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samedi 10 septembre 2016

Sothik de Marie Desplechin et Sothik Hok illustré par Tian

Sothik Hok est né en 1967 dans un village proche de la ville de Kompong Cham. Le Cambodge vient d'entrer dans la tourmente. Il a trois ans quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir.

L'argent est aboli, les livres détruits, la religion interdite, la propriété privée confisquée. L'enfant quittera la maison avec sa famille, abandonnant tout. Le pire n'est pas encore atteint : bientôt Sothik sera retiré à ses parents pour être "éduqué".

Il a passé toute son enfance sous une dictature de plus en plus cruelle. Ce n’est qu’à la fin de la guerre qu’il pourra aller à l’école. L'histoire du petit garçon est une histoire vraie et terrible que Marie Desplechin a recueillie pour aider cet homme à livrer un témoignage d'autant plus poignant que la haine en est absente.

Peut-être parce que la fin est heureuse, toutes proportions gardées, puisqu'il a retrouvé sa famille en 1979.

Marie Desplechin  a présenté ce livre à l'occasion d'une soirée mettant en lumière la rentrée littéraire en littérature jeunesse. Elle a reçu les confidences de Sothik Hok avec qui elle est allée au Cambodge parce qu'elle venait d'accepter de devenir marraine de Sipar, une association qui développe la lecture dans ce pays. Emue par son périple elle l'a encouragée à lui en dire plus. A son retour en France ils ont continué à se parler via Skype.

Par discrétion sans doute elle ne nous a pas dit quelle part lui revient dans l'écriture. Ce qui est admirable c'est qu'on oublie que Sothik est aujourd'hui cinquantenaire. Ses confidences sont exactement celles d'un enfant. Authentiques et bouleversantes car rares sont ceux qui ont survécu sans graves séquelles.
Marie Desplechin situe à juste titre le contexte de l'écriture du livre en rappelant dans le prologue une brève histoire d'un "très vieux pays". Cet ouvrage peut constituer un point de départ pour aborder les faits avec un regard d'historien dans un établissement scolaire du second degré.

Ce n'est pas une fiction et il faudra prévenir les jeunes lecteurs qui pourraient être très émus. Les illustrations de Tian apportent une dimension supplémentaire, comme si c'était une main d'enfant qui avait restauré les souvenirs. Elles ne sont pas trop réalistes tout en n'occultant pas les faits.

De 1975 à 1979 plus de deux millions de personnes ont disparu dans les conditions dramatiques que l'on va découvrir  au fil des pages. C'est parce que l'injustice avait été instituée auparavant en règle  au Cambodge que de telles horreurs ont pu se perpétrer. Avec des riches très riches et des pauvres très pauvres. Et aucun espoir que les choses changent. (p. 20) La promesse de créer une société de l'égalité parfaite, sans argent (remplacé par le troc) ni propriété, ne pouvait que mettre tout le monde d'accord.

Après des études de pédagogie et de littérature en Russie, Sothik Hok a suivi un cursus éducation et formation à Caen (Basse Normandie). Il dirige une organisation qui développe la lecture au Cambodge en créant des bibliothèques et en publiant des livres. Cette organisation porte le nom de l’association française qui la soutient, Sipar.

Sothik de Marie Desplechin et Sothik Hok, illustré par Tian, collection Medium, Ecole des loisirs

mardi 23 août 2022

Pour Lily de Marie Desplechin, à l’Ecole des loisirs

N'oublions pas les enfants. La rentrée littéraire les concerne également.

Je leur recommande Pour Lily de Marie Desplechin, tout à fait lisible à partir de six ans, si on est "bon" lecteur
Jérémie, 11 ans, est arrivé dans son collège juste après les vacances de Noël. "Tu te feras de nouveaux amis", lui avait promis sa mère. Mais à cette période de l'année, c'était trop tard, les groupes étaient déjà faits.
Alors, sa mère lui a payé un vélo, un vieil engin avec lequel il sillonne le quartier. C'est peut-être comme ça qu'il va se faire des amis, en croisant par hasard des élèves de sa classe... Lily, par exemple qui est assise deux rangs devant lui ?
Un jour, elle va lui proposer de signer une mystérieuse "validation de reconnaissance"... 
Jérémie ne sait pas trop ce que c'est, mais à l'idée de la signer, il se sent très heureux tout à coup.
Marie Desplechin alterne semble-t-il facilement entre l'univers des adultes est celui de la jeunesse, se situant parfois à la frontière entre les deux, par exemple avec le formidable Enfances co-réalisé avec Claude Ponti et qui devrait accompagner tous les collégiens dans leur cartable de rentrée.

Elle s'intéresse désormais à l'univers de la banlieue, qu'elle peint dans la série "Quartier sensible" où l'on retrouve des figures bien connues. Il y a le gamin sans père qui distribue des coups avant de discuter. La mère aimante mais dépassée qui planque le passé parce que le passé fait mal (p. 120). Et puis un vélo seul compagnon de jeu à ne pas faire d’histoire. parce que s'intégrer dans un nouveau quartier n'est pas chose facile.

Voilà une histoire d’égalité et de loyauté, douce amère, traitée avec un certain humour, qui aborde la question du harcèlement avec subtilité et qui forcément se terminera bien.

Pour Lily de Marie Desplechin, illustré par Olivier Balez, Ecole des loisirs, à paraitre le 7 septembre 2022

dimanche 21 octobre 2018

Enfances de Marie Desplechin et Claude Ponti à l'Ecole des loisirs

On connait Marie Desplechin pour ses romans à destination des ados ou des adultes (je vous recommande en particulier Sothik). On connait Claude Ponti pour ses albums aux allures de bandes dessinées, envahis de poussins habitués à "foutre (joyeusement) le bazar".

