Publications prochaines :

La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

samedi 14 octobre 2023

Les délices givrés de REŸS

Hier c’était l’été, demain c’est Noël. Enfin, presque parce que -on le constate pour de vrai- il n’y a plus de saison. Et s’il y a un produit qu’on peut proposer à longueur d’année ce sont les glaces, pourvu qu’on les aime.

Jean-Pierre Braun, le créateur de REŸS a déjà pensé au design et à l’harmonie des bûches qui orneront nos tables de fêtes. Il a présenté en avant-première le moulage d’une association de vanille intense avec une meringue maison et un pralin à l’ancienne, qui sont déposés sur une fine nougatine qu’il ne faudra pas oublier de casser pour la partager.

Sans être une revisite, c’est une évocation du Mystère qui fut le grand succès commercial de Gervais à partir des années 50. Mais ce n’est pas cette entreprise qui en fit l’invention.

Elle est citée dans Le Glacier classique et artistique en France et en Italie, publié par Lacam et Charabot en 1893 (et consultable en ligne à partir du site de la BNF) sous le nom de Glace Viviane, qu’on avait coutume de servir aux déjeuners de cérémonies religieuses comme les baptêmes ou les communions (avant qu’on ne choisisse plutôt des profiteroles assemblées en pièces montées). La recette est simple : une meringue enrobée dans une glace à la vanille, elle-même recouverte de praliné.

Un apprenti pâtissier lorrain eut souvent l’occasion de s’en régaler. Alors, lorsqu’il ouvre sa boutique à Paris rue Marcadet en 1924 il a l’idée très originale pour l’époque de la décliner en portions individuelles qu’il livrera dans les restaurants qui, jusque là, achetaient leurs glaces en vrac. Pierre-Joseph Fischer donne à sa création le nom de Mystère. Plus tard Gervais le copiera, et prendra le même nom (que le glacier avait omis de déposer mais dont il récupérera les bénéfices après une chaude bataille juridique).

Quant à la version de REŸS, elle existera en au moins deux parfums à partir de décembre. L’homme n’est pas avare de nouveautés. Comme je l’avais annoncé dans le premier article que je lui ai consacré il a lancé un partenariat avec son voisin Le Chou Français (3 rue de la Verrerie - 75004) pour proposer des profiteroles gourmandes. La garniture des choux craquelin pourra être choisie parmi 4 glaces et 4 sorbets avec 3 coulis différents.

Me souvenant de mes cours de mathématiques, je peux calculer le nombre de combinaisons qui s’élève à 58 rien que pour le choix de 3 profiteroles parmi les 8 parfums, en ayant éliminer les doublons. Il faut multiplier ce résultat par 3 (autant que de coulis) ce qui fait au total 174 assiettes différentes pour qui voudrait tester toutes les hypothèses.

vendredi 13 octobre 2023

Rostros Insumisos, des Bijoux contemporains mexicains présentés à l'Institut culturel du Mexique

L'exposition Rostros Insumisos de bijoux contemporains mexicains est né d’une rencontre entre les artistes et curateurs Sylvia Burgoa, Oscar Figueroa et Flora María Sánchez avec la culture Comca’ac.

Elle rassemble 25 artistes mexicains qui ont exploré l’héritage culturel de ce peuple résilient et rebelle de l’État de Sonora, qui utilise notamment les chants et ornements corporels comme un reflet de leur identité sociale et une manifestation de leur force.

Le titre de l'exposition, que l'on peut traduire visages rebelles est signifiant.

Il faut tous les citer : María Paula Amezcua · Mariana Barranco · Carlos Benítez · Edith Brabata · Sylvia Burgoa · Samuel Burstein · Felipe Cárdenas · Regina Castillo · Fernando Delaye · Julia Ferreira · Oscar Figueroa · Paula Guzmán · Leticia Llera · Edgar López · Karen Marrún · William Mentado · Elena Moncada · Lilo Palma · Claudia Roa · Flora María Sánchez · Francisco Sánchez · Gabriela Sánchez · Diana Solís.

Les matériaux peuvent être du crin de cheval (première photo) ou des cheveux (ci-dessous) … ou être en  argent 925 et cuir teint comme ce collier de Karen Marrun, …
… du laiton, de l'argent, du caoutchouc, du jaspe, de la nacre…
… ou encore comme pour ces deux broches des alliages métalliques avec une finition mate plaquée or 24 carats et une fiition sur une plaque argentée ou dorée et cuir tissé à la main.
Ce collier d'Oscar Figueroa est en argent sterling 950, laiton et cuivre
Ce même artiste nous propose des bracelets de survie et un anneau de subsistance dans les mêmes métaux.

Grâce à cet échange mutuel, les artistes ont ainsi pu créer et intégrer à leurs bijoux contemporains des éléments de narration, de réflexion sociale, d’anthropologie et de célébration de la modernité, donnant lieu à un voyage visuel et culturel unique en son genre comme en témoignent les photographies.

En écho au choix des oeuvres Manana Maison d'édition présente dans la vitrine principale une sélection d’objets qui mettent en valeur la remarquable richesse artistique et artisanale du Mexique, dans un esprit de préservation et de transmission d'un savoir-faire unique, tout en favorisant le respect envers des traditions ancestrales.

Chaque objet est une pièce unique, témoignant du talent et de l'engagement des artisans mexicains qui perpétuent des techniques, transmises de génération en génération.

Rostros Insumisos, exposition de bijoux contemporains mexicains
Entrée libre à l'Institut culturel du Mexique
119 rue Vieille du Temple - 75003 Paris - 01 44 61 84 44
Du 6 au 26 octobre 2023
Du lundi au vendredi de 10h à 13h et de 14h à 18h
Le samedi de 15h à 19h. Fermé les dimanches et jours fériés

jeudi 12 octobre 2023

Lancement de la 9ème édition du festival ¡Qué Gusto! consacré à l’Etat d’Hidalgo

Si vous me lisez régulièrement vous savez que j’entretiens un lien particulier avec le Mexique depuis six ans. J’y séjourne régulièrement et je commence à bien connaître sa culture, ses us et coutumes et sa cuisine. Celle-ci est si riche que ma vie entière ne suffira pas pour en faire le tour.

