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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

mardi 21 septembre 2021

Pour autrui, texte et mise en scène de Pauline Bureau

La surprise est venue sans doute ce soir davantage des rires que du sujet. Personne dans la salle n’ignore le thème de Pour autrui, la pièce écrite par Pauline Bureau avec l’élan qui la caractérise quand elle s’empare d’un sujet qui lui tient à coeur.

Très préoccupée par les questions de santé, elle propose une pièce qui conjugue l’intime et le spectaculaire. Beaucoup de silences, de temps qui s’étire (sans susciter le moindre ennui mais qui permet au spectateur de digérer ce qui se passe).

La scénographie est quasi insensée. Et pourtant on connait déjà le talent d'Emmanuelle Roy. On retrouve la division de l’espace en deux plans,comme on a pu le voir dans Mon coeur. Ajoutez une tournette centrale, des espaces latéraux, et coupez en deux le haut, vous obtiendrez 5 lieux, plus le bord du plateau, qui fonctionnement isolément ou en combinaison. Quelle mécanique ! Cela aurait pu être anecdotique, acrobatique, mais tout est fluide. Les images projetées sont d’un réalisme inhabituel, si fortes que parfois j’oubliais être au théâtre tant il y a dans ce spectacle un dispositif cinématographique, avec même des gros plans, je ne vous dis pas comment.

Sur le fond, Pauline Bureau confronte les interrogations que l’on peut avoir en matière de GPA, mais aussi de maternité et de parentalité, et sur la filiation. Elle les combine à des soucis d’ordre écologique, ce qui n’empêche pas ses personnages de prendre l’avion, comme quoi la mesure de l’empreinte carbone n’est pas une évidence.

J'ai été touchée de multiples façons. Par ce coup de foudre entre Liz et Alex (Nicolas Chupin), par la relation fusionnelle entre Liz et sa soeur Kate (Rebecca Finet). Par l'interprétation autant jouée que dansée de Maria Mc Clurg (Rose Hutchinson). A de nombreux moments, on oublie qu'on est au théâtre, malgré l'imposant dispositif et l'originalité du propos. Sans doute pour partie parce que l'histoire est singulière.

Pauline Bureau réussit la prouesse de nous captiver en nous racontant des faits exceptionnels (il y a de multiples hasards et coïncidences dans la pièce) qui n'ont pas en soi valeur d'exemple. Car qui a une soeur vivant au bout du monde, travaillant dans un service de prématurés à San Francisco, dont une collègue est capable de porter votre enfant ? Et de le faire dans un cadre réglementaire ? Etre marionnettiste et donc donner la vie à des poupées et ne pas pouvoir devenir père est sans doute complexe à vivre. Et bien entendu surmonter un cancer et une fausse couche tardive (qui sont deux épreuves que Pauline connait, ce qui impose encore plus de respect). On peut être dans le contrôle, hors concours en terme de perfection comme l'est le personnage de Liz, et puis être touchée par des problèmes de santé.

C'est un des points forts de Pour autrui que de ne pas être militant en démontrant que c'est facile ou généralisable. Voilà aussi pourquoi j'ai apprécié que le spectacle soit réalisé pour partie en langues étrangères. Cela reste de l'exception mais on peut (et on doit) croire à une circulation possible de générosité et de respect. Sans faire mystère du coût et du contre-don. Car oui, donner ce n'est pas perdre. Et c'est très bien que le dossier du spectacle fasse le point sur l'évolution de la législation en matière de GPA.

On retrouve avec plaisir plusieurs comédiens avec qui la metteuse en scène a l’habitude de travailler. Comme Marie Nicolle, très juste en working-girl dont la vie bascule vers le bonheur puis dans le drame.  Martine Chevallier est incroyable, entre deux rôles très différents. Sa composition de la mère devenant grand-mère est formidable.

Par contre, je ne suis pas certaine que le monologue de fin à propos des forêts et de la surdouance soit très à propos, laissant croire qu’un enfant conçu de manière exceptionnelle serait forcément exceptionnel, mais cette critique est mineure. On ne peut pas « tout » dire dans un seul spectacle.
Pour autrui, texte et mise en scène de Pauline Bureau,  et dramaturgie Benoîte Bureau
Avec Yann Burlot, Martine Chevallier, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Maria Mc Clurg, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Maximilien Seweryn, et à l’image les enfants Rose Josefsberg Fichera et Jason Kitching
Scénographie et accessoires Emmanuelle Roy, et costumes Alice Touvet
Composition musicale et sonore Vincent Hulot
Lumières Laurent Schneegans
Vidéo Nathalie Cabrol
Du 21 septembre au 17 octobre 2021 au Grand Théâtre de La Colline, théâtre national, 15 Rue Malte-Brun 75020 Paris
Le mardi à 19h30, du mercredi au samedi à 20h30 et le dimanche à 15h30
Relâche le dimanche 26 septembre
Longue tournée qui passera les 9 et 10 février 2022 à l'Azimut Firmin-Gémier – Châtenay-Malabry
(Pauline Bureau, ci-dessus au centre)

lundi 20 septembre 2021

Je chemine avec Nancy Huston, au Seuil

C’est le sixième opus d’une nouvelle Collection littéraire du Seuil. Après Agnès b, Hubert Reeves, Susan George, Gilles Clément et Angélique Kidjo, c’est maintenant Nancy Houston qui a accepté de se livrer.

La série s’intitule Je chemine avec … Ces jours-ci j’ai découvert l’opus consacré à cette auteure majeure. L’expérience m’a convaincue. Alors je marcherai prochainement avec Gilles Clément et Angélique Kidjo.

L'écrivaine évoque son parcours, ses différentes origines, sa personnalité et aussi ses goûts pour questionner ce qui sous-tend son identité individuelle. Elle souligne l'importance de ses engagements féministes et écologistes. Mais elle le fait avec un naturel et une spontanéité que Sophie Lhuillier a réussi à capter d’une façon remarquable. Si bien que le lecteur se sent inclus dans la conversation.

J’ai envie de tout raconter tant il y a dans chaque page matière à réfléchir sur son propre parcours. Pourtant j’ai bien compris que la cible de cette collection est plutôt les grands adolescent avec l’objectif de les aider à choisir leur voie. Il est tout à fait juste qu’entendre (car on dirait des entretiens radiophoniques) Nancy Huston exprimer ce qui l’anime et comment elle en est venue à devenir écrivaine est tout à fait intéressant. On se dit par exemple, ah oui, ce métier peut être compatible avec le rythme d’un travail de bureau en apprenant qu’elle s’astreint à un fonctionnement régi par des horaires fixes dans un lieu qui n’est pas son domicile, ni un espace public, en référence à la « chambre à soi » préconisée par Virginia Woolf.

Elle parle notamment d’écriture, le sujet était incontournable. Mais quand elle donne des conseils, elle s’adresse à nous comme une amie (p. 129). Si on veut écrire, il faut d’abord prendre conscience de la liberté inouïe dont on dispose, pis se donner des consignes pour la restreindre !

Elle souligne combien l’imagination est un don précieux, faisant référence, alors qu’on ne s’y attend pas chez elle, au Jardin extraordinaire dans lequel Charles Trenet a vu tant de choses.

