Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.
Affichage des articles triés par date pour la requête vins de Virginie. Trier par pertinence Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par date pour la requête vins de Virginie. Trier par pertinence Afficher tous les articles

jeudi 26 mars 2026

Tentative de bilan de Wine Paris 2026

(article mis à jour le 30 mai 2026)
Wine Paris est le principal salon international consacré au commerce du vin et des spiritueux qui attire plus de 60 000 visiteurs du monde entier (155 pays) et présente plus de 6 000 exposants de 60 pays.

On y vient pour rencontrer des producteurs, déguster, bien sûr, mais en toute modération puisque l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, assister à des tables-rondes, suivre des master-class et débats réunissant experts, décideurs et institutionnels … en navigant entre les trois espaces, trois univers dans un même lieu : Wine Paris (vins), Be Spirits (spiritueux) et Be No (boissons sans alcool) qui est désormais un des laboratoires de Wine Paris pour répondre aux mutations des consommateurs et aux nouvelles tendances du marché.

Du 9 au 11 février 2026, plus de 63 500 professionnels venus de 169 pays ont arpenté les différents halls de la Porte de Versailles à la rencontre de plus de 6 500 exposants issus de 63 pays. Par rapport à 2025, l’événement affiche une croissance d’environ 20 % de la fréquentation et avec dorénavant une majorité de visiteurs internationaux.

Pour sa septième édition, Wine Paris, autrefois Vinexpo (qui était bisannuel), s’est confirmé comme l’un des événements incontournables du secteur vinicole mondial malgré la crise traversée par de nombreuses appellations. Il s’est également affirmé comme un lieu de réflexion et d’influence sur les grandes thématiques qui traversent la filière — durabilité, géopolitique, innovations et stratégies de marché.

Bien que déployé sur trois jours (et deux soirées, off) l'évènement ne permet pas d'être suivi dans son intégralité. J'ignore ce quelles rendez-vous représentent quantitativement mais ils ont été riches d'un point de vue qualitatif comme en témoigne la série d'articles qui a été générée :


Je pourrais mentionner aussi Deux accords mets-vin avec le Sauvignon de King Family car c'est un vin que j'avais goûté sur une autre édition de Wine Paris. Et il faut savoir qu'il me reste plusieurs accords mets-vins à réaliser sachant que d'autres viendront dans les semaines à venir.
Ainsi je consacrerai des articles détaillés sur le Consorzio Conegliano Valdobbiadene Prosecco Superiore DOCG en démontrant que le cépage utilisé, le Glera, peut être travaillé de façon extraordinaire. Et un accord met-vin avec la "Cuvée 0" Valdobbiadene DOCG 2024 extra brut.
Sans oublier le Champagne Edouard Duval Noir d'Eulalie. et aussi un vin effervescent sans alcool pour lequel je me suis enthousiasmée, le Sparkling Tea.
J'ai proposé plusieurs accords mets-vin avec le très étonnant Thirsty Owl Wine Co. Diamond 2024 des Finger Lakes et avec aussi deux vins tchèques, le Veltiner de Gurdau, et un Pinot noir.
La France ne sera pas en reste avec la nouvelle cuvée l'Aubin de Vidal-Fleury, l’Étoile 2020 Sélection - Domaine Jean Luc Mouillard  (Jura), mais aussi une cuvée de Mas de Libian … qui n'est pas encore embouteillée.

Comme quoi Wine Paris a donc des retombées bien au-delà des journées à la Porte de Versailles.

lundi 9 février 2026

Connaissez-vous les whiskys de Virginie ?

J'ai été invitée à participer à l’étape parisienne des Virginia Cocktail Games. C'était une opportunité pour découvrir quelques whiskys de l’État de Virginie. Et j'étais d'autant plus intéressée qu'il y a deux ans c'était les vins de cet Etat qui avaient été mis à l'honneur sur Wine Paris.

Cet Etat compte plus de 100 distilleries qui y produisent des spiritueux d’exception en petites séries : whiskey, bourbon, rye, vodka, gin, rhum et autres créations innovantes.

Elles sont réputées pour leurs méthodes artisanales, et l’influence marquée de leur terroir et de leur climat. Je me demandais comment cela se traduisait en termes d'arômes et de saveurs. Bien entendu en toute modération, sachant que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, selon la formulation française. La mise en garde est différente aux USA. J'ai lu sur une bouteille que la consommation d'alcool n'était pas recommandée aux femmes enceintes "selon les avis médicaux" …

Un concours de cocktails, réunissant cinq mixologues parisiens et cinq producteurs de spiritueux de Virginie, était programmé pour célébrer la créativité, la collaboration et les liens historiques entre la France et le berceau des spiritueux américains.

