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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes. A condition de cliquer doucement sur la première photo, vous pouvez faire défiler toutes les images en grand format et haute résolution, ce que je vous conseille de faire avant d'entreprendre la lecture des articles abondamment illustrés.

dimanche 17 décembre 2023

Accords mets-vin avec un Pinot noir Bestheim Exception

Impossible de vous tromper. Si vous on propose un vin rouge alsacien c’est forcément un Pinot noir. Il est le seul rouge d'Alsace.

J’avais dégusté la cuvée Exception 2018 de Bestheim à l’occasion de la première dégustation digitale organisée par le CIVA.

J’avais admiré sa robe rouge intense qui contrastait avec les Pinots presque noirs que les alsaciens conservaient au réfrigérateur il y a plus de vingt ans. Il faut dire que ce vin a connu une période de déclin où il était dilué, servi trop frais, sans grande personnalité, mais il a regagné ses lettres de noblesse grâce à des vignerons engagés qui produisent des vins à la charpente plus affirmée notamment sur des terroirs calcaires à belle exposition sud. Si bien que de nos jours, environ 10% des surfaces du vignoble alsacien sont plantées en Pinot Noir.

J’avais conservé une bouteille dans ma cave, sachant que le potentiel de garde était de 2 à 5 ans. Je viens de la remonter, pile cinq ans plus tard. Et j’ai été conquise, sans réelle surprise car je connais le travail de ces vignerons se réclamant comme les dignes descendants des "chasseurs de lune".

Il est vrai qu’en tant que bourguignonne de naissance je suis acquise au Pinot où il règne en maître et qui est un cépage très ancien datant du Moyen-Age. En Alsace il donne aujourd’hui des rouges légers et fruités, parfois corsés mais jamais en excès. On le retrouve également dans l'élaboration de certains Crémants d’Alsace comme les Rosés Brut et les Blancs de Noirs.

D’une manière générale, le Pinot offre une belle personnalité, à la fois charpentée et fruitée, qu’il convient évidemment de consommer avec modération. Sa robe peut aller jusqu’à un rouge sombre et profond, aux subtils reflets grenat. Cette belle teinte est acquise par la macération pelliculaire des raisins lors du processus de vinification. Le nez se caractérise par ses arômes de baies et de fruits noirs comme la mûre, le cassis ou encore la cerise, pour surprendre parfois avec des notes de cuir, voire de vanille ou de pruneau.

En bouche, les vins rouges d’Alsace sont structurés par leurs tanins amples et soyeux pourvu qu’on les serve à température ambiante, sans les avoir jamais fait passer par le réfrigérateur.

Le nez de ce Pinot noir Bestheim Exception est tout à fait sur le fruit rouge, obéissant donc à la caractéristique de ce cépage. S’il y a trois ans les tannins étaient alors déjà bien mûrs, complexes et plaisants, ils ont acquis encore plus de reliefs.

Avec sa structure bien charnue et charpentée, je savais que ce Pinot Noir se mariait parfaitement aux gibiers et aux belles pièces de viande rouge comme la côte de bœuf. Il accompagna parfaitement un magret de canard aux épices mais vous pourriez aussi le servir avec des civets ou un bœuf bourguignon.

Il est issu d’une sélection parcellaire, mettant en valeur les plus belles des vieilles parcelles plantées de Pinot Noir, sur les coteaux des meilleurs terroirs. Il est récolté à pleine maturité. Il se distingue en premier lieu par la profondeur de sa robe pourpre intense, avec des reflets rouge vif, et par ses arômes de fruits rouges frais (cerise, framboise, mûre) d’une belle intensité.

La macération s’effectue deux semaines en cuve inox pendant la fermentation alcoolique. S’en suit une fermentation malolactique en cuve puis un élevage en fûts de 228 et 500 litres pendant 12 mois. Je donne rarement un prix mais j’estime qu’à environ 17 €, cela mérite d’être souligné car il est vraiment très abordable.
Pour réussir la cuisson du magret il faut le quadriller côté peau en incisant celle-ci. On le pose dans une poêle très chaude, côté peau et on arrose régulièrement le dessus avec la graisse qui est en train de fondre pendant 7 à 8 minutes.

Ensuite on retire le magret et on jette l’huile (dans une boite en fer par exemple, jamais dans l’évacuation de l’évier qu’il boucherait en refroidissant). On déglace au vinaigre balsamique et on ajoute ce jus à la préparation d’épices dont on va tartiner le côté sans peau de la viande.

La sauce était un mélange de miel, d’ail, de baies roses et de graines de coriandre écrasées, de sel et poudre de piment avec un peu de girofle et de cannelle moulues.

On poursuit la cuisson 3 à 4 minutes. On sert brûlant avec les légumes de son choix. J’avais opté pour du céleri boule cuit vapeur.
Le lendemain j’ai préparé un Osso buco selon les règles de l’art en farinant et faisant dorer dans une poêle les morceaux farinés avant de les mettre dans une cocotte-minutes avec une demi briquette de jus de tomate, du laurier et de la sauge, les pelures séchées de trois mandarines, un demi-piment Morita (qui donne une saveur fumée que j’adore) et un demi-bol de bouillon et de Clairette de Die (une association inhabituelle mais tout à fait réussie).

J’ai posé sur le dessus trois poivrons jaunes coupés en gros morceaux et une courge butternut épluchée et tronçonnée. Après 30 minutes de cuisson à la cocotte minute le résultat était … mémorable. On ne pense pas suffisamment à cette association de légumes (il me restait aussi un morceau de céleri que j’ai juste réchauffé). La sauce est un peu épaisse, pas trop et le mariage avec le vin réellement idéal.

Bestheim - 3 rue du Général de Gaulle - 68630 Bennwihr - https://www.bestheim.com/fr/ - 07 76 08 32 68

samedi 16 décembre 2023

Les 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay

La conférence de presse "Les 150 ans de l’impressionnisme avec le musée d’Orsay" a eu lieu au musée le mardi 21 novembre 2023 sous le superbe plafond de la salle des fêtes du musée.

Il est normal que cet établissement se soit engagé dans cette célébration nationale qui le concerne au premier plan puisqu’il possède la plus grande collection de peintures impressionnistes. On aurait pu s’attendre à un accrochage de grande ampleur mais, partant du principe que le public a eu et aura tout le loisir de voir (et revoir) ces oeuvres en temps normal on a préféré, et c’est sans doute une première, opter pour une diffusion massive de certains des plus grands chefs-d’œuvre du mouvement, 178 très exactement, sous forme de prêts à 34 institutions partenaires, réparties dans 13 régions, 

De cette manière, la célébration du cent cinquantième anniversaire de la première exposition impressionniste qui eut lieu en 1874 sera partagée par le plus grand nombre au lieu de faire l’objet d’un entre-soi parisien. Tout commencera au printemps 2024.