Je m’intéresse aussi au Mexique lorsque je reviens en France et je m'intéresse au  festival ¡Qué Gusto! depuis très longtemps. Suivez le lien vous ouvrant les portes de ce festival créé et animé avec intelligence, coeur et passion par Ximena Velasco, sous le parrainage du chef David Gallienne qui connait bien ce rendez-vous culinaire et culturel et en présence de Liz Quintanar, Ministre du Tourisme de l’Etat d’Hidalgo.

Ce pays est un État fédéral composé de 32 subdivisions et depuis 4 ans Ximena Velasco, la fondatrice et directrice du festival a choisi de braquer les projecteurs sur un en particulier plutôt que d’embrasser la totalité du territoire mexicain. C’est très intéressant pour le public français parce que cela permet de mieux comprendre l’unité qui existe au sein de la diversité mexicaine. Et c’est une bonne chose aussi pour les restaurants mexicains installés en France (et ils sont de plus en plus nombreux) parce qu’ils présentent alors un menu cohérent.

Après Colima, un des Etats les plus petits, situé sur la côte Pacifique, ce fut Chihuaha, puis la ville de Mexico, Vera Cruz (dont je présentais plusieurs spécialités il y a quelques jours) et maintenant Hidalgo que Que Gusto met à l’honneur pour sa 9ème édition durant 9 jours de festivités.

Je suis allée en décembre 2022 à Hidalgo, à Huasca de Ocampo, dans l’ancienne Hacienda Santa Maria Regla, idéalement située près des Prismas Basálticos (photo ci contre) et du Museo de historia y la casa de los duendes, une vraie curiosité puisque ce musée est dédié … aux nains.

Les paysages y sont époustouflants. Pourtant je suis loin d'avoir tout vu et le film qui a été projeté au cours de la soirée m' adonné envie d'y retourner très vite.

En l'absence de conseil, je n’avais pas vraiment goûté la gastronomie exceptionnelle de cet État (je compte bien me rattraper la prochaine fois). J'étais loin de me douter que les figues de Barbarie rouges qui s'épanouissent sur ces cactus ont permis à Doña Luisa Anaya, invitée spéciale, cuisinière traditionnelle d’Hidalgo, de gagner la première place du concours national de cuisine "Le goût de la patrie" (Así sabe la patria), avec son "lapin au four farci aux fleurs sauvages" en 2022.  
La soirée de lancement du festival, au Bar de l'Impasse, cité Griset dans le 11ème arrondissement, a donné un avant-goût de cette gastronomie en proposant des spécialités inspirées de la région par la cheffe Lydia González comme les photos ci-après en témoignent et j'aurai l'occasion d'approfondir le sujet au cours d’une conférence dédiée à cet État à l’institut culturel du Mexique le 18 octobre et qui donnera lieu à un autre article.
Chaque bouchée était raffinée et bien entendu on aura remarqué l'usage de fleurs, sur le paste (merveilleux petit chausson ci-dessous dont la recette provient des anglais, d'où leur nom de paste, déformation de paestry) et sur le dessert, inspiré de la crème caramel si caractéristique des fins de repas au Mexique tandis que la photo ci-dessus au centre est un Taco de polo con achote.

Comme boisson j'ai eu plaisir à retrouver l'Aqua de Jamaica, une infusion de fleurs d'hibiscus, et j'étais amusée de voir l'enfilade des Jarritos si populaires, au parfum de citron, organe ou mangue, dont bien entendu Doña Luisa Anaya avait choisi un flacon.
Pour commencer nous avions trinqué, en toute modération, avec un cocktail signature, création de Cocktail Citrus en collaboration avec Spirit Brothers et le Mezcal Mahani. Ce mezcal artisanal haut de gamme est distillé par des Maestros Mezcaleros dans les montagnes de San Juan Del Rio à Oaxaca. Ces Indiens Zapotèques y travaillent sans électricité ni levure artificielle, répétant comme un rituel les mêmes gestes que leurs ancêtres.

Mahani, "animal" en Zapotecos (d'où l'étiquette), est réalisé à partir d’agaves Espadin de 7 ans d’âge. Parfaitement équilibré, avec des notes fumées, légèrement épicées et une touche fruitée il a obtenu la Médaille d’argent 2022 au concours mondial de Bruxelles.

Pierre Ambrosini, le barman, a accepté de m'en donner la recette. Intitulé Humo de flores (Fumée de fleurs), il est composé de 30 ml de mezcal Mahani infusé au piment chipotle, 30 ml de sirop de kaki brûlé, 10 ml jus de citron vert, 10 ml Campari (ou Aperol) et 60 ml d'une infusion de camomille.

mercredi 11 octobre 2023

Marie-Line et son juge, un film de Jean-Pierre Améris

Sans la bande-annonce que j’ai découverte à l’occasion d’une autre séance de cinéma je ne serais pas allée voir Marie-Line et son juge. Ce n’est pas le type d’image qui me tape dans l’œil. Et pourtant on y trouve un morceau de la voiture qui faisait la couverture du roman.

Je connaissais l’histoire. C’est celle de Marie Leroy, une jeune femme peu gâtée par la vie qui se débrouille avec ce qu’elle a dans sa ville natale du Havre, qui a été imaginée par Murielle Magellan sous le titre autrement plus poétique de Changer le sens des rivières.
Suite à une déception amoureuse elle commet un délit sur son ex-amoureux (Victor Belmondo) qui sera jugé par l’homme sur lequel elle a, quelques jours auparavant, renversé un verre dans le café où elle travaille. La somme est trop lourde pour ses petits moyens. Elle va devoir trouver une solution pour la régler. Ce sera le juge qui l’aidera à réparer …
J’avais été dithyrambique à la sortie du livre, que j’imaginais en version cinématographique tout au long de ma lecture. Alors forcément j’étais très enthousiaste à l’idée d’aller le voir sur grand écran. Savoir que le réalisateur était Jean-Pierre Améris avait achevé de me convaincre. D’autant que j’étais persuadée que l’auteure en avait fait elle-même l’adaptation puisqu’elle a déjà écrit pour lui plusieurs scénarios, "La Joie de vivre", "Une famille à louer", "Profession du père". Résultat : je suis mitigée.

