue de cariole. Le jeu est nerveux, abondamment mimé, ce qui contribue à détendre l'atmosphère et faire entrer progressivement le spectateur dans le monde impitoyable du braconnage. La musique est omniprésente et participe à l'avancée de la résolution de l'intrigue.

On en a une image caricaturale de gros revenus, qui est justifiée par le prix exorbitant de la vente de l'ivoire, même si celle-ci n'est "que de la kératine" comme dit Paul Wright (Yannis Baraban). Mais on oublie que pour des africains qui vivent dans une zone où l'eau courante n'existe pas, cela représente l'opportunité de financer une pompe à eau au village.

Suite à l'abattage atroce de Princesse, une femelle rhinocéros sur le point de mettre bas, Paul éleva le bébé Humba dont il prend soin dans sa réserve privée. Mais quand celui-ci est tué à son tour, il est saisi d'une rage inconsidérée. L'opinion du public va osciller entre le parti de Paul et celui d'un autre homme de son âge,  James Ngobo (Jean-Erns Marie-Louise) qui est à la recherche de son fils Lindelani (Francis Bolela). La fille de Paul, Cynthia (Aurélia Poirier) arbitrera le débat. 
Eric Bouvron ayant grandi en Afrique du Sud, il est légitime pour nous faire toucher du doigt l'ensemble des problématiques, y compris l'exploitation de la nature locale au sein de lodges pour un tourisme haut de gamme et exigeant.
Meurtre ou légitime défense ? On ne pourra que s'incliner face au choc des cultures et des destins. Le bilan est tragique malgré les sursauts d'humour qui émaillent la soirée, apportant de salutaires respirations et témoignant qu'il n'y a sans doute pas de réponse toute faite à ces problématiques dont on pourrait avoir envie de débattre en bord de scène après la représentation.
Braconniers d’Eric Bouvron en co-écriture avec Benjamin Penamaria
Mise en scène, chorégraphie et scénographie d’Éric Bouvron assisté d’Elena Michielin
Composition musicale et sound design : Romain Trouillet
Création costumes : Nadège Bulfay
Création lumière : Romain Titinsnaider
Avec : Yannis Baraban, Jean-Erns Marie-Louise, Mexianu Medenou ou Francis Bolela (en alternance) et Aurélia Poirier.
Deux musiciens en live : Marie-Anne Favreau, Christophe Charrier et Raphaël Maillet (en alternance)
Les 1er et 2 juin 2023 à 20h30 aux Grandes Écuries de Versailles (78)
Du 7 au 26 juillet 2023 à 21h30 au Théâtre des Halles (relâche les jeudis 13 et 20 juillet) dans le cadre du Festival d'Avignon Off.
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Le mois Molière (toute la programmation est ici) dans le cadre duquel a eu lieu cette création est une très belle proposition de la Ville de Versailles qui s'adresse à tous les publics à travers une programmation très variée, qui résulte de choix assumés par François de Mazières qui n'a pas oublié ses années en tant qu'adjoint à la culture et qui maitrise parfaitement le sujet.

Il a raison d'avoir la volonté de forger un "festival" qui ait une identité, et qui ne soit pas un théâtre de stars (même s'il accueille des artistes de grande renommée) dans une logique de la détection des talents et l'envie de créer des affinités, dans une mission d’ouverture et d’éducation populaire en direction de tous les publics, y compris ceux des trois quartiers moins favorisés, et quand bien même le château draine le monde entier. Voilà pourquoi les places sont au tarif (symbolique) de 2 € seulement.