Il ne faut pas croire que les parisiens et les touristes seront pas en reste. Christophe Leribault (ci-conre), Président des musées d’Orsay et de l’Orangerie a rassuré l'assistance sur ce point. Une collaboration a été initiée entre les musées d’Orsay et de l’Orangerie et la National Gallery pour présenter 130 oeuvres qui oseront une confrontation entre peintures et sculptures des "indépendants "et des "académiques" de manière à revivre en le soulignant le choc visuel de l'époque.

Elle aura lieu à Orsay du 26 mars au 14 juillet 2024 et à Washington du 8 septembre 2024 au 20 janvier 2025. On y verra notamment Impression, soleil levant de Monet (habituellement à Marmottan) dont le surnom donné par un journaliste aura un retentissement considérable est international, justifiant le titre de cette exposition : Paris 1874. Inventer l'impressionnisme.

Dans la Seconde galerie on déambulera coiffé d’un casque pour vivre une Expédition immersive en réalité virtuelle, Un soir avec les impressionnistes, Paris 1874 du 26 mars au 11 août 2024.

Rima Abdul Malak, Ministre de la Culture, s'est réjouie de l'engagement du musée à collaborer avec les autres grandes institutions, à l'inverse de la célébration de 1974, avec une grande exposition au Grand Palais, mais limitée à Paris. 

Elle rappela qu'à 7 h 35 le 13 novembre 1872, le soleil se levait dans le port du Havre et ce fut l'aube d'un grand mouvement, portant l'espérance d'après-guerre, et qui nous émeut encore aujourd'hui.

Voilà peut-être pourquoi la toile qui la touche particulièrement est celle de Claude Monet, du 30 juin 1878 représentant la première fête nationale, rue Montorgueil qui sera prêtée à Douai.

Elle n'est pas la seule puisqu'elle a inspiré Daniel Buren pour habiller de filtres bleus, blancs et rouges les 250 mètres carrés de la verrière du jardin d’hiver du Palais de l’Élysée en septembre 2021, après avoir déjà réaménagé la cour d’honneur du Palais Royal il y a 35 ans, sur demande de François Mitterrand, y installant ses fameuses colonnes.

Cette fois, il signe avec Pavoisé, une œuvre in situ que le président de la République Emmanuel Macron a qualifiée de "résolument patriotique" et que certains voient comme un hommage à l'oeuvre de Monet.

Le mouvement de prêts témoigne du rôle majeur de connaissance, d’érudition, de démocratie des musées, pour se sentir pleinement appartenir au monde qui nous entoure. Dans la liste des oeuvres impressionnistes, pré ou para ou en prolongement du mouvement impressionniste que Christophe Leribault a proposées se trouvait le Balcon de Manet qui partira à Bordeaux et le citron de ce même peintre (1880) à la Villa Médicis, ce qui fait en quelque sorte déborder le cadre national. Evidemment, et le président fit rire la salle en les citant, les immenses Nymphéas ne quitteront pas l'Orangerie. Leur déplacement aurait été une folie.

La table de cuisine et  Nature morte au tiroir ouvert de Paul Cézanne (entre 1877-79) voyageront jusque Saint-Denis-de-la-Réunion.

Les enfants de Gabriel Thomas Berthe Morisot seront exposés pour la première fois à Nice où elle a vécu. Et le public pourra suivre une série d’interventions à son propos et d’œuvres d’artistes femmes des collections du musée des beaux-arts Jules Chéret.

Deux oeuvres prendront la route du musée des beaux-arts d’Orléans : Louis Bouglé de Henri de Toulouse-Lautrec (1898) qui a fait le portrait d’un orléanais méconnu de l’histoire de l’art, connu davantage sous le nom de L.B.Spoke pour avoir été acteur et promoteur du cyclisme et la délicieuse Julie Manet (fille de Berthe Morison et d’Eugène Manet, frère du peintre) dite aussi L’enfant au chat (1887) d’Auguste Renoir.
Il n’y aura pas que des toiles de peintres français puisque Arrangement en gris et noir n°1 dit aussi Portrait de la mère de l’artiste (1878) de Whistler ira à Rouen.

vendredi 15 décembre 2023

Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson

J’avais beaucoup aimé Paris-Briançon et je m’étais promis de lire Ceci n’est pas un fait divers alors que je savais pertinemment combien ce serait âpre.
Ils sont frère et sœur. Quand l’histoire commence, ils ont dix-neuf et treize ans. Leur histoire se cristallise en quelques mots, ceux que la cadette, témoin malgré elle, prononce en tremblant : "Papa vient de tuer maman."
Passé la sidération, ces enfants brisés vont devoir se débrouiller avec le chagrin, la colère, la culpabilité. Et remonter le cours du temps pour tenter de comprendre la redoutable mécanique qui a conduit à cet acte.
Avec pudeur et sobriété, ce roman, terriblement inspiré de faits réels qu'on dit "divers" -terme horrible pour signifier quasiment un évènement d’une banalité affligeante-, raconte, au-delà d’un sujet de société, le long combat de deux victimes invisibles pour réapprendre à vivre.

Philippe Besson a bien raison d'avoir choisi un titre qui refuse cette catégorisation. Une mort ne peut pas entrer dans cette catégorie de fait "divers" même si c’est quelque chose qui arrive à tout le monde. On peut espérer que ce ne soit pas de cette manière, au bout de vingt ans de vie commune avec un homme qui, certes "n’était pas tiède" mais "avec qui on s’équilibrait en terme de tempérament" (p. 68).

Selon l’Encyclopédie Universalis, le fait divers est le plus souvent défini aujourd'hui par la négative pour désigner un événement qui ne relève d'aucune actualité, ni politique, ni économique, ni sociale, ni culturelle.

Terrible phrase placée entre parenthèses page 29 : j’ignorais alors que parfois des gendarmes passent à côté de l’essentiel, que parfois ils n’accordent pas aux cris de détresse l’attention qu’ils méritent.

J’étais comme un animal pris dans les phares d’une voiture, dira le fils (p. 70) qui regrette de ne pas avoir confié au gendarme les tactiques de sa mère pour désamorcer les crises (chaque femme victime de violences conjugales les reconnaîtra. Elles sont universelles).