La soirée se déroulait aujourd'hui sous l'égide de l'ambassade des Etats-Unis et en début de soirée dans le cadre prestigieux de l’Hôtel de Talleyrand que j'avais eu l'occasion de me rendre il y a quelques années pour une présentation concernant le pamplemousse de Floride. Je me souvenais particulièrement de ce splendide plafond qui surplombe un escalier impressionnant.

Chaque duo devait créer un cocktail original inspiré de cette relation transatlantique, et nous avons été invités à voter pour le cocktail qui avait notre préférence. Le gagnant a remporté un voyage en Virginie (USA) plus tard cette année, pour explorer les plus de 400 ans d’histoire de la distillation de l’État, visiter des distilleries locales et découvrir tout ce que la Virginie a à offrir.

Très franchement chaque création était intéressante, pensée en cohérence avec l'histoire de la distillerie ou de la région, ou des relations entre la France et les Etats-unis. J'aimerais vous en dire l'essentiel mais n'ayant pas eu de dossier de presse et ne trouvant nulle part les recettes (y compris sur les réseaux sociaux soit disant réputés pour leur réactivité) je n'ai que mes souvenirs pour vous en parler. Je mettrai cet article à jour si je réussis à en savoir davantage.

La première chose qui m'a intéressée et qui a motivé ma venue c'était d'apprendre que l'histoire du whisky en Amérique commence en Virginie, au début du XVII° siècle, quand un colon du nom de George Thorpe distilla du moût de maïs à la plantation Berkeley, créant ainsi l'un des premiers whiskies à base de maïs du Nouveau Monde. Cette première expérience a jeté les bases de ce qui allait devenir le style de whisky typiquement américain que nous connaissons aujourd'hui : le bourbon.

Et à ce propos savez-vous ce qu'est exactement un bourbon ? Certes un whisky, mais tout whisky n'est pas un bourbon. La dénomination est soumise à des exigences légales strictes et principalement : être produit aux États-Unis (on croit à tort que seul le Kentucky peut en produire), être composé au moins avec 51 % de maïs dans le moût, avoir vieilli dans des fûts de chêne neufs et carbonisés, ne contenir aucun arôme ni colorant ajouté.

En terme de saveur un bourbon est doux, riche, présentant des notes de vanille, de caramel et de toffee, ce qui de mon point de vue, plaiderait pour une dégustation simple "on the rocks" (et alors des pierres en granit de manière à ne pas introduire d'eau dans le verre). Il n'empêche que c'est un cocktail composé à partir de bourbon qui remporta le challenge.

Je les présente dans l'ordre de dégustation. Eliott Naud du Shake n'Smash (87 rue de Turbigo, 75003 Paris) a élaboré une proposition très originale, en s'inspirant de l'époque de la Prohibition. Il a choisi de présenter son cocktail "Tea for Two" dans une tasse, pour tromper l'interdiction, et a voulu rendre hommage à Ella Fitzgerald, née en avril 1917 à Newport News (donc en Virginie) buvant son whisky bourbon on the rocks… en fredonnant Good morning heartache (bonjour chagrin d'amour) … peut-être un Catoctin Creek puisque c'est la distillerie qu'il a retenue.

Il a associé un shot de framboise fait maison, un caramel, du romarin fumé et une touche de solution saline.
Fondée en 2009 par Becky et Scott Harris, Catoctin Creek est la première distillerie légale du comté de Loudoun depuis la fin de la Prohibition. Située à Purcellville, en Virginie, au cœur de la vallée de Loudoun, elle perpétue la tradition du whisky américain en produisant le whisky le plus primé de Virginie : le Roundstone Rye !

"Catoctin" (prononcer Ka-toc-tinne) est un nom régional, dérivé du nom tribal indien "Kittocton", qui, selon la légende, signifiait "lieu des nombreux cerfs". Il désigne une chaîne de montagnes et le ruisseau du même nom qui serpente pittoresquement près de la distillerie avant de se jeter dans le Potomac et le bassin versant de la baie de Chesapeake.