Il fait le pari que le public validera ses choix. Pour ma part, tout est attirant, même ce que je ne connais pas. Je peux néanmoins recommander les spectacles que j'ai déjà vus et appréciés et/ou les artistes dont je suis le travail comme :

- Richard III pour la mise en scène (et l’interprétation de William Mesguich) les 7 et 8 juin
- Rentrée 42-Bienvenue les enfants pour la création de Xavier Lemaire et l’interprétation (entre autres) d’Isabelle Andreani les 9 et 10 juin
- Le journal d’un fou pour la création de Ronan Rivière les 13 et 19 juin
- Les lauriers rose de Sidi Bel Abbés pour le thème de Roméo et Juliette en Algérie les 14 et 17 juin
- Dolores pour la mise en scène de Virginie Lemoine le 15 juin à paris d'une histoire vraie

Et bien entendu Cyrano pour l’interprétation formidable de Iana-Serena De Freitas, Louisa Decq et Mathilde Guêtré-Rguieg le 23 juin
Lorsque Françoise parait pour la mise en scène d’Eric Bu et l’interprétation (entre autres) de Sophie Forte le 29 juin
Monsieur Motobécane pour Bernard Crombey les 12 et 20 juin
Conseil de classe pour Geoffrey Rouge-Carassat le 22 juin
Les Contes de Grimm pour le cadre du Potager du Roi et pour Stéphanie Tesson les 10, 11, 17 et 18 juin

vendredi 8 juillet 2022

Madame Ming adaptée et mise en scène par Xavier Lemaire à Théâtre Actuel (Avignon 2022)

Changement de décor à 15 h 30 avec Madame Ming, interprétée par la sensationnelle Isabelle Andreani, qu’on jurerait être née en Chine.

Eric-Emmanuel Schmitt, adapté et mis en scène par Xavier Lemaire, nous fait prendre les affabulations de cette dame-pipi pour des lanternes, et nous fait croire en l’existence de ses dix enfants qu’elle n’a jamais eues.

Je ne spoile rien, l'information est contenue dans le titre de l'oeuvre originale, Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus.
Un homme d’affaires travaillant en Chine, rencontre à chacun de ses déplacements, au Grand Hôtel de Yunaï, une dame-pipi nommée Madame Ming. Elle va lui révéler qu’elle a eu dix enfants ! Mensonge ou réalité dans un pays qui n’autorise qu’un enfant unique ? Le récit de la vie de Mme Ming sera l’occasion pour cet homme d’affaire d’une exploration intime de sa vie personnelle et de son rapport à la Chine et à la pensée de Confucius.
C'est d'ailleurs une excellente idée que de faire venir sur scène les enfants sous forme de marionnettes et leur création par Pascale Blaison est remarquable.
La Chine est un secret plus qu'un pays. On reconnait la plume malicieuse de l'auteur. Avoir une fille c'est labourer le champ du voisin. Chacun de ses aphorismes fait rire le public.
Benjamin Egner perd la tête à entendre le violon et à devoir négocier avec des marionnettes quasi vivantes dans un décor évoquant une pagode. La famille peut être un univers cruel mais la tendresse n’est jamais feinte.
L'album de la violoniste Elsa Moati est proposé à la sortie.

Madame Ming d'après Eric-Emmanuel Schmitt.
Adaptée et mise en scène par Xavier Lemaire
Avec Isabelle Andréani, Benjamin Egner, Pascale Blaison, Elsa Moatti
Décors de Caroline Mexme
Costumes de Virginie H
Lumières de Didier Brun
Création musicale de Elsa Moatti
Création marionnettes de Pascale Blaison

Spectacle vu le Vendredi 8 juillet 2022 à Théâtre Actuel. Article rédigé après mon retour, à partir de mes notes et des publications faites chaque jour sur la page Facebook À bride abattue, rendant compte des spectacles vus la veille, aussi bien dans le In, que le Off ou le If. Les meilleures photos de la journée étaient publiées sur mon compte Facebook Marie-Claire Poirier peu après dans la matinée.

Reprise parisienne au Théâtre Rive Gauche à partir du 25 janvier 2023

vendredi 1 avril 2022

Nominations de la Cérémonie des Molières 2022

La 33 ème Cérémonie des Molières 2022 aura lieu le 30 mai prochain, à 21 heures en léger différé de trente minutes, et sera retransmise sur France 3, depuis les Folies-Bergère, comme les fois précédentes.