La culpabilité est un feu qui s’attire d’un rien, de tout. Face à un grand malheur les paroles étaient inutiles, presque absurdes (p. 76)

Le mari avait toujours un prétexte fallacieux pour créer une altercation, mener sa guérilla. Il était débordé par sa paranoïa, sa jalousie, son narcissisme. Par son angoisse de l’abandon (p. 94).

Et comme elle n’était coupable de rien, c’était insoluble.

Pour les enfants qui sont ce qu'on appelle des victimes collatérales tout est inédit et les décontenance. La mort n’arrête pas tout, loin de là. Il faut organiser les obsèques, engager le procès. En a-t-on jamais fini, surtout quand on ignore ce que notre mère défunte a voulu nous faire promettre (p. 187) juste avant de fermer les yeux ?

Peut-on se reconstruire si on est considéré juste comme victime collatérale, censée être invisible et silencieuse (p. 204) ? La question est diablement bien posée et ce livre est un coup de poing sur la table. Tout y sonne juste, sauf peut-être la beauté de la couverture dont le sens m'aura échappé.
 
Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson, Julliard, en librairie depuis le 5 Janvier 2023

jeudi 14 décembre 2023

Le meilleur thé au jasmin arrive chez Mavrommatis

Je connais très bien -il me semble- la maison Mavrommatis et j'ai cru à une erreur quand j'ai été invitée à une cérémonie du thé au restaurant Laurier (qui est au demeurant un superbe endroit, proposant une cuisine que j'apprécie énormément et dont j'ai parlé plusieurs fois).

Mavrommatis représente la quintessence de la Grèce, bien que je sache d'ailleurs pertinemment que les trois frères fondateurs sont crétois. Et puis j'ai déjà assisté à plusieurs cérémonies du thé. J'en connais l'art et bref je ne suis venue que par pure curiosité.

Andréas Mavrommatis voyage beaucoup et s'intéresse à une foule de choses. Ayant dégusté le thé au jasmin de  Chunlun Tea il se trouva immédiatement comme télétransporté à Chypre car la fleur de jasmin est très présente en Méditerranée et son parfum a imprégné toute son enfance. Une fois ceci dit, son intérêt pour le producteur chinois devient une évidence. Le président, issu lui aussi d'une famille de passionnés, est venu spécialement en France pour l'occasion (à gauche sur la photo ci-dessous).
Il a cherché à en savoir plus sur cette entreprise à qui il a envoyé des pétales de rose, cette herbe qui s'appelle thé des Montagnes, et puis cet extrait résineux d'un arbre indigène (Pistacia lentiscus) de l'île grecque de Chios qui s'appelle Mastica et qui possèdes des propriétés merveilleuses, afin qu’ils soient distillés par Chunlun qui a une tradition exceptionnelle en ce domaine. Nous sommes impatients d'en connaitre le résultat, sans doute dans les mois qui viennent.

En attendant, les boutiques et les restaurants Mavrommatis vont distribuer (selon deux modèles, en boite et en grand sachet de 80 grammes) le thé vert au jasmin, issu des montagnes de Fujian, très précisément de la ville de Fuzhou du Comté de Luoyuan, à environ deux heures de Shanghai.

Les arbustes font l'objet d'une culture écologique, en inter culture légumineuse en profitant d'un climat idéal, doux mais brumeux, et d'un environnement en altitude préservé. L'air, la température, le sol, la lumière réunissent les conditions optimales pour concourir au développement d'un thé unique qui, officiellement est le meilleur thé au jasmin du monde, qui est classé au Patrimoine agricole de l'humanité depuis 2014. Il est le thé officiel du gouvernement chinois.

On l'infuse dans une eau à peine bouillante à 85° pour obtenir un breuvage d'une jolie couleur rosée, sans  aucune amertume, au parfum très marqué, réellement exceptionnel, provoquant la surprise. Le thé est une boisson ancestrale, connue pour être un excellent antioxydant, revigorant, stimulant pour le système immunitaire et par son effet apaisant, le thé vert au jasmin parvient à diminuer les tensions de la vie moderne.

Le parfumage du thé vert avec des fleurs de jasmin est un savoir-faire très ancien que Chunlun Tea entretient depuis 1858 au travers de six générations. On comprend que ce soit une marque influente et un acteur clé dans la culture du thé où elle emploie plus de 100 000 agriculteurs, qui exploitent des jardins de 1000 acres, sur une superficie totale de 2800 hectares, ce qui lui vaut d'être donnée en exemple dans la réduction de la pauvreté. Chunlun est présente dans le monde entier, et dispose d'une filiale en France,

Le thé est arrivé en Europe il y a plus de 2000 ans, ramené par les marchands qui suivaient la Route de la Soie. Les Grecs ont été parmi les premiers à adopter cette boisson qu'ils ont préparé différemment. Mais cette adaptation a créé des liens entre les deux civilisations malgré la distance, On comprend mieux pourquoi Mavrommatis et Chunlun initient une collaboration.
La soirée entre Grèce et Chine, Méditerranée et Orient, a démarré par une Cérémonie du thé dont on pourrait croire qu’il s’agit d’une affaire de femmes. Nous avons assisté à une chorégraphie gustative au son d’un instrument de musique chinois à cordes pincées, le guzheng, qui est sorte de cithare.
À gauche, la jeune femme suivait une méthode moderne. A droite c'était la méthode traditionnelle qui était déployée. Toutes deux avec des gestes harmonieux, devant des invités attentifs et curieux.

mercredi 13 décembre 2023

Quatre nouveaux Brigadiers décernés par l'A.R.T.

Ce fut une belle cérémonie qui eut lieu la semaine dernière pour la remise des 4 Brigadiers de l'édition 2023 devant une salle pleine d'artistes, d'artisans/anes du théâtre et des personnalités du monde culturel parisien dans cette jolie salle du Théâtre Montparnasse ouverte il y a déjà plus de 250 ans dont Bertrand Thamin est le directeur.

Elle a en effet été inaugurée le 29 octobre 1886. Le bâtiment est l'œuvre de l'architecte Charles Peigniet, qui a notamment participé à la réalisation du socle de la Statue de la Liberté à New-York.

C'est une joie d'avoir cette occasion de fêter le théâtre, cette belle corporation qui compose une famille.