Elle explique comment et pourquoi elle apprécie de vivre en France, et combien elle aime une région en particulier, le Berry. Mais surtout elle n‘exprime aucun regret quant aux travers qu’elle a subis et qui sont selon elle des « cadeaux en mal » de la vie. Le pire étant à 6 ans, le départ de sa mère en laissant derrière elle ses trois enfants.

Si j’osais me permettre une critique je dirais qu’il manque à la fin un récapitulatif des œuvres citées (en dehors de sa propre bibliographie qui bien entendu est incluse dans l’ouvrage) car cette femme, en toute logique, en donne beaucoup et il est impossible de les noter au fur et à mesure.

C’est donc une excellente idée que de proposer au public des trajectoires très variées, avec pour dénominateur commun la liberté et la passion. D’autres personnalités sont annoncées. Des scientifiques, artistes, sportifs, médecins, chefs cuisiniers, journalistes, artisans, entrepreneurs livreront -on l’espère- avec autant de franchise, les étapes qui ont jalonné leur vie : les rencontres et choix décisifs, les joies, mais aussi les moments de doute, les détours, voire les échecs, et comment elles et ils les ont surmontés. Car un parcours ne se résume pas à un métier, et il n’est jamais droit ni direct. C’est souvent grâce aux chemins de traverse que nous nous remettons en question, nous renforçons et pouvons aller plus loin.

Je chemine avec Nancy Huston, Entretiens menés par Sophie Lhuillier, au Seuil, en librairie depuis le 2 septembre 2021

dimanche 19 septembre 2021

Feuilleton Goldoni mis en scène par Muriel Mayette-Holtz

Ceux qui ont été privés de théâtre peuvent venir voir ce Feuilleton Goldoni en toute quiétude au théâtre de La Scala. Il est impossible qu’ils soient déçus. Et ceux qui ont continué à aller au théâtre (par exemple au festival d’Avignon) seront d’accord pour saluer le travail de Muriel Mayette-Holtz et de son équipage.

Voilà ce qu’elle en dit : Cette trilogie est un feuilleton psychologique sur notre incapacité au bonheur. Les deux protagonistes, qui s’aiment sans aucun doute, recherchent un amour pur et unique tout en revendiquant chacun leur liberté. Cette revendication est difficilement compatible avec leur désir d’absolu. Goldoni nous promène dans leurs contradictions sentimentales, de crises de larmes en crises de jalousie, d’élans amoureux en passion cachée. Nous sommes les témoins d’une confession impudique qui nous ramène à nos propres confusions. L’auteur fait souffrir ses personnages de maux inexistants, enfermés dans un aveuglement douloureux et sans issue. Il faudra trois pièces, un deuil, un héritage, une bataille pour approcher l’apaisement…

Cette saga se déploie en trois pièces, visibles séparément ou en intégrale. La rupture de ton est nette entre les deuxième et troisième parties. Je recommande donc de les voir dans la continuité. Les effets recherchés par Goldoni qui excelle à faire monter la pression n’en seront que plus sensibles.

Car l’auteur italien, mais qui écrivit cette trilogie en France, en 1764, a conçu une sorte de  «série», le terme de feuilleton est donc tout à fait adéquat. Le public des séries télévisées ne sera pas dépaysé. Y compris par le décor car la projection des images de Nice (Murielle Mayette-Holtz est directrice du CDN Nice Côte d’Azur depuis novembre 2019) est une excellente idée. Et par les costumes qui d’une heure à l’autre se rapprochent de plus en plus de ce que l’on porte aujourd’hui. Avec un emploi très habile du noir et de la couleur qui reviendra par petites touches après le deuil.

Quant à l’histoire, elle est composée des ingrédients fondamentaux : Zelinda une orpheline plutôt intelligente (Joséphine de Meaux) et Lindoro un noble désargenté mais courageux (Félicien Juttner) sont contraints de cacher leur amour au sein de la maison qui les emploie, elle comme femme de chambre, lui comme secrétaire. Ils sont sincères, fougueux, mais jaloux. Quand ce n’est pas l’un, c’est l’autre qui souffre de ce mal qui va peut-être provoquer leur perte.

Pourtant ils sont chanceux. D’abord parce qu’ils sont jeunes, beaux, en bonne santé et qu’ils seront héritiers de leur généreux patron … s’ils ne gâchent pas tout à vouloir passer pour ce qu’ils ne sont pas et qu’ils font confiance à la vie au lieu de croire que le diable se cache partout et aime à favoriser les mauvaises intentions. On voudrait leur crier d’arrêter de croire que tous les moments sont pour eux dangereux.

Mais ce serait nous priver de rebondissements multiples, de quiproquos savoureux suite à des scènes qui se jouent en miroir.

La mise en scène est très enlevée. Le jeu est fluide comme si les dialogues étaient improvisés sur l’instant. Les moments musicaux sont très agréables. Les adresses au public entre les trois parties entretiennent le suspense. Goldoni gratifie le public féminin de jolis compliments : les femmes ont de l’esprit, de l’ingéniosité et du coeur.

Bref, c’est drôle, fin, admirablement interprété. Juste ce dont on avait besoin pour assurer la transition entre l’été et une rentrée épuisante.
Feuilleton Goldoni
D’après la trilogie Les Aventures de Zelinda et Lindoro de Carlo Goldoni
Traduction & texte français de Ginette Herry
Mise en scène de Muriel Mayette-Holtz
Avec Joséphine de Meaux, Félicien Juttner, Augustin Bouchacourt, Charlie Dupont, Ahmed Fattat, Tania Garbarski, Jonathan Gensburger, Frédéric de Goldfiem, Pauline Huriet, Thibaut Kuttler, Ève Pereur et le pianiste François Barucco
Décor et costumes de Rudy Sabounghi
Lumière de Pascal Noël
Musique de Cyril Giroux
Du 17 septembre au 3 octobre 2021
Durée : 1 h 20 pour chacune des trois parties. En Intégrale le week-end.
lascala-paris.com, 01 40 03 44 30
Puis tournée (voir dates sur le site du théâtre national de Nice : www.tnn.fr ) au  Théâtre de la Cité à Toulouse, Théâtre Liberté à Toulon, Théâtre de Liège, Théâtre du Jeu de Paume à Aix, La Criée Théâtre National de Marseille.

samedi 18 septembre 2021

Retour de En aparté

Comme j’ai aimé cette émission ! Le mode d’interview de Pascale Clark dans En aparté est pour moi un modèle du genre.

Attention je vous parle des premiers épisodes, de 2001 à 2006 le samedi à 14 heures tout de même 500 si je compte bien. Parce qu’ensuite ça a dégénéré avec l’arrivée de journalistes après 2006.

Alors quand j’ai appris le retour de cette émission culte sur Canal + avec Kad Merad comme premier invité le 16 septembre vous pouvez facilement imagine mon excitation. Et ensuite ma déception.

Ça avait pourtant bien commencé avec une tonalité qui semblait très proche de la version originale. L’intonation de la voix de Nathalie Lévy est d’ailleurs proche de celle de la créatrice, ce qui n’est pas forcément u atout. Mais très vite on s’est senti dans un décor construit en studio, bien loin de l’atmosphère d’un appartement qui semblait être vrai. La cheminée à l’éthanol est on ne peut plus factice. Et, qui plus est, pas du tout de saison. La conduite de l’interview était plus artificielle, davantage inscrite dans l’actualité et donc considérablement moins intime qu’autrefois.

