Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 20 mai 2014

Laura Gonzalez signe la nouvelle Gare

C'était tout noir. C'est tout clair. Le bar a migré sur le mur d'en face. Le chef, lui, ne changera pas. Il y aura toujours un espace au rez-de-chaussée, et le restaurant reste au sous-sol, sur les anciennes voies de chemin de fer de l'ex station Passy-La-Muette. La Gare n'a pas de gare que le nom.

Laura Gonzalez a créé son agence il y a 5 ans et ils sont 5 personnes à la faire vivre. Je me demande comment cette jeune femme parvient à être encore ultra souriante et sembler sortir d'un joli rêve avec tout le boulot qu'elle supervise.

Elle est "partout". C'est l'architecte qu'on s'arrache et on a bien raison. Après le Jules (certains trouveront un air de famille aux deux endroits), au Carreau du Temple, où elle est parvenue à conjuguer boboïsme et élégance, la voilà qui investit la Gare pour la transformer radicalement en à peine quatre semaines de travaux.

Certes elle a tout de même cogité deux mois pour tordre le cou aux contraintes qui lui étaient imposées. L'enjeu consistait à donner une nouvelle vie, et un aspect plus contemporain, à ce lieu qui devait malgré tout demeurer classique et dénoter une touche de contemporel. (tout le contraire d'intemporel)

Pour satisfaire les amateurs de classique, Laura a travaillé les matières. Le bois du plancher a été décapé. Le velours des fauteuils est jaune soleil. Des dorures ponctuent l'espace, avec discrétion cependant. Les rideaux sont grège.
La première chose qu'elle a considéré est la situation dans le 16ème arrondissement, dans la verdure, à deux pas du Ranelagh. Il faut entendre les habitants du quartier dire : on habite à la campagne. Il était donc important qu'ils retrouvent cet état d'esprit en entrant dans le restaurant. Le côté végétal a été repris sur les murs par d'immenses fresques évoquant l'univers botanique du Douanier Rousseau. Il y aura plus tard des jardins extérieurs.
L'équipe a travaillé en commençant par faire une planche en associant des couleurs, des matières. Le bleu de Prusse s'est vite imposé pour sa dualité de douceur et de force, jamais ostentatoire. La paille recouvre les murs.

Le résultat est harmonieux, déjà patiné (c'est un compliment). On se sent sur le pont d'un paquebot, d'inspiration "1930- colonies" et surtout pas dans un de ces spots à la mode, formaté années 40-50. Au final la Gare est un lieu éclectique.

Il reste encore un peu à agiter sa baguette magique : les toilettes ne sont pas encore refaites (mais elles sont très correctes en l'état), la terrasse non plus. Que les habitués se rassurent : tout cela est bel et bien prévu au programme. Les critiques sur ce sujet n'ont pas de sens.
Laura n'a pas dormi pendant tout le chantier. Elle a dessiné elle-même chaque pièce du mobilier, les tables, chaises, poufs et tabourets depuis le motif du tissu qui recouvre les fauteuils jusqu'à la moquette qui descend à la salle de restaurant.
La nature et la géométrie ont été ses sources d'inspiration.

Elle a travaillé d'arrache-pied pour en sortir lessivée, essorée, le jour de la livraison le 20 avril dernier. Ceux qui la connaissent s'accordent à dire que son style a évolué, ce qui est sans nul doute lié à la naissance de son premier enfant il y a trois ou quatre mois.

Elle continue à réfléchir sur de gros projets mais elle travaille aussi pour une clientèle de particuliers.
Laura peut être fière d'avoir dessiné le mobilier en lui donnant des arrondis très doux. C'était pour elle une première et c'est très réussi. On a envie de s'installer dans les fauteuils comme sur les canapés. les petites tables sont élégantes. Bref, il n'y a pas un couac. On a l'impression que l'endroit a toujours été comme cela et c'est sans doute le plus beau compliment qu'on puisse lui faire en cette époque où règne trop souvent le bling bling éphémère ...

Ne reste plus qu'à descendre l'escalier pour vérifier si le contenu des assiettes satisfait comme on le suppose la promesse ...

La Gare, 19, chaussée de la Muette - 75016 - 01 79 97 31 59

lundi 19 mai 2014

Des canards trop bizarres de Cecil Castellucci & Sara Varon Rue de Sèvres

Pour un intitulé étrange, c'est étrange. Chaque lettre compte, et la majuscule aussi. Rue de Sèvres est le nom d'un éditeur de BD (remontez quelques jours en arrière si vous débarquez sur le blog aujourd'hui). Et les canards sont les personnages dessinés par Sara Varon, une illustratrice considérée comme une des étoiles montantes de la bande dessinée américaine.

L'histoire a été imaginée par Cecil Castellucci, auteure enfants et jeunes adultes qui a reçu en 2007 le pris Shuster à titre de meilleure auteure canadienne de bandes dessinées.

Vous savez que je peux exprimer des réserves, avec sévérité, je le concède, comme je l'ai fait pour les Tchouks, même si tout n'y est pas critiquable. Alors si je vous dis que j'adore le livre que Rue de Sèvres vient de publier avec ces deux auteures dans la série Premières Bulles ce n'est pas une litote.

J'écris "série" parce que ce n'est pas à proprement parler une collection même s'il y aura d'autres titres et d'autre auteurs qui vont rejoindre ce type de publication qui se réclame être un tremplin vers la Bande Dessinée destiné aux jeunes lecteurs. On pourrait, pour caricaturer, dire que ce sont des albums conçus selon les codes de la BD. De tous ceux que je viens de découvrir c'est celui-ci qui est le plus réussi.

Ces canards trop bizarres m'ont fait fondre comme un sucre dans une tasse de tisane d'églantier. Si j'avais encore 6 ans je bricolerais une étiquette pour mon mug comme Gwendoline le propose aux lecteurs à la fin de l'histoire.

Si ! J'ai bien un petit reproche à faire : il n'y a pas de pagination. On n'a pas pensé à ceux qui écrivent sur les livres et qui aiment appuyer leurs commentaires de références précises en mentionnant le numéro de la page, histoire que leurs propres lecteurs puissent aller vérifier en cas de doute. Cette chronique va être plus vague, mais tant pis !

J'ai aimé :
  • la deuxième de couv (jargonnons un peu) qui se prolonge sur une troisième page, et qui arrive avec une page d'avance à la fin du bouquin,
  • la parité enfin chez Premières Bulles avec une cane et un canard,
  • le fourmillement des illustrations. Il y a tant à voir, à chercher, à découvrir !
  • l'abondance de détails et leur foisonnement en réseau.
La première des deux canards est Gwendoline, heureuse de vivre, un modèle d'équilibre, une explosion d'originalité, une créativité débordante, bref sympathique.

L'autre est Elvis, grossier, brut mais pas brute, ni méchant d'ailleurs, bref d'un autre genre.

Ce serait trop rapide que de conclure que ces deux là ne pourront pas s'entendre. Une très belle phrase résume la situation : bien qu'ils soient différents, ils voient la plupart des choses de la même façon.

Au fil des pages Gwendoline et Elvis ne deviendront pas seulement des amis mais les meilleurs amis du monde. Cette BD aux allures d'album pose la vraie question : qu'est-ce qui, au fond, est bizarre ?

Ce livre irradie de valeurs comme le partage, la tolérance, l'honnêteté (intellectuelle, une des plus précieuses). Les auteures ne prônent pas une leçon de morale. C'est drôle. Cela fait du bien. On salive à espérer la suite. Ne me dites pas qu'il n'y en aura pas !