Alors quand leur éditeur commun, l'Ecole des loisirs,  leur propose de partager leur "bibliothèque d'amour" en publiant 62 biographies de personnages adorés, réels comme Anne Frank, Louis XIV, ou fantasmés comme Eve, la première femme, ou Emily, fille de l'homme invisible, inconnus du grand public comme la grand-mère de Marie ou très célèbres comme Nelson Mandela, le résultat ne peut qu'être une grande réussite.

Ils ont présenté leur ouvrage au cours d'une soirée de rentrée littéraire avec humour et tendresse, en particulier du coté de Ponti pour Edmont Albus, né en 1829, esclave à 12 ans, qui comprit comment polliniser la vanille en faisant le travail à la place de l'abeille qui n'est pas présente à la Réunion. Hélas le garçon ne fit pas fortune avec sa découverte.

Tous deux racontent, l'un en mots, l'autre en images, ce que chacun de ces personnages, dont plusieurs sont devenus des mythes, ont vécu dans leur enfance et qui a été si spécial que cela a changé notre vie à nous. Par exemple Marie Curie n'a jamais été serrée dans les bras de sa mère, parce qu'on ne savait pas à cette époque guérir la tuberculose dont elle était atteinte. On peut imaginer que la ténacité dont elle a fait preuve dans ses études a son origine dans cette tristesse. Son exemple est stupéfiant quand on découvre qu'elle a appris toute seule à lire dès l'âge de quatre ans.
J'ai apprécié aussi de lire la vie de Frida Kahlo puisque je me rends de temps en temps au Mexique où elle est une célébrité.

samedi 2 novembre 2024

Les grands méchants, album d'Elsa Oriol et Marie Desplechin

Un an après L'enfance des méchants, l'Ecole des loisirs publie un livre comparable, réalisé par deux autres de leurs auteurs, Elsa Oriol (pour les illustrations) et Marie Desplechin (pour les textes).

L'autrice fidèle de cet éditeur avait précédemment réussi une collaboration passionnante avec Claude Ponti, intitulée Enfances, que j'ouvre régulièrement avec grand plaisir. Ici sa plume a été trempée dans la malice pour faire le portrait, en une page seulement, de célébrités plutôt monstrueuses que des cohortes d'enfants ont côtoyé.
La marâtre de Blanche-Neige, Dracula, Barbe-Bleue, la Reine de cœur... Iconiques ou méconnus, ces grands méchants de contes, romans ou mythes nous effraient de génération en génération. Et si nous leur donnions la parole pour qu'ils nous livrent leur version des faits ? Sincères ou manipulateurs... est-ce si évident ?
Le résultat est amusant, jouissif, particulièrement en cette période d'Halloween, et même éducatif car Sophie Van Der Linden, qui a rédigé une intéressante introduction, a raison : les méchants nous initient à l'altérité et Marie nous invite à les regarder d’un autre œil … qui fait l’essuie-glace entre le texte et l’image, cherchant dans la peinture des indices prouvant que les mots sont justes.

Combien de fois ai-je écrit que, dans l'affaire du Petit Chaperon rouge, c'était la mère qui était entièrement responsable des déboires de la gamine ? A-t-on idée d'envoyer une enfant vêtue de rouge de pied en cap à travers la forêt ? D'ailleurs de multiples versions réhabilitent le loup, quand on n'en fait pas le perdant de l'affaire. L'illustratrice a raison de le représenter en petit marquis tandis que le texte nous interroge sur nos propres habitudes alimentaires puisque, étant omnivores, manger de la viande ne nous est pas essentiel.

On apprend que Cendrillon s'appelait Cunégonde et son portrait en creux (car la méchante reste Javotte) est assez amusant, démontrant que tout est question de point de vue.

C'est un peu fort de café s'agissant de Barbe-Bleue mais la chute est plutôt bien trouvée et réussit à nous faire douter. Comme quoi, à l'instar des contes, une double lecture est envisageable que vous soyez encore enfant ou déjà adulte. 

S'agissant de Dracula j'ai une image plus positive des vampires depuis que j'ai vu Vampire cherche suicidaire consentant, un premier film très réussi d'Ariane Louis-Seize.

Certains personnages se défendent avec une mauvaise foi méprisable comme le Prince de la Petite Sirène (dont j'avais oublié la misérable existence). J'aurais d'ailleurs plutôt retenu Ursulala sœur du roi Triton qui est inspirée de la sorcière des mers du conte d'Hans Christian Andersen.

La Reine de Coeur, à l'inverse, déploie des arguments rationnels qui font mouche. Et c'est la Marâtre de Blanche-Neige qui fait la couverture et qui, de loin, semble rayonner comme la madone d'une icône.

N'allons pas croire pour autant que le sexe féminin est plus familier de la méchanceté. Les deux compères ont choisi quasiment autant de personnages masculins que féminins (respectivement 7 et 6) et ont fait preuve d'originalité car je n'aurais pas pensé aux Parents du Petit Poucet ni au Joueur de flûte de Hamelin.

Elsa Oriol a recours à la technique du glacis qu'elle apprécie pour la possibilité qu'elle offre de revenir en arrière (ce qui serait impossible avec l'aquarelle). Après avoir tracé les traits de ses personnages elle les recouvre de peinture à l’huile blanche, au couteau de manière à instaurer du relief.