En aparté reste une bonne émission, mais ni plus ni moins que d’autres émissions de promo alors que sa spécificité était de sonder l’intime d’un invité qui était réputé pour ne pas se livrer.

Le pire fut que j’ai eu l’impression de regarder une séquence qui a subi un montage, et donc des coupes alors que j’aurais juré que les premières étaient enregistrées dans une vraie continuité, laisssant place aux hésitations et à quelques silences éloquents.

Autant garder le bon souvenir que j’ai et ne pas tenter de ressusciter l’intérêt. Ce fut révolutionnaire. Ce ne l’est plus. Tant pis. La page est tournée.

vendredi 17 septembre 2021

Un baiser qui palpite là, comme une petite bête de Gilles Paris

Je suis perplexe au moment d’écrire mon avis sur le dernier livre de Gilles Paris. Il est annoncé à destination des adolescents mais je ne se suis pas certaine que ce soit la meilleure cible. Je n’ai aucune idée de la manière dont les teen-agers pourront recevoir Un baiser qui palpite là, comme une petite bête.

Mon adolescence est trop ancienne et même si celle de mes enfants ne fut pas de tout repos (il y eut quelques débuts de nuits blanches à attendre leur retour de fête avant de m’endormir … et je me souviens en particulier d’une péripétie qui faillit être tragique) mais elle est loin de ressembler à ce que Gilles Paris décrit dans son roman. Ou il a une imagination débridée, ou il a de cette période une connaissance qui m’échappe, … et que je trouve effrayante.

J’ai eu beaucoup de mal à progresser dans la lecture. Je savais que le pire avait eu lieu avant, avec le suicide d’une jeune fille par pendaison (qui est une mort particulièrement atroce) mais je découvrais malgré tout des épisodes d’une forte brutalité tous les deux chapitres. Si c’est à ça que ressemble l’adolescence aujourd’hui je suis bien contente de n’être plus directement concernée. Comme je plains la jeunesse actuelle d’être confrontée à cette surenchère en terme de séduction, de franchissement de limites et de défis. Finalement le manque de liberté de la mienne était un bouclier et j’en remercie rétrospectivement mes parents.

Le drame a eu lieu avant et le lecteur se croit allégé de la scène de crime, imaginant que le pire est antérieur. Mais le monde que Gilles Paris nous met devant les yeux est impitoyable, bâti sur des beuveries, les apparences et les faux-semblants, jalonné d’horribles défis. 

Certes ils ne sont pas tous « pourris » dans ce monde où les « adultes miniatures » sont plus que rois (on est dans un milieu où l’argent de poche est abondant, où le N°5 de Chanel est déjà « l’ancien parfum » d’une jeune fille et où manifestement on ne pratique pas la décroissance …). Ainsi par exemple Emma est une fille équilibrée (et on remarquera qu’elle reste sobre en soirée). Léon est super gentil mais il ne se rend pas compte des conséquences catastrophiques des services qu’il rend. Tom reconnaît qu’il est « un petit allumeur qui n’a pas conscience des incendies qu’il provoque » (p. 167) et qu’il « peut se comporter comme un salaud » (p. 152). Marlone affirme sans état d’âme : je prends, je jette. J’ai aucun scrupule (p. 152) et achète le silence en « glissant quelques billets de 500 euros », ce qui pour moi est carrément surréaliste.

Ce roman est très bien écrit, utilisant habilement le lexique des ados d’aujourd’hui (et c’est une excellente idée de l’avoir fait figurer à la fin), mais ce n’est pas en changeant les mots que le propos est adouci, bien au contraire. Il y a beaucoup de musique (dommage qu’une play-list n’est pas été constituée avec un QR code pour les écouter comme font certains éditeurs), beaucoup de sexe, beaucoup d’alcool, beaucoup de mensonges. On a le sentiment que tous les moyens sont bons pour se la mettre à l’envers. Et c’est terrifiant. Je ne parle pas de morale, mais de question de vie et de mort. La conception, chorale, donne la parole à chacun des protagonistes et le mal-être est leur point commun. Certains parents sont eux aussi dans la spirale de la violence. La plupart des adultes sont peu présents mais pas absents. Finalement la seule entraide vient des amis, d’un frère ou d’une soeur. Mais le pire est tout autant à craindre des copains car certains ami(e)s sont inséparables avant que leur relation bascule dans la haine.

Je devrais interroger Gilles sur ses motivations. Je le ferai -comme on dit- de vive voix. A t-il tant observé notre société et notamment les changements consécutifs à la généralisation des portables et à la banalisation de l‘usage des réseaux sociaux qu’il a fini par avoir envie d’écrire sur le sujet ? A-t-il voulu surtout alerter sur les dangers et donc faire réfléchir ? Aurait-il été bouleversé par un drame survenu à l’enfant d’un de ses proches ? S’agissant du suicide il en connait les contours, comme en témoigne le bouleversant roman qu’il a publié l’an dernier. Il est probable que depuis le temps qu'il est invité dans les établissements scolaires pour discuter avec les jeunes il aura collecté un nombre conséquent de témoignages, voire de confidences.

Je sais bien qu’on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans et je ne suis pas « frappée d’alignement » (on me dit plutôt anticonformiste) mais je n’aurais pas été honnête si j’avais caché le malaise que cette lecture a provoquée et qui, plusieurs jours après avoir refermé le livre, continue de faire son chemin au fond de moi. Je croise dans la rue des ados qui postent des images et des vidéos sur leurs smartphones en éclatant de rire et je ne suis pas rassurée. Je connaissais l’existence du harcèlement mais je ne le pensais pas si largement partagé. Et Gilles Paris pointe parfaitement le paradoxe : ils veulent coucher mais ne supportent pas ceux qui ont une sexualité libre. Ils condamnent chez les autres ce qu’ils s’autorisent. 

J’ai été surprise et je vais rester un moment sous le choc d’une lecture parfois insoutenable, laissant entrevoir l’enfer que supportent certains ados.. Ce n’est évidemment pas le livre que je condamne mais la violence de notre époque que je ne pensais pas si largement banale et si dramatiquement destructrice même si je sais bien que des adolescents sont quotidiennement victimes de harcèlement. Puisse ce roman, qui est une sorte d'électro-choc, faire réagir les adultes qui sont en situation d'agir ! 

Un baiser qui palpite là, comme une petite bête de Gilles Paris, Gallimard, en librairie depuis le 9 septembre 2021

mardi 14 septembre 2021

Hors concours sélection 2021

(mise à jour le 12, le 30 octobre et le 30 nov. 2021)
Pour cette sixième année du Prix Hors Concours dont vous avez encore le temps de découvrir la sélection ici, j’avais six préférences, une fois lus tous les extraits.

La règle est sévère depuis que le nombre de titres à retenir, et uniquement à partir d’un extrait communiqué par l’éditeur, a été restreint de 7 à 5.

6 … c’était un de trop et j’ai durement tranché.

Pourtant c’était bien parti grâce à un changement de méthode. En me basant sur d’autres critères. J’ai d’abord cherché à sélectionner les ouvrages à partir de leurs couvertures. J’en avais 5. C’était parfait. Trop … j’ai eu un doute sur le sérieux de ma démarche.