Des canards trop bizarres de Cecil Castellucci & Sara Varon, éditions Rue de Sèvres, sortie en librairie le 14 mai 2014

dimanche 18 mai 2014

Un cheesecake aux kiwis pour un pique-nique vert, et autres recettes dans le ton

Ouf, il fait soleil aujourd'hui et nous allons pouvoir sortir les nappes, embarquer les paniers et nous retrouver sur l'herbe et sous les arbres pour un de ces pique-niques qui annonce l'été. Il faut faire vite parce qu'avec la météo qu'on subit en ce moment la moindre tergiversation peut être fatale.

Direction le Parc de Sceaux pour retrouver Marie-Laure, la créatrice du site Ôdélices qui cette année a imposé la couleur verte.

Déjà douze ans que cette jeune maman, auteure et photographe culinaire, nous communique sa passion pour une cuisine simple mais originale, astucieuse et parfumée, mais (et c'est capital à mes yeux) tout à fait réalisable.

Je peux passer des quarts d'heure à contempler ses photos et à me nourrir de ses idées, si adaptées et applicables que c'est vraiment à souligner. Je me suis tout à l'heure plongée dans son album souvenir pique-nique et j'y ai retrouvé le crumble que j'avais apporté pour l'édition rouge. Je ne m'en souvenais même pas. Constater qu'une page spéciale est consacrée à mes recettes m'a touchée.
Marie-Laure avait préparé des macarons quasi aériens ... aux petits pois susceptibles de satisfaire aussi bien les becs salés que sucrés. Elle avait aussi imaginé une tourte aux épinards sans pâte. Ce que l'on voit sur la photo ce sont des tranches de pommes de terre qui ont cuit auparavant dans de l'huile d'olive.
La qualité est essentielle et c'est pourquoi elle accueille La Ruche qui dit oui, une sorte de coopérative où l'on peut commander tous les 15 jours des produits sélectionnés parmi les meilleurs de la région, des fruits et légumes, de la viande, et beaucoup d'autres choses. On vient les chercher chez elle (à Antony 92) mais sachez qu'il en existe beaucoup sur le territoire français et sans doute à proximité de chez vous.

Chacun avait joué le jeu avec par exemple une salade de tagliatelles au basilic, pousses d'épinards, olives vertes ...

Certains ont fait coup double comme Maeva. Ce fut d'abord une salade fenouil - saumon (tirée du livre "Les légumes passent à table") qui a beaucoup séduit nos papilles. Elle m'a autorisée à m'en inspirer pour une recette à base de saumon sur laquelle je réfléchissais (et qui sera bientôt en ligne).

Voici tout de suite sa version :

1kg de fenouil
100 à 300g de saumon frais ou fumé
2 citrons et un peu de sel
1 cuillère à soupe de grains de coriandre et de cumin
3 cuillères à soupe d'huile d'olive

Retirer la première couche des fenouils qui est souvent dure et filandreuse. 
Faire cuire le reste à la vapeur en tranches épaisses, 10-15 min.
Mélanger la sauce: 1/2 citron, sel, huile d'olive, coriandre et cumin.
Disposer le fenouil dans un saladier, puis le saumon, soit fumé, soit cru (alors mariné au préalable dans du jus de citron), soit cuit à la vapeur, puis arroser de sauce.

On voit sur la photo qu'elle avait ajouté des carottes cuites. C'était fondant à souhait.

On peut ajouter 1 oignon et 3 gousses d'ail, à condition de les avoir cuits à la vapeur en même temps que le fenouil. Egalement des câpres comme elle l'avait fait aujourd'hui, ou des olives vertes fourrées d'anchois comme je les aime tant ...

Maeva avait aussi apporté des sablés au thé matcha et au sésame, selon une recette tirée du livre de Cléa : "Croquez salé". Mais elle a tant changé les d'ingrédients qu'elle pourrait la revendiquer comme sienne. Voici comment elle a procédé :

150 g de farine T65
1/2 sachet de levure
1 cuiller à café de sel (j'ai trouvé le résultat un peu trop salé)
50g de graines de sésame
2 cuillère à café de thé matcha
1 oeuf
environ 60g de beurre 1/2 sel
Faire dorer le sésame à la poêle puis mixer finement les graines. Mélanger tous les ingrédients secs.
Incorporer l'oeuf et le beurre fondu. Ajouter juste assez d'eau pour pouvoir malaxer la pâte sans qu'elle soit trop friable. 

Tasser sur une planche à découper, abaisser le plus finement possible. Réfrigérer 1 heure environ. Découper en formes de votre choix.

Enfourner 12 min à 180° et laisser totalement refroidir.  Gouter et si alors, après refroidissement, vous ne les estimez pas assez croquants, faites comme elle en les refaisant cuire 10 nouvelles minutes, et vous aurez de vrais BIS-cuits !

Nous avons aussi dégusté des cookies et des madeleines à la pistache, et de petits financiers encore tièdes qui exhalaient l'amande amère.
Pour l'occasion c'était un cheesecake "vert" que j'avais préparé en adaptant la recette aux fruits rouges publiée au début du mois.
J'ai procédé de la même manière à quelques détails près. j'ai posé une couche de lamelles de kiwis sur le fond refroidi après sa cuisson avant d'ajouter la préparation fromage-Chantilly. Cette fois c'est un jus de citron jaune (et son zeste) que j'avais incorporé au mélange.

Ce n'est qu'au moment de servir que j'ai démoulé le gâteau. J'avais apporté dans une boite hermétique des rondelles de kiwi. Je les ai alors disposées le plus joliment possible sur le dessus. Ne restait qu'à couper. On m'a demandé des carrés. Ce fut approximatif ... Je n'avais pas prévu de coulis. Il est évident qu'un coulis de fraises aurait été satisfaisant mais vue sa couleur flamboyante cette fantaisie était exclue.
Billets consacrés aux éditions antérieures des pique-niques collectifs sur cette page.

samedi 17 mai 2014

Mundo Meu, le second album de Flavia Coelho, brésilien en diable

Qu'est ce que je l'aime ce nouvel album de Flavia Coelho que j'écoute en boucle. Il s'en dégage une énergie communicative qui me dope.

Chaque titre a une couleur musicale différente. C'est familier et surprenant à la fois comme l'était son premier album Bossa Muffin, salué comme gommant les frontières entre les genres, entre tradition et modernité.

On a écrit que c'était un savoureux mélange entre les trésors harmoniques de la samba et de la bossa nova, les mélodies obsédantes des musiques populaires nordestines, les syncopes chaloupées du reggae, la tchatche virtuose du raggamuffin, les pulsations fondamentales des musiques africaines, et voire par instants les tonalités de la rumba catalane.

Tout ce que je peux ajouter c'est que Flavia a réussi à se renouveler, à surprendre encore une fois et je suis sûre qu'à la première écoute vous serez vous aussi convaincu par le monde qu'elle nous fait entendre.

Le succès de son premier album lui a permis de faire plus de 200 concerts. Ce qui aurait été vécu comme un enfer par certains fut pour elle du bonheur à l'état pur. Chanter lui est si naturel ... Il faut savoir qu'elle chante depuis l'âge de 6 ans et qu'elle est entrée dans le monde professionnel à 14.

Sa rencontre avec le bassiste camerounais Pierre Bika Bika qui la considère presque comme sa fille a été déterminante. Avant, disait-elle, je faisais une musique 100% brésilienne. Maintenant je sais que je m'inspire aussi de sources africaines, en particulier le Sénégal et le Cameroun.