Je loue le jeu des acteurs, mais bien que je puisse m’imaginer les personnages tels qu’on me les montre il me semble que la serveuse n’a vraiment pas été gâtée par la costumière (Anne Schotte). J’ai bien compris que le réalisateur voulait en faire une sorte d’Erin Brockovich sauf que là elle n’a pas pour ambition de changer le monde mais juste sa vie et peut-être celle de son père. Le résultat dessert l’actrice, et par voie de conséquence le personnage qui endosse un rôle caricatural qui n’apparaît pas dans le roman.

Et pourtant je soulignerais sans attendre combien Louane (qui apparaît au générique avec son patronyme, Louane Emera) s’affirme comme actrice, même si elle reste dans la ligne que l’on connaissait avec son rôle dans La famille Bélier. Michel Blanc est comme à son habitude, sensible, bougon mais généreux. Il n’est pas à contre-emploi.

Le titre « changer le sens des rivières », était familier au public pour être une phrase d’Alain Souchon venant de la chanson "les yeux d’Ava Gardner". Pourquoi avoir renoncé à sa poésie ? Le choix de Marie-Line et son juge est réducteur parce que l’histoire ne se limite pas du tout à ces deux personnages. Les autres aussi évoluent. Le père de Marie-Line (admirable Philippe Rebbot) va lui aussi connaître du changement.

Je comprends que l’amie du juge (délicate Nathalie Richard) soit devenue conventionnelle mais je préférais le parti-pris de l’écrivaine, autrement plus courageux. Lisez donc sa version ! Étaient-ce de bonnes raisons pour que Murielle Magellan ne soit pas la scénariste ?

On a laissé le petit ami de la jeune femme s’appeler Alexandre et il est toujours autant fan de François Truffaut. L’inflation a fait monter le prix de la condamnation de Marie-Line. Il lui faudra rembourser 1500 € contre 850 dans le roman (et croyez-moi avoir du mal à trouver cette somme là en disait long sur les difficultés financières de l’héroïne alors que le montant de 1500 est tout de suite très élevé).

Je ne vais pas pointer toutes les différences, il est logique qu’il y en ait. Si, peut-être encore la rencontre entre Marie et le juge qui se fait suite au renversement d’une tasse de tisane et pas d’un whisky qui le marque définitivement comme alcoolique. Et le joli épisode de la tarte Tatin m’a manqué. 

L’action se déroule toujours au Havre mais je trouvais les évocations plus belles par écrit qu’en images même si les décors (Sébastien Gondeksont irréprochables.

Et pourtant c’est un bon film, peut-être un peu trop consensuel, donneur de leçons, qui aurait gagné en rythme à être allégé d’une bonne vingtaine de minutes. Le suspens n’est pas l’issue mais le chemin que prendront les personnages pour redresser leur destin.

Marie-Line et son juge, un film de Jean-Pierre Améris
Scénario et dialogues de Marion Michau et Jean-Pierre Améris
Avec Louane Emera, Michel Blanc, Victor Belmondo, Philippe Rebbot, Nathalie Richard …

mardi 10 octobre 2023

L'été dernier de Catherine Breillat

Après dix ans d'absence des plateaux de cinéma Catherine Breillat revient avec L'été dernier dont le synopsis se résume à une avocate renommée mettant en péril sa carrière et menaçant de briser sa famille en ayant une liaison avec son beau-fils de 17 ans.

Formulé ainsi j'étais tentée de voir comment les choses allaient évoluer. Récemment mariée à Pierre (Olivier Rabourdin), Anne (Léa Drucker) emménage avec ses deux filles adoptives dans sa belle propriété, où elle découvre son beau-fils de 17 ans Théo (Samuel Kirchner). Sûr de lui, l’adolescent séduit Anne qui tombe dans ses bras. Voulant mettre fin à cette liaison, elle n’y parvient pas, et Théo tombe à son tour sous l’emprise de la passion, qu’il avoue à son père.

Mais la situation devient critique parce que Anne ment, ce qui est un comble pour une avocate dont la spécialité est -de plus- de défendre des adolescents victimes de violences sexuelles. Elle s'enferre dans le mensonge qui prend une teinte de trahison, à l'égard du mari, du jeune homme et peut-être d'elle-même. Je reconnais que le thème est intéressant mais il m'a extrêmement mise mal à l'aise en cette période où se multiplient les livres et les films sur la question du consentement et de l'inceste. Il me semble qu'on ne peut plus traiter ce thème en ne considérant que l'angle esthétique et artistique.

Je sais qu'il s'agit d'un remake, celui du film danois Dronnigen (2019) de May el-Toukhy, une réalisatrice dano-égyptienne, qui a concouru pour les Oscars sous le titre anglais Queen of Hearts, qui est tout de même plus riche que L'été dernier … Catherine Breillat a poussé le curseur au maximum, faisant d'Anne une femme ambigüe, prédatrice du jeune et impressionnant Théo. Cela va trop loin pour moi et j'ai fini par trouver le temps long (le film ne dure pourtant que 1 h 44) tant j'avais hâte de quitter cette atmosphère malsaine où je n'ai pas vu le moindre sentiment positif.

L'été dernier de Catherine Breillat
Avec Léa Drucker, Samuel Kircher, Olivier Rabourdin, Clotilde Coureau …
Pour les écrans depuis le 13 septembre 2023

lundi 9 octobre 2023

Le Guide Pudlo nouveau est arrivé

Si les lauréats étaient déjà connus depuis le milieu de la journée, les prix ont été remis ce soir au cours d’une cérémonie sympathique et conviviale, à l’image de l’ambiance qui règne dans un bistrot, avec ou sans "t", c’est comme on veut. Les anglais n’en mettent jamais.