Quelques jours plus tard, quand la feuille est bien sèche, elle reprend son dessin par transparence et applique ensuite la peinture qui aura des effets de transparence. 

Les grands méchants, album, illustrations d'Elsa Oriol, textes de Marie Desplechin, Kaléidoscope, Ecole des loisirs, en librairie depuis le 10 octobre 2024

dimanche 31 décembre 2023

Pauline voyage de Marie Desplechin et François Roca

J'avais découvert quelques pages de Pauline voyage à l'occasion d'une invitation à La Maison des Histoires de l'Ecole des Loisirs il y a quelques mois. Marie Desplechin était accompagnée de François Roca qui avait croqué en direct le visage de la jeune fille qui raconte, dans sa correspondance à son père, les rebondissements qu'elle vit au cours d'une croisière assez spéciale.
Comme cadeau, Pauline avait demandé à son père, le riche Hubert Diamantis, un voyage avec lui. Le voilà qui envoie sa fille en croisière au Spitzberg avec Natalie ; son amie cantatrice... Pauline enrage. Pourtant, à bord, il y a aussi Astrid, la reine des Belges, et son petit Baudouin, 5 ans, le capitaine Ragnar, le mousse Jean-Baptiste… de quoi rendre la traversée captivante, édifiante, passionnante. 
L'autrice et l'illustrateur m'avaient embarquée ce soir là, c'est le cas de le dire, sur un transatlantique et j'avais très envie de lire l'album en entier. Mais il fallait attendre la parution officielle, en novembre dernier.
Pauline est une pré-ado qui écrit sans doute à la main sur un cahier. Il est donc logique que le titre figure sur la couverture en écriture cursive (terme équivalent de manuscrite). Logique, pour nous français car aux Etats-unis et en Angleterre on apprend seulement aux enfants à écrire en script, ce qui ralentit l’apprentissage de la lecture puisqu’il est plus difficile de distinguer les lettres des mots en script qu’en "attaché". Ce tout petit détail marque bien l’attention que l’Ecole des loisirs porte à la jeunesse. Et je suis fière de terminer l'année en publiant un article mettant en valeur un ouvrage de littérature jeunesse ancré dans le patrimoine.
L’album est recommandé pour les 7-9 ans mais vous dirais-je combien je me suis régalée alors que j’ai dépassé l’âge requis depuis longtemps ?

C’est que Marie Desplechin n’est pas une habituée des albums. Elle écrit plutôt pour les plus grands. Elle alterne depuis longtemps les parutions pour adultes et celles pour les enfants.

J’ai déjà lu et chroniqué trois de ses ouvrages publiés à l’Ecole des loisirs. Je rouvre régulièrement Enfances, coréalisé avec Claude Ponti.

L’illustrateur, François Roca est lui aussi davantage familier de lecteurs un peu plus âgés que 7 ans.  Leur collaboration s’est concrétisée grâce à l’insistance de leur éditrice, Véronique Girard, ce qui démontre l’intérêt de ce métier consistant en premier lieu à mettre en relation des artistes dont on pressent l’intérêt à travailler ensemble.

Ce qui les a rassemblés c’est la dimension aventureuse de l’histoire, se déroulant dans une nature grandiose, avec des personnages spectaculaires par leur allure, leur attitude ou leur costume. Ainsi Marie allait pouvoir broder un scénario palpitant et François concevoir des images belles comme des tableaux en multipliant les références et en jouant avec la lumière comme il aime le faire. 

C’est Marie qui lança le premier fil en se souvenant d’un voyage qu’elle a fait au Spizberg, en été, il y a quelques années, invitée par une amie. Le voyage en mer durait une dizaine de jours, et rassemblait des artistes et des scientifiques de différents pays européens. Ils naviguaient sur un bateau assez ancien, mené par un équipage norvégien, et descendaient à terre en canot tous les jours.

Elle pouvait s’inspirer de faits réels pour raconter l’aventure d’une héroïne qu'elle décida de doter d’un tempérament bien trempé  et qui ne soit pas contemporaine et qui corresponde aux univers de l’illustrateur. Avec l’avantage aussi que le passé, en acceptant la convention qui veut qu’on le trahisse, offre un écrin en or pour l’imagination. Il restait à François de montrer une nature grandiose où évolueraient des personnages dont les caractères devaient transparaitre au premier coup d'oeil.

Je ne vais pas vous imposer une analyse littéraire mais j'ai tout de même envie de pointer quelques éléments pour apporter une dimension supplémentaire à cette lecture.

Le bleu domine sur la première de couverture, là encore en cohérence avec le thème marin. Mais il se trouve que c’est la couleur préférée des Européens et même des Occidentaux. Elle fut longtemps absente de l’iconographie car elle était difficile à fabriquer et à maîtriser (on me l’a rappelé au cours de la visite du musée de Jouy-en-Josas). Tout commença à changer à partir du XII° siècle avec un bouleversement des mentalités religieuses. En devenant un dieu de lumière, le dieu des Chrétiens devait être représenté avec la couleur de la lumière, le bleu, qui se traduit sur la robe de la Vierge et sur les vitraux.

Pour répondre à la demande, les teinturiers vont devoir trouver de nouveaux procédés et fabriqueront des bleus magnifiques. Pour la première fois, on voit sur les tableaux des ciels peints en bleu. De plus, à cette époque, apparaissent les noms de famille mais aussi les armoiries, les insignes de fonction... et les trois couleurs traditionnelles de base (blanc, rouge et noir) limitent jusqu'alors les combinaisons possibles. On va donc faire appel au bleu qui, associé au jaune permettra d'obtenir des verts.