Le succès ne lui est pas monté à la tête. Quand elle découvrit l'effervescence musicale parisienne en 2002 elle n'a eu de cesse de revenir en France quitte à sacrifier un peu de son succès. En 2006 la revoilà dans notre capitale, prête à suivre une nouvelle école, celle de la rue, chantant dans le métro, dans les petits bars, passant le chapeau, bataillant contre elle-même.
Rien d'étonnant à ce qu'elle ait reçu après cela le trophée Femme en or 2013. Capable d'allumer un festival ou une grande scène comme celle du Printemps de Bourges où on l'a vue le 26 avril, elle  sera à l'affiche de l'Olympia le 17 octobre 2014 l'Olympia ... après avoir enregistré seulement deux disques. Quel artiste pourrait rêver mieux ? Et pourtant Flavia tient à rester ce qu'elle est, en toute simplicité.

Vous devinerez que Mundo Meu, qui signifie "Mon monde" est le résultat de beaucoup de travail.  Dès qu'un air lui trottait dans la tête, elle le jouait sur sa guitare et elle le fixait sur son téléphone portable, un ordinateur ... et a bossé sur la maquette pendant plus d'un an jusqu'à arriver à un résultat qui la satisfasse.

Flavia repousse toutes les limites en terme de sonorités. Elle chante toujours en portugais, qui est sa langue maternelle, en n'hésitant pas à employer l'argot de sa langue natale et à puiser dans le réservoir de son histoire de vie. Les racines des immigrés brésiliens lui parlent beaucoup, autant que l'amour, et l'amitié. Elle a une jolie formule à ce propos, disant que ne pas avoir d'amis c'est comme aller à la plage sans soleil.

Sa palette musicale est vaste et belle. Elle donne envie d'entrer dans son monde. Vous pouvez vous en faire une idée en l'écoutant interpréter le titre "Vazio" extrait de ce nouvel album, en session live guitare voix enregistrée dans les allées du Printemps de Bourges pour le magazine L’Express :

Printemps de Bourges: en session avec Flavia Coelho



L'album Mundo Meu réalisé par Victor-Attila Vagh et mixé par Tom Fire sera dans les bacs le 3 juin, juste avant le coup d’envoi du Mondial (mais c'est un hasard).

Entourée de Patrice, Tony Allen, Speech d’Arrested Development, Fixi & l’Ultra Bal et Woz Kaly, elle y déplie son monde intérieur comme une carte urbaine immense et multicolore, chantant la beauté mais aussi les dangers de son pays natal.

Son flow y résonne sur un Baile Funk urbain. Le Repente de papa devient Afrobeat. Le Forró et la Samba retrouvent des couleurs et se la jouent Hip-Hop. Les racines de la musique africaine poussent au milieu des chants Kanak. Le boléro revisité danse le ragga, et les musiques d'Europe de l'Est s'invitent sous les tropiques en faisant un détour par la Jamaïque. 

Vous pourrez la suivre en concert :

• 17/05 Fête de l’Huma, Méricourt (62)
• 20/05 Festival de Cannes, Cannes (06)
• 23/05 Festival de Jazz de Millau, Millau (12)
• 31/05 Festival Algues aux Rythmes, Arradon (56)
• 03/06 Divan du Monde – Release Party, Paris (75)
• 08/06 Festival Terres de Blues, Marie Galante (97)
• 13/06 FestivaLuna, Ruoms (07)
• 14/06 Le Tamanoir, Gennevilliers (92)
• 20/06 Fête de la Musique, Bruxelles (BE)
• 21/06 Fête de la musique, Lyon (69)
• 28/06 Festival Muzikair, Montargis (45)
• 29/06 Festival Horizon, Saint Avertin (37)
• 05/07 Les Escapades, Saint Arnoux (04)
• 29/07 Festival Emmaüs Lescar-Pau, Lescar (64)
• 31/07 Gap en FaMiSol, Gap (05)
• 01/08 Reggae Sun Ska, Bordeaux (33)
• 02/08 Festival d’Eté, Noirmoutier (85)
• 08/08 Jardins du Monde, Apt (84)
• 15/08 Festival AxoPlage, Monampteuil (02)
• 16/08 Festimusic La Plume, Talairan (11)
• 17/10 Olympia, Paris (75)

Photo crédit Eric Marcel

vendredi 16 mai 2014

Les Tchouks abordent Rue de Sèvres

Je vous l'ai dit il y a quelques jours. Rue de Sèvres, qui est la contre allée "Bande dessinée" de l'Ecole des Loisirs, a décidé de tracer un raccourci entre album et BD, joliment baptisé "Premières Bulles".

Après Mon père ce héron, croqué par Jul, voici la bande des Tchouks conçue par un trio qui porte un double nom : Kerascoët et Benjamin Richard.

Une bande d'animaux anthropomorphes construit une cabane (T 1) puis s'en va prendre la mer (T2). Cela va sans doute plaire aux apprentis lecteurs. Ils ont de quoi s'occuper à se familiariser avec les noms des personnages, tous des Tchou quelque chose plus ou moins sympathique, histoire de composer un groupe de mômes assez terribles, surtout ceux qui sont censés représenter le sexe dit fort, les Pitchouk, Patachouk, Tchougris, Tchoukrik, Tchoukidou, Tchougrak et compagnie.

C'est là que je ne "suis" pas les auteurs dans la voie qu'ils ont choisie. Je m'interroge d'ailleurs : est-ce consciemment qu'ils ne donnent jamais la parole aux filles ? On ne leur demande pas leur avis sur les caractéristiques que la cabane devra satisfaire. j'ai remarqué une seule représentante féminine, une petite Tchouki rêveuse, trainée par un Tchougris. Elle ne lâchera pas sa fleur pendant que ses copains s'activent à la construction de la cabane.

C'est ce même Tchougris qui prend la direction des opérations au bord de la mer en proposant une autre construction, cette fois un château de sable. Les filles bossent, muettes sur tous les dessins. Un des personnages a beau dire "On avait tous un rôle" il suffit de bien regarder les images pour comprendre que les filles sont limitées à la contemplation des exploits masculins, et de l'ego surdimensionné de Pitchouk fanfaronnant à la proue du bateau.

Je suis sévère, sans doute. Mais je ne peux pas cautionner cet univers très masculin, limite macho, alors qu'on abreuve les enseignants de nos écoles primaires de circulaires ministérielles les alertant sur la nécessité de mieux choisir les livres qu'ils lisent ou mettent entre les mains de leurs élèves. La parité des beaux rôles est désormais devenue une exigence pédagogique. Il s'agit de lutter contre tout ce qui inciterait les petites filles à limiter leurs ambitions.

On pourrait considérer cela au second degré mais je serais davantage prête à le faire si les auteurs avaient renversé les rôles. L'influence de la littérature jeunesse sur le jeune lectorat peut être énorme et il faut que les auteurs en aient pleinement conscience.

Scrutez la galerie de portraits des 20 Tchouks en pages de garde. A moins d'être miro je ne repère que 5 filles. Elles ne représentent qu'un quart des personnages. alors si en plus on ne leur donne pas la parole elles n'existent pas davantage que la Môme néant de Jean Tardieu.

Maintenant qu'ils en sont prévenus on peut espérer que B. R. et K. vont corriger le tir. Il faut savoir qu'ils ont à portée de crayon une tchoukinette qui pourrait devenir leur conseillère particulière, une certaine Rosalie à qui j'ai vu qu'ils avaient déjà dédicacé les deux premiers ouvrages. Je le souhaite vivement parce que les personnages ont un capital de sympathie qui peut vite grandir et on sent que la série a du potentiel.