Récompenses et hommages sont des témoignages d'amitié pour les récipiendaires. Cette fois le Brigadier de l'année fut décerné à Christine Murillo puis Stéphane Hillel, Pierre Arditi et Danielle Mathieu-Bouillon furent tous trois honorés d'un Brigadier d'Honneur, les deux premiers pour leur carrière et Danielle pour et à Danielle Mathieu-Bouillon pour son cinquantenaire comme présidente de l’Association de la Régie Théâtrale (A.R.T.),  association fondatrice du Prix en 1960 et qui est aujourd'hui présidée par Pascal Monge, pour distinguer l’événement théâtral de la saison, qu'il s'agisse d'un auteur, un acteur ou un metteur en scène, parfois un spectacle ou un décorateur. Contrairement aux Molières, il ne peut être attribué qu’une seule fois.

L'objet est une pièce unique, réalisé à partir de morceaux de perche d'illustres lieux comme les Folies Bergère, le Casino de Paris, la Michodière, partiellement recouverts de velours rouge, cloutés d’or et comportant une plaque au nom du lauréat.

La première a recevoir cette distinction fut donc Christine Murillo qui fut saluée d'une longue ovation après le discours élogieux prononcée par Karen Taïeb, Maire-Adjointe à la Culture à la Ville de Paris.

Elle ne bouda pas son plaisir et lança le cri du coeur Bon Dieu que je suis contente !

La comédienne commença par dire ce qu'elle doit à son rôle Pauline & Carton, mis en scène par Charles Tordjman qu'elle interprète en ce moment à La Scala le samedi à 19h30 et le dimanche à 15h30 jusqu’au 17 décembre, après en avoir lu le texte en 2022 au Festival de la correspondance de Grignan, en collaboration avec la compagnie Fabbrica.

Elle y incarne Pauline Carton, actrice fantaisiste et mythique avec qui elle a plusieurs points communs, le trac, l'humour (même si Christine n'est pas caustique) et l'auto-dérision. Ceux qui ne l'ont pas vue dans ce rôle taillé pour elle peuvent être rassurés. Elle jouera les prolongations du 16 mars au 23 juin, le samedi à 15h30 et 19h30, le dimanche à 15h30.

Elle est furieusement drôle en imitant pour nous Michel Simon (qui, elle nous le rappela, n'a jamais joué Jean Valjean) et en nous prévenant qu'elle allait pleurer peut-être un peu.

Elle est surtout modeste, se réjouissant de ce bâton qui pourra toujours lui servir en cas d'agression. Citant tous les metteurs en scène avec qui elle a travaillé et qui ne sont plus là pour l'applaudir (et notamment Jean-Pierre Vincent que nous regrettons tous), elle dit : j'ai fait ce que j'ai pu. J'espère que vous êtes contents de moi là haut.

Elle se souvient des six coups de la Comédie Française et a frappé consciencieusement le parquet de la scène avant d'être encore longuement applaudie.

Ce fut ensuite Stéphane Hillel que nous connaissons tous et qui fit une fausse entrée provoquant les rires. 

En 2002, il devient directeur associé du Théâtre de Paris, puis du Théâtre des Bouffes Parisiens et finalement du Théâtre de la Michodière en 2014. Etant responsable de quatre salles (deux au Théâtre de Paris) son expérience est immense et son intervention fut marqué par des anecdotes amusantes, après l'intervention de Pascal Guillaume, président de l'ASTP, Président de l'Association pour le Soutien du Théâtre Privé, chargé de lui remettre le Prix.

Lui aussi témoigna d'un fort humour en comparant ce qu'un Molière est au Brigadier à l'instar du Renaudot au Prix Goncourt.

Il rappela son expérience des Molières. En 2002, il échoua au Molière du second rôle pour son emploi dans Impair et père, face à Philippe Magnan dans Elvire; Wojtek Pszoniak dans La Boutique au coin de la rue, Michel Vuillermoz dans Madame Sans Gêne et enfin Maurice Chevit qui reçut la statuette pour Conversations avec mon père.

L'année suivante il est opposé, en tant que metteur en scène, à Peter Brook pour Le Costume, Didier Caron pour Un vrai bonheur, Patrice Chéreau pour Phèdre et John Malkovich pour Hysteria. Il nous raconte avec délice qu'il l'emporta pour Un petit jeu sans conséquence alors que les perdants affichaient un regard de sidération. Si ce prix lui était décerné à titre personnel il n'empêche que Stéphane Hillel a souligné l'importance du travail d'équipe.
L'évènement monta d'un cran en terme d'humour avec l'arrivée de Pierre Arditi, dont le producteur Jean-Claude Houdinière fit l'éloge appuyé d'un parcours outrageusement exceptionnel (couronné d'ailleurs de 2 Césars et d'un Molière).

mardi 12 décembre 2023

Azzedine Alaïa, couturier collectionneur au Palais Galliera

Dix ans après la grande rétrospective consacrée au Palais Galliera au couturier, c’est une nouvelle exposition qui met à l’honneur, et pour la première fois, l’extraordinaire collection patrimoniale exceptionnelle que Azzedine Alaïa (1935-2017) a réunie au fil du temps, et cela dans le plus grand secret et sans jamais la dévoiler de son vivant, en France comme à l’international.

Ne vous attendez pas à une présentation exhaustive de sa collection dont on ne peut admirer "que" 140 pièces, choisies parmi plus de 20 000. On peut donc légitimement penser que d’autres expositions seront organisées, elles aussi conjointement avec la Fondation Azzedine Alaïa.

Mais vous comprendrez quelles auront été ses sources d’inspiration à travers les modèles qu’il a soigneusement, quasi religieusement, rassemblés et qui témoignent de son admiration pour ses maîtres. Et ce n’est pas un hasard si la photo de l’affiche recadre un cliché montrant de ses mains drapant une robe de Madeleine Vionnet en 1990.

Ne vous méprenez pas. Vous ne verrez pas de robe créée par lui ici. Mais, après un petit effort consistant à traverser l’avenue et vous rendre au Musée d’Art Moderne situé en face du Palais Galliera, vous pourrez (si vous avez la chance qu’elle soit ouverte, ce qui ne fut pas mon cas) vous rendre en Salle Matisse, où sont présentés trois costumes de scène dessinés par Henri Matisse pour les Ballets russes en 1919 et qui illustrent le dialogue entre mode et art si cher au couturier. Je n’ai pu qu’en apercevoir de loin une d’entre elles, à travers la vitre de la porte fermée.
C’était la première fois que Matisse acceptait de participer à la mise en scène d’un ballet. La conception du décor, du rideau de scène et des costumes lui permettait d’exercer sa créativité de manière inédite. Il a conçu ces pièces historiques, rares et fragiles en 1919 pour Le Chant du Rossignol, ballet en un acte créé par Serge Diaguilev pour les Ballets russes sur une musique d’Igor Stravinsky. Inspiré d’un conte d’Andersen, le ballet évoque la rencontre entre un empereur chinois et un rossignol au chant merveilleux qui, après avoir été remplacé par un oiseau mécanique, revient chanter au chevet de l’empereur et le sauve de la mort.