Certaines combinaisons de bleu ont des noms particuliers. Comme le turquoise, l'outremer, le Majorelle (couleur chère à Yves Saint-Laurent), le marine (faisant référence aux tenues des marins de la Royal Navy), le bleu canard (intermédiaire entre le bleu et le vert, se référant à certaines plumes de cet oiseau) et bien sûr le bleu de Prusse dont le pigment fut découvert … en Prusse et qui est la couleur retenue pour la robe de Pauline. Car on retrouve beaucoup de nuances différentes dans l'album.

Et c’est une couleur qui est régulièrement le sujet d’ouvrages de l’Ecole des loisirs si on pense au philosophique Petit-Bleu et Petit-Jaune, de Leo Lionni, au Chien Bleu, de Nadja, Le nuage bleu, de Tomi Ungerer, le si classique Magicien des couleurs, de Arnold Lobel, et plus récemment Jan le petit peintre, de Jean-Luc Englebert, qui avait été présenté l’année dernière lors d’une flânerie littéraire.

L’auteure fait preuve d’humour en donnant au bateau le nom de La Reine Astrid puisque cette personnalité voyage à bord. Ce n’est pas aberrant. Le Queen Mary qui reliait l’Europe aux États-Unis, tout comme le Queen Elisabeth portaient des noms de reines. Et en Belgique, le nom de Léopold Ier fut donné à un navire de guerre. D’un point de vue légal, chaque vaisseau possède un nom afin d’être identifié en cas d’urgence ou pour des raisons administratives.

On peut rappeler qu’il existe une raison plus ancienne, et qui relève de la tradition: pour les marins, de baptiser le bateau parce qu’il a une âme. On jette symboliquement une bouteille de vin ou de champagne contre la coque afin que la bouteille se brise et que son contenu s’y répande. Cette pratique a pour objectif de porter chance et de s’assurer un bon voyage. Si la bouteille ne se casse pas ou si le bateau n’est pas baptisé, il risque d’arriver un malheur lors d’une traversée. Pour information, le Titanic n’était pas baptisé...

Le père de Pauline croit-il que l’âme du transatlantique aura un effet bénéfique sur la relation entre Pauline et Natalie dont on pressent dès le début qu’elle est importante pour lui. Beaucoup de choses se devinent à partir d’indices que Marie sème comme des petits cailloux blancs. Le lecteur reconstituera les pièces du puzzle familial au fur et à mesure du journal de bord de la petite fille dont le comportement va évoluer au contact des différents personnages. Ce voyage devient une leçon de vie.

En toile de fond nous voyageons avec le futur roi Baudouin et sa mère, la reine Astrid qui ont tous deux existé, et qui ont été des roi et reine belges. Étant d’une famille tout au Nord de la France, Marie s’est rendu régulièrement en Belgique, pour les vacances, les réunions familiales, les dimanches à la mer. Elle a pour ce pays un très grand attachement.

Comme l’histoire de Pauline est une histoire du Nord, il était évident et amusant de la commencer en évoquant des lieux et des noms qu’elle connaissait. Et justement, quand elle était petite, le roi de Belgique s’appelait Baudouin, un nom dont on imagine combien il semble exotique pour un enfant. Sa mère, la Reine Astrid, fut l’épouse de Léopold III et la mère de Baudouin Ier.  

Elle a été une reine jeune, belle, élégante et très aimée au destin tragique, dont le décès a représenté un traumatisme qui a marqué le pays tout entier. Elle est morte jeune dans un accident de voiture en 1935, à l’âge de 29 ans. Baudouin en avait 5. Il deviendra roi en 1951 et règnera pendant 42 ans.

Le lecteur pourra s’intéresser au contexte politique car la Belgique – contrairement à la France actuelle qui est une république – est une monarchie parlementaire. Et qui sait, prolonger sa lecture en se plongeant dans la dynastie des rois belges.

Un des points forts de l’album est aussi de nous rappeler combien les relations entre adultes et enfants étaient différentes au siècle dernier. Et combien la vie sur un bateau n’était pas du tout celle qu’on pourrait connaître aujourd’hui sur un paquebot de croisière.

Pauline voyage de Marie Desplechin et François Roca, collection Album de l'Ecole des loisirs, en librairie depuis le 8 novembre 2023

jeudi 1 septembre 2016

La rentrée littéraire concerne aussi la littérature jeunesse

L'Ecole des loisirs (qui a fêté cette année ses cinquante ans) a choisi la salle mythique du Cine 13 pour présenter sa première conférence de presse de rentrée. Claude Lelouch avait entièrement décoré le lieu à l’occasion du tournage du film Edith & Marcel en 1983 et c'est dans ce même décor qu'on le voit aujourd'hui. C'est sa fille Salomé Lelouch qui a pris la direction de cette salle de spectacle en 2003.

Louis Delas a ouvert la soirée en nous rappelant que la maison demeure une maison d'auteurs et de création qui évolue dans le respect de son ADN en maintenant le cap éditorial dans une dynamique de maintien et de renouvellement avec l'objectif de toucher les lecteurs tout petits comme les jeunes adultes. Et personnellement j'irais jusqu'à ajouter les adultes au sens large.

On peut se réjouir qu'elle soit toujours familiale, donc indépendante, avec la capacité de poursuivre sa politique de projets hors du dictat du court-termisme.