J’ai pensé que le titre était tout de même déterminant. J’en avais de nouveau 5. Manque de pot cela faisait 10 car ces 5 là s’ajoutaient aux précédents puisque aucun n’appartenait à la première sélection.

Je me suis attachée au nom de l’éditeur parce que j’aime beaucoup ce que font certains. Je suis montée à 8. Deux d’entre eux avaient publié un livre dont j’avais précédemment retenu le visuel ou le titre. Ça ne convenait pas beaucoup mieux.

J’ai repéré les premiers romans puisqu’ils m’intéressent beaucoup depuis que j’ai rejoint l’épopée des « 68 premières fois ». Je pense qu’il faut leur accorder une attention particulière. Ils sont au nombre de 11, un peu plus d’un quart de cette sélection 2021. J’applaudis mais cela ne ne m’avance guère même s’il y a deux titres qui m’avaient cligné de l’œil.

Impossible de m’appuyer sur les noms des auteurs. Outre que les primo romanciers sont de parfaits inconnus, les autres ne me sont pas davantage familiers.

Alors ? Et bien je suis revenue à la méthode classique. J’ai lu tous les extraits, évidemment, et consciencieusement, même si j’avoue avoir un peu zigzagué pour explorer les sous-catégories que j’avais établies.

J’ai ainsi réussi à retenir 6 puis 5 extraits. Et, preuve que ma méthode n’était pas si ridicule que ça, il y a parmi ces 5 là un dont le titre m’avait tapé dans l’œil et deux qui sont publiés par des maisons d’édition que j’avais retenues. Mais, franchement, au visuel, je ne sais pas si ma main aurait eu envie d’en ouvrir un, … si quand même un.

Je ne peux pas communiquer les titres maintenant, il serait impensable de vous influencer, mais je le dirai … Laissez-moi le temps de les lire dans leur intégralité.

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Les 5 titres qui ont reçu le plus de voix (et je vais avouer qu'ils ne figurent pas parmi les 5 que j'avais retenus - mais l’un d’entre eux était mon sixième). C'est d'ailleurs la première fois que mes avis diffèrent à ce point de l'ensemble des votes) sont :

Demain la brume de Timothée Demeillers, aux éditions Asphalte
Mars violet de Oana Lohan, aux éditions Le Chemin de fer
L'arrachée belle de Lou Darsan, aux éditions La Contre Allée
Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba, aux éditions Le Mot et le reste
Ultramarins de Mariette Navarro, aux éditions Quidam

Le vote s'est clôturé le 24 novembre, Le jury des journalistes, membres de l'Académie Hors Concours, a délibéré la veille et a choisi l’auteur lauréat, tandis que les lecteurs et lectrices ont été invités à distinguer leur favori. Le Palmarès a été dévoilé le 29 novembre à la Maison de la Poésie à Paris

Le prix Hors Concours, décerné par un jury de 5 journalistes - Stéphanie Khayat, David Médioni, Ilana Moryoussef, Isabelle Motrot et Inès de la Motte Saint-Pierre - a récompensé le troisième roman de Timothée Demeillers, né en 1984, vivant aujourd’hui à Nantes. Il se déroule à Nevers en 1990. Katia, lycéenne rebelle, étouffe dans sa vie et rêve d'indépendance. Elle s'éprend de Pierre-Yves, libre et anticonformiste comme elle aimerait l'être. Mais la soif d'absolu du jeune homme dépasse la sienne. Pendant ce temps, à Zagreb, la chanson Fuck you Yu devient un hymne à l'éclatement de la Yougoslavie, tandis qu'à Vukovar, nul ne doit savoir qui est serbe et qui est croate.

De leur côté, plus de 400 lecteurs et lectrices ont participé cette année à la sélection, d’abord en lisant les 40 extraits du catalogue Hors Concours puis, au terme d’un premier vote, les 5 livres finalistes, afin d'attribuer le Prix des lecteurs et lectrices à Mariette Navarro pour Ultramarins qui est le premier roman de cette dramaturge.

lundi 13 septembre 2021

Ouistreham, film d’Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrère a adapté le récit Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas paru en 2010.
Au tournant de la cinquantaine, l'écrivaine Marianne Winckler s’installe près de Caen sans révéler son identité et se fait embaucher dans une équipe de femmes de ménage. Elle va expérimenter le travail intérimaire et approcher la fragilité économique.
Ouistreham ne m’a pas passionnée. Vous direz que c’est parce que j’avais lu le livre (voir ici mon avis en 2011), et que donc je connaissais l’histoire. Mais alors comment expliquer que, reprenant le récit de Florence Aubenas à mon retour du cinéma, je sois encore en train de le relire à deux heures du matin sans ressentir le moindre ennui ?

C’était pour moi un livre choc dont je pensais qu’il avait le pouvoir de faire bouger les lignes en dénonçant les dysfonctionnements, pour commencer ceux de Pôle emploi. Un film aurait eu le potentiel pour aller plus loin. Il est probable que Florence Aubenas s’en inquiétait puisque les tractations ont duré des années avec diverses sociétés de production jusqu’à ce qu’elle accepte finalement en 2015 que ce soit Emmanuel Carrère – écrivain du réel et réalisateur – qui adapte son livre au cinéma.

Pour conserver l'aspect documentaire du récit, le réalisateur décida que tous les rôles soient interprétés par des comédiens non-professionnels, à l‘exception du rôle principal confié à Juliette Binoche qui se disait très motivée par le thème. Que cherchait-il à démontrer ? Que si une journaliste peut se faire passer pour  une femme de ménage, des femmes de ménage peuvent devenir actrices ? Comme si tout le monde était interchangeable … sauf qu’à la fin le mythe de Cendrillon fait long feu.

Le générique revendique une libre adaptation (co-signée par Emmanuel Carrère et Hélène Devynck)… je dirais plutôt une libre déformation. L’engagement sur le ferry ne se fait pas par piston. C’est un épisode clé du livre, qui justifie le titre. C’est violent et simple à la fois (p. 77). La problématique des soins dentaires est autrement plus émouvante dans le roman (p. 108) qui décrit admirablement le gouffre de la précarité sans jamais manquer de respect. Il me semble que plusieurs scènes pseudo romantiques en bord de mer ou sur le ferry ont été ajoutées et contribuent à dénaturer le propos. Mais je ne vais pas me livrer à une étude comparative. Ce ne sont pas les modifications qui m’ont dérangée mais ce sentiment de mensonge. Le livre étant sorti il y a onze ans il était essentiel de pointer pourquoi rien n’a changé alors que le film semble entériner les faits.

Certes, je reconnais des bribes de scène, mais tronquées, expurgées de ce qui fait la qualité de l’écriture de l'auteure, à savoir son humanité.

Le propos devient sur la toile une (mauvaise) comédie dramatique. Je ne parlerai pas de la fin, qui est purement antisociale. Comment les producteurs ont-ils pu valider un tel scénario ?

Il discrédite encore plus largement le monde journalistique que ne le fait France qui, de plus, est magnifique sur le plan cinématographique alors que les images d’Ouistreham n’ont pas de beauté, hormis les premières secondes. Elles sont pourtant signées par le triplement césarisé Patrick Blossier.

Le journalisme dit d’investigation, en prend pour son grade.