J’aurais pu me satisfaire de découvrir la liste des Nominations sur le site de l’association mais l‘entendre de la bouche de Hugues Leforestier et de Gaëlle Billaut-Danno offre davantage de suspense. Et surtout, il était intéressant de constater les surprises et les acquiescements des personnes présentes à la conférence de presse.

Étant donné le nombre de spectacles éligibles (malgré les contraintes de nombre de représentations) et le fait que chaque catégorie (sauf trois exceptions) ne comprend que 4 nominés il est logique que les déceptions soient nombreuses, allant même jusqu’à provoquer dans la salle des réactions assez fortes.

Il était nécessaire de rappeler que la liste est le résultat du vote des membres de l’académie qui, au nombre de près de 2400 représentent au mieux l’ensemble des professions du théâtre et choisissent souverainement comme l'a précisé Jean-Marc Dumontet, un président très heureux d'annoncer la reprise et un retour à la vie théâtrale qui s'est produit avec une intensité forte.
Chaque spectacle éligible disposait de la possibilité de publier une bande-annonce sur le site de l'Académie et donc de renseigner au mieux les votants qui n'ont évidemment pas la possibilité de tout voir. J’ai beau aller beaucoup au théâtre je n’ai évidemment pas tout vu. Je vais essayer de rattraper quelques lacunes d’ici le 30 et j’ajouterai les liens vers les chroniques supplémentaires que je ferai ensuite.

Il faut parfois s'armer de patience et ne pas désespérer. Ainsi Maxime Taffanel que j’avais applaudi fortement au festival d’Avignon en 2018 aura finalement attendu 4 ans avant de passer la barre des nominations.

A noter que je n’ai pas détaillé le même spectacle à chaque fois dès lors qu’il était nominé dans plusieurs catégories. Et je n’ai également ajouté le lien vers ma chronique qu’une seule fois.

La cérémonie de cette "nuit" rebaptisée 400 ème en hommage à l'anniversaire de la naissance de Molière sera présentée pour la seconde fois par Alex Vizorek qui, d'ailleurs, est lui-même nominé. Il nous a annoncé d'ores et déjà qu'il travaillait à des surprises pour célébrer ce grand homme de théâtre et qu'il espérait des remettants "gourmands" de venir distribuer les statuettes.

Le record d'Alexis Michalik qui remporta 5 statuettes en 2017 pour Edmond pourrait être réédité mais par Comme il vous plaira. A signaler qu'il en collectionne déjà 13 et que ce n'est sans doute pas fini … puisque sa pièce, Les producteurs est nominé 4 fois, à égalité avec Avant la retraite, Les Gros patinent bien et Berlin-Berlin. Plusieurs sont en lice aussi pour les Trophées de la Comédie musicale qui eux aussi reprennent.

Michel Field, le patron de France 3, annonça pour sa part la programmation d'une pièce de théâtre en prime time toute la semaine de la cérémonie.
Molière du Seul/e en scène :
Le Champ des possibles - Elise, chapitre 3 d'Élise Noiraud
Mise en scène Élise Noiraud Compagnie 28

Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet avec Philippe Caubère
Mise en scène Philippe Caubère pour La Comédie Nouvelle

La Métamorphose des cigognes de et avec Marc Arnaud
Mise en scène Benjamin Guillard à La Scala et au Théâtre Comédie Odéon

La Promesse de l’aube de Romain Gary, avec Franck Desmedt
Mise en scène Stéphane Laporte et Dominique Scheer au Théâtre Le Lucernaire

mardi 25 février 2020

Colors, le spectacle culte d'Esteban Perroy à la Pépinière Théâtre

(mise à jour le 9 mai 2020)

On dit que c'est un spectacle-culte et on a raison.

Tenir l'affiche pendant douze ans chaque dimanche soir à 21 heures sans avoir recours à un texte du répertoire, et avec une distribution fluctuante, chapeau !