Tous les enfants méritent le meilleur de nous, disait Claude Ponti. Ce credo reste démontré par cette saison 2016/17 avec des titres qui ont en commun d'avoir une identité très forte, mais aussi la volonté de soutenir l'esprit critique des jeunes lecteurs tout en confortant le plaisir de la lecture.

Après une présentation générale de Nathalie Brisac, les auteurs se sont succédés à la table, en compagnie de leur éditeur/trice pour une présentation assez enlevée qui personnellement n'a provoqué qu'une envie ... lire tout ce qui est proposé.

Pour aider les adultes à choisir en connaissance de cause un site dédié aux romans sera en ligne dès demain. On pourra feuilleter, trouver des documents d'accompagnement, télécharger des fiches pédagogiques ...

Susie Morgenstern avec Véronique Haitse
J'ai passé un été formidable nous a-t-elle dit. N'imaginez pas qu'elle a fait un voyage ou qu'elle s'est livrée à une activité de loisirs. Susie a "simplement" écrit tous les jours, parce qu'écrire est son oxygène et que cette gymnastique de l'esprit est ancrée depuis l'enfance. Elle a commencé son journal intime à l'âge de 7 ans.

mardi 2 avril 2019

Les nommés de la 38 ème Nuit des Molières

Pour la première fois ce ne sera pas la captation d'une pièce mais un film qui sera proposé aux téléspectateurs en début de soirée, avant la retransmission, en léger différé de la cérémonie des Molières.

C'est une fiction politique et religieuse, historiquement documentée sur les cinq années de la vie de Molière entre 1664 et 1669, qui a été retenue, Brulez Molière! de Jacques Malaterre, avec Dimitri Storoge dans le rôle de Molière et Jules Pélissier dans celui de Louis XIV.

Les téléspectateurs découvriront des propos tenus par Molière et jamais révélés qui témoigne de son combat pour pouvoir rire de tout et présenter son Tartuffe, dont je garde pour ma part un souvenir particulier dans la mise en scène de Jacques Lasalle avec Gérard Depardieu dans le rôle titre.

La cérémonie sera animée par l'humoriste Alex Vizorek et retransmise en léger différé comme maintenant chaque année.

La famille du théâtre retrouvera le cadre des Folies Bergère, où la cérémonie s'était déjà déroulée en 2017 et 2016.

Cette année l'éventail de pièces honorées est plus large. Ce sont 44 pièces différentes qui sont nommées au moins une fois pour se partager 19 Molières. Il en ressort cependant que Le canard à l'orange est la pièce la plus nommée (7 fois) et vise donc plus d'un tiers des récompenses. Avec 5 nominations Kean en vise un quart.

Nous saurons le 13 mai qui recevra les statuettes dont voici les nominations, avec les liens Internet pour les spectacles que j'ai chroniqués (je mentionnerai en rouge les gagnants seulement après la fin de la cérémonie pour respecter l'embargo) :

mardi 7 juin 2022

Flânerie littéraire et artistique avec des auteurs de l’Ecole des loisirs

Léonie Bischoff, Jean-Luc Englebert, Moka, Charlotte Moundlic, Jérémy Pailler et Mathieu Sapin avaient donné un rendez-vous intrigant à l'hôtel des Académies et des Arts pour une flânerie littéraire et artistique, le 7 juin à partir de 18h. 

C'est dans le hall puis dans une chambre d'hôtel, réaménagée pour l’occasion, qu'ils avaient invité un petit groupe de fidèles pour suivre une sorte de petit théâtre intime ou pour échanger à propos de leur prochain album.

Une rencontre collective poursuivait l’expérience dans le café atelier de l'hôtel, où performance dessinée et exposition d'originaux se sont tenues. Tout était orchestré avec talent et sensibilité par les équipes de l'Ecole des loisirs, de Kaléidoscope et de Rue de Sèvres qui sont leurs éditeurs.

Par exemple on découvrira à la rentrée de nouveaux albums d’Alex Sanders chez Loulou & Cie ainsi que Jeanne Boyer et Émile Jadoul. Rascal a imaginé un nouvel album conceptuel comme il excelle à le faire. Cette fois il traite le thème de la découpe. Anais Vaugelade va poursuivre les aventures de la famille Quichon. Catherine Valck publiera un album et un roman. Grosse colère sortira en version cinématographique le 12 octobre prochain.

Il y aura bien d'autres publications à la rentrée mais dans cet article je vais faire un focus sur celles dont j'ai pu avoir un aperçu. Pour commencer Jan le petit peintre, de Jean-Luc Englebert (à paraître le 14 septembre 2022) dans la collection Pastel, à partir de 5 ans.
Chaque matin, Jan se rend à l'atelier du maître de la peinture. Il est apprenti comme beaucoup d'enfants à cette époque. Jan veut devenir un grand peintre. Pour le moment, il ne peut que ranger et nettoyer. Alors il observe, il prépare son matériel et imite le maître. Un jour, une commande importante oblige Jan à se dépasser.

mardi 5 septembre 2023

La maison des histoires de l'Ecole des Loisirs

J'ai fait connaissance avec la Maison des histoires mercredi dernier et j'ai été enchantée.

J'ai découvert l’exposition permanente. Je me suis installée dans la tente-bibliothèque pour y lire confortablement. J'ai assisté à deux des fameuses "lectures surprises" et j'aurais même pu y prendre un café car l'endroit a conclu un partenariat avec la boulangerie Poilâne dont le fournil est situé exactement de l’autre côté du mur… rue du Cherche-Midi.