Parmi tous les costumes imaginés par Matisse pour ce ballet orientalisant, Azzedine Alaïa a retenu les plus audacieux et les plus abstraits. Quant aux vêtements créés par le couturier, on pourra les admirer en allant à la Fondation, 18 rue de la Verrerie, qui propose une exposition intitulée Alaïa/Grès au-delà de la mode jusqu’en avril prochain.

Mais revenons à la remarquable collection qu’Alaïa débuta en 1968, à la fermeture de la maison Balenciaga (fondée trente ans plus tôt) par le couturier qui ne se reconnaissait plus dans l’industrie nouvelle du prêt-à-porter. Mademoiselle Renée, qui la dirigeait, invita Alaïa à venir choisir les tissus qui pourraient satisfaire sa curiosité. Cet élément fut déclencheur d’une véritable passion pour l’histoire de la haute-couture française dont il confesse une forme de dévouement : C’est devenu chez moi une attitude corporative de les préserver, une marque de solidarité à l’égard de celles et ceux qui, avant moi, ont eu le plaisir et l’exigence du ciseau. C’est un hommage de ma part à tous les métiers et à toutes les idées que ces vêtements manifestent.

Alaïa devint le gardien bienveillant des formes et des souvenirs de chacun. Dès lors, il accumula sans compter les trésors de mode mais aussi tous les documents qui pouvaient raconter la vie des ateliers et commenter l’œuvre de création. Outre Cristóbal Balenciaga (1895-1972) il va ainsi rassembler des pièces de couturiers parmi les plus prestigieux : Worth, Jeanne Lanvin, Jean Patou, Madame Grès, Paul Poiret, Gabrielle Chanel, Madeleine Vionnet, Elsa Schiaparelli, ou encore Christian Dior... depuis la naissance de la haute couture à la fin du XIX° siècle jusqu’à certains de ses contemporains comme Jean Paul Gaultier, Comme des Garçons, Alexander McQueen, Thierry Mugler ou encore Yohji Yamamoto... 
Alaïa était un admirateur inconditionnel de Balanciaga et c’est donc légitimement que le parcours débute avec trois de ses robes (noires) des années 1950-55 retenues parmi plusieurs centaines de pièces majeures des années 1930 à 1968 que compte la collection.

L’exposition n’est pas chronologique et je suis revenue régulièrement sur mes pas pour mieux comprendre, par comparaison, ce qui distingue et/ou rapproche tel ou tel créateur. La foule était très dense et on se réjouit bien sûr de l'intérêt suscité par l'exposition mais la circulation y était difficile. La pénombre, absolument nécessaire pour garantir la conservation des modèles, mais à laquelle il faut un certain temps pour s’y acclimater, et surtout la disposition des cartels au ras du sol compliquent la visite. On apprécierait des miroirs pour entrevoir les robes dans leur entièreté, même si parfois elles sont disposées de biais pour qu’on puisse mieux en percevoir le volume, par exemple pour celles-ci.
La collection d’Alaïa fait figurer les grands noms qui ont écrit l’histoire de la mode. Elle distingue également les griffes aujourd’hui oubliées mais dont la notoriété, à leurs époques respectives, était attestée de même que l’excellence de leurs ateliers.

lundi 11 décembre 2023

Une pizza et un panettone chez Baldoria

J’y suis allée par hasard, parce que j'avais faim et que cela faisait un moment que je ne m'étais pas risquée à découvrir un nouveau lieu avec l'application Too good to go, qui, soit dit en passant devient de plus en plus aléatoire en terme de surprise. Il faudrait que je mette mon article à jour mais ce sera une autre fois.

Je ne songeais pas à écrire une publication, encore moins à faire un test genre client-mystère mais j'ai été si bien accueillie chez Baldoria que franchement le lieu mérite qu'on s'y arrête.

On valide toujours le "panier" à l'aveugle. C'est le jeu. Et on sait qu'il faudra discrètement repartir avec sans se "mélanger" à la clientèle habituelle qui, elle, a réglé plein tarif. C'est vrai qu'il n'y avait pas grand monde quand je suis arrivée en milieu d'après-midi mais qu'on me décrive les quatre parts de pizza, qu'on me propose de me les réchauffer ET de m'asseoir à une table pour déjeuner, c'était de l'inédit.

Comme je l'ai précisé plus haut je n'avais pas songé un instant écrire donc je n'ai pas fait de photo de ce que j'ai mangé. Mais les clichés pris postérieurement donnent une idée assez juste.
Comme vous le voyez, il s'agit d'une pizza "al taglio", romaine et coupée au carré (alors que la napolitaine est ronde). Les quatre morceaux reçus étaient équivalents à la superficie d'une pizza classique, à ceci près que j'ai eu quatre saveurs différentes. Et chacun coupé en deux pour que je puisse les déguster en alternant les goûts.
J'étais certes affamée mais vous conviendrez qu'il y a pizza et pizza. La pâte est légère, croustillante et néanmoins encore moelleuse. La garniture est épaisse. Le jambon goûteux, s'accordant à la perfection avec le romarin. La truffe pas trop forte, exactement comme on l'aime. Le tout pas trop salé. Il n'y a que des compliments à faire au chef, Gregorio Di Agostini.

C'est autant bon que c'est beau. La carte (mais elle se renouvellera en fonction de la saison) se compose de 9 recettes dont 5 végétariennes à +/- 4 € la part. La Margherita, l’Amatriciana, l’Orto autunnale, La Bufala alici e broccoli (base blanche, mozzarella di bufala campana, anchois de la mer Adriatique et crème de brocoli). La Pizza bianca mortadella (base blanche, mortadella, huile d’olive au romarin, vinaigrette au citron). La Funghi e tartufo (base blanche, crème de champignons de Paris, champignons cardoncelli sautés et sauce à la truffe). 
La pizza existe aussi en version dessert avec  la Pizza alla nocciola ou Gianduja (base blanche, crème à tartiner au gianduja et noisettes du Piémont concassées), sans oublier le tiramisu ou encore les Gelati.