Fidèles à une philosophie "du grain au verre", on y brasse, fermente, distille et fait vieillir tous les spiritueux sur place, en utilisant des céréales et des fruits locaux, exempts de pesticides et d'additifs chimiques, pour garantir pureté et saveur. Utilisant du seigle 100 % local – souvent un assemblage de quatre variétés différentes pour une complexité accrue –, ils élaborent des spiritueux d'une qualité et d'une pureté exceptionnelles dans un authentique alambic en cuivre. Leurs whiskies ne sont jamais filtrés à froid, ce qui permet à chaque bouteille de révéler tout son caractère et témoigne d'un souci du détail remarquable.
Ensuite ce fut Mattéo Daroso de L'Ours (8 Rue de Paradis, 75010 Paris) qui avait revisité le traditionnel Julep en laissant le shaker de côté. La version la plus célèbre est le mint julep à base de bourbon et de menthe, ayant inspiré le mojito.

dimanche 11 janvier 2026

Deux accords mets-vin avec le Sauvignon de King Family

J'avais découvert il y a deux ans le potentiel des vins de Virginie à l'occasion d'un dîner à l'ambassade des Etats-unis au cours duquel j'avais fait connaissance avec Matthieu Finot (de King Family Vineyards) et avec sa femme Erin.

Il est né à Crozes Hermitage dans une famille de viticulteurs et d'amateurs de vin, et était prédisposé à poursuivre dans ce secteur. Il étudia d'abord la viticulture et l'œnologie à Beaune. Diplômé en 1995, il a travaillé dans la Vallée du Rhône, Bordeaux, la Bourgogne, la Provence et le Jura. Puis en Italie et en Afrique du Sud avant de s'installer en Virginie en 2003 et a rejoint en 2007 l'équipe de King Family Vineyards (créé en 1998). 

Chez King Family, il travaille avec différents terroirs à Turk Mountain Vineyards, qu'il gère actuellement, et il est associé avec son frère pour établir et développer le Domaine Finot dans deux régions de France.

Matthieu Finot m'a raconté l'histoire de la vigne en Virginie dans ses grandes lignes. Ses étés chauds et humides peuvent représenter un défi pour la viticulture, et ce n’est que depuis vingt ans que l’industrie a développé son statut de nouveauté. Mais son histoire viticole remonte à l'ère coloniale quand l'Acte 12 obligeait les colons de Virginie à planter des vignes. Thomas Jefferson, un des premiers présidents américains, fit beaucoup à l’époque pour développer la culture. Il ne connut malheureusement pas un grand succès, car la plupart des vignes plantées furent touchées par les maladies, mais les bases de la viticulture en Virginie étaient établies. 

Le Sauvignon Blanc qu'il élève en Virginie présente une complexité nuancée, une acidité vive et des caractéristiques d'agrumes prononcées. Il ne fait aucun doute que le vigneron a été inspiré par les vins blancs de la vallée de la Loire. C'est un vin polyvalent qui s'accordera avec différents mets et qui continuera à bien vieillir en bouteille pendant plusieurs années.

On remarquera combien l'étiquette de la bouteille est sobre et élégante.

J'avais profité de la session 2025 de Wine Paris pour regoûter ce vin dont j'avais apprécié la richesse de sa texture, "creemy texture" comme dit son éleveur. Je me suis promis de faire une association personnelle mets-vin avec lui, en toute modération puisque l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, et qu'il convient de consommer avec modération.

C'est désormais chose faite avec deux propositions : une tarte au potimarron qui pourrait être servie pour fêter Thanksgiving en version végétarienne. Et une choucroute de la mer.
Pour réaliser une tarte au potimarron :

Je rappelle qu'il est très facile de aire soi-même la pâte avec 75 grammes de margarine et 170 de farine (j’ai pris aujourd’hui de la T65 bio). J’ai ajouté un peu de gingembre en poudre, une pincée de sel, une grosse cuillère à soupe d’huile d’olive, autant d’eau. Après malaxage j’ai laissé reposer une heure au réfrigérateur (très important) après avoir filmé au contact.

J’ai fait revenir deux gros oignons, ai ajouté du thym, un peu de vinaigre balsamique, et les ai faits réduire. Pendant ce temps le potimarron a cuit à la vapeur (5 minutes en cocotte minute) en gardant partiellement la peau puisqu'elle est comestible. J'ai mixé la chair avec la peau restante avec du curry, du poivre et quatre cuillerées de crème fraiche.

J'ai placé une feuille de papier sulfurisé dans un moule ronds à bords hauts, posé la pâte, piqué le fond à la fourchette, disposé les oignons, puis la préparation de potimarron. Mon astuce si la pâte est trop fragile pour être placée facilement dans le moule : je la travaille sur la feuille de papier sulfurisé que je n'ai ensuite qu'à soulever et disposer dans le moule.