Elle s’est déroulée dans un lieu totalement emblématique de Montmartre puisque c’est La Bonne Franquette et ce choix était doublement légitime puisqu’il a reçu le Trophée de la Transmission.

En effet le Petit Pudlo des Bistrots 2023 (éditions Les pieds dans le plat) met en valeur 7 lauréats parmi la sélection de 107 adresses que Gilles Pudlowski dont l’amour pour les bistrots est légendaire a faite cette année en mobilisant sept partenaires, attachés comme lui à ce pan capital de notre identité et de notre gastronomie (et que je présente en détail à la fin de cette publication après avoir commenté les lauréats).
Cette manifestation démontre encore une fois que le bistrot parisien se renouvelle tout en demeurant dans la voie de l’excellence. Ont été distingués, et appelés donc à monter sur le podium installé au centre de la salle à manger les patrons des établissements dont j’ai rédigé les commentaires en m’inspirant de ce qu’en écrit Gilles Pudlowski dans son guide car je ne les ai pas encore découverts personnellement mais je pense qu’on peut faire confiance à son jugement. Vous les trouverez plus bas.

La soirée a réussi à mettre en lumière l’excellence bistrotière parisienne en braquant les projecteurs sur plusieurs lauréats. C’était un peu la fête les bistrots ce soir et qui dit fête dit banquet. Si le terme est excessif il s’applique pourtant à l’excellence des produits que nous avons partagés, en toute convivialité, au cours d’un buffet permettant de converser debout avec d’autres participants puis, plus confortablement, assis (sur une chaise cannée verte et blanche dans l’esprit des chaises Tuileries créées en 1930 en rotin par Gattri) à table pour dîner de quelques spécialités de la maison.

Parmi les gourmandises de la soirée je veux souligner d'abord un coup de coeur absolu pour la finesse et la douceur du haddock fumé des Etablissements David qui travaillent encore à l'ancienne dans de véritables fours à bois. Je rêverais de voir de près ces fameux coresses mais goûter le poisson était déjà un pur régal. Je publierai dans quelques jours une recette avec ce produit, accompagné d'un vin d'Alsace, partenaire de la soirée et que je connais bien pour avoir participé à plusieurs dégustations, y compris digitales.
Malgré la montée sensible des Vins Blancs, un goût affirmé pour les vins frais et secs, des envies de bulles, qui sont trois tendances de consommation profitant aux Vins d'Alsace, qui sont à 90% des vins blancs, j'ai repéré - en toute modération- le Pinot noir Rodern qui avait été sélectionné pour figurer dans le coffret So Trendy où il représentait la tendance Rouge, preuve de sa valeur. Je vous renvoie donc à ce que j’ai écrit dans la publication correspondante. Le terroir est plutôt argilo-calcaire. Les raisins macèrent 11-13 jours en cuves robotisées. Le débourbage est statique. La malo fermentation ne cherche pas le boisé mais le fruit. C’est un des vins dont la Cave de Ribeauvillé peut être la plus fière.
Il y a effectivement une note vanillée en fin de bouche (parfois de muscade) provenant des demi-muids de 3-8 ans dans lequel le vin aura séjourné. Si je les avais repérés en dégustation digitale c'est tout de même autre chose que de pouvoir apprécier ce vin au cours d'un repas. Il accompagne noblement les entrées toutes simples et très bonnes de La Bonne Franquette comme le céleri rémoulade dont on ne se lasse pas quand il est réussi. Ce vin s'accorde encore mieux avec une viande rouge et les frites dont je souligne qu'elles sont un délice extrêmement addictif.
Pour le fromage j'ai préféré un Sylvaner d'Henry Fuchs dont je vous reparlerai bientôt parce que je regrette que le Riesling ait détrôné ce cépage pourtant très intéressant. Il a ravi mon palais avec les fromages de Marie-Anne Cantin (la Jeanne d'Arc du bon fromage selon Gilles). Elle commercialise le meilleur fromage du monde, un Epoisses, dans sa fromagerie du 12 rue du Champ de Mars, 75007 Paris. Mais c'est sur un Sumo, un fromage de chèvre cendré au lait cru de fabrication artisanale sans OGM issu de troupeaux pratiquant le pâturage, que je me suis arrêtée. 
Evidemment, étant grande amatrice de glaces je ne pouvais pas résister à la force de persuasion de Lionel Chauvin (petit-fils de Raymond Berthillon, glacier mondialement reconnu de l’île Saint-Louis, en photo ci-dessus à côté de JC. David)). Il s'est installé 2 Rue Auguste Maquet, 75016 Paris et a choisi les prénoms de ses enfants comme nom de marque, Enzo & Lily. Il n'allait pas venir ce soir avec les 120 parfums qu'il a créés ou revisités mais il y avait une pistache formidable et sa rose/fleur d'oranger était très agréable.
La soirée fut agréable, en compagnie d'Amidou, le chef de l'Echiquier - au 35 de la rue éponyme dans le 10 ème arrondissement et le manager du restaurant, Nathaniel. Vous en saurez plus sur leur cuisine en vous reportant à la page qui leur est consacré dans le Petit Pudlo.
 
Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une des plus belles capitales du monde. Alors en partant on se laisse émouvoir par la vue romantique de la coupole du Sacré-Coeur qui se dresse, lumineuse, dans la nuit noire.

Et on se dit que le lancement de ce Petit Pudlo est un peu, à l'instar d'autres évènements, un rendez-vous à suivre annuellement en octobre pour rendre hommage à ces lieux singuliers que le monde entier nous envie.

dimanche 8 octobre 2023

Accords champagne et fromages

Je connais assez bien les champagnes et plutôt très bien les fromages. Je suis inventive mais les associer ne me serait jamais venu à l’esprit.  Pourtant, quand on m’a proposé cette expérience en me prévenant qu’elle serait pilotée par Xavier Thuret je n’ai pas hésité une seconde, certaine que j’allais être surprise et convaincue.