La musique était évidement italienne. Au fond de la salle un grand écran permet de projeter un film (en noir et blanc, gentiment rétro).

Une fois rassasiée, je me suis intéressée à l'empilement de bidons. Si la décoration du restaurant est très colorée, reprenant les codes typiques italiens, interprétés par l’artiste de street-art marseillais Zics avec un logo qui évoque l'univers automobile de Pirelli, ces bidons ne sont pas destinés à repeindre les murs mais servent à conserver … des panettones, autre spécialité italienne.

J'aurais volontiers fait un jeu de mots avec le terme de pantone pour rester dans le même univers mais il n'y a aucun point commun à chercher avec la petite société, fondée en 1866, qui fabriquait des nuanciers pour les fabricants de cosmétiques et qui est devenue plus tard une référence mondiale.

Autant le dire tout de suite. Je n'ai jamais mangé un aussi bon panettone de toute ma vie. Pour ceux qui ne connaitraient pas, c'est une brioche incorporant des raisins secs, des fruits confits et des zestes d'agrumes. C'est le gâteau traditionnel des Italiens de la Lombardie et du Piémont ainsi que des Suisses du Tessin. Sa dégustation fait partie des traditions de Noël.

Depuis, j'ai cherché à connaitre l'origine de ce dessert qui fait l'objet de plusieurs légendes. Parmi elles, on raconte que le cuisinier au service de Ludovic Sforza, duc de Milan, fut chargé de préparer un somptueux dîner de Noël auquel étaient invités de nombreuses personnalités. Débordé par le travail, il oublia son dessert dans le four où il se carbonisa.

Il servit en désespoir de cause une sorte de brioche faite par son jeune commis de cuisine, prénommé Toni, avec ce qui restait dans le garde-manger – un peu de farine, du beurre, des œufs, de l'écorce de cédrat et quelques raisins. Aux invités enthousiastes il fallut donner un nom à cette délicatesse. Ce fut le pain de Toni (l'è 'l pan del Toni), autrement dit "panettone".

On peut aussi penser au pain des seigneurs (pan di scior), un pain de luxe (pan de ton), fait de froment pur, au beurre, au miel et garni de muscat d'Alexandrie qui à partir de 1599 fut associé à la fête de Noël après l'avoir distribué à des écoliers. Il semblerait que la coutume soit ancienne de rompre "un grand pain" pour en donner un morceau à chacun des hôtes en signe de communion le soir de Noël. mais ce n'est qu'au XIX° siècle, durant l'occupation autrichienne, que le panettone devint l'élément irremplaçable d'une offrande annuelle par le gouverneur de Milan, Ficquelmont, au prince Klemens Wenzel von Metternich.

Baldoria en a fait venir une série et vous pourrez honorer cette tradition qui, attention, est saisonnière.

C'est un italien du nom de Piero Ceschia qui a choisi de proposer les pizzas romaines depuis seulement un an au coeur de Paris, pour le moment dans trois adresses. Ce fut d'abord Rue Bachaumont, en novembre 2022, puis à Lorette, et depuis juin ici Boulevard de Sébastopol.

Sa volonté est de privilégier la qualité et l’authenticité des produits, sourcés en Italie avec le plus grand soin, en faisant appel à des producteurs qui sont, pour la plupart, ses amis. Tout est cuisiné au jour le jour, de la pâte aux garnitures, dans le laboratoire voisin par le chef Gregorio Di Agostini et sa brigade.

Côté boissons, Baldoria propose une carte de cocktails artisanaux conçus par la barmaid Valeria, ainsi que des vins issus de producteurs indépendants.

Baldoria 2 Rue Bachaumont 75002 Paris
51 Rue Notre Dame de Lorette, 75009 Paris 
115 Boulevard de Sébastopol, 75002 Paris
Sur place ou à emporter

dimanche 10 décembre 2023

Posy Simmonds, Dessiner la littérature à la BPI

Je suis venue il y a quelques jours à Beaubourg pour découvrir l’exposition mettant en valeur le travail de Posy Simmonds, née en 1945, et qui depuis près de soixante ans a entrepris de Dessiner la littérature, car elle lui voue un véritable culte, en particulier à celle du XIX° siècle.

Elle est célèbre en Grande Bretagne pour ses dessins en noir et blanc publiés dans la presse anglaise, notamment le Gardian. Le public international et français l'a vraiment découverte au tournant des années 2000 avec "Gemma Bovery", qui est  une variation sur l'oeuvre de Gustave Flaubert sous la forme d'un roman graphique. En effet cette francophile qui parle parfaitement notre langue affirme : J’aime autant écrire que dessiner.

Je signale qu'à deux exceptions près toutes les œuvres présentées sont des originaux qui appartiennent à l'artiste. L'exposition est visible, en accès libre, aux horaires de la BPI, jusqu’au 1er avril 2024 avant que le mois suivant tout le centre soit dédié à la BD autour d’une exposition de Corto Maltese. Dessiner la littérature n’usurpe pas son nom tant elle est dense et qu’il y a beaucoup à lire, pas tant sur les cartels qui se limitent à l’essentiel mais sur les planches elles-mêmes. 

Posy a suivi un cours de civilisation à la Sorbonne et c’est naturellement qu’on a choisi d’agrandir un toit d’immeuble parisien (dessin à l'encre de 1963) pour inviter le public à entrer dans l'espace qui lui est consacré. Le contraste fut très fort avec la campagne où elle avait jusque là vécu, chez ses parents fermiers avec ses cinq frères et soeurs, mais très instruits, acceptant de mettre tous les livres de leurs bibliothèques à sa disposition, si bien qu’elle découvre le dessin satirique à 3 ans et dessine sa première BD à 10 ans.
L’exposition démarre avec une frise chronologique retraçant les étapes principales de sa carrière, validée par elle-même et son éditeur français Denoël. Elle s’ouvre ensuite sur trois autoportraits réalisés au début des années 60. Arrivant seule à Paris à 17 ans d'un village anglais tranquille, Posy Simmons prend goût à la vie citadine. En plus de son cursus à la Sorbonne et de ses leçons de peinture, elle découvre la mode, le jazz, les musées et les dessinateurs français, notamment Sempé, Siné et Reiser … et même l'art de porter le foulard. Ses autoportraits montrent une confiance en soi grandissante. "J'étais une jeune fille anglaise convenable. Je suis repartie au bot d'un an transformée en Juliette Gréco, en noir de la tête aux pieds, jupe de cuir, col roulé et eye-liner".
Elle aime beaucoup dessinateur britannique Ronald Searle (1910-2011) envers qui elle reconnait une immense dette d'inspiration dans la conception de son premier album Fred. Ici elle se représente petite fille tendant une lettre d'amour à un jeuneNigel Molesworth indifférent. Searle avait dessiné cet écolier incorrigible entre 1953 et 59 dans quatre livres. J.K. Rowling, créatrice de Harry Potter, est aussi une admiratrice de cette série qui lui a servi pour concevoir Poudlard. (fac-similé de 2010).
Première rémunération en 1966 pour la jaquette du livre The Grass Beneath the Wire de John Pollock sur un militaire britannique homosexuel lors de la Grande Guerre. L’homosexualité n'a été partiellement décriminalisées au Royaume-Uni qu'en 1967. Elle reçut un chèque de 25 livres pour ce travail qui lui permet d'ouvrir son premier compte en banque.