J’ai la désagréable impression d’avoir vu quelque chose de mensonger. A l’égard de l’auteure car je ne pense pas qu’elle écrivait "son" livre au fil des journées. Elle est revenue à Caen, dans la même chambre meublée, l’hiver suivant pour le rédiger alors que dans le film elle apparait comme une voleuse de confidences. A l’égard des compagnons d’infortune. A l’égard de la société, car ce film n’est pas daté, ne donne pas de chiffres, n’instruit pas sur la spirale de la précarité autrement que par l’anecdote de la voiture de Cédric … (Philippe dans le livre). Je n’ai pas vu un monde en train de s’écrouler.

J’avais émis des réserves sur la pièce de théâtre inspirée l’an dernier par le roman mais au moins celle-ci était fidèle.

On dirait que le personnage interprété par Juliette Binoche (qui au demeurant y est excellente, là n’est pas la question), est venu par opportunisme en Normandie, avec pour seul objectif de glaner de la matière pour écrire un livre à succès. Il me semble que l’expérience de Florence Aubenas s’inscrivait dans une autre réalité, au retour de sa détention comme otage en Irak pendant cinq mois en 2005.

Le tournage a été rapide, en mars-avril 2019, notamment à Hérouville-Saint-Clair (salle de la Fonderie), Giberville, Ouistreham, Caen (principalement dans le quartier La Guérinière et dans le centre-ville), à Bayeux et à Cherbourg-Octeville. Les scènes embarquées ont été filmées sur un ferry d'une compagnie néerlandaise basée à Rotterdam, la compagnie Brittany Ferries ayant refusé de donner les autorisations en raison de la criante d’une image dégradée de l'entreprise.

Il a été présenté au Festival de Cannes 2021, dans la sélection Quinzaine des réalisateurs (film d'ouverture). La sortie en salles, d’abord prévue en 2021, est reportée au 22 janvier 2022. Il était projeté en avant-première au Festival Paysages de cinéastes.

Photo du film Christine-Tamalet

vendredi 10 septembre 2021

La-gueule-du-loup d’Eric Pessan

Plus je connais Eric Pessan (même si je n'ai sans doute pas lu toute sa production j'en connais énormément) plus je suis exigeante. Va-t-il encore réussir à me surprendre et surtout à me toucher une fois de plus ?

Vous savez aussi combien je suis militante pour la littérature jeunesse dont j’estime que si le texte est bon pour des enfants il le sera aussi pour des adultes.

De fait, quel régal de revivre, certes par procuration, en compagnie d’une jeune fille de 16 ans, un des séjours que j’ai effectués dans la maison de mes arrières grands-parents qui ressemble fort à celle du livre (p. 23). Jo ne s’en rend pas compte mais elle est plus chanceuse que moi car elle profite de l’eau courante dont je devais me passer enfant, et me satisfaire d’une cuvette à demi remplie. Il était hors de question de gâcher la moindre goutte tant il était épuisant de tirer l’eau du puits à la force des bras.

Nous ne savons pas combien de temps nous sommes coincés ici, nous ne savons pas quand nous pourrons revoir papa, nous ne savons pas à quoi ressembleront les prochaines semaines dit la jeune fille (p. 15). J’ai apprécié de replonger dans les premiers mois d’isolement consécutifs à la découverte du Coronavirus même si le terme n’est jamais cité sous ce nom, à l’inverse de Marie-Aude Murail qui le contextualise dans la nouvelle série dans laquelle elle s’est lancée avec son frère Lorris (Angie !  en est le premier opus, paru en mai 2021). On se souviendra de la gravité de la situation en relisant le terme de guerre qui fut tant employé pour la caractériser (p. 39). Eric Pessan parle peu de la crise, qui n’est pas le thème central, mais il souligne l’état de stupeur sidérée qui a saisi tout le monde (p. 114), et la surprise générale, même chez ceux qui avaient l’habitude d’être alertés par une possible pandémie par les films de science-fiction (p. 136).

Jusque là les auteurs n’ont pas semblé à l’aise pour situer une action pendant cette période. Eric Pessan s’appuie sur la crainte de l’inconnu pour justifier l’isolement des personnages à la campagne. Cette retraite, dans La gueule-du-loup, va du coup s’inscrire dans un cadre d’emblée dramatique et justifier la difficulté à trouver du réconfort auprès des amis et des autres membres de la famille.

Une vieille maison isolée n’est jamais très accueillante. On a tous en mémoire une désagréable odeur de renfermé, des craquements de parquet ou de marches d’escalier, quand ce ne sont pas comme pour moi des bruits de débandade de souris faisant rouler des noisettes sur le plancher d’un grenier. Malgré l’angoisse qui se diffuse dès les premières pages, vivre dans la maison inoccupée depuis le décès des grands-parents, deux ans auparavant, n’a pas que des inconvénients. Le confinement est plus supportable à la campagne qu’en ville. Jo peut faire du sport, profiter de la forêt toute proche, et jeter sur un cahier ses essais de poèmes.

Le père, infirmier, est resté en ville et continue à travailler de nuit à l’hôpital. Il est en première ligne en terme de risque pour sa santé. La mère et ses deux enfants sont-ils pour autant en complète sécurité ? Eric Pessan excelle à nous faire peur. À commencer par le nom du lieu si bien (trop bien ?) donné pour sembler (p. 91) être le fruit du hasard. Des phénomènes étranges se produisent. Des bruits inexpliqués. Un animal ensanglanté dans la maison. La peluche préférée de son petit frère Nono disparaît. La-Gueule-du-Loup serait-elle hantée par quelqu’un ou quelque chose ? Et régulièrement surgissent, dans une typographie différente, quelques phrases à propos d’un loup, sans que le lecteur puisse l’identifier, tout en devinant qu’il ne s’agit pas d’un animal mais d’une métaphore.

Chaque personnage est finement traité et les rapports qu’ils ont entre eux sont vraiment intéressants. On ne se situe absolument pas dans les clichés habituels sur les jalousies entre frère et soeur, ni sur les conflits d’adolescents pourrissant la vie des parents. La jeune fille exprime au contraire une empathie sans bornes à l’égard de sa mère tout en affirmant des désirs de liberté et d’autonomie. Cela nous change.

Les fidèles lecteurs remarqueront l’allusion à un fait divers japonais (p. 106), celle à Maurice Sendak, l’auteur de Max et les maximonstres (p. 118) et surtout quelques références à l’appartement de Nantes où habitaient les personnages principaux des premiers romans d’Eric Pessan. Les ciels sont toujours autant présents dans les descriptions. Et l’auteur exprime bien entendu des points de vue que les féministes ne peuvent qu’approuver.

Comme à son habitude il cite un de ses précédents romans (p. 39 et 76). Cette fois c’est Aussi loin que possible, racontant la longue course de deux collégiens, Tony, et Antoine, qui est aujourd’hui dans la classe de la jeune fille et à qui elle va envoyer régulièrement des poèmes construits en alexandrins sous la forme de sonnets, à l’instar de Baudelaire dans Les fleurs du mal, un livre que sa mère n’a sans doute pas retrouvé par hasard.

Je ne dirai rien du sujet du roman car il est important que les lecteurs échafaudent des hypothèses et le cas échéant puissent découvrir par eux-mêmes la terrible vérité. Je ne peux que souligner qu’il est traité ici avec une approche originale.