Cuisson 30 minutes à 180°.

mercredi 19 février 2025

Wine Paris 2025

Les années précédentes je n’avais passé qu’une journée sur Wine Paris.

Si quelques heures permettent de faire beaucoup de choses c’est insuffisant pour combiner les découvertes de nouveaux domaines, avec des entretiens avec ceux qu’on connait déjà (et dont je tiens à suivre les nouveautés), quelques discussions avec les amis et connaissances qui sont sur le salon eux aussi, d’assister à disons deux master-class, de participer à une dégustation collective et, comme si ce n’était pas déjà suffisant, d’accepter de se rendre aux soirées privées, ce qui est avouons-le, très agréable, et qui plus est instructif. Bien entendu en consommant avec modération.

Compte tenu de ces paramètres j’ai opté pour cette édition de venir chacun des trois jours, en programmant des temps de pause. Et je ne regrette pas, même si j’ai dû faire l’impasse sur des régions entières (comme l’Alsace à mon grand regret, mais j’ai longuement parlé de ses vins dans le passé) parce que Wine Paris est immense.

Je suis heureuse d'avoir pu participer à une master-class passionnante, dirigée par Victor Ulrichdirecteur France Riedel intitulée L'expérience des verres de vin Riedel qui démontre combien le contenant est déterminant dans l'appréciation du breuvage.

Egalement cette autre, sur l'association entre Comté et les vins du Jura animée par Philippe Troussard MOF 2015 Sommelier des Caudalies qui m'a fait regretter de ne pas connaitre davantage les vins de sa région. Je poursuivrai la découverte à la prochaine occasion.
Par contre je ne me suis pas attardée cette année dans l’espace Be Spirits parce qu’il faut faire des choix. J’ai néanmoins été voir qui était présent en matière de Tequila ou Mezcal puisque mes séjours réguliers au Mexique m’en apprennent chaque fois davantage sur l’alcool fait à partir de l’agave.

De toute la gamme de Mezcal Sentir, créée en 2016 à Oaxaca, j'ai préféré le Tepeztate, très aromatique et bien équilibrée, avec des saveurs fruitées, florales et minéralesavant une finale légèrement huileuse avec des nuances de réglisse.
La 1800 serait la troisième tequila la plus vendue dans le monde, en toute logique puisqu’elle est produite par l’énorme groupe Jose Cuervo dont j'ai d'ailleurs visité les installations lorsque j'étais à Tequila. Sa couleur provient du temps de conservation en fûts de chêne américains et français. La Cristalino, limpide, a presque un goût sucré, évoquant la guimauve, peu commun pour cette boisson.

Si je ne demande jamais combien vaut une bouteille avant dégustation (car je ne veux pas être influencée et ce n’est pas l’étiquette que j’achète mais le contenu) je suis de plus en plus sensible au juste prix. Quand un domaine travaille en bio, présente d’excellents vins et les commercialisent en dessous de 10 euros j’ai vraiment envie de le féliciter et de l’aider à se faire connaître. Je ne mentionnerai pas les prix mais j’en tiens compte.

Sans entrer dans les détails on peut tout de même signaler que le raisin de champagne s’achète 7 à 8 euros le kilo et qu’il faut entre 1,2 et 1,5 kilo pour obtenir le volume d’une bouteille. Sans compter le prix de tout le travail et de l’emballage. Il est donc inimaginable d’acheter un champagne de qualité en-dessous d’un certain prix, d’où le succès des mousseux de type Proseco dont le raisin s’achète à 40 centimes le kilo.

Je voudrais pointer quelque chose dont personne ne parle, à savoir l'importance de la relation qui s’établit (ou pas) avec celui qui présente le vin, force la dégustation (vous l’interrogez sur un nom de domaine, il ne l’a pas mais va insister lourdement pour vous détourner de votre objectif), ou confond votre passage avec une master-class (imposant de déguster 5 ou 6 bouteilles avant de vous servir le vin pour lequel vous êtes venue). Il y a de ce fait des rencontres qui confortent ou bouleversent l’opinion que l’on a d’un terroir ou d’une appellation et d’autres qui sont de vraies catastrophes.