samedi 9 décembre 2023

Désintégration d'Ahmed Djouder, mis en scène par Kheireddine Lardjam

Je suis venue à l'Epée de bois pour assister à la Première de l'Enfant de verre et j'en ai profité pour arriver plus tôt dans ce si beau théâtre, sans nul doute un des plus inspirants, pour voir Désintégration d'Ahmed Djouder, adapté et mis en scène par Kheireddine Lardjam.

Le metteur en scène présentait d'ailleurs sa nouvelle création le même soir, Nulle autre voix, d’après le roman de Maïssa Bey, interprété par l'excellente comédienne Linda Chaïb, mais je ne pouvais pas me dédoubler.

N'hésitez en tout cas pas à venir dans ce cadre quasi magique. Une navette (en accès libre) fait des aller-retours toutes les dix minutes entre la station de métro Château de Vincennes et la Cartoucherie à partir de 17 h 30 et jusqu'à la sortie du dernier spectacle. Il faut juste se rappeler que le retour s'effectue à la porte numéro 2, située juste à gauche du manège et pas par l'entrée principale à laquelle on accède en voiture.

Désintégration est le premier livre d'Ahmed Djouder, pour pointer les carences de l'intégration et a été publié en 2006. La mention a son importance aujourd'hui alors que la question ne cesse ne faire la une des journaux. La pièce a été créée en 2019 et demeure d'actualité. Elle exprime la colère de la génération qu'on qualifie catégoriquement comme "issue de l’immigration", vivant mal son écartèlement entre deux cultures. Kheireddine Lardjam en assume totalement la frontalité du propos et comprend qu'il puisse heurter.

De fait, lorsque j'ai entendu, au tout début de la pièce, Nos parents ne joueront jamais au tennis, au badminton, au golf. Ils n’iront jamais au ski. Ils ne mangeront jamais dans un restaurant gastronomique. Ils n’achèteront jamais un bureau Louis Philippe, une bergère Louis XV, des assiettes Guy Degrenne, des verres Baccarat, ni même un store Habitat. Ils n’assisteront jamais à un concert de musique classique, je me suis demandé si cette "jeunesse" avait conscience que cette situation était très largement partagée par un grand nombre de français, dits de souche.

Mais il faut accepter de continuer d'écouter leur protestation : Ils (leurs parents) ne posséderont jamais de leur vie un appartement ou une jolie propriété quelque part en France où finir leurs jours tranquillement. Non, ils ont préféré investir dans des maisons au bled, en ciment, au prix de plusieurs décennies de sacrifices, qui ressemblent vaguement à des cubes et qu’ils appellent des villas.

A ce stade, on se dit que les nôtres de parents ne possèderont pas de quoi finir leurs jours tranquillement et on se demande si cette "jeunesse" qui doit désormais avoir dépassé les 40 ans a une idée des origines du public quia posé les fesses sur les (très beaux) coussins des chaises de la salle qu'on croirait faire partie du décor. Mais il ne faudrait pas se fier aux apparences. La question de la place est universelle, c'est tout ce que je voudrais dire, même si elle est peut-être plus cruciale pour certains.

Et si l'identité des personnages fait figure de puzzle ils ne sont pas uniques à le ressentir. Quant au statut de double nationalité qui leur fait dire qu'ils sont (aussi) d'origine étrangère il faut effectivement le considérer comme un piège.

Une fois passée ce cap de la projection, on peut goûter les dialogues qui ont la saveur douce-amère d'un humour très vif. On voit très bien de quoi il s'agit quand ils raillent leurs mères hypocondriaques. Quand ils imitent leur accent et qu'ils surjouent  un épisode de la série-culte Dallas.

Nous sommes prêts pour entendre la suite des reproches reposant sur des vérités historiques que -bien entendu- on n'apprécie pas de revenir : la confiscation des terres, les internements, les pillages, la déculturation … qui laissent des traces indélébiles.
La véritable ignorance est de ne pas vouloir savoir. Mais savoir pourrait-il suffire à ce que les choses changent . Car oui, on comprend le refus de ce terme "moche" d'intégration dont ils ne veulent pas, souhaitant être "acceptés comme n'importe quel français". A condition que les mentalités changent, de part et d'autre sans doute.

La création sonore (de Pascal Brenot) est parfois à la limite supérieure supportable. C'est sans doute voulu. Mais il y a de très beaux moments comme l'interprétation de la chanson de France Gall, Si maman si … On voudrait tant que l'avenir ne reste pas gris !

Alors on respire à la fin d'entendre cette musique du Calumet de la paix de Jean-Philippe Rameau qui fut interprétée par des artistes de krump à l'Opéra de Paris. Sauf que, et Kheireddine Lardjam a eu grandement raison de me le rappeler dans la conversation que nous avons eue après la représentation, cette harmonie singulière ne représentait qu'un moment infime dans la représentation des Indes Galantes que Philippe Béziat a magnifiée dans son documentaire.

L'interprétation de Désintégration est menée tambour battant par trois comédiens formidables, Linda Chaïb, Azeddine Benamara, Cédric Veschambre. La mise en scène se renouvelle d'une séquence à une autre.

Outre que c'est, de mon point de vue, le type même de spectacle qui nécessite de se prolonger par un bord de scène, il est artistiquement de haut vol et mérite d'être vu plusieurs fois, pour percevoir de nouvelles résonances.
Désintégration d'Ahmed Djouder
Adaptation et mise en scène par Kheireddine Lardjam
Scénographie Estelle Gautier
Avec Linda Chaïb, Azeddine Benamara, Cédric Veschambre
Au Théâtre de l'Épée de Bois - Cartoucherie (Salle en bois), 75012 Paris
Du 7 décembre 2023 au 23 décembre 2023
Du jeudi au samedi à 19h
Samedi et dimanche à 14h30

vendredi 8 décembre 2023

Le Musée national de la Marine de Paris rouvre après six ans de travaux avec l'exposition "Objectif mer : l’océan filmé"

J’ai visité Objectif mer : l’océan filmé, exposition inaugurale du "nouveau" Musée national de la Marine à Paris (qui rouvre le 17 novembre 2023) conçue par le musée avec la Cinémathèque française.

