
Les vins de Virginie ne sont pas encore distribués en France. Ils se situent, d’après les œnologues, à mi-chemin entre l'Europe et la Californie parce qu’ils sont puissants et structurés, aromatiques, expressifs et magnifiquement équilibrés, alliant la subtilité de l'ancien monde à l'audace du nouveau.
Ce n’est pas une parole rapportée que je vous confie mais le résultat d’une dégustation magnifiquement organisée ce soir à l’ambassade des États-Unis par Madame l’ambassadrice Denise Campbell Bauer en compagnie de plusieurs viticulteurs qui participaient pour la première fois à Vinexpo Wine Paris dont je vous parlerai demain en partageant les découvertes que j’y ai faites.
Avant de vous raconter quels furent les accords mets-vins de ce dîner donné en l'honneur de l'héritage vinicole de la Virginie, je voudrais rappeler que l'établissement est installé dans l'hôtel de Pontalba au 41, rue du Faubourg-Saint-Honoré dans le 8e arrondissement de Paris.
Il fut construit entre 1842 et 1855 par les architectes français Louis Visconti et Antoine Vivenel sur commande de la baronne de la Nouvelle-Orléans, et femme d'affaires américaine d’origine espagnole, Michaela Almonester de Pontalba, dont l’immense portrait orne le salon éponyme.Cet hôtel particulier se présente comme un mélange des styles Louis XIV et Louis XVI. Elevé de trois étages sur le jardin, il se compose d’un élégant corps de logis classique encadré d’ailes très saillantes. Les fenêtres sont en plein cintre au rez-de-chaussée et rectangulaires à l’étage.
Des pilastres encadrent chaque fenêtre. A l’intérieur, le baron de Rothschild, célèbre amateur d'art et mécène, qui l'occupa après la baronne de Pontalba fit aménager un escalier majestueux, un salon octogonal et une salle de bal couverte de boiseries sculptées de scènes de La Fontaine qui par la suite ont été léguées au musée d’Israël à Jérusalem. Les boiseries actuelles sont donc des copies.
Pendant la Seconde guerre mondiale, l’hôtel de Pontalba devint le quartier général de la Luftwaffe et d’Hermann Göring. En 1948, la demeure est rachetée par les Etats-Unis. Depuis 1972, elle sert de résidence à l’ambassadeur des Etats-Unis et le président des Etats-Unis y a sa propre chambre.Nous étions une soixantaine d’invités à cette soirée à laquelle nous avons d'abord été conviés dans la Salle de signatures aux boiseries en plâtre provenant de l’hôtel Biron à déguster un verre de bulles virginiennes Brut Vintage 2016 de King Family Vineyards pour laisser le temps à tous d’arriver et faire connaissance.
Ce vin pétillant 100% Chardonnay était fort bien choisi pour lancer la soirée avec élégance. Les bulles sont très fines comme on les apprécie en France et le nez évoque le litchi. On pourrait croire qu'il s'agit d'un champagne. Aucun doute que ce domaine sait travailler, pour preuve la qualité de leur Sauvignon blanc que j'apprécierai plus tard.
Pour le moment l'occasion nous est donnée d’admirer la vue sur la Tour Eiffel depuis le grand Salon Samuel Bernard, très bien éclairé par un lustre de cristal et de découvrir les toiles qui ornent les murs d’un salon attenant.
Longtemps la réputation d'excellence de ce lieu a tenu au talent culinaire du chef Philippe Excoffier, qui a officié dans les cuisines de l'ambassade pendant une douzaine d'années. Il a ouvert son restaurant dont j'ai dit tout le bien que je pense il y a quelques mois.
Le chef français Yves Roquel, de la résidence de l'ambassadeur, et le chef américain Tim Moore, de Early Mountain Vineyards en Virginie, se sont associés pour imaginer des harmonies qui s’accordent avec les vins de chacun des 7 domaines présents à Vinexpo : Early Mountain Vineyards, King Family Vineyards, Michael Shaps Wineworks, Paradise Springs Winery, Rosemont Vineyards, Veritas Vineyard and Winery et Williamsburg Winery.
Comme toujours à l'ambassade (et sans doute pour éviter qu'une main malencontreuse ne perturbe la répartition prévue par le protocole, les tables ne sont identifiées que par une lettre, et les cartons marque-place ont été auparavant glissés dans une petite enveloppe qui est posée, en respectant l'ordre alphabétique, sur une table dans le grand salon). Je découvre que je serai à la table E et y pose le carton à mon nom. Les viticulteurs présents étaient répartis entre les tables. J'aurai la chance de pouvoir m'entretenir avec Matthieu Finot (de King Family Vineyards) et avec sa femme Erin.