Etant le roi des vins je vais commencer par "le" -que dis-je, "les"- champagnes pour lesquels plus de 300 maisons de champagne, vignerons et coopératives étaient attendus. Autant dire qu’il y a de quoi être … noyée. J’en ai sagement retenu 4. La Maison Thomas Cheurlin pour la découverte, Konrat pour la spécificité de leur positionnement, Chassenay d’Arce pour leur admirable travail en coopérative, Charpentier par fidélité et pour la typicité de leurs propositions. 
La Maison Thomas Cheurlin est installée à Celles-sur-Ource, sur la Côte des Bars, pas très loin de la ville de Troyes. C’est une belle histoire familiale, Thomas Cheurlin ayant repris le domaine en 2000 après ses parents. Il a voulu créer une marque accessible à tous mais qui parlerait aux professionnels, principalement destinée au réseau CHR-cavistes et tous les amateurs de vin.

Il est ressorti des discussions préalables avec les ministères et ambassades clientes de la Maison que la présence d’un cordon bleu-blanc-rouge, à l’instar de la collerette des MOF serait un signe distinctif très fort. Voilà pourquoi elle apparaît sur les bouteilles. On remarquera aussi une étoile évoquant la rose des vents qui fait lien avec l’histoire du vignoble quand la mer s’est retirée il y a 80 millions d’années en arrière.

Thomas a vite intégré le fait qu'il pouvait y avoir confusion avec leur marque premium, Comte de Cheurlin, que vous connaissez peut-être. Voilà comment est née la marque Champagne Vaucelle qui est le nom de la plus petite parcelle du domaine et qui signifie vallon en vieux pâtois champenois. Il l'a voulue à son image et à sa philosophie, celle d'élaborer des champagnes authentiques, proches de leurs terroirs, tout en gardant les traditions familiales. Cette marque est riche de 6 cuvées, dont une éphémère et une prestige.

Terre Natale (à gauche) est un 100% Pinot noir, dont le côté nacré au breuvage est lié au sol jurassique coquillier. Il sera proposé sur une viande, un gigot ou une pintade en sauce.

Terre de Nuances (à droite) est annoncé Blanc vrai, qui est le terme champenois pour désigner le Pinot blanc. Il accompagnera un poisson, par exemple un bar.
Konrat est une "petite" maison de Chatillon-sur-Marne, dans la vallée d’Epernay, dirigée par un couple très impliqué dans tout le processus avec qui j’avais fait connaissance au dernier Salon du fromage et des Produits laitiers à l’occasion d’une dégustation croisée fromages-champagnes.

Ils proposent des champagnes très particuliers en ultra petite production comme ce Millésime 2018 dont il n’existe que 418 bouteilles, vendues dans un coffret de chêne (à un prix qui intègre le temps du vieillissement) et qui pourra encore être conservé dix ans. S’il existe en caves des cuvées 2018 et 2019 les vignerons savent déjà qu’il n’y aura pas de millésimes 21, 22, 23 ni 24.

Cet extra-brut est obtenu à majorité de Chardonnay pour 70 % complété de Pinot noir et de Meunier. Son élevage s’est effectué à 70% en fûts de chêne, 20% en cuves inox, et 10% en amphores.

Il présente un nez gourmand de brioche et de pralines, avec à l'aération des notes d'agrumes mûrs que l’on retrouve en bouche avec une franche attaque et une finale texturée sur des notes boisées. S’il ne fallait retenir qu’un mot pour le caractériser ce serait celui de velours. Il accompagnera de toute évidence les poissons fumés mais aussi un vieux comté.

Des soirées sont organisées en parallèle de Wine Paris pour des clients privilégiés et/ou des journalistes. C'est avec une grande joie que j'ai participé à la troisième Chassenay Party, qui donne l'occasion de déguster des cuvées très particulières (et non commercialisées) choisies par le directeur Manuel Hénon. Je me souviendrai longtemps de ce millésime 2000 au goût de miel et à la saveur de cire en fin de bouche.

Il y a des chiffres qui méritent d’être rappelés. La Maison de Vignerons, Champagne Chassenay d'Arce, créée en 1956, rassemble 130 familles de vignerons exploitant 315 hectares de vignoble étendus sur 16 villages. Leurs cuvées sont présentes dans le circuit traditionnel en France et dans une trentaine de pays à l’export.

mardi 13 février 2024

Wine Paris & Vinexpo Paris février 2024

(mise à jour mars 2024)
Cette nouvelle édition affirme Winexpo comme le premier grand rendez-vous de l’année, avec 36 334 visiteurs venus de 42 pays différents en 2023. Ils seront 41 250 visiteurs (dont 35% d’internationaux hors France) venus de 50 pays cette année. Côté exposants, leur nombre passe de 3300 à 4000. Il y aura même eu un off avec 200 établissements offrant expériences singulières et soirées spéciales. 