Après le Gymnase, le Casino de Paris et le Théâtre Michel, Colors est désormais bien installé sur la scène de la Pépinière Théâtre et a déjà diverti et fait rire plus de 100 000 spectateurs. La troupe compte bien reprendre à la rentrée de septembre 2020 ... ou un peu plus tard.

Les règles sont constantes. Le maitre de cérémonie est toujours Esteban Perroy, directeur de l'école française d'improvisation théâtrale, alias Mister Purple, facilement reconnaissable à sa chemise violette. Il partage la scène avec au moins quatre comédiens qui sont identifiés eux (et elles) aussi par la couleur de leur vêtement. Un invité extraordinaire est habillé de blanc et joue le jeu de s'intégrer au groupe un peu au débotté. Ils (elles) sont environ 500 à avoir relevé le défi.

Parmi eux Gregori Baquet, Thierry Beccaro, Liane Foly, Sophie Forte, Virginie Lemoine, William Mesguich, Patrick De Valette des Chiche Capon ... Le soir de ma venue c'était Xavier Lemaire, comédien, metteur en scène, que j'avais souvent applaudi sur scène, plutôt dans un registre dramatique d'ailleurs.

Si vous connaissez, pas besoin d'aller plus loin. Vous êtes forcément acquis. Si ce n'est pas le cas je vous raconterai juste que dans la file d'attente on vous sollicitera pour proposer des sujets aux comédiens, sou forme d'une expression, d'un titre de film, d'une question, ... il n'y a aucune limite à votre propre imagination. Et si vous croyez que vous réussirez à les piéger ... et bien essayez !

Tous les petits papiers seront pliés en quatre et rassemblés dans un aquarium dans lequel, plus tard, on puisera les thèmes sur lesquels les comédiens devront improviser en temps réel. Cela se fait en deux temps. D'abord chacun "pitchera" sa proposition et ensuite on en retiendra une qui sera développée.

Dimanche dernier il y eut les verrues plantaires, le tango, faire les boutiques, la Joconde... des indications apparemment impossible à traiter comme "pourvu qu’elle soit douce", et "le côté de la biscotte", et puis aussi un thème qui devait plutôt concerner les comédiens : vendre sa pièce au festival d’Avignon. Nous ignorions alors que le prochain festival n'aurait pas lieu !

Ils sont tous admirables et l'invité particulièrement puisqu'à de rares exceptions il n'a pas cette habitude. Improviser ne s'improvise pas. C'est un immense travail qui repose sur la confiance et l'écoute. Ce soir là ils en ont tous fait la démonstration et le public n'a pas senti le moindre temps mort. je suis certaine que c'est tout le temps le cas même s'il y a certainement des moments plus forts que les autres.

Aucun ne tire la couverture à lui. Chacun a son moment de "gloire". C'est tout le "secret" de l'attention que le metteur en scène porte à son équipe. Sans se départir d'une grande bienveillance il pousse les comédiens à aller plus loin et le cas échéant il infléchit les registres. Le public lui-même est très vite complice. On en sort tous dopés.

Il ne faut pas oublier le rôle de la musique, jouée en direct, qui adoucit ou pimente, c'est selon.

En avant-programme, on découvre quelques élèves, improvisateurs amateurs, de l'école créée par Esteban Perroy et qui font un peu office de chauffeurs de salle à partir des contraintes que les spectateurs leur fixent. Cette disposition offre au public la possibilité d'entrer en salle jusqu'à 21h30 mais il me semble important d'arriver néanmoins à l'heure car il est essentiel pour ces élèves dont certains font leurs premiers pas sous les lumières de ne pas jouer devant des rangées clairsemées.