Il est né à Crozes Hermitage dans une famille de viticulteurs et d'amateurs de vin, et était prédisposé à poursuivre dans ce secteur. Il étudia d'abord la viticulture et l'œnologie à Beaune. Diplômé en 1995, il a travaillé dans la Vallée du Rhône, Bordeaux, la Bourgogne, la Provence et le Jura. Puis en Italie et en Afrique du Sud avant de s'installer en Virginie en 2003 et a rejoint l'équipe de King Family Vineyards en 2007. Il a fondé le Winemakers' Research Exchange et il est membre du conseil d'administration de Monticello Wine Trail. Chez King Family, il travaille avec différents terroirs à Turk Mountain Vineyards, qu'il gère actuellement, et il est associé avec son frère pour établir et développer le Domaine Finot dans deux régions de France.
Le dîner a commencé avec une assiette composée -de gauche à droite- d'une Gaufre de patate douce de Caroline du Nord et pickles de légumes aux grains de caviar, d'un Tartare de boeuf au caviar ociètre royal, crème de Koji, seigle au levain, ail aux deux façons, et d'une Pancake de maïs, gelée de pomelos de Floride, homard du Maine.
C'est le Petit Manseng 2021 de Michael Shaps qui a été choisi pour les accompagner. Ce vin composé de 95% Petit Manseng, 5% Roussanne se révèle presque sucré, franchement étonnant, évoquant un Savagnin si on tient absolument à établir une comparaison. Il apporte de la vivacité à chacune des trois bouchées.
Michael Shaps est un nom à retenir. Cet œnologue américain maitrise parfaitement l'élaboration de ses vins. Il nous surprendra encore en fin de repas.
Il s’est installée en France 1990 et inscrit au Lycée Viticole de Beaune pour faire un BTS en viticulture. Il aura eu le privilège d’élaborer deux millésimes avec la très réputée Maison Chartron & Trebuchet à Puligny Montrachet.
En 1995 Michael est parti en Virginie pour devenir chef de cave et responsable de Jefferson Vineyards, situé à Charlottesville. Six ans plus tard et fort de nombreuses récompenses il créa son propre vin sous l’étiquette Michael Shaps. De plus il a eu l’opportunité de s’implanter en 2004 en Bourgogne, où il créa un négoce à Meursault. Depuis 2017 il s'est étendu en Côte de Beaune avec presque quatre hectares de vignes au sein des appellations Pommard, Volnay, Maison Dieu, et Bourgogne Côte d’or. Le domaine y est géré par sa fille, Hanna (que je rencontrerai demain).
Suivi un superbe Carpaccio de Saint-Jacques (fraichement récoltées sur la côte Est des Etats-unis par Wanchese Fish Company), huitre perlée, tuile aux épices cajun.
Le Sauvignon Blanc de King Family Wineyard accompagna merveilleusement cette recette par la richesse de sa texture. Il présente une complexité nuancée, une acidité vive et des caractéristiques d'agrumes prononcées. Il ne fait aucun doute que le vigneron a été inspiré par les vins blancs de la vallée de la Loire. C'est un vin polyvalent qui s'accordera avec différents mets et qui continuera à bien vieillir en bouteille pendant plusieurs années. J'avoue qu'il fut ma préférence parmi les blancs goûtés ce soir.
Matthieu Finot m'a raconté l'histoire de la vigne en Virginie dans ses grandes lignes. Ses étés chauds et humides peuvent représenter un défi pour la viticulture, et ce n’est que depuis vingt ans que l’industrie a développé son statut de nouveauté. Mais son histoire viticole remonte à l'ère coloniale quand l'Acte 12 obligeait les colons de Virginie à planter des vignes. Thomas Jefferson, un des premiers présidents américains, fit beaucoup à l’époque pour développer la culture. Il ne connut malheureusement pas beaucoup de succès, car la plupart des vignes plantées furent touchées par les maladies, mais les bases de la viticulture en Virginie étaient établies. Mon souvenir de la visite de sa maison à Monticello, demeure inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO est malheureusement trop ancien mais il est probable que j'y ai vu des traces de son intérêt pour la vigne.





