Certes, le monde du vin et des spiritueux doit affronter moults soucis à commencer par le dérèglement climatique. Les vagues de chaleur peuvent entraîner une maturation précoce des raisins causant une teneur en sucre trop élevée et une acidité insuffisante. L’excès de pluie provoquera des maladies fongiques et à l’inverse le manque de précipitations impliquera un stress hydrique affectant la quantité récoltée. D’autres aléas sont à craindre. Les viticulteurs élaborent donc des modifications dans leurs pratiques, un autre choix de cépages et le recours à des technologies de gestion des risques. 

Sur le plan géopolitique, ce sont le Brexit, les droits de douane punitifs, diverses contraintes économiques et des changements de législation (par exemple seuls les producteurs russes auront le droit au mot champagne pour désigner un vin à bulles).

Ajoutons les contraintes de durabilité, de réduction de l’empreinte carbone, les exigences de RSE (un exemple appliqué au salon avec la récupération de 5000 litres de liquides des crachoirs et des bouteilles entamées pour être distillés et rentrer dans la composition de biocarburant).

Enfin les nouvelles attentes des consommateurs sont parfois diamétralement opposées. On observe  une tendance hédoniste de super premium (je l'ai constatée avec les whiskys)et un souhait de No/Low (certes pas par tous) signifiant abstinence et/ou modération dont 44% des personnes se déclarant auraient entre 18 et 25 ans. Partout dans le monde on demande des vins moins alcoolisés et on remarque le développement de nouveaux concepts de bars sans alcool.

On m’en a proposé plusieurs ces derniers temps (comme Savage qui s'apprête à lancer trois saveurs différentes, destinées à l'heure de l'apéritif et des tapas) mais je n’y avais pas encore perçu un vrai mouvement. Citons en France Le Petit Béret et French Bloom que j'ai découvert au moment des fêtes de Noël dans un grand magasin et qui m'a étonnée par la finesse de ses bulles.

Le métier de sobrelier équivalent du sommelier mais dans le monde du sans alcool est en plein essor. Je dois prochainement en rencontrer un qui s'est spécialisé dans la création de cocktails inspirés par de célèbres compositions.
L’Italie le plus vieux pays producteur de vins au monde et compte 400 cépages autorisés en appellation. Quoiqu’ayant perdu sa place de premier producteur de vin il était invité d'honneur. Les vins du nouveau monde progressent, notamment ceux de Nouvelle-Zélande, d’Australie … et de l’Etat de Virginie dont c’est la première participation.

Le marché des spiritueux explose, ce qui profite notamment au mezcal, à la tequila et au saké. Je n’ai pas testé, faute de temps (et aussi par raison) l’infinité Bar qui tout le long de ses 40 mètres accueille 20 bars à cocktails de renom avec l’ambition de proposer 60 créations de haute volée.

Le présent article fera le point sur les stands que j'ai visités en spiritueux, en vins, puis de quelques producteurs internationaux, américains et mexicains. Evidemment ce n'est qu'une infime partie du salon et chaque dégustation eut lieu en toute modération. Une journée à Vinexpo ne permet déjà pas de voir tous les exposants que j'avais prévu de visiter. Mais j'ai fait de nouvelles découvertes et c'est l'essentiel dans une manifestation comme celle-là. Voici donc ce que j'ai retenu de cette édition de février 2024.
Commençons par les Hauts-de-France chez T.O.S. Distillerie dont l'héritage du savoir-faire des brasseurs a conduit l'équipe a concevoir des spiritueux en s'engageant dans la vie de leur région dont ils privilégient les approvisionnements locaux pour confectionner leurs produits.

Ils ont distillé leur premier whisky en novembre 2017 sous le nom d'Artesia, un orge pur malt élevé majoritairement en barriques de bourbon de première utilisation qui lui confèrent des arômes de vanille et de pain toasté.

Quatre autres composent aujourd'hui la gamme, 100% orge, orge maltée ou seigle, veillis en barrique de bourbon, de porto ou même de sherry.
 