Jean-Marc Charpentier dirige une maison de champagne  à Charly-sur-Marne, dans le département de l'Aisne, avec 24 hectares en coteaux, répartis en 72 parcelles qui en font le plus gros domaine champenois travaillant en biodynamie. La vinification est précise et parcellaire dans ce vignoble certifié Agriculture Biologique (AB) et Biodynamique Demeter où on travaille en suivant les Solstices et le calendrier lunaire. Et c'est une grande satisfaction d'apprendre que le vigneron a déjà vu évoluer très positivement les sols et de savoir que grâce à ce travail, les vins ont davantage de pureté et de fraicheur.

Xavier Thuret est un MOF Fromager originaire de la même région (20 km les séparent). Il œuvre à longueur d’année pour la mise en avant du fromage en restauration. Le MOF est surnommé "Cheesus" par certains Américains en raison de son allure christique avec ses longs cheveux bouclés et sa barbe abondante. Son nom sur Insta ne manque pas d’humour @cheesegourou.

Il était d'autant plus motivé pour plancher sur le défi que, suite au décès de leur père, il a décidé avec son frère cadet Benjamin, de démarrer une viticulture bio sur un sol argilo-calcaire, une terre qui a du caractère, propice à faire du bon vin. Ils ont planté 10 000 pieds de vignes sur deux de leurs 180 hectares de champs familiaux du Pays de l’Ourcq (Seine-et-Marne) début mai 2023.

Après avoir fait ses premières armes chez un affineur local, il a rejoint le Groupe Lactalis en 1997 où il s’oriente vers les produits traditionnels et le circuit spécialisé des crémiers - fromagers et grands chefs de la restauration.

Quant au champagne il s’agissait de la collection iconique Terre d’émotion de Champagne Charpentier que j’avais dégustée un peu rapidement à Vinexpo. Cette fois nous avions tout notre temps et la programmation de cette dégustation, à 17 heures, correspondait au meilleur moment pour la faire.
Chacune des associations que nous avons découvertes a été une réussite et je suis revenue sur mon opinion. Je sais désormais que champagne et fromage peuvent faire bon ménage, à condition de choisir comme ce soir un champagne d'auteur. Il faut dire que les fromages ont d'une façon générale gagné en goût par rapport à vingt ans en arrière. On se satisfaisait de conserver. Aujourd'hui on affine. Quant au champagne on a appris à ne plus le frapper à des températures aussi basses qui ruinaient ses arômes.
La première association Champagne Charpentier Terre d'Emotion Brut Vérité et Cantal entre-deux fermier
Xavier Thuret estime qu'on méconnait le Cantal alors que ce fromage qui est difficile à fabriquer car il doit être moulé deux fois présente le grand intérêt de n'avoir aucune trace de lactose. Voilà un accord tout en finesse.
Avec 70% Chardonnay, 15% Pinot Noir, 15% Pinot Meunier et sur une base de vendanges 2018 c'est un vin où les raisins noirs apportent de la complexité. Je l'avais apprécié à l’occasion de Vinexpo. Il est produit sur un terroir argilo-calcaire proche de ceux qu’on trouve dans le chablisien, qui a un PH plus bas, résultat du travail du vigneron, ce qui lui permet de garder sa fraîcheur au sens primaire, et par ailleurs d'être aromatique par la présence du Chardonnay. La proportion de Chardonnay est unique dans la Vallée de la Marne. On la doit au grand-père de Jean-Marc qui avait été le premier à le planter à mi-coteau dans cette région.

samedi 7 octobre 2023

Octobre rose à Châtenay-Malabry (92)

On est tous effrayé à l'idée qu'un de nos proches, ou soi-même soit concerné de près par le cancer. Et partant du principe que la peur n'évite pas le danger on a imaginé de consacrer un mois entier à mener une campagne de communication destinée à sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche.

Le symbole de cet événement est le ruban rose et plus largement la couleur rose. L'initiative ne date pas d'hier. Octobre rose est récurrent depuis 1985. Je me souviens avoir participé une année en composant un bouquet dans la tonalité retenue.

Ça devient un paradoxe. Les organismes organisent des campagnes qui, pour ne pas effrayer, finissent par créer du bonheur. Et c'est tant mieux. Cette fois-ci l'Espace Prévention Santé de Châtenay-Malabry (92) avait investi la médiathèque pour en faire un village rose.

Plusieurs stands et ateliers gratuits, ont permis au public de s’informer sur cette maladie, comprendre l’importance des dépistages, mais aussi de profiter de moments de bien-être. Outre une exposition circonstanciée "14 arguments pour convaincre : toutes les bonnes raisons de participer au dépistage organisé du cancer du sein" et des plaquettes d'information il était possible (sur inscription préalable) de bénéficier d'un atelier de sophrologie et d'un atelier de confection d’un soin visage bio.

vendredi 6 octobre 2023

En Addicto de Thomas Quillardet

Je vois beaucoup de spectacles. Certains me marquent à vie. Ce sera le cas de En addicto de Thomas Quillardet dont la Première avait lieu ce soir au Pédiluve, la plus petite salle de l’Azimut à Châtenay-Malabry (92).

Ce n’est pas du tout un souci de planning mais la volonté de l’artiste de jouer au plus proche des spectateurs. Vous ne le verrez pas sur un grand plateau, malgré toute la technique possible des micros HF pour porter sa voix.

Si vous l’avez manqué à Châtenay, et que vous résidez en banlieue sud de Paris, allez par exemple à Cachan. Je sais que je le reverrai à Saint-Quentin-en-Yvelines puisque Lionel Massetat l’a programmé du 2 au 5 avril prochain.

Je dirai simplement aujourd’hui qu’il s’agit d’entendre les joies et les vides de ce que l’artiste définit comme une "polyphonie solo", inventée pour porter les mots et les maux des patients en tentative de sevrage et des soignants débordés (qui n'ont pas encore assisté au spectacle mais qui viendront bientôt). Il nous transmet leurs paroles avec pour résultat une vraie rencontre. Ne vous arrêtez pas à la qualification de seul-en-scène. Thomas est seul, mais accompagné de tant de voix.