La Maison des histoires est un musée à jouer pour les 0-7 ans, niché au fond de la librairie Chantelivre récemment rénovée aux couleurs du Jardin du Luxembourg, où la magie opère en transformant plusieurs albums emblématiques de l'Ecole des loisirs en terrain de jeux pour les enfants, dans l'esprit de ce qui se fait déjà avec grand succès dans les pays scandinaves, et en particulier la Suède.

Bien sûr, il faut réserver un créneau car ce type d'organisation est structuré et ne pourrait pas s'accommoder d'une entrée libre.

Une fois admis derrière les portes de la grande cabane, et après avoir placé son sac dans une caissette, accroché sa veste au porte-manteau, et retiré ses chaussures, c'est un monde fabuleux qui s'ouvre à vous et à vos enfants, ou ceux de vos amis.

Logique que cet univers ait choisi un trou de serrure comme logo.

On retrouve (ou on fait connaissance) avec le nid des poussins de Claude Ponti. Je rappelle que c'est à la naissance de sa fille, en 1985, que sa vocation pour l'écriture de livres pour enfants s'est déclenchée. Son premier, intitulé "L'album d'Adèle", a été publié en 1986, aux Editions Gallimard. Il a rejoint l'Ecole des loisirs dix ans plus tard avec Parci Parla et n'a jamais cessé de surprendre petits et grands, car les adultes sont les premiers fans de ses histoires.
On peut investir la cuisine de Cornebidouille où tout est prêt pour jouer à mijoter des potions magiques.  Les jeunes parents la reconnaitront puisque le premier ouvrage est paru en 2003, écrit par Pierre Bertrand et illustré par Magali Bonniol.
J'ai vu des mômes réjouis de se balancer d'un arbre à l'autre dans l'univers de Max et les Maximonstres, le grand succès de Maurice Sendak (1928-2012), un temps censuré aux Etats-unis. Ecrit en 1963, l’album est arrivé en France dix ans plus tard à l'initiative de l'Ecole des loisirs. J'y ai consacré un article particulier à l'occasion de la sortie du film éponyme.

samedi 23 avril 2011

Quand la banlieue aussi tient Salon ... du livre et de l'édition

(billet mis à jour le 10 mai 2011)
Samedi 30 avril, la ville du Plessis-Robinson (92) organise son premier Salon du livre Jeunesse. Les bibliothécaires ont misé sur une quinzaine de Petits Éditeurs, ces maisons d'édition totalement indépendantes, aux catalogues inventifs et variés. Des spectacles et des ateliers d'écriture et d'illustration ponctueront la journée qui se déroulera dans les locaux de l'école Anatole France. L'esprit sera nourri et les corps pourront se rassasier ensuite car le programme prévoit aussi une restauration légère. A 17 heures 30 le résultat du Prix littéraire des Écoliers sera annoncé publiquement.






La ville voisine de Chatenay-Malabry organise le même Prix littéraire auprès des enfants des écoles primaire, à partir de la même sélection d'ouvrages. Mais les votes sont indépendants et les lauréats ne seront donc pas forcément les mêmes. C'est le week-end du 27 au 29 mai qui a été retenu pour un Salon du Livre d'une envergure importante puisqu'il n'est pas orienté que vers la jeunesse.

Le samedi on connaitra les lauréats d'un Concours interculturel d'Écriture. Les écoles primaires bénéficieront d'ateliers philosophiques autour de Paul Ricoeur, proposés par les éditions "Les petits Platons".

Le Prix littéraire des Écoles sera révélé le samedi 28 mai. Deux table ronde seront organisées, la première avec Aya Sissoko et Marie Desplechin pour débattre de « l’Art de reconstruire au féminin » . La seconde en présence de Fanny Chesnel, Claire Berest, Anne Berest et Emma Becker pour explorer le contexte particulier de l'édition d'un premier roman.

Autre concours encore le lendemain, de correspondance cette fois, intitulé "Lettre à un(e) ami(e) inconnu(e)". Trois table-rondes sont également au programme, concernant particulièrement les relations d'amour et de haine au sein des familles, avec la présence (sous réserve) d' Eric Fottorino, à qui les lectrices de ELLE ont décerné un Grand Prix en 2010 ( compte-rendu de la soirée ici) pour son livre, l'homme qui m'aimait tout bas.

D'autres temps forts ponctueront les trois jours sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir.

Comme par exemple cette exposition de Hamid Tibouchi, intitulée "Désécritures et autres traces", organisée dans le cadre de ce Salon et qui est un voyage associant l'art contemporain à l'écriture contemporaine.

Hamid Tibouchi est poète, plasticien et illustrateur et cette nouvelle exposition montre son évolution à travers l'utilisation du papier, les formes calligraphiques et géométriques et sa créativité en regard de l'écrit. Cet artiste sera également présent au "Voyages en Livres" le samedi 28 mai et le dimanche 29 mai.

Pour plus de renseignements sur le Salon du Plessis : 01 46 01 44 70

Sur le Salon de Chatenay : 01 46 83 45 48 ou sur le site de la ville pour télécharger le programme complet

mercredi 17 octobre 2018

Les amours d'un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy reçoit le Prix Vendredi

Nicolas de Crécy a reçu hier le Prix Vendredi (annoncé comme étant le premier prix national de littérature ado) pour Les amours d'un fantôme en temps de guerre, publié chez Albin Michel.

Deux mentions spéciales ont été attribuées à Nastasia Rugani pour Milly Vodović (Editions MeMo), et Vincent Mondiot pour Nightwork (Editions Actes Sud Junior).