C'est le Whisky Artesia, Fût Noir Char #3, qui a ma préférence. Après un vieillissement initial en fûts de bourbon, il subit une seconde maturation en fûts de chêne américain. Ces fûts sont soumis à un brûlage intense, atteignant un niveau d'intensité 3, conférant au whisky une finale intense de vanille caramélisée.

lundi 12 février 2024

La Virginie va compter dans l’univers du vin

Les vins de Virginie ne sont pas encore distribués en France. Ils se situent, d’après les œnologues, à mi-chemin entre l'Europe et la Californie parce qu’ils sont puissants et structurés, aromatiques, expressifs et magnifiquement équilibrés, alliant la subtilité de l'ancien monde à l'audace du nouveau.

Ce n’est pas une parole rapportée que je vous confie mais le résultat d’une dégustation magnifiquement organisée ce soir à l’ambassade des États-Unis par Madame l’ambassadrice Denise Campbell Bauer en compagnie de plusieurs viticulteurs qui participaient pour la première fois à Vinexpo Wine Paris dont je vous parlerai demain en partageant les découvertes que j’y ai faites.

Avant de vous raconter quels furent les accords mets-vins de ce dîner donné en l'honneur de l'héritage vinicole de la Virginie, je voudrais rappeler que l'établissement est installé dans l'hôtel de Pontalba au 41, rue du Faubourg-Saint-Honoré dans le 8e arrondissement de Paris.

Il fut construit entre 1842 et 1855 par les architectes français Louis Visconti et Antoine Vivenel sur commande de la baronne de la Nouvelle-Orléans, et femme d'affaires américaine d’origine espagnole, Michaela Almonester de Pontalba, dont l’immense portrait orne le salon éponyme.

Cet hôtel particulier se présente comme un mélange des styles Louis XIV et Louis XVI. Elevé de trois étages sur le jardin, il se compose d’un élégant corps de logis classique encadré d’ailes très saillantes. Les fenêtres sont en plein cintre au rez-de-chaussée et rectangulaires à l’étage.

Des pilastres encadrent chaque fenêtre. A l’intérieur, le baron de Rothschild, célèbre amateur d'art et mécène, qui l'occupa après la baronne de Pontalba fit aménager un escalier majestueux, un salon octogonal et une salle de bal couverte de boiseries sculptées de scènes de La Fontaine qui par la suite ont été léguées au musée d’Israël à Jérusalem. Les boiseries actuelles sont donc des copies.

Pendant la Seconde guerre mondiale, l’hôtel de Pontalba devint le quartier général de la Luftwaffe et d’Hermann Göring. En 1948, la demeure est rachetée par les Etats-Unis. Depuis 1972, elle sert de résidence à l’ambassadeur des Etats-Unis et le président des Etats-Unis y a sa propre chambre.

Nous étions une soixantaine d’invités à cette soirée à laquelle nous avons d'abord été conviés dans la Salle de signatures aux boiseries en plâtre provenant de l’hôtel Biron à déguster un verre de bulles virginiennes Brut Vintage 2016 de King Family Vineyards pour laisser le temps à tous d’arriver et faire connaissance.

Ce vin pétillant 100% Chardonnay était fort bien choisi pour lancer la soirée avec élégance. Les bulles sont très fines comme on les apprécie en France et le nez évoque le litchi. On pourrait croire qu'il s'agit d'un champagne. Aucun doute que ce domaine sait travailler, pour preuve la qualité de leur Sauvignon blanc que j'apprécierai plus tard. 

Pour le moment l'occasion nous est donnée d’admirer la vue sur la Tour Eiffel depuis le grand Salon Samuel Bernard, très bien éclairé par un lustre de cristal et de découvrir les toiles qui ornent les murs d’un salon attenant.
Huile sur toile sans titre de 2020 de Claude Lawrence (né en 1944)
Longtemps la réputation d'excellence de ce lieu a tenu au talent culinaire du chef Philippe Excoffier, qui a officié dans les cuisines de l'ambassade pendant une douzaine d'années. Il a ouvert son restaurant dont j'ai dit tout le bien que je pense il y a quelques mois.

Le chef français Yves Roquel, de la résidence de l'ambassadeur, et le chef américain Tim Moore, de Early Mountain Vineyards en Virginie, se sont associés pour imaginer des harmonies qui s’accordent avec les vins de chacun des 7 domaines présents à Vinexpo : Early Mountain Vineyards, King Family Vineyards, Michael Shaps Wineworks, Paradise Springs Winery, Rosemont Vineyards, Veritas Vineyard and Winery et Williamsburg Winery.
Comme toujours à l'ambassade (et sans doute pour éviter qu'une main malencontreuse ne perturbe la répartition prévue par le protocole, les tables ne sont identifiées que par une lettre, et les cartons marque-place ont été auparavant glissés dans une petite enveloppe qui est posée, en respectant l'ordre alphabétique, sur une table dans le grand salon). Je découvre que je serai à la table E et y pose le carton à mon nom. Les viticulteurs présents étaient répartis entre les tables. J'aurai la chance de pouvoir m'entretenir avec Matthieu Finot (de King Family Vineyards) et avec sa femme Erin.