Le livre est aussi l’occasion d’une réflexion sur l’écriture (p. 31) qui permet de mettre au clair le confus pour rendre les faits plus compréhensibles. La jeune fille exprime cependant ses doutes sur ses capacités littéraires tout en soulignant que la première motivation doit rester celle du plaisir (p.114). Mais l’écriture n’est pas que positive. Les chaînes (p. 57) témoignent combien un texte peut être malsain et représenter une menace.

Enfin j’ai encore une fois appris des choses : le mot paréidolie (p. 21) pour désigner la tendance à humaniser ce qui nous entoure, par exemple en voyant un visage dans une façade de maison, et l’emploi ancien du mot fantôme pour désigner la planchette de bois qui marquait, dans une bibliothèque, l’emplacement d’un livre emprunté (p. 153).

La-gueule-du-loup d’Eric Pessan, collection Médium +, Ecole des loisirs, en librairie depuis le 1er septembre 2021. À partir de 13 ans.

jeudi 9 septembre 2021

Catch ! Dans la mise en scène de Clément Poirée

C’est un sujet formidable pour lancer la rentrée. Clément Poirée a choisi de jouer avec les codes de la représentation. Le titre du spectacle, Catch, fait immédiatement référence à ce sport aux codes extrêmement marqués.

Quiconque a assisté à un match, ne serait-ce qu’à la télévision (et il y en avait souvent quand j’étais jeune), connait la dimension théâtrale des combats. Non seulement dans son déroulement, avec un ring qui évoque le podium d’une scène, un maître de cérémonie aux accents de bonimenteur, un arbitre qui a parfois un air de Monsieur Loyal, et surtout des combattants qui sur-jouent des douleurs qu’ils ne ressentent pas nécessairement, et puis des cris, des figures de style qui s’enchaînent selon une mécanique somme toute très théâtrale. Même le nom des héros s’apparente à des noms de scène.

Le metteur en scène a raison de voir dans le catch un endroit de purgation des passions. Il a sollicité 5 auteurs en leur demandant de réinventer les figures pour qu’elles racontent nos conflits intérieurs et ceux qui agitent la société. L’intention du metteur en scène est de nous permettre de lâcher nos peurs comme nos colères face aux injustices ou à l‘incertitude du futur.

Il nous avait promis des entrées spectaculaires, des coups, et du défoulement dans une ambiance qui ait quelque chose à voir avec le monde forain. Le pari était osé. Il est gagné. La meilleure preuve est que, même si nous étions autorisés à quitter notre place à n’importe quel moment pour nous rafraîchir (c’est vrai qu’il faisait chaud dans le théâtre) et revenir comme bon nous semblait, nous sommes restés majoritairement, pour ne pas perdre une miette du spectacle. Nous avions l’entracte pour nous dégourdir les jambes.
Les extérieurs sont ambiancés en forçant juste un peu l’esprit convivial qui caractérise le Théâtre de la Tempête : les transats et les grandes tablées sont restés, la carriole de Mama Fanta est en place, avec son célèbre jus de gingembre. Il aura suffit de dédier une guérite à la restauration rapide et d'ajouter un stand de pop-corns.
L’entrée du spectacle s’effectue depuis la terrasse, derrière un rideau, coté scène, et on découvre une salle entièrement repensée par le scénographie Erwan Creff, avec un vrai ring central, des sofas et des chaises dépareillées, des coussins rouges sur les gradins, encadrés de murals peints.
Il suffit qu'un personnage me scrute derrière son masque de cuir pour que l'illusion soit parfaite et que je me croie au Mexique pour un combat de Lucha Libre.
Mais qu'on ne s'y trompe pas : nous sommes réellement au théâtre, avec des textes très forts de Emmanuelle Bayamack-Tam (qui a écrit la bataille entre Battery Pork VS Prince Charming, et celle entre Black Indian / L’Enfant-Do / L’Indicible), de Hakim Bah (Saturne VS Melancholia VS Kapitaal & son épouse Misandra), de Koffi Kwahulé (opposant KassNoisette VS Priapico & son Majordome), Sylvain Levey (Misandra & Exotico VS Battery Pork & Stronzo Junior) et Anne Sibran (Le Grand esprit des animaux VS Le Sacrificateur Industriel & son Apprenti).

Chaque auteur a son style et pourtant l'ensemble est cohérent. Il ne s'agit pas d'exprimer une préférence.  J'ai aimé tous les "combats" et je salue la performance des comédiens car même s'ils se battent pour de faux, avec la même hémoglobine qu'au cinéma, on se doute que les réceptions au sol ne se font pas sans bleu. Leur énergie est insensée, décuplée peut-être par la frustration d'avoir été privés de jeu pendant les pires mois de la crise sanitaire.
On reconnait Pierre Lefebvre-Adrien (Black Indian, Prince Charming, Le Majordome) que j'avais déjà  tant aimé dans Le bizarre incident du chien. Bien entendu d'autres fidèles de La Tempête,  Eddie Chignara qui est Exotico, Priapico, Louise Coldefy (Saturne, Anonymous, et surtout la généralissime commentatrice prénommée Sabine), Camille Bernon (Misandra, L’Indicible), Bruno Blairet (Kapitaal, Le Sacrificateur Industriel, MC) et Joseph Fourez (Stronzo Junior, Spider-Man, L’Apprenti, Fabien le commentateur), dont je me souviens les avoir vus tous les deux notamment dans A l'abordage (également écrit par Emmanuelle Bayamack-Tam).
Clément Poirée a aussi fait appel à Thibault Lacroix (Melancholia, Battery Pork), qu'il avait dirigé dans Les énivrés, à Clémence Boissé (L’Enfant-Do, KassNoisette), et à Fanny Sintès (Le Grand esprit des animaux, L’Arbitre, MC) qui m'a impressionnée. Elle a une très solide formation comme comédienne et comme circassienne.
La musique, jouée en direct à la batterie (par Silouane Kohler et Franck Pellé) ponctue les tableaux qui s'enchainent en actionnant une gamme de registres : grave, onirique, burlesque … avec de multiples mises en cause en lien avec des préoccupations très contemporaines comme les violences de toutes sortes, le harcèlement et l'écologie. Avec aussi des hommages dont on saisit au vol des paroles empruntées à Victor Hugo (Demain dès l'aube …) ou Louis Aragon (Il n'aurait fallu …)
Côté jeu, on apprécie des évocations -même lointaines- aux concours d'éloquence, au rap et au slam, la mise en valeur des didascalies et de la ponctuation. Il y a fort à parier que deux soirées ne se ressemblent pas tout à fait et on aurait envie de revenir tant le propos est à la fois divertissant et profond.