Il est déjà assis sur sa chaise quand on s’installe dans les gradins. On hésite entre s'assoir face à lui ou au bout d’une rangée, pour tenter d’échapper à son regard.

Bonjour. Le spectacle s’enclenche. On se dit que bientôt la lumière va progressivement baisser et qu’on pourra se détendre un peu. Peine perdue, nous ne serons jamais lâchés par le regard de Thomas.

Tiens, justement, un Thomas se faufile discrètement dans la cohorte des personnages. Mais bien sûr, ils ne font qu’un, lui et le metteur en scène.

Alors que le réalisme social n’a pas reçu (malgré les excellents comédiens interprétant Welfare dans la cour d'honneur du Palais des papes) le succès espéré au dernier festival d’Avignon, ce spectacle, peut-être parce qu’il est présenté en petite jauge, est totalement prenant et il m’est facile de prédire sa réussite.

C’est avec une certaine fatigue que le public sortira de la salle car on ne peut pas en perdre une miette. A peine est-on entré dans l’histoire de X, dont évidement on voudrait connaître la suite, que le metteur en scène zappe pour diriger la focale sur un autre. Et soudain, ça revient comme dans la chanson. Un couplet vient compléter les informations données précédemment.

Et à propos de musique, la bande-son compose le seul décor. On entendra How Deep Is Your Love, cette chanson des Bee Gees par Barry Gibb, sortie en 1977 sur l'album Saturday Night Fever et plus tard la chanson titre de cet album. Çà fuse comme dans le livre À la ligne, où son auteur nous offrait une vision à 360° de la condition ouvrière contemporaine. Pas étonnant que deux compagnies théâtrales se soient emparées du texte de Joseph Ponthus pour le transposer sur une scène.

Thomas Quillardet n’est ni pédagogue, ni mélodramatique. On est pleinement touché, pas coulé, non. Peut-être néanmoins qu’après on ne regardera plus un alcoolique de la même façon si on comprend que l'addiction c'est une solution pour ne pas se foutre en l'air…On pourrait aller jusqu'à dire que consommer devient de la légitime défense.

De la famille on sait que c'est un nid à névroses, mais on s'y voit, et des addictions on ne connait que ce que font les Alcooliques Anonymes en ignorant qu’il existe des services d’addictologie dans les hôpitaux. Ils sont cruciaux à notre époque où les dépendances ne se limitent plus à la boisson, au tabac, au sexe ou à la drogue. Et on peut rager d’apprendre la fermeture d’un service comme celui où l’artiste a été accueilli en observation pendant cinq mois.

On apprend que le coeur du problème c’est l’abandon. On s’abandonne parce qu’on a été (ou qu’on s’est senti) abandonné installant un vrai noeud comme un lasso. Pourtant l'abandon structure nos vies au quotidien et il faut arriver à dépasser cette frustration. Certains n'y parviennent pas et vivent encore à soixante ans des moments de rentrées au CP 4 fois par jour. Comment, alors, parvenir à aller mieux ? Quand « Y a des moments où on s'abîme / Où le hasard nous assassine » si on écoute attentivement les paroles de Michel Berger chantées par France Gall dans Bébé come la vie en 1980 ?

Ce n'est pas un spectacle intentionnellement prophylactique mais on retiendra que, quel que que soit notre choix, un verre contiendra toujours 10 grammes d'alcool, même le pastis qu'on pense léger. Que la stratégie pour ne pas "boire" au cours d'une soirée est de tenir à la main un verre (de jus de fruits sachant que le jus de pommes avec deux glaçons passera pour du whisky) et de ne jamais le lâcher pour contrer un des aspects les plus graves de l'addiction qui est la perte de contrôle.

Jusqu'à ce qu'un jour, après avoir reconnu cette maladie dont on ne s'imaginait pas victime, on se sentira mieux parce que le comprendre fera du bien et on pourra espérer devenir comme le Max du tube d'Hervé Christiani en 1981 … libre.

En Addicto existe avec notamment le soutien du Festival d’Automne à Paris auquel Thomas Quillardet fut invité pour la première fois en 2018 pour présenter Tristesse et joie dans la vie des girafes de Tiago Rodrigues. Il y est revenu en 2020 pour Ton père, adaptation du roman de Christophe Honoré. Sa dernière création, Une télévision française (2021) avait été jouée à l'Azimut il y a juste un an.

En Addicto de et avec Thomas Quillardet
Dramaturgie Guillaume Poix
Collaboration artistique Jeanne Candel
Création lumière Milan Denis
Du vendredi 06 au mercredi 11 octobre à L’Azimut (Le Pédiluve - Théâtre La Piscine)
18 au 28 octobre - Théâtre de la Ville / Sarah Bernhardt - Paris
15 au 16 novembre - Théâtre Jacques Carat - Cachan
7 & 8 décembre - Le Trident - Scène nationale de Cherbourg
24 au 26 janvier 2024 - La Rose des Vents - Villeneuve-d’Ascq
8 au 10 mars - Théâtre de l'Aquarium - La Cartoucherie dans le cadre du Festival BRUIT
2 au 5 avril 2024 - Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines - Scène Nationale
9 au 11 avril 2024 - Théâtre d'Angoulême - Scène Nationale

jeudi 5 octobre 2023

Bungalow 21 avec Emmanuelle et Mathilde Seigner

Je suis allée voir Bungalow 21 sur un coup de tête. Comme quoi ça peut m’arriver. Je n’avais lu aucun avis de quiconque, suivi aucune interview, pas vu l’une ou l’autre des sœurs Seigner en promo et je n’avais pas été sollicitée par l’attachée de presse.
En 1960, deux couples mythiques séjournent au Beverly Hills Hotel, à Los Angeles. Dans le bungalow 20 logent Simone Signoret et Yves Montand : ils s'aiment, ils sont beaux, encore jeunes, pleins de vie, au faîte de leur gloire. Mais Marilyn Monroe, installée dans le bungalow voisin, est une femme irrésistible dont le couple avec l'écrivain Arthur Miller bat de l'aile. Simone devient l'amie de Marilyn, Yves tourne avec elle en tentant de résister à sa séduction. Hélas, Arthur s'enfuit. La vie de quatre personnes va voler en éclat....
Une histoire ordinaire avec des êtres extraordinaires qui offre le portrait saisissant de deux femmes aussi célèbres que meurtries.
Je connaissais la situation de départ. L’implosion du couple Montand-Signoret au contact de Marylin Monroe. Je savais que l’idée d’en faire une transposition théâtrale venait de Benjamin Castaldi, le petit-fils de Simone Signoret dont on sait tous qu’ils étaient très liés. Donc je me suis dit que tout cela était suffisant pour aller voir de près le résultat. Je n’ai pas du tout été déçue. Bien au contraire.