Il est né à Crozes Hermitage dans une famille de viticulteurs et d'amateurs de vin, et était prédisposé à poursuivre dans ce secteur. Il étudia d'abord la viticulture et l'œnologie à Beaune. Diplômé en 1995, il a travaillé dans la Vallée du Rhône, Bordeaux, la Bourgogne, la Provence et le Jura. Puis en Italie et en Afrique du Sud avant de s'installer en Virginie en 2003 et a rejoint l'équipe de King Family Vineyards en 2007. Il a fondé le Winemakers' Research Exchange et il est membre du conseil d'administration de Monticello Wine Trail. Chez King Family, il travaille avec différents terroirs à Turk Mountain Vineyards, qu'il gère actuellement, et il est associé avec son frère pour établir et développer le Domaine Finot dans deux régions de France.
Le dîner a commencé avec une assiette composée -de gauche à droite- d'une Gaufre de patate douce de Caroline du Nord et pickles de légumes aux grains de caviar, d'un Tartare de boeuf au caviar ociètre royal, crème de Koji, seigle au levain, ail aux deux façons, et d'une Pancake de maïs, gelée de pomelos de Floride, homard du Maine.

C'est le Petit Manseng 2021 de Michael Shaps qui a été choisi pour les accompagner. Ce vin composé de 95% Petit Manseng, 5% Roussanne se révèle presque sucré, franchement étonnant, évoquant un Savagnin si on tient absolument à établir une comparaison. Il apporte de la vivacité à chacune des trois bouchées. 

Michael Shaps est un nom à retenir. Cet œnologue américain maitrise parfaitement l'élaboration de ses vins. Il nous surprendra encore en fin de repas.

Il s’est installée en France 1990 et inscrit au Lycée Viticole de Beaune pour faire un BTS en viticulture. Il aura eu le privilège d’élaborer deux millésimes avec la très réputée Maison Chartron & Trebuchet à Puligny Montrachet. 

En 1995 Michael est parti en Virginie pour devenir chef de cave et responsable de Jefferson Vineyards, situé à Charlottesville. Six ans plus tard et fort de nombreuses récompenses il créa son propre vin sous l’étiquette Michael Shaps. De plus il a eu l’opportunité de s’implanter en 2004 en Bourgogne, où il créa un négoce à Meursault. Depuis 2017 il s'est étendu en Côte de Beaune avec presque quatre hectares de vignes au sein des appellations Pommard, Volnay, Maison Dieu, et Bourgogne Côte d’or. Le domaine y est géré par sa fille, Hanna (que je rencontrerai demain).
Suivi un superbe Carpaccio de Saint-Jacques (fraichement récoltées sur la côte Est des Etats-unis par Wanchese Fish Company), huitre perlée, tuile aux épices cajun.

Le Sauvignon Blanc de King Family Wineyard accompagna merveilleusement cette recette par la richesse de sa texture. Il présente une complexité nuancée, une acidité vive et des caractéristiques d'agrumes prononcées. Il ne fait aucun doute que le vigneron a été inspiré par les vins blancs de la vallée de la Loire. C'est un vin polyvalent qui s'accordera avec différents mets et qui continuera à bien vieillir en bouteille pendant plusieurs années. J'avoue qu'il fut ma préférence parmi les blancs goûtés ce soir.

Matthieu Finot m'a raconté l'histoire de la vigne en Virginie dans ses grandes lignes. Ses étés chauds et humides peuvent représenter un défi pour la viticulture, et ce n’est que depuis vingt ans que l’industrie a développé son statut de nouveauté. Mais son histoire viticole remonte à l'ère coloniale quand l'Acte 12 obligeait les colons de Virginie à planter des vignes. Thomas Jefferson, un des premiers présidents américains, fit beaucoup à l’époque pour développer la culture. Il ne connut malheureusement pas beaucoup de succès, car la plupart des vignes plantées furent touchées par les maladies, mais les bases de la viticulture en Virginie étaient établies. Mon souvenir de la visite de sa maison à Monticello, demeure inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO est malheureusement trop ancien mais il est probable que j'y ai vu des traces de son intérêt pour la vigne.

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)