Le Prix Vendredi existe en partenariat avec la Fondation d’Entreprise La Poste et avec le soutien de la Sofia, qui l'ont initié l'an dernier, à l'instigation de son créateur Thierry Magnier, président du groupe jeunesse du Syndicat national de l'édition (SNE).

C'est donc une "toute jeune" récompense. Nommé "Prix Vendredi", en référence à Michel Tournier, il récompense un ouvrage francophone, destiné aux plus de 13 ans, désigné par un jury composé de professionnels. Il est doté d’un montant de 2.000 euros grâce au soutien de la Fondation d’Entreprise La Poste.

67 titres avaient été soumis cette année par 44 maisons d’édition Jeunesse au jury du Prix Vendredi, qui en avaient d'abord retenu dix. Le jury est composé de journalistes et d'auteurs spécialisés dans ce domaine (Marie Desplechin, Sophie Van der Linden).

Un prix a toujours cela d'intéressant qu'il participe (que l'on soit gagnant ou participant) à la promotion du livre et de la lecture. Il est important de renforcer l'impact de la littérature Jeunesse dans le paysage éditorial francophone.

Le livre primé raconte l'histoire d'un jeune fantôme parti à la recherche de ses parents disparus. L'adolescent doit aussi faire face à une guerre encore plus violente chez les humains alors que la guerre fait rage dans son monde. Il est très attaché à un petit chien, ce qui est contre nature chez les fantômes. Et surtout il y a une jolie jeune fille qu'il trouve ravissante. Comment peut-il l'aimer alors qu'elle n'a pas conscience de son existence? 

L'ouvrage de Nicolas de Crécy est remarquable de beauté et de sensibilité. En premier lieu par ses illustrations qui ne sont jamais redondantes par rapport au texte et qui sont un vibrant hommage à la nature. L'humain y est peu présent, en raison du thème choisi, mais l'auteur parvient néanmoins à évoquer la représentation des fantômes sans tomber dans le cliché.

jeudi 29 septembre 2016

Petit pays de Gaël Faye

Petit pays est un immense succès de librairie et d'estime. On parle de Gaël Faye pour le Goncourt. Personne ne peut être insensible à la trame du roman, inspirée par le génocide rwandais.

C'est un sujet qui est connu, notamment par le livre de Jean Hatzfeld, Dans le nu de la vie – Récits des marais rwandais, et par des spectacles comme Igishanga où Isabelle Lafon était prodigieuse en 2011.

Plusieurs artistes en ont parlé avec des mots touchants à commencer par Stromae (Tutsi par son père, mort au Rwanda en 1994) qui a beaucoup de points communs avec Gaël Faye, lui aussi musicien.

L'écrivain se défend d'avoir écrit un récit autobiographique même si le prénom de son petit héros ressemble énormément au sien. C'est un atout que d'avoir transposé la trame dans le cerveau d'un enfant, même si ce n'est pas très original. Je pense en particulier à Sothik de Marie Desplechin à propos d'une autre guerre civile, cette fois cambodgien.

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce "petit pays" d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Lorsqu'il présente son livre, Gaël Faye explique que, contrairement à son personnage, il n'avait pas de conscience politique au moment des faits. On peut croire qu'elle s'est formée au fil du temps et des rencontres. Sa belle-famille est très impliquée dans la traque des génocidaires qui ont tenté de se faire oublier et de recommencer une nouvelle vie à l'étranger, en particulier en France.

Tout ce qui concerne le génocide est terrible, de toute évidence. Le génocide est une marée noire. Ceux qui ne s'y sont pas noyés sont mazoutés à vie (p. 185). Cependant le livre comporte de très belles pages qui font palpiter le coeur de l'Afrique. On imagine quelles couleurs et quelles odeurs y dominent, ce dont on ne parle jamais en Occident, et la joie pure des enfants vivant loin de la société de consommation sans être pour autant des petits anges. Il nous les montre volant des mangues à la voisine pour mieux les lui revendre ensuite. Et il n'hésite pas à dénoncer des pratiques violentes comme la scène de la circoncision. Quant à la description des journées "ville morte" qui s'infiltrent à la moitié du roman, elle font froid dans le dos.

Quand il ne court pas d'interview en interview Gaël Faye vit aujourd'hui au Rwanda, le pays de sa mère, un pays jeune de 22 ans, qui se relève grâce à une résilience extraordinaire alors que, l'Histoire est cruelle, le Burundi voisin, ce petit pays d'Afrique des Grands Lacs traverse une période de troubles.

Avant d'être le titre d'un roman ce fut celui d'une chanson, composée et interprétée par l'auteur qui n'a pas renoncé à ses ambitions de musicien. Il reviendra à la chanson au Café de la danse avec un nouvel album le 15 novembre prochain.

Petit pays de Gaël Faye, chez Grasset, en librairie depuis le 24 août 2016. Prix du roman Fnac 2016

vendredi 26 octobre 2018

La machine de Turing, de Benoît Solès

Je n’avais pas mémorisé le nom d'Alan Turing mais je savais que Steve Jobs avait donné le nom d’Apple à sa marque en hommage à un grand mathématicien qui s’était suicidé en croquant dans une pomme imbibée de cyanure.

Voilà pourquoi le logo a cette forme si originale aux yeux de certains qui n’y voient que le symbole de la connaissance, ou de la suprématie new-yorkaise.