Benjamin Richard et Kerascoët, On a fait une cabane !, et On a vu la mer, Rue de Sèvres, en librairie le 14 mai 2014

jeudi 15 mai 2014

La Biérologie s'invite au Carreau du Temple du 23 au 25 mai 2014

La bière est un thème qui revient périodiquement sur le blog depuis que j'ai découvert l'étendue de cet art, de la terre au verre.

Le Carreau du Temple vient tout juste de réouvrir et j'ai le plaisir de vous annoncer aujourd'hui que la Biérologie s'invite dans cet espace le 23 mai de 18h30 à 1heure du matin, puis les 24 et 25 mai de 11h à 19h.

Ce ne sera pas une manifestation confidentielle, loin de là, puisque plus de dix milles visiteurs sont attendus pour ces trois jours de découverte et d’épicurisme au cours d'une soirée pour faire connaissance avec le gagnant 2014 du Concours de Biérologie et de 3 jours pour découvrir toutes les facettes de la Bière.
Je vous en parle parce que ce serait dommage de manquer une fête pareille, placée sous le parrainage de deux chefs sympathiques, Virginie Basselot et Christian Etchebest.

J'ai eu l'occasion de rencontrer Christian et de goûter ses spécialités à la Cantine de la Cigale, en découvrant la Fisher réserve ambrée, dont il m'a dit que c'était une de ses bières préférées. Je partage depuis cet avis, en toute modération n'est-ce-pas.

Figure emblématique de la Bistronomie, Christian Etchebest cuisinier français d’origine basque est attentif à l’art d’associer les saveurs et de les présenter. Il sera d’une aide précieuse pour développer le savoir-faire des finalistes. Amateurs de scoop je peux vous révéler qu'il commence actuellement une nouvelle émission sur M6 qui lui correspond bien, alliant patrimoine, gastronomie et culture : La Plus Belle Région de France, dont il sera jury.

Si vous êtes lecteur fidèle du blog vous savez aussi que j'ai suivi une demi-finale du concours de meilleur Jeune Biérologue de France. C'était à Lille et j'ai rédigé un compte-rendu qui puisse être utile aux futurs candidats.
Qui sera meilleur(e) Biérologue 2014 ?
Je suis satisfaite de constater qu'il y a deux filles parmi les onze finalistes. C'est modeste mais je leur souhaite bonne chance.

Il leur faut du mérite (et aux garçons aussi d'ailleurs) pour s'être hissées si haut parmi 700 candidats des lycées hôteliers de France. C'est une marraine qui va les soutenir, Virginie Basselot qui, depuis deux ans, a pris la tête des cuisines du Saint James Paris, un lieu d’exception qui l’a inspirée dès ses premiers pas. Rien d'étonnant qu'elle ait obtenu une étoile au Guide Michelin 2014 pour sa cuisine délicate et savoureuse.

Ils ont été 700 candidats issus des meilleures écoles hôtelières de France à s'affronter pour cette 9ème édition. Après une sélection sous l’œil des professionnels en régions, ils vont se départager au cours d’une ultime épreuve au Carreau du Temple. Verdict vendredi à 20h et remise des prix dans la foulée.
Explorez 5 facettes de la Biérologie
Outre la finale du Concours du Meilleur Jeune Biérologue de France, il vous est proposé une grande palette de découvertes :

Le Marché des Saveurs
Pour profiter d’une rencontre unique avec les passionnés des métiers de bouche les plus inspirés et authentiques du moment.

Le Comptoir des Brasseurs
Pour comprendre l’art du brassage auprès de brasseurs artisanaux et découvrir leurs produits.

La mixologie
Pour composer et réaliser vous-même les cocktails tendances du moment guidés par des mixologues experts.

Les Alliances Bières et Mets
Pour découvrir l’association inattendue de la bière avec des mets imaginés par les Maîtres Restaurateurs.

Le Chemin du Biérologue
Un parcours initiatique pour devenir un Biérologue amateur diplômé réunissant 6 expériences inédites. Vous repartirez avec un diplôme, si vous avez été un minimum attentif.
La dernière bonne nouvelle est que l'entrée est gratuite. Mais attention, elle est réservée aux personnes majeures uniquement, ce qui est logique et dans la limite des places disponibles. Il faut "juste" procéder à une inscription préalable que ce soit pour la soirée du vendredi comme pour les journées de samedi et dimanche.

Pour cela deux solutions, soit sur place aux bornes d’entrée le samedi et le dimanche soit dès maintenant sur le site de Tendances Bière en suivant le lien ici
Le Carreau du Temple – 4 rue Eugène Spuller - Paris 3ème

mercredi 14 mai 2014

Mon père ce héron de Jul fait son entrée Rue de Sèvres

Vous connaissez l'Ecole des loisirs, qui est un des éditeurs les plus emblématiques de la littérature jeunesse que Jean Delas n'a eu de cesse de faire évoluer, y compris après son départ (en retraite) puisque c'est son fils, Louis Delas qui lui succéda en janvier 2013.

L'arrivée de cet ancien directeur général de Casterman laissait présager la création d'une nouvelle collection. Ce fut encore plus avec Rue de Sèvres entièrement dédié à la bande dessinée. J'ai d'ailleurs chroniqué l'une d'elles, la Compile de l'année de Soledad Bravi.

Aujourd'hui la maison choisit de proposer des récits qui se situent à la frontière entre l'album jeunesse et la bande dessinée. ce sont les Premières Bulles.

Et la toute première dont je parlerai ici est Mon père ce héron, dessiné par Jul, dessinateur de presse depuis plus de quinze ans et auteur de BD quasi incontournable.

Nommé chevalier de l’ordre des Arts et Lettres en 2012, Jul dessine pour Le Nouvel Observateur, Lire, Marianne…Sa série en BD transposée en série d’animation: Silex and the City (chez Dargaud) est un énorme succès. Il est aussi l’auteur du Guide du Moutard : Pour survivre à 9 mois de grossesse (2007, Prix René Goscinny), Platon La Gaffe (2013)…

Il croque des grenouilles depuis 1986 en pensant à Ranelot et Bufolet ou à Kermit du Muppet Show. Cet animal est donc arrivé naturellement au bout de son crayon. Il l'a posé sur des feuilles de nénuphar un peu comme ces doudous remplis de grains de riz dont la forme s'arrondit dans la main.

Vous aimerez ce livre :
- pour les courbes de ces bestioles,
- pour le coté sciences nat discret, mais présent (il est question de crapaud-buffle, on apprend que le héron est le prédateur des grenouilles),
- pour les allusions à l'univers des adultes. Ainsi Karl Lagerfeld est représenté en pleine création en compagnie d'un assistant qui brandit un téléphone (on se souvient qu'il avait surnommé la jeune génération les "téou" en référence à la première question que l'on pose en décrochant : t'es où ? sans même dire allo)
- pour les différents niveaux d'humour, visuel (la grenouillère haute couture sur une riche grenouille, les pattes du héron que l'on devine entre les roseaux), textuel (demain on fêtera Saint Kermit) , de répétition (mais mon père / moi mon père)
- pour la leçon de morale qui condamne la vantardise en donnant un coup de plumeau au proverbe tel est pris qui croyait prendre.