Colors, créé et mis en scène par Esteban Perroy avec la complicité de Franck Porquiet
Création lumières : Antho Floyd
Avec en alternance : Prisca Demarez, Guano, Alexandra Bialy, David Garel, Camille Giry, Bastien Jacquemart, Ars Dankar, Mathilde Bourbin, Pablo Rey, Julien Tréfeu, Batiste de Oliveira, Guillaume Beaujolais, Aurélia Coulin, Franck Porquiet, Julia Marras, Etienne Huon, Nicolas Perruchon, Flavie le Boucher, Antonia de Rendinger, Esteban Perroy, Erwan Le Guen (violoncelle), Jérôme Klur (guitare), Eric Le Guen (piano), Kordian Hérétynski (violon)
Théâtre La Pépinière - 7 rue Louis Le Grand - 75002 Paris
Tél. : 01 42 61 44 16
Dimanche 21h30, première partie dès 21h.
Plus de renseignements sur http://www.colorsimpro.com

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Si vous voulez en apprendre davantage sur Esteban Perroy et sur la manière dont il traverse le confinement je vous invite à écouter l'interview qu'il m'a accordée pour Needradio, programmée à l'antenne le jeudi 7 mai, et qui est accessible en podcast ici.

Vous remarquerez combien il est resté ultra actif depuis le début de la crise, tout en respectant le confinement. Sa vision de la "réponse collective que les artistes peuvent donner à notre monde qui saigne" est très intéressante et témoigne de sa profonde humanité.

samedi 20 avril 2019

Un coeur simple de Flaubert, adapté et interprété par Isabelle Andréani

(mise à jour 6 Mars 2020)

Avec quelle sensibilité Isabelle Andréani interprète Un coeur simple ! Il n'y a rien de trop autour d'elle pour distraire le regard du spectateur qui n'a d'yeux que pour cette femme modeste, si touchante car si authentique, une "bonne" comme on disait à l'époque.

La scénographie est épurée et extrêmement efficace pour suggérer d'une part la maison qui avait intérieurement des différences de niveau qui faisaient trébucher et cette Normandie profonde où, au siècle dernier, vécut Félicité. Elle va partager avec nous ses bonheurs tout simples, ses espoirs, ses détresses aussi et on la suivra jusqu'à son dernier souffle.

Rien d'étonnant à ce que la comédienne soit nominée Molières pour ce seul(e) en scène qu'il ne faut pas manquer (les trois autres sont également de très haut niveau, empêchant de faire un pronostic).

En tout cas, ce Coeur simple est un très grand moment de théâtre qui par chance pour vous, si vous ne l'avez pas encore découvert, depuis sa création au Théâtre La Luna dans le cadre du Festival d’Avignon 2018, est prolongé pour la troisième fois, jusqu'au 30 juin 2019, au Poche Montparnasse.

La salle du sous-sol est en configuration cabaret avec des chaises de bistro rouges et des tables noires qui ne m'ont pas semblé incongrues. J'avais l'impression d'être dans un de ces troquets normands où Guy de Maupassant aurait pu s'attabler (je sais que l'auteur du texte est Flaubert) ... et puis, c'est assez pratique de pouvoir poser mon carnet pour prendre des notes.

Shubert joue le String Quartet n°14 In D Minor. Isabelle Andréani accroche notre regard. Elle est immédiatement sympathique. On se sent proche d'elle malgré la distance historique. Elle annonce qu'elle attend la cinquantaine mais elle semble sans âge et nous ne sommes pas surpris de l'entendre dire qu'à vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante.

Elle remonte le fil de sa vie chronologiquement. Quand elle évoque le bal de ses dix-huit ans l'émotion du personnage renforce cet accent normand qui appuie sur les "a". Elle tombera amoureuse d'un jeune homme d’apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes appuyés sur une charrette.

Il l'invite danser, lui offre cidre, café, galette, et surtout un foulard qu'elle secoue sous nos yeux. La comédienne mime le garçon tirait sur sa pipe tout en parlant. L'idylle commence, cahotante car la jeune fille est méfiante. Pas assez puisque pour se garantir de la conscription, le fameux Théodore épousera une vieille femme très riche, Mme Lehoussais, de Toucques.

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