Dès l’entrée en scène de Benoît Solès, ce fruit à la main, j’ai compris que c’était sa vie qui avait inspiré la pièce alors que l’affiche ne m’avait rien suggéré de tel. Je dois dire que n’étant pas masochiste de nature je n’avais pas cherché à savoir grand chose sur ce spectacle pour lequel il était quasi impossible d’obtenir une place cet été en Avignon.
Le bouche à oreille ne relayait qu’une double affirmation : c’est génial, mais c’est complet. On ajoutait pour nous consoler ("nous" les passionnés de théâtre, amateurs éclairés, chroniqueurs et même programmateurs) que ce serait moins difficile d’avoir une place à la reprise déjà annoncée au Théâtre Michel à l’automne.

Je suis donc venue ce soir en m’attendant juste à voir quelque chose d’extraordinaire ... et ça l’est. Je ne vois pas dans quelle catégorie La machine de Turing ne sera pas citée aux prochains Molières.

Benoît Solès, qui est un de nos grands comédiens, a été touché par l’histoire qu’il a transposée pour le théâtre. Il est donc le premier à applaudir pour son écriture et pour son interprétation très nuancée d'Alan Turing.

mardi 14 juin 2016

Les grandes jambes de Sophie Adriansen

Quand on la connait on sait que le sujet la concerne. Sophie Adriansen est ce qu'on appelle une "grande fille". Mais ce n'est pas pour autant que son dernier roman pour la jeunesse est totalement le récit autobiographique de ses soucis d'adolescente.

Même si elle nous donne des clés à la fin du livre en nous livrant les sources de son inspiration. Elle glisse auparavant avec beaucoup d'humour qu'elle n'a pas donné son propre prénom à son héroïne (p. 13) comme s'il avait alors pu avoir une dimension prophétique.

En effet Sophie est aussi le nom d'une très populaire girafe, plébiscitée par les bébés, créée par la société Vulli en Haute-Savoie, appelée ainsi parce qu'elle a vu le jour le 25 mai 1961, jour de la Sainte Sophie.

La Grande Sophie est aussi une chanteuse que j'aime beaucoup. On peut tous et toutes se retrouver dans les livres de Sophie Adriansen. Parce que c'est une auteure qui maitrise très bien les ressorts de l'écriture. Que ce soit d'ailleurs dans le domaine littérature de jeunesse comme dans celui qui est plus dédié aux adultes.

Elle passe allègrement de l'un à l'autre, comme nombre d'autres écrivains qui ne sauraient pas choisir (ou qui ne voudraient pas ... ). Je citerai par exemple à Claire Castillon, Martin Page, Olivier Adam, Jeanne Benameur, Anna Gavalda, Christian Oster, Marie Desplechin ... la liste est longue. J'espère que comme moi vous êtes capable d'apprécier les deux versants.

Certes les codes sont différents mais une grande personne peut trouver un vrai plaisir de lecture et de réflexion dans un livre accessible à de jeunes lecteurs. Je pense notamment à l'excellente Pyramide des besoins de Catherine Solé dont je ne cesse de recommander la lecture autour de moi.

Les grandes jambes peut se caractériser comme un récit initiatique sur l'adolescence, la vocation et l'identité.
Marion, collégienne en pleine croissance, est obsédée par la longueur de ses jambes qui n’en finissent pas de s’allonger, rendant la recherche d’un jean qui lui aille bien extrêmement délicate. A l’âge des complexes, des premiers émois amoureux et de la construction de l’image de soi, être hors cadre se révèle parfois difficile, voire douloureux. Comment attirer les regards de Grégory, dont elle est amoureuse, avec un pantalon qui lui découvre les chevilles ? Mais alors que le collège part en voyage scolaire à Amsterdam, Marion profite de cette occasion pour élargir son horizon. Elle approfondit sa passion pour l’art, notamment en découvrant in situ le célèbre tableau de Rembrandt La Ronde de nuit, et met en perspective ces contrariétés d’adolescente née après l’an 2000 en visitant la maison d’Anne Frank.
Les complexes adolescents ne sont pas toujours correctement évalués par les adultes qui pensent que "ça passera". Grandir de 10 cm plusieurs années de suite n'est pas facile à vivre, surtout au début des années collège. On ne passe pas inaperçue en dépassant ses camarades d'une tête. Ce qui est original dans le traitement que Sophie Adriansen a choisi est de lier le complexe à un problème vestimentaire. Comme si le bon habit ferait oublier la différence.

Elle le lie aussi à un TOC, celui de la césure, qu'elle explique page 13. On est sans doute obsédé par les chiffres dès qu'on se sait différent de la moyenne. Rien d'étonnant à ce que Marion se cramponne à la statistique voulant (p. 44) que la hauteur d'un enfant de deux ans, multipliée par deux, prédise sa taille adulte.

Elle dote Marion de plusieurs atouts. Une maman qui la soutient et l'aide à résoudre son problème (tout le monde n'a pas comme alliée une maman qui sait coudre). C'est une "bonne" élève qui se révèlera complètement à l'occasion d'un travail commandé par le professeur d'arts plastiques. Elle se trouvera un point commun avec Anne Frank en visitant sa chambre à Amsterdam. Elle aussi a grandi "trop vite" en prenant 13 cm en l'espace de douze mois.

Et puis elle découvrira qu'elle peut être belle dans le regard de l'autre. Bref, ces Grandes jambes sont à lire à tout âge, comme d'ailleurs le précédent ouvrage de Sophie, Max et les poissons, qui ne cesse de recevoir des récompenses, très méritées.

Sophie Adriansen passera l'été à écrire. Trois nouveaux romans pour la jeunesse devraient sortir sous sa signature en 2017. 

Les grandes jambes de Sophie Adriansen aux éditions Slalom, en librairie depuis le 9 juin 2016.

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