Catch ! est un spectacle qui marquera la rentrée 2021 et qui fera date.
Catch !  de Hakim Bah, Emmanuelle Bayamack-Tam, Koffi Kwahulé, Sylvain Levey, Anne Sibran
Mise en scène Clément Poirée
Avec Camille Bernon, Bruno Blairet en alternance avec Erwan Daouphars, Clémence Boissé, Eddie Chignara, Louise Coldefy, Joseph Fourez, Stéphanie Gibert, Thibault Lacroix, Pierre Lefebvre-Adrien, Fanny Sintès
Scénographie Erwan Creff et Costumes de Hanna Sjödin
Du 9 septembre au 17 octobre 2021
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre - 75012 Paris

mercredi 8 septembre 2021

Délicieux, un film d’Eric Besnard

Voilà un film que je ne pouvais pas manquer. Je ne me doutais pas un instant que Délicieux me décevrait à ce point. Il avait tout pour me plaire. Le thème, la genèse de la création du premier restaurant, pour moi qui m’intéresse aux ouvertures. Les comédiens car la distribution m’enchantait, aussi bien Grégory Gadebois qu’Isabelle Carré, Benjamin Lavernhe ou même Guillaume de Tonquédec …

Rien ne m’a paru vrai dans le scénario qui semble artificiel, exagéré, outrancier, à l’instar de la démesure des perruques du capricieux Duc de Chamfort (Benjamin Lavernhe) dont les caprices sont totalement prévisibles.

Le film se déploie d’ailleurs sans suspense. On se doute dès la première scène que Pierre Manceron (Grégory Gadebois) n’obtiendra pas la reconnaissance souhaitée avec ses « délicieux ». On est persuadé qu’il rebondira plus tard. On devine que la femme qui se présente pour devenir son apprentie (Isabelle Carré) n’est pas là par pur hasard. Sa tenue laisse supposer qu’elle vient d’une certaine classe sociale. Les diverses péripéties sont également sans surprise.

Néanmoins le résultat est élégant et divertissant même si on apprend peu de choses sur les pratiques culinaires d’autrefois. J'ai beau railler les coiffures, je trouve que le travail de Madeline Fontaine sur les costumes est remarquable, tout comme il l'était déjà dans La bonne épouse. Mais il est peu réaliste qu'Isabelle Carré puisse porter la même robe du début à la fin, sans l'avoir tachée alors qu'elle est censée cuisiner et qu'elle n'a pas de pressing dans cette campagne reculée.
Coté décors, Bertrand Seitz a fait un exploit. Car comment expliquer que surgissent une profusion de fleurs dans cette France profonde (dont les paysages sont magnifiquement filmées au demeurant), autant de légumes et de viandes d'une diversité à rendre jaloux n'importe quel chef.

La minuscule brigade cuisine un banquet dans un temps record, encore plus vite que les candidats de Top chef. Il est impossible d'y croire. On est dans un univers plus proche d'un conte fantastique de Jacques Demy comme Barbe-Bleue que dans un documentaire qui nous raconterait la naissance du premier restaurant.

Que ce soit une femme qui ait soufflé cette idée à un homme est une idée plaisante mais elle fait pas oublier que la cuisine est un univers extrêmement machiste où le lexique est emprunté à l'armée et où l'obéissance et la soumission font force de loi.

J'ai tout de même apprécié qu'on nous rappelle qu'avant la Révolution les pauvres se nourrissaient (dans le meilleur des cas parce que le pain était une denrée chère) alors que les riches se gavaient en exhibant des tables composées comme des tableaux. Les viandes étaient rehaussées de plumes, comme on pouvait encore en voir au début de notre siècle. L'oeil primait en quelque sorte sur le goût. Jusqu'à ce qu'on abandonne le service à la française (on présente tous les plats entiers en même temps) au profit du service à la russe (un plat après l'autre, avec service à l'assiette). 

On n'a pas oublié le mal que s'est donné Parmentier pour faire admettre la pomme de terre, non pas parce qu'elle poussait sous terre mais parce que les premiers à les cultiver avaient eu la très mauvaise idée d'en consommer les feuilles. Elles sont très toxiques, de même que le vert des tubercules. Et il est exact que l'abondance d'épices servait autrefois à masquer le goût de la viande faisandée.

Mais en réalité, la naissance du premier restaurant ne s'est pas effectuée de façon aussi romantique. Ni bien entendu que ce soit un ancien relai de poste qui se soit transformé en auberge. Et rien ne dit que le premier patron ait été aussi imprégné des valeurs de la philosophie des lumières, notamment le droit à la seconde chance.

Délicieux reste une charmante fable qui fait saliver à de nombreux moments, notamment à la vue de pâtes de fruits, et qui nous rappelle aussi que la vengeance est un plat qui se mange froid.

Délicieux, un film d’Eric Besnard
Avec Grégory Gadebois, Isabelle Carré, Benjamin Lavernhe, Guillaume de Tonquédec …
En salle depuis le 8 septembre 2021

mardi 7 septembre 2021

Attends-moi le monde de Gaëlle Pingault

Agrandis-moi, force la ferveur
Réponds-moi, inspire mes peurs
Porte ma croix juste quelques heures
Donne-moi la foi, inspire mes peurs…


Comment ai-je pu ne pas penser à la chanson de Ben Mazué, J'arrive, que je connais pourtant par coeur ?

Le titre de ce troisième roman de Gaëlle Pingault est à la fois familier et intrigant. Tout autant que les premières pages. Ceux qui connaissent la finesse de ses analyses psychologiques pourront être déroutés de prime abord en s’interrogeant sur le chemin qu’elle prend, louvoyant avec la comédie romantique.

Comment croire que ce qu’elle va nous raconter puisse avoir un soupçon de réalisme ? Son personnage principal s’emballe pour une tombola dont le premier prix est de vivre une année sans mois de novembre. D’abord il faudrait comme elle détester la grisaille et la nuit qui tombe à 16 h 30. Personnellement je ne voudrais pas renoncer aux feuillages empourprés, au chocolat chaud de retour de balade, aux préparatifs des fêtes de fin d’année … mais je ne suis pas Camille, pas tout à fait, car je me suis découvert quelques points communs.

L’héroïne gagnera  ce premier prix. Je ne spoile pas. On le sait très vite. Durant ce mois de non-novembre, un étrange temps suspendu va l’inviter à emprunter quelques chemins inexplorés, tandis qu’alentour, le monde continue son petit manège habituel. En acceptant de perdre ses repères, d’abord un peu hésitante, puis entièrement chamboulée, Camille se laissera porter par l’étrangeté dont jaillira peu à peu la compréhension de sa propre histoire. Voilà ce que nous apprend la quatrième de couverture pour nous motiver à passer outre le coté farfelu du procédé.

Le style est radicalement différent des ouvrages précédents et je sais gré à Gaëlle Pingault de nous, surprendre, nous lecteurs. Je salive d’avance à l’idée d’être une nouvelle fois saisie au prochain, car j’imagine immense sa capacité à se renouveler.

Attends-moi le monde flirte avec le genre fantastique mais son écriture est sensible et touchante. On devine que le sujet, sans être nécessairement vécu a sans doute des résonances personnelles suffisamment fortes. Je ne vais pas vous dire lequel, mais Camille a subi un traumatisme qui concerne beaucoup plus de personnes qu’on ne le croit et dont on ne parle quasiment pas. Je suppose que les médecins estiment que c’est un non-évènement dont il est facile de se remettre. Mais si le corps effectivement oublie vite, l’esprit conserve une cicatrice qu’il faut parfois rouvrir pour mieux la suturer.