Jul ne manie pas seulement le crayon avec dextérité. Il utile la ponctuation à bon escient. Les grenouilles, et plus tard les hérons, sont comme des enfants qui ne finiraient pas leurs phrases sous le coup de l'émotion. Les trois petits points prennent une valeur de suspense et d'emphase.

La surenchère semble sans limite. L'épate enfle. Il est vrai qu'un enfant de 5 ans est crédule ... jusqu'à un certain point ... d'exclamation. Quand la grenouille révèle que son papa est un héron elle est gonflée d'orgueil comme l'amphibien de La Fontaine qui voulait être plus grosse qu'un boeuf. Mais ça ne passe plus et nous avons droit à un petit cours de biologie.

Le héron est un animal qu'on peut facilement voir dans l'univers urbain. Dès qu'il existe une jardin d'eau il se pose et pêche son repas en se régalant de petits poissons comme celui-ci qui traverse le pont à quelques mètres d'une route à grande circulation.

Ce livre est peut-être plus proche de l'album que de la BD, dont on sait que le schéma de lecture est des plus complexes et sans doute peu accessible à de très jeunes lecteurs. De toute façon ce n'est pas un livre à découvrir seul. Les adultes y prendront un plaisir comparable à celui que Claude Ponti a réussi à leur procurer en dessinant des scènes à leur intention.

Une fois l'histoire dite vous pourrez laisser le livre continuer sa vie entre les mains des enfants. Prenez le temps de les écouter, discrètement, reprendre l'aventure à leur compte et avec leurs propres mots. J'adorerais qu'il y en ait un qui dise moi ma mère ... parce qu'il n'y a pas que les mecs qui puissent être des héros tout de même !

Mon père ce héron, de Jul, Rue de Sèvres, sortie en librairie le 14 mai 2014

mercredi 7 mai 2014

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille de Elise Tielrooy, chez Belfond

Quand je reçois un premier roman il court-circuite systématiquement ceux qui patientent jusque là sans faire de bruit dans ma "pile de lecture". Je me sens une responsabilité vis à vis de cet objet en pensant aux espoirs que l'auteur a placé en lui.

Ma bienveillance s'arrête là. Je n'ai pas moins d'exigence et ma critique peut être sévère, sans que je prétende avoir raison.

Le bonheur ... n'a pas dérogé à la règle. Et me voilà bien en peine de rédiger une chronique sur ce livre. L'image qui me vient pour en parler serait celle d'un flipper. Je ne sais pas si vous avez déjà joué à ce jeu mécanique, puis électronique, qui a fait fureur dans les cafés jusqu'à ce qu'il soit détrôné par les jeux video dans les années 80.

Le but était de propulser la boule métallique le plus longtemps possible en évitant qu'elle ne sorte du plateau de jeu.

Les personnages d'Elise Tielrooy sont autant de billes qui se télescopent de multiples façons. J'en ai eu parfois le tournis. Je me suis perdue aussi entre les échanges à haute voix et les dialogues intérieurs.

J'ai lu jusqu'au bout parce qu'il y a de très beaux passages, des envolées lyriques très bien construites, des personnages attachants, des relations originales, des rebondissements incessants qui tiennent véritablement en haleine et de jolies formules.

Bref, ce livre est bouillonnant, comme le sont les bains où plongent les clients du centre de thalassothérapie où ils sont arrivés pour se ressourcer. Il y a, pêle-mêle, une caissière de supermarché (c'est incroyable comme ce métier est à la mode dans les romans ces jours-ci...) ayant gagné un concours, une retraitée richissime, un couple usé par la vie de famille, un chef d'entreprise, une opportuniste, un concierge compatissant, ... et surtout une masseuse de 22 ans, qui va voir son passé ressurgir et mettre un joyeux désordre dans le bel équilibre des soins, entamant au passage bien des défenses et fragilisant les curistes les plus résistants.

Ses mains sont quasi magiques. Normal me direz-vous pour une masseuse. Mais c'est  bien plus que cela et ce n'est pas sans faire penser d'une certaine manière à celle d'Anna des miracles, que j'ai lu juste avant.

Pour ce qui est de thérapie, chacun a un problème à régler et le poids, les vergetures ou les rhumatismes ne sont que secondaires. Comme le dit l'auteur, ils ne "sortiront ni minces ni détendus mais globalement meilleurs" et c'est ce qui fait le charme de son livre.

Les problèmes tourbillonnent et semblent aspirer chacun dans un vertige qui les tire par les pieds au plus profond d'eux-mêmes. Ils vont pourtant parvenir à remonter à la surface, avec plus ou moins de cocasserie, quitte à faire des dégâts.

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille est vraiment une tragi-comédie, cocasse et pétillante que je verrais bien se décliner en feuilleton. Comme quoi son point faible pourrait être une force.

Vous connaissez sans doute Elise Tielrooy comme comédienne. Au cinéma, elle fut notamment l'infirmière Cécile de La Chambre des officiers, réalisé par François Dupeyron en 2001, d'après le roman éponyme de Marc Dugain. Elle sort du tournage des épisodes de la quatrième saison de Mes amis, mes amours, mes emmerdes sur TF1 où elle incarne Marie Belot Kleber.

Sa carrière d'écrivain ne fait que commencer et ce serait dommage qu'elle s'arrête en si bon chemin.

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille de Elise Tielrooy, chez Belfond, en librairie le 7 mai 2014

mardi 6 mai 2014

Un cheesecake sans oeuf ni gélatine, c'est possible

Un cheesecake sans oeuf ni gélatine, c'est possible. C'est même le gâteau que j'ai décidé de faire pour l'anniversaire de 750 grammes.

Un an déjà ! J'ai l'impression que c'était hier que nous inaugurions l'atelier parisien du 60 de la rue du faubourg Poissonnière.

Chef Damien s'occupait des boissons. Les bloggers étaient invités à apporter comme cadeau un plat réalisé en suivant une recette du magazine qui lui aussi a presque un an, à une quinzaine de jours près. Je m'étais arrêtée sur celle de Dorian, en page 76 du numéro 6

J'étais très intriguée par les proportions. Cela me semblait "petit" et si j'avais regardé la partie située à droite sur la photo pleine page de ce dessert j'aurais compris que c'était une recette pour 3 appétits, 4 à la rigueur. Je l'aurais remarqué à la taille du fouet posé à coté du plat ... euh de l'assiette.

Comme je suis mes intuitions j'ai un peu gonflé les proportions et le résultat était tout à fait satisfaisant pour 8 personnes comme en témoigne la photo prise juste avant la dégustation.

Vous remarquerez d'ailleurs un autre cheesecake à coté qui, lui, respectait les quantités préconisées. Nettement plus petit. Si je puis me permettre cette suggestion à la rédaction du magazine : mentionnez toujours le diamètre du moule.

Il ne faut jamais suivre une recette à la lettre
C'est Dorian qui me l'a dit ce soir. Lui-même corrige systématiquement toutes celles qu'il réalise, ajoutant quelque chose, retirant un truc, changeant les proportions ... alors je pouvais bien m'inspirer de la sienne sans l'exécuter à la lettre. J'avais sa bénédiction a posteriori. Ouf !