Tout est cohérent. Les interprétations masculines sont de justes évocations d’Arthur Miller (Vincent Winterhalter) et d’Yves Montand (Michaël Cohen) avec des postures et même des intonations proches de celles qu’on a en mémoire, renforcées par des silhouettes de corpulence semblables et quelques accessoires bien trouvés.

Côté femmes c’était plus délicat. Emmanuelle Seigner incarne immédiatement Marilyn Monroe alors que Mathilde Seigner n’est pas tout à fait la Simone Signoret dont on se souvient. Peut-être d’abord parce que nous l’avons surtout vue âgée alors que dans la pièce elle n’a pas encore 40 ans. A cet égard, quand on regarde les images du film Les sorcières de Salem dans lequel ont joué Montand et Signoret (dialogues de Jean-Paul Sartre) on est surpris par le visage candide de Simone, alors blonde comme elle l’était déjà dans Casque d’or.
Je trouve aussi qu'il est très judicieux de n’avoir pas demandé à Mathilde de copier le visage de Marilyn comme le laisse supposer l'affiche. La ressemblance physique avec Emmanuelle (du fait de leur lien de parenté) fait l'affaire et, après tout, c’est le moins qu’on puisse demander au spectateur de faire un effort d’imagination. A un moment néanmoins un mapping jette le trouble entre les deux visages qui se superposent.

Je crois que j'ai tout aimé dans ce spectacle qui commence astucieusement avec le bruit de l'atterrissage d'un avion. J’ai apprécié les costumes qui nous propulsent dans le passé, le décor qui donne bien l’illusion que nous nous trouvons dans une de ces zones d’habitation américaines composées de bungalows. Le mobilier et les accessoires font revivre les années 50. On est surpris que le four à vapeur et à chaleur tournante était banal à cette époque aux USA. Dommage que Simone Signoret n’ait pas été une "bonne" ménagère. Personnellement, j'aurais été très excitée à l'idée de me lancer dans des cuissons combinées.

On partage la découverte du monde américain par le couple Montand-Signoret. On sait combien il a battu de l’aile. Ce spectacle nous met sous le nez le pourquoi du comment. Qui aurait pu résister au charme de Marilyn ? Montand n’était pas un saint et le fait que Simone (et Arthur) leur laissent le champ libre n’a fait que précipiter les choses, malgré la promesse que "rien ne pouvait les séparer".

Quelques répliques font mouche. Arthur Miller se plaint que L.A. (Los Angeles) soit trop tristement parfait.  L'homme est désabusé. Il prétend avec humour (ou réalisme) qu'il essaie d'apprendre à perdre sa Marilyn. On verra que le cliché du couple idéal faisant rêver le monde entier sera bientôt pulvérisé.

Dans cette pièce, ce sont les hommes qui sont faibles. Montand ne vaut pas mieux, appelant sa femme au secours : on ne laisse pas un homme comme moi avec une femme comme elle. C'est la guerre Simone !

Les dialogues sont écrit avec vivacité. Qu'il est amusant d'entendre Marilyn expliquer comment elle se débarrasse des importuns en leur donnant comme numéro de téléphone celui de la morgue. 

Il est bon de rappeler qu'après Claudette Colbert en 1934, Simone Signoret fut la seconde Française à recevoir l'Oscar de la meilleure actrice, le 4 avril 1960, pour son rôle dans "Les Chemins de la haute-ville". 

Le recours à un écran quasi cinématographique est totalement justifié. L'affichage des manchettes de journaux d'époque relatant la trahison de Montand témoigne du cataclysme vécu par Simone, admirable de courage en reconnaissant qu'elle lui a pardonné pour que la vie continue. Peu m'importe que ce soit ses mots exacts ou ceux d'Eric-Emmanuel Schmitt dont le talent pour écrire pour le théâtre n'est pas nouveau.

La musique évoque Les feuilles mortes à plusieurs reprises et après les saluts, alors que Beverley Hills scintille sur le rideau de scène, c'est la voix de Montand qui interprète la chanson alors que la trompette retentit mélancoliquement. Bungalow 21 m'a emportée jusqu'au bout comme ce sera le cas pour ceux qui aiment le théâtre, le cinéma ou les deux.
Bungalow 21, pièce écrite par Eric-Emmanuel Schmitt, sur une idée originale de Benjamin Castaldi
Mise en scène de Jérémie Lippmann assisté de Sarah Gellé
Avec Emmanuelle et Mathilde Seigner, Michaël Cohen, Vincent Winterhalter, Clément Moreau, Benjamin Jaouen
Musiques originales écrites et composées par David Parienti 
Décors : Emmanuelle Favre et Anais Favre
Lumières : Jacques Rouveyrollis et Jessica Duclos
Vidéaste : Caroline Grastilleur
À partir du 14 septembre 2023
Au Théâtre de la Madeleine 19 rue de Surène 75008 Paris
Du mercredi au samedi à 21h, matinée le samedi à 16h
Suite à des ajustements de planning les matinées du samedi à 16h seront reportées au dimanche à 15h, à partir du 18 novembre inclus.
Samedi 18 novembre à 16h : report au dimanche 19 novembre à 15h
Samedi 25 novembre à 16h : report au dimanche 26 novembre à 15h
Samedi 2 décembre à 16h : report au dimanche 3 décembre à 15h

mercredi 4 octobre 2023

Bernadette, le film de Léa Domenach

Je ne me souviens plus sur quelle chaîne de télévision j’ai pris en marche une émission où il était question de Bernadette Chirac et de sa manière bien à elle de considérer la vie politique. C’était vif et passionnant et j’ai pensé que les journalistes étaient en pleine promotion du film qui vient de sortir en salle sur cette grande dame. J’ai alors remarqué la date de première diffusion, remontant à plusieurs années.