Gaëlle traite le sujet sans aucune pathologie (je ne dis pas lequel parce que j’ai apprécié de ne pas le savoir avant de commencer ma lecture). C’est un problème que j’avais rencontré et que j’avais (moi aussi) occulté. Le roman a donc fortement résonné en moi mais sans que ce soit le moins du monde triste ou pénible. Preuve qu’on peut surmonter une épreuve sans avoir besoin de gagner un ticket de tombola. Le passé douloureux s’efface même si on pense que non. Mais il y a d’autres mois que j’aimerais gommer du calendrier. Faut que j’explore pourquoi.

Attends-moi le monde de Gaëlle Pingault, Eyrolles, en librairie le 2 septembre 2021

lundi 6 septembre 2021

Un tesson d’éternité de Valérie Tong Cuong

J’ai retrouvé avec Un tesson d'éternité, la puissance de Pardonnable, impardonnable qui m'avait tant saisie. Il est encore question de la place qu'on occupe (ou qui nous est assignée) et du silence que l'on pose sur des faits dont la gravité condamne en quelque sorte à la perpétuité.

Pas celle de la justice des hommes mais celle du déterminisme, d'abord psychologique, ensuite social, car l'un va rarement sans l'autre.

Là encore on suit le parcours de personnages qui se débattent pour s'extraire de leur condition. La mère semble avoir réussi mais le fils va tomber, entrainant la cellule familiale dans une sorte de noyade, évoquée par le visuel de la couverture.

En effet Anna Gauthier mène une existence à l’abri des tourments entre sa pharmacie, sa villa surplombant la mer et sa famille soudée. Malheureusement le climat social est scruté quotidiennement par les réseaux sociaux. Nous sommes en pleine révolution des gilets jaunes. le moindre écart de conduite peut être fatal.

Disons que son fils Léo ne maitrise pas un geste qui, malgré une gravité incontestable, aurait pu dans un autre contexte être qualifié de dérapage. Ce jeune homme, jusque là sans histoire, est sous le feu des projecteurs et se retrouve aux prises avec la justice. Anna assiste impuissante à l’écroulement de son monde, bâti brique après brique, après avoir mesuré chacun de ses actes pour en garder le contrôle.

La quatrième de couverture parle de "grain de sable faisant voler en éclats les apparences". C'est bien plus que cela. Valérie Tong Cuong nous offre pour cette rentrée un roman vertigineux qui nous aspire sans nous laisser en répit. On vibre à l'unisson avec Anna qui n'est certes pas parfaite mais à qui on voudrait donner l'absolution.

Cette femme se bat depuis l'enfance pour mériter une sorte de tranquillité qu'elle monnaye au prix fort. Sa vie se déroule en cahotant entre imposture et sursis. Elle est parvenue à un équilibre et comme elle on veut croire qu'il existe une bretelle de sortie, que la facture au péage sera modérée (p. 103). Mais la ligne de crête est étroite. C'est ce genre d'illusion qui permet au mécanisme des violences subies dans un cadre conjugal, familial, professionnel ou social de perdurer et qui fait que les victimes supportent l'apnée, à la grande surprise de leur entourage qui plus tard dira mais pourquoi n'as-tu rien dit ?

Léo a compris intuitivement, car dans cette famille la question n'est jamais abordée frontalement, qu'il lui faudrait en permanence justifier qu'il méritait sa place parmi les élus (p. 131). Il va répéter, à sa manière, le schéma mis en place par sa mère. Jusqu'à un jour craquer, parce qu'il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment …

Le jeune homme est incarcéré. Les scènes de parloir sont d'une justesse évidente. Elles éclairent sur cet entre-deux qui se déploie entre la garde à vue et la remise (éventuelle) en liberté. Je le mentionne au conditionnel pour ne pas spoiler l'histoire. Le personnage de l'avocate, froide mais qu'on espère efficace, est sans nul doute conforme à une réalité. Car Valérie Tong Cuong connait bien l'univers carcéral par le biais de concours d'écriture.

L'auteure démontre qu'aucun masque n'est suffisamment occultant pour contrer le déterminisme qui conditionne notre existence. On referme malgré tout Un tesson d'éternité en se repassant le film et en s'interrogeant sur ce qui aurait peut-être pu changer le cours des choses. Notre pensée s'évade au-delà et on considère ce qui se passe autour de nous en nous questionnant sur notre propre responsabilité à supporter ce qu'on voudrait dénoncer.

Un tesson d’éternité de Valérie Tong Cuong, chez JC Lattès, en librairie depuis le 18 août 2021

mercredi 1 septembre 2021

Et pourquoi pas des langoustines ?

Dans mon enfance, les langoustines étaient associées à la fête. Pas celle qui survient inopinément pour marquer un moment de convivialité mais celle qui qui se range dans la catégorie des cérémonies.

Les crustacés étaient disposés en buisson au milieu d’une longue tablée recouverte d’une nappe d’un blanc immaculé et je ne parierai pas que chaque convive bénéficiait d’une quantité identique. Mais l’effet était d’une élégance appréciée par les personnes âgées qui, à la fin du repas, guettaient l’arrivée d’une autre pyramide, composée de choux farcis d’une crème épaisse parfumée à la vanille. Le Croquembouche portait bien son nom car le caramel qui solidifiait l’édifice craquait sous la pression des dents gourmandes.

Je n’avais sans doute pas mangé de langoustines plus de 5 ou 8 fois quand, à l’occasion de vacances en Bretagne, j’en ai redécouvert l’existence. Je suis allée deux ou trois été à Loctudy où on les appelle Demoiselles tant elles y sont quasiment banales. Elle font l’objet d’un tarif spécial pour servir de produit d’appel dans un hypermarché qui achète chaque fin d’après-midi pratiquement toute la pêche.

Les années ont passé et j’ai oublié le goût des langoustines. Leur prix n’est pas très incitatif en région parisienne et je pensais qu’elles étaient compliquées à préparer. Ici, à Oléron, et d'avril à octobre, l’étal du poissonnier en propose à un tarif très incitatif. La marchande explique leur cuisson à ses clients en quelques mots. A force de l’entendre j’ai eu envie de me lancer dans cette modeste aventure.
Compter 500 grammes pour une entrée (j’en ai eu 16 ce qui est très correct). J’ai attendu l’heure du repas pour les cuire afin qu’elle ne soient ni trop chaudes, ni glacées par une conservation au réfrigérateur. La cuisson est ultra simple : 3 minutes à l’eau bouillante très salée et parfumée de quelques feuilles de laurier.
Inutile de les rincer avant de les jeter dans l’eau bouillante. Par contre se posa une question cruciale : à partir de quand comptabilise-t-on un temps aussi court ? Fait-on tourner le minuteur dès la plongée des crustacés ou attend-on la reprise de l’ébullition ? Sachant qu’au bout de 3 minutes l’eau n’avait pas encore recommencé à bouillonner j’ai pensé qu’elles ne seraient pas cuites et j’ai donc prolongé un peu. Au final je dirais 5 minutes à partir du moment où elles sont mises à cuire.
Le secret est, paraît-il, de les égoutter à l’écumoire, sans verser l’eau bouillante dessus et sans les asperger non plus d’eau froide. Il faut par contre les étaler un peu pour qu’elles refroidissent simultanément et naturellement.
Chacun décortique sa portion et consomme avec de la mayonnaise, maison de préférence et enrichie de fines herbes du jardin. Rien de changé de ce côté là.

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