Pour un Cheesecake aux fruits rouges pour un moule de 21 cm
Préparation 30 minutes / Cuisson 10 minutes
Attente 4 heures (mieux 24)

Ingrédients :
250 grammes de fromage de type Philadelphia (j'ai pris 330 de Tartidou)
10 cl de crème liquide entière (j'ai pris 25 cl)
90 grammes de biscuits de type digestive (j'ai pris des spéculoos)
30 grammes de beurre, plus un peu pour le moule
20 grammes de sucre roux (j'ai pris du rapadura)
90 de sucre en poudre (là encore j'ai pris du rapadura)
120 grammes de framboises et 30 de groseilles
le zeste et le jus d'un demi citron jaune (j'ai ajouté aussi un zeste de citron vert)
5 cl de coulis de framboises

Le fond :
Préchauffer le four à 140° (th 4-5)
Ecraser les biscuits à la main au-dessus d'un saladier, réduire en poudre fine au pilon.
Incorporer le beurre mou et le sucre roux.
Amalgamer du bout des doigts pour obtenir un mélange sablé et homogène.
Verser au fond d'un moule à charnière beurré. Tasser à la main puis au dos de la cuillère à soupe.
Cuire au four 10 minutes puis laisser refroidir.
Mon truc en plus : tapisser le moule de papier sulfurisé pour faciliter le démoulage ultérieur. On peut doubler la quantité de biscuits mais personnellement j'aime autant que le fond ne soit pas très épais. C'est affaire de goût.

La crème au fromage frais :
Verser le fromage dans un saladier, ajouter zestes et jus de citron et le sucre en poudre
Mélanger pour bien détendre le fromage.
Monter la crème liquide en Chantilly bien ferme et ajouter délicatement au mélange en évitant de faire retomber la Chantilly et jusqu'à obtenir un mélange homogène.

Le montage :
Recouvrir le fond d'une belle couche de crème.
Poser  dessus délicatement des framboises.
Ajouter une couche de crème.
Poser cette fois dessus des groseilles (en réserver quelques-unes pour la déco).
Terminer la crème et lisser à la spatule ou avec le dos d'une cuillère à soupe.
Laisser prendre 4 heures au frais couvert d'un film alimentaire (pour éviter la communication d'autres odeurs dans le réfrigérateur)
Présentation :
Ouvrir la charnière du moule.
Disposer sur un plat et découper.
Décorer comme sur la photo et servir le coulis à part en saucière.

Cette version est intéressante parce que le fond est assez mince et assure un dessert dominé par la légèreté mais libre à vous de faire plus. L'absence d'oeufs est un atout. Pas besoin non plus de cuire deux fois. Enfin ne pas mettre de gélatine permet d'éviter un résultat tremblotant qui évoque la tour de Pise. On obtient au contraire quelque chose de quasi onctueux, fondant et absolument pas bourratif.

Et puis on peut décliner avec d'autres fruits pourvu qu'ils ne "rendent" pas beaucoup d'eau. J'imagine bien une version Tatin avec une couche de pommes confites dans un beurre salé, posées directement sur le fonds refroidi, servie avec un coulis de caramel.

Et j'ai aussi fait un cheesecake aux kiwis pour satisfaire le thème imposé de la couleur verte pour un pique-nique. Cela fonctionne aussi bien.
... Et pour les amateurs de scoop
J'en ai deux, quasi trois. D'abord Chef Damien rêve d'être un héros de roman-photos et l'a fait savoir à la rédaction du magazine Nous Deux. Qui sait si prochainement nous verrons cette nouvelle corde à l'arc de notre chef déjà très occupé ?

La seconde information exclusive est celle de l'ouverture d'un restaurant 750 grammes dans le 15ème arrondissement de Paris. Et j'aurai l'occasion de vous en parler en détail dès que le projet aura avancé. Pour cela il faudra tout de même attendre le mois de novembre. La période va être très chargée pour Damien puisqu'il n'est pas question de renoncer au Salon du blog culinaire de Soissons qui va, pour cette 7ème édition, inviter des cake designers. Et de trois !

L'affiche est déjà prête pour annoncer la nouvelle.
Pour lire les articles consacrés au SBC taper "Salon du blog culinaire a bride abattue" sur Google

lundi 5 mai 2014

Anna des Miracles de Virginie Langlois chez Buchet Chastel

Anna est une caissière de supermarché qui, découragée par le monde de la consommation, décide de partir en pèlerinage du Puy en Velay jusqu'à Compostelle. Très rapidement, à sa grande surprise et bien malgré elle, ses mains se mettent à faire des miracles. Déjà certains pèlerins accélèrent le pas. D’autres rebroussent chemin pour la rencontrer. La rumeur se répand, s’enflamme. On parle de ses guérisons dans les journaux.
Anna possède-t-elle réellement un pouvoir ? Quel est le rôle de Jean, cet inconnu qui s’est joint à elle et qui, chaque soir, l’invite à fumer d’étranges cigares ? Le chemin apportera-t-il des réponses ?

J'ai commencé Anna des Miracles assaillie de doutes. Je n'étais pas motivée par le sujet. Ma pensée était brouillée par les souvenirs du drôlissime film tourné en 2005 par Coline Serreau, Saint Jacques la Mecque, avec Muriel Robin, Jean-Pierre Darroussin, Pascal Légitimus.

Sauf que le livre de Virginie Langlois est tellement vivant, autant profond que fluide, que je ne l'ai pas lâché.

Anna des Miracles est un livre qui bouscule les codes habituels
Il correspond sans nul doute à la philosophie qui anime l'auteur. Elle est à la fois hors du temps, avec des valeurs très fortes loin des modes et très ancrée dans le XXI°siècle dont elle intègre les usages, comme celui des réseaux sociaux.

Elle a d'ailleurs ouvert un blog où, depuis le 20 avril,  elle raconte avec l'appui de photos les étapes du voyage de son héroïne.

J'ai pensé au généticien Albert Kahn qui parcourt la France à pieds à la recherche du bonheur et de la liberté. Il  échange tous les soirs avec des lecteurs via les réseaux sociaux. Et il s'est trouvé lui aussi un moment sur le chemin de Saint-Jacques même s'il ne se considère pas comme un pèlerin.

Un récit d'initiation qui n'est pas donneur de leçons
C'est ce qui m'a fait poursuivre la lecture, un peu comme si je suivais le chemin des mots.

C'est parce qu'elle se découvre en manque du brut, du minéral, du végétal, de l'animal (p. 37) qu'elle quitte tout pour se mettre en route : l'artificiel de mon quotidien m'avait engluée sous des couches de vernis épais que les pierres du chemin avaient commencé à poncer.

Aller à Compostelle aujourd'hui n'est cependant plus la prouesse d'autrefois, en bure et sandales, sans baume à l'arnica soixante kilomètres par jour. Beaucoup mouraient en route. Rien à voir avec les progrès dont bénéficient les pèlerins d'aujourd'hui qui se limitent souvent à trente.

Il n'empêche qu'Anna va être confrontée à des bobos de toutes sortes.

La première entorse
Elle commence par soulager une allemande ... en posant ses mains fraiches sur l'articulation enflammée. Anna est une personne simple qui aime les gens, et qui prend soin des autres. Elle ne passe pas à coté de quelqu'un sans le voir, et sans percevoir sa souffrance. Elle a développé un tel sens de l'observation qu'elle en deviendrait presque psychologue.

Et puis elle se lie avec Jean, qui devient son mentor, malgré les craintes que lui inspire ce sexagénaire qui intercale une fine couche de silence entre les feuilles du tabac qu'il partage avec elle, le soir venu.

Anna du magasin, du chemin, des miracles
Rencontre après rencontre, la jeune femme se débarrasse de sa carapace. La caissière devient une célébrité sur le chemin où on la guette pour bénéficier de ses dons. Elle soulage sans espoir de retour et c'est avec surprise qu'elle découvre la manière dont les gens lui manifestent leur reconnaissance.