On verra, et c'est logique, des caméras sous-marines, beaucoup d'affiches de film, des extraits sur très grand écran … et notamment Océans de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, en passant par Marey, les frères Lumière, Méliès, Windjammer, Le Crabe-Tambour ou encore Titanic … mais les conservateurs sont remontés le plus loin possible dans le temps, jusqu'aux premières lanternes magiques du XVIIIe siècle.

Une des plus anciennes est celle-ci (ci-contre) en métal et verre, avec sculpture représentant un marin datant de la fin du XIX° siècle, de fabricant inconnu mais provenant d'Allemagne.
Je consacrerai un article complet au musée rénové. Il le mérite amplement. Je signale juste qu’il existe un programme très fourni d’animations et que beaucoup de facilités ont été imaginées pour faciliter la visite. Profitez-en pour vous y rendre en famille. Par exemple en janvier un dimanche après un brunch au restaurant.

Il faut traverser un moment les collections permanentes pour accéder à l’exposition temporaire et c'est une très bonne idée pour donner envie de revenir. Juste après le portique d’entrée, un bref film de 2 minutes 30 intitulé Immersion est projeté dans une demi-bulle pour placer chaque spectateur en condition. L'exposition se trouve quelques mètres plus loin sur la gauche.

Je dois signaler que le montage n'était pas achevé le jour de ma venue et que les éclairages étaient en cours de réglage, ce qui explique la mauvaise qualité de certaines photos. Enfin j'ignore s'ils seront repérables mais des tissus très fins stoppent net le visiteur qui voudrait s'approcher trop près des oeuvres (par exemple pour les photographier) et je me suis plusieurs fois fait surprendre.

Objectif mer : l’océan filmé est un excellent thème car associer la mer et le cinéma est une évidence qui s’est imposeé dès l’origine du nouveau projet muséographique. Parce que les liens entre l’histoire de la photographie, l’évolution des techniques de prises de vue cinématographiques et la mer sont évidents.

Elle se déroule en quatre grandes parties:

1 - La mer en lumière

La mer est l’un des thèmes favoris abordés par les arts, notamment en peinture et en littérature, ainsi que par la presse. À une période ou encore peu de personnes peuvent se rendre sur les littoraux, ces représentations et récits connaissent un véritable engouement populaire.
Ombres peintes et ajourées, vers 1790, carton découpé, coutures en fil, bois, métal
De gauche à droite Vue plongeante sur un voilier et étude de mât, vers 1856 
26 mai 1856. Hauteville, de ma fenêtre, 1856
Ces deux lavis d’encre brune, exécutés à la plume sont tous deux de Victor Hugo (1802-1885), alors profondément marqué par son exil à Jersey et Guernesey entre 1852 et 1870. Ses dessins, dans lesquels les ténèbres sont omniprésentes, ont une dimension fantastique indéniable. Sa technique lui permet d'intégrer le mouvement à son oeuvre : ici, une vague vient lécher la coque du navire, là, une nappe de brume obscurcit l'horizon et se confond avec la mer.

La mer sera encore la première source d’inspiration des cinéastes avant même son invention officielle. Les spectacles de lanterne magique, dès le XVIIe siècle, regorgent de vues maritimes avec tempêtes et batailles.
Boîte d’optique Mondo Nuovo, Milan, vers 1790, de fabricant inconnu mais italien (Milan)
Bois peint, verre, papier peint, métal, textile. H. 8-, l. 92, L. 125 cm.
Paris, Collection La Cinémathèque française, Fonds Ministère de la Culture et de la Communication, Centre national du cinéma et de l’image animée, inv. CNC-AP-19-3347 
Quinze vues différentes sont visibles dans cette boite d'optique; Des volets mobiles font apparaitre la lumière devant ou derrière chaque vue permettant ainsi une succession d'images diurnes et nocturnes en fondus enchainés.

Au XIXe siècle, les premiers chercheurs en photographie rêvent de capter «les vagues qui se brisent» (Henry Cook, 1867). Le photographe Gustave Le Gray réalise des chefs-d’œuvre dans ce domaine, même si ses images sont encore fixes. Pendant ce temps, Gustave Courbet peint La Vague (1869-1870) qui devient sujet pour la première fois dans son oeuvre et non plus élément du décor :
La Vague, 1869, huile sur toile de Gustave Courbet (1819-1877)
en provenance du Musée d'art moderne du Havre
Courbet abandonne le pittoresque traditionnel des marines où les scènes de naufrage, de pêche ou de bataille navale pour préférer une approche directe de l'océan. Le mouvement continuel et rapide de la mer, les ondulations de la houle et la puissance des vagues le fascinent. Il réalise une série de toiles sur le même thème, où la force sauvage des éléments s'exprime à travers une matière épaisse et un cordage serré.

Les Français du XIX° siècle qui résidaient à l'intérieur des terres ne connaissaient que peu la mer. C'est le chemin de fer qui a permis d'accéder aux côtes. Les premiers bains de mer ont modifié une perception jusque là synonyme de drames, de naufrages et de piraterie.

Étienne-Jules Marey, né le 5 mars 1830 à Beaune et mort le 15 mai 1904 à Paris, est un scientifique, un médecin, un physiologiste et l'inventeur de la chronophotographie en 1882, procédé encore utilisé de nos jours. La technique consiste à prendre en rafale des instantanés sur une même plaque fixe de verre enduite de gélatinobromure, avec un appareil de prise de vues muni d'un seul objectif, placé dans une chambre photographique mobile, qui opère sur des sujets clairs disposés devant un fond noir afin de pouvoir analyser avec précision les différentes positions des corps au cours d'un mouvement.

Il a aussi mis au point quelques mois plus tôt, à Naples où il réside une partie de l’année, le fusil photographique qui peut photographier en douze poses d'1/720e de seconde chacune un sujet "sur nature" en épaulant comme avec un vrai fusil, permettant ainsi de suivre un mouvement particulièrement rapide. Il a ainsi saisi "La vague" en 1891, se brisant sur les rochers de la baie de Naples.

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