Quand la réalité dépasse l’imagination, la fiction est forcément crédible. Bernadette m’a donc totalement convaincue. Tout y est criant de vérité, décor, costumes, répliques. Et surtout tout est drôle sans être vraiment moqueur. Ce film est un petit bonbon qui se déguste avec délice et qui tient la promesse jusqu’à la dernière image.

Une vraie comédie (vraie de surcroît) c’est si rare qu’il faut le souligner. On frôle presque le film d’époque même si la réalité historique est un peu secouée. Il y a tant d’épisodes insensés qui se sont pourtant déroulés comme la 

Et puis c’est adorablement féministe. On assiste à la revanche d’une femme utilisée par son mari (et par une de ses filles) et qui réussit à s’émanciper de sa pression. D’autres se sont sauvées de l’Elysée. Pas elle qui parvient à faire intelligemment front. Et qui, côté vie (très) privée n’a pas vécue sur un tapis de roses, n’en déplaise à l’affiche. Le handicap de leur fille aînée fut un drame pour les Chirac et je n’ai pas du tout trouvé indécent qu’on nous le rappelle. Comme quoi on peut être président(e) et avoir les mêmes soucis que tout un chacun.

Le travail des comédiens contribue pour beaucoup au succès. Michel Vuillermoz est davantage qu’une silhouette ressemblante au modèle. On a furtivement l’impression de revivre la fougue légendaire de Jacques Chirac. Catherine Deneuve est prodigieuse car tout en restant elle-même (on n’est pas dans le grimage) elle suggère la « vraie » Bernadette avec un infime décalage qui nous rappelle que nous sommes bien dans el registre de la comédie et pas dans celui du documentaire. Encore moins du procès à charge même si l’intransigeance de la fille, Claude (Sara Giraudeau), révèle ce que sa mère a sans doute enduré, même si elle lui conserve beaucoup d’amour.

Laurent Stocker a entrepris une jolie transformation pour suggérer Nicolas Sarkozy. Dommage que la chronologie historique aurait été bousculée mais j’aurais adoré que Carla Bruni (qui est aussi actrice, ne l’oublions pas) fasse une apparition. Artus est un David Douillet plus vrai que nature. Olivier Breitman (Karl Lagerfeld) nous offre une jolie scène de relooking, dont on se doute qu’elle a été inventée pour la cause.

Je n’ai pas connu le conseiller en communication Bernard Niquet et je ne peux pas juger de la ressemblance éventuelle avec Denis Podalydès, bon comédien, égal à lui-même. Par contre François Vincentelli m’a emballée en Dominique de Villepin. Les ennemis de Bernadette en prennent pour leur grade et en ce sens on ne peut vraiment pas qualifier le film de portrait à charge à son encontre.

Bref je veux bien croire qu’avec sa co-scénariste Clémence DargentLéa Domenach a lu et regardé tout ce qui était possible sur le couple Chirac avant de prendre quelques libertés, et heureusement. Elle a été baignée dans le journalisme politique (son père est Nicolas Domenach) et cela reste perceptible.

On sait depuis longtemps que si Jacques était amateur d’arts premiers elle était collectionneuse de tortues, ce qui lui avait même valu un surnom. Cet animal a de multiples qualités qu’on peut aussi lui imputer. On ne s’étonne pas que l’excitation d’un Dominique de Villepin l’ait agacée, surtout avec sa merveilleuse idée de dissolution de l’Assemblée (1997) qui lui valut ensuite ke surnom de Néron. En 2002, le président reconnaîtra aussi que Bernadette aura été la seule à l’avoir alerté sur le danger du Front National. Sur ces deux points le film rend hommage au flair politique de la Première dame.

Il est tout à fait exact aussi que Bernadette n’apparaît pas sur la photo d’investiture de 1995, et qu’elle était rarement proche de son mari lors des réceptions et garden-party de l’Élysée. Ce qui est fort c’est d’avoir rendu l’humour de cette femme qui ne s’en vexait jamais. Une chose est sûre, Bernadette Chirac aura réussi à se faire un prénom et une place dans un monde encore très marqué par la misogynie. Aurait-elle ouvert une brèche ?

Quant à l’aspect plus privé, les infidélités du président étaient notoires tout comme la vertu de son épouse (on n’en dirait pas autant d’une autre dont l’amant-prof de gym vivait à l’Elysée. Le jour où on fera son biopic j’imagine que ce sera plus cinglant que ce qu’a écrit Léa Domenach, et sans nul doute beaucoup moins drôle). La maladie de leur fille fut longtemps cachée mais on sait aujourd’hui comment est née l’opération Pièces jaunes.

Le spectateur n’est pas un enfant de chœur. Il se doute que Sarkozy n’aura pas écouté les conseils de Bernadette dans un confessionnal. Mais ne croyez pas que l’imagination des scénaristes soit démesurée. Bernadette a effectivement songé à faire entrer un ours dans le salon où se tenait un Conseil des ministres pour lire la réaction de Villepin sur son visage.

Si elle arriva un peu trop traditionnelle au début du premier mandat, elle quitta l’Elysée transformée. Il est en quelque sorte justice de montrer comment une femme réussit à obtenir la place qu’elle mérite après avoir œuvré dans l’ombre d’un homme. Qu’elle soit devenue une figure médiatique incontournable est une magnifique revanche. Et un exemple.

Bernadette, le film de Léa Domenach
Avec Catherine Deneuve, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Sara Giraudeau, Laurent Stocker, Emilie Pierson, François Vincentelli, Olivier Breitman …
Sortie le  04 octobre 2023

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