Elle interroge la manie qu'elle a depuis l'enfance de prendre son pouls, pour conjurer sa peur de mourir. Anna a su compter avant d'apprendre à lire. Son aptitude au calcul mental est source de situations cocasses que l'auteur met en scène avec humour sans cacher le penchant autistique de son personnage.

Elle suit le chemin avec humilité. Le parcours géographique deviendra spirituel puis métaphysique. Le chemin sait où il nous mène. Et pourtant, une réponse reste toujours une question de point de vue, de culture, de croyance, d'époque, de morale, de manque de connaissances, de lacunes de la science.(p. 163)

Lire ce livre maintenant c'est courir le risque de bifurquer votre destination de vacances ... qui sait si vous ne déciderez pas de prendre le chemin ...
Virginie Langlois est née dans le Var en 1966 et vit sur sa presqu’île natale, face à la rade de Toulon. Ingénieur, elle a travaillé quelques années dans l’industrie avant de mener une réflexion philosophique sur la nature quantique de la réalité. Ecrivain, scénariste, conférencière et animatrice d'ateliers d'écriture créative, elle se consacre à diffuser la richesse des idées que la science d’aujourd’hui, au carrefour des arts, de la philosophie et de la spiritualité, nous offre. Elle a publié Les Sabliers du temps et La Grande Eclaire chez Actes Sud.

Anna des miracles de Virginie Langlois, chez Buchet Chastel, sortie en librairie 5 mai 2014

vendredi 2 mai 2014

Ma rencontre avec Sylvie Bourgeois, pour J'aime ton mari

Hier, je vous disais combien j'avais apprécié, le mot est faible, le dernier livre de Sylvie Bourgeois J'aime ton mari, aux éditions Adora. Je disposais des coordonnées de l'auteur. C'était trop tentant de lui proposer une rencontre au Flore, que je savais être son café préféré. Il faut dire que leur chocolat y est délicieusement velouté et qu'il favorise les confidences.

Je l'ai interrogée à propos de la citation d'une marque de vêtements dans son livre. Elle m'a confié son goût pour la psychologie, son amour pour la vie de son quartier et m'a raconté ses habitudes de travail.

Une fille du 6 ème
C'est peu dire que Sylvie Bourgeois aime son quartier. Il est propre, il sent bon, il est formidable. Elle y circule à bicyclette. Elle y fait ses courses, dans des boutiques tenues par de vrais commerçants.

Elle est au Flore comme chez elle, adore y boire un chocolat chaud le soir en compagnie de son mari. Elle connait chaque garçon et beaucoup de clients.
Sylvie a la psychologie dans le sang
C'est une mathématicienne née. Elle analyse le comportement des gens de façon quasi scientifique. Elle arrive très vite à prédire l'enchaînement des actions à partir d'une réaction, d'une petite phrase., en mobilisant ce qu'elle ressent. Puisque tout obéit selon elle à une logique prévisible ... enfin pour elle.

Ses copines font appel à son double talent (l'intuition et le sens de la formule) pour lui demander conseil au moment de rédiger "le" SMS qui touchera le coeur de leur future moitié. On pourrait dire d'elle que c'est une bonne âme.

Une radio l'a engagée comme chroniqueuse du courrier du coeur et pendant un mois elle a dispensé des conseils amoureux. Le plus déroutant : ne cherchez pas le grand amour ... pour le  trouver ! Vous devinerez qu'elle ne recommande pas la fréquentation des sites de rencontres, ce qui transparait clairement dans son dernier livre.

Elle glisse dans chacun de ses romans sa phrase fétiche (p. 95 de J'aime ton mari). C'est mon gimmick, concède-t-elle avec malice depuis mon premier roman Lettre à un monsieur (Editions Blanche, 2003). Aucun homme n'y résiste. Et je vous laisse le plaisir de la découverte.

Au Salon du livre de Saumur, les deux tiers des acheteurs du livre étaient des hommes, interpelés par la couverture sous l'oeil médusé de leurs épouses.
Elle ne recycle pas les confidences
Sylvie ne raconte jamais ce qu'on lui a confié. C'est une éponge qui mémorise tout ce qu'elle entend sans jamais prendre de notes. Sa mémoire est infaillible : j'ai tout dans la tête. Je ne stocke pas des cahiers noircis de petites phrases et de bons mots.

Elle aime la réalité, l'observer, la décrire.

Elle se sert de ce qu'elle connait. Comme la misère financière pointée à Saint-Tropez où la solitude est la pire des hontes.

Elle pourrait s'énerver pour un "non"
Les protocoles sont devenus aberrants. Sylvie en donne des exemples en racontant les mésaventures d'Emma dans l'aéroport. Quand elle veut récupérer le sac oublié dans l'avion elles se heurte à la violence institutionnelle lui réclamant une pièce d'identité. Comme si elle pouvait en produire une !

Sylvie confie que le "non" la fatigue beaucoup. Toutes les procédures que nous subissons seraient tolérables si elles servaient à améliorer le quotidien alors que c'est tout le contraire qui se produit.

Elle me confie aussi qu'elle n'aime pas la "chick lit", une romance qui selon elle aide à foutre sa vie en l'air. Les héroïnes de Sylvie ne sont pas superficielles. Elles font face à de vrais problèmes et ne se complaisent pas dans le rêve. Elles ne fantasment pas leurs désirs comme le personnage incarné par Sophie Marceau dans le film Une rencontre dont on parle beaucoup ces jours-ci.

Ses personnages féminins sont animées par des valeurs de bienveillance, de solidarité, de partage et d'équilibre. Elles sont capables de courage. Ce sont de vraies filles, pas des caricatures.
Un partenariat avec la fée Maraboutée
C'est important de visualiser au plus près un personnage. Ce n'est pas la même femme qui s'habille en Caroll, en Heimstone, ou en Maje. Toutes les filles n'ont pas les moyens de se payer des vêtements Agnès B ou Prada, même en soldes.

Quand Charlotte prête une de ses tenues à Emma elle choisit une robe pas chère, qui ne nécessite pas de passer par la case pressing avant et après. Et s sa copine tombe dans un buisson d'épines avec (la jeune femme mélange boisson à bulles et codéine, ce qui provoque quelques effets secondaires) et qu'elle l'abime personne n'en fera un drame.

Tant qu'à faire, on oublie la petite robe noire passe-partout et on opte pour un ton qui vous assurera la vedette. Sylvie fait donc porter à son héroïne une robe couleur framboise qu'elle attribue à la fée Maraboutée sans savoir que ce modèle existe bel et bien dans la collection printemps-été, et qu'il est fluide à souhait, selon la formule qu'elle estime magique pour la ligne. C'est plutôt original et vous n'êtes pas obligé de me croire mais ce n'était pas prémédité.

Plusieurs connexions existent entre la marque et la romancière. Jean-Pierre Braillard, le directeur artistique de La fée Maraboutée, et Sylvie sont tous deux originaires de Besançon. Fred, le coiffeur des stars, qui transforme Emma en véritable bombe, porte un tatouage de la fée... clochette. Et l’héroïne possède elle aussi des pouvoirs magiques : elle est barreuse de feu.

Le style vif, drôle, espiègle, positif et enjoué de Sylvie correspond parfaitement à l'état d'esprit de la marque qui lui a donc proposé un véritable partenariat coup de cœur. Un T-shirt à message J’aime ton mari a été réalisé à l’occasion de la sortie du roman le 5 mars, et un nombre limité de la fameuse robe framboise font en ce moment l’objet de jeux concours.

La fée Maraboutée n'a pas résisté. Elle a ouvert à Sylvie les pages de son blog quelques jours avant le nouveau Festival de Cannes.

Cette collaboration a changé un peu la vie de Sylvie qui porte désormais des couleurs. Elle a abandonné le noir qui "va avec tout". Sac rouge, blouson rouge, foulard fleuri ... lui donnent bonne mine. 
Ecrire est plus que son métier
En optant pour la troisième personne Sylvie bourgeois prend de la distance avec ses personnages, comme si elle les photographiait en se reculant. Cette position lui offre davantage de légèreté que le "je" des précédents romans.

Sylvie écrit ... ou pas. Et si c'est oui alors c'est à 100%. Il n'y a plus place pour le téléphone ou les mails. Les horaires deviennent des horaires de bureau jusqu'à l'achèvement du roman, ou du scénario. de tout le gros oeuvre, sachant qu'il restera des finitions coté ponctuation et corrections.

Elle aime écrire pour la concentration que l'exercice la contraint à avoir, pour ne pas s'éparpiller et tendre vers un objectif : Quand j'écris je vais quelque part.

Elle a beau adorer l'atmosphère du Flore c'est chez elle qu'elle se concentre le mieux. Dans un très beau bureau, vaste, sur une table blanche, nette et dégagée, où rien ne traine, confortablement calée dans un immense fauteuil rouge, avec un frigo bien rempli, et en sachant son mari dans une proximité rassurante : il ne faut pas être en manque pour pouvoir (bien) travailler, dit-elle en faisant allusion à la satisfaction des besoins selon la pyramide de Maslow.

Actuellement elle finalise l'Architecte, qui va être son prochain livre.

Que feriez-vous si vous n'aviez pas peur ?
C'est la question que Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, pose à ses employés. Sylvie se dit lucide sur ses capacités et ne prétend pas être Super Woman. Elle interroge son héroïne (p. 38) pour lui faire prendre conscience de la censure qu'elle exerce à l'encontre d'elle-même.

J'ai pointé hier que le livre était très dialogué. Ils servent à couper court aux explications que les auteurs délaient souvent pour justifier les attitudes de leurs personnages. En se relisant elle joue tous les rôles qui doivent résonner musicalement. Il faut que le lecteur entende les bruits de la fête.

On pourrait passer des heures en compagnie de Sylvie sans voir le temps passer. Elle a travaillé quinze ans dans la communication et nous avons presque des expériences semblables. On sent qu'elle n'a pas tout dit dans la petite série des Sophie ... au Flore et à Cannes.

Elle va repartir sur son vélo faire quelques courses indispensables. Elle pourrait aller nager si nous étions au bord de la mer car elle adore cet élément. Elle laisse le souvenir d'une femme qui sait penser, analyse, et rire aussi.

J’aime ton mari de Sylvie Bourgeois, chez Adora, sortie le 5 mars 2014

jeudi 1 mai 2014

J'aime ton mari

N'ayez pas peur ... il ne s'agit pas du vôtre ... enfin allez savoir ...
En tout cas je veux parler ici du dernier livre signé par Sylvie Bourgeois aux éditions Adora.

Quitte à écorner ma réputation (surfaite) d'intellectuelle je n'ai pas peur de dire que j'ai a-do-ré cette comédie romantique qui vaut largement les yeux jaunes d'un alligator, ceux qui comprendront apprécieront.

C'est l'histoire d'Emma, godiche, écolo et militante. Elle mise sur la bienveillance et abhorre les rapports de force. Elle est veuve et maman d'un Benjamin de 5 ans (qui n'apparait pas à l'écran parce que l'histoire se déroule sur un week-end où il est gardé par je ne sais plus quelle copine).

Le mot écran n'arrive pas tout à fait par erreur ici parce que j'ai eu le sentiment de lire un scénario, ce qui n'est pas si éloigné que ça de la réalité. La trame est en train d'être adaptée pour le cinéma.
Quand elle était lycéenne, Emma fut amoureuse d'un de ses profs, qui préféra épouser sa soeur ainée Fabienne. Et maintenant c'est son futur beau-frère qui fait battre son coeur le jour même du mariage de sa très jeune soeur Myrtille. Il y aurait bien aussi un autre bel homme auquel elle s'est heurtée dans l'avion qui l'emmenait vers la destination de rêve qui sert d'écrin à la cérémonie. L'un d'entre eux serait-il l'homme de sa vie ?
Emma est tout sauf une séductrice et il n'y a que sa copine Charlotte pour croire qu'elle puisse de nouveau s'aventurer un jour sur le terrain amoureux. Ce ne sont pourtant pas ses bons conseils qui manquent et vous pourrez, mesdames, les mettre à profit si le coeur, ou le corps, vous en dit.

Fred sera l'alter ego de Charlotte sur place pour booster la libido de l'héroïne et surtout lui redonner confiance en elle.

Ce sont toutes les péripéties de ces vingt-quatre heures que Sylvie Bourgeois nous narre avec une énergie et un franc-parler réjouissants. Elle appelle une bite une bite, sans être le moins vulgaire et cela fait du bien de lire un livre qui ressemble par sa liberté de style à ce qu'on peut trouver dans les blogs. Rien d'étonnant, vous me direz puisqu'elle en connait un rayon dans ce type d'écriture.

Un roman qui est une leçon de vie
Le ton est léger mais il ne faut pas se fier aux apparences. Et le conseil de Charlotte (p.12) devrait être donné par toutes les mères à leur fille au lieu de leur raconter l'histoire du Petit chaperon rouge : Refuse d'accorder à quiconque le droit d'avoir un pouvoir de nuisance sur toi, et quand tu ne sais plus comment réagir, choisis de résister par l'humour. rire est souvent la seule réponse pour sortir la tête haute d'une situation humiliante, cela t'évitera de céder à la colère.

L'auteur fustige les comportements stéréotypés par l'absurdité administrative des règlements appliqués à la lettre. On se dit en la lisant qu'elle a dû vivre de mauvais moments dans les aéroports.

On devine qu'elle a beaucoup écouté ses copines et recueilli de nombreuses confidences. Et comme elle a le sens de la répartie le livre fourmille de bonnes idées et de réflexions d'une sagesse désopilante.

Par exemple, p. 156 : Tout le monde ment à tout le monde et plus personne n'accepte d'aimer quelqu'un de son âge de peur de voir dans le regard de l'autre sa propre image vieillissante.

Un roman très dialogué
On pourra le lui reprocher. Que voulez-vous, Sylvie est scénariste. C'est à elle qu'on doit par exemple le script du film les Randonneurs  à Saint-Tropez qu'elle a co-écrit avec Eric Assous et Philippe Harel.

Alors, forcément, avec elle les répliques fusent. Il n'empêche que c'est facile à lire tout en étant sérieux. Et je n'ai pas été étonnée de trouver (p. 199) une analyse de Jung sur le rapport amoureux : la rencontre de deux personnalités est comme le contact de deux substances chimiques; s'il se produit une réaction, les deux en sont transformés.

Sylvie Bourgeois, avait déjà publié plusieurs livres dont les fameux Sophie à Cannes et Sophie au Flore chez Flammarion. Le roman dégage tellement d'énergie positive que j'ai eu envie de rencontrer l'auteur. Nous avons pris ensemble un chocolat dans son café préféré, le Flore bien évidemment. Je vous raconte demain notre entretien.

J’aime ton mari de Sylvie Bourgeois, chez Adora, sortie le 5 mars 2014

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