Le désir attrapé par la queue a été écrit par Pablo Picasso en janvier 1941, en pleine Seconde guerre mondiale, alors que les préoccupations des Français étaient focalisées sur la faim, le froid, l'amour, l'éloignement des amis et ... bien entendu aussi l'occupation allemande.
Le Musée des Armées a programmé quelques représentations les samedi et dimanche (voir horaires à la fin de l'article) en écho à l'exposition Picasso et la guerre. J'ai assisté à une avant-première dans des conditions particulières puisque juste après, alors que nous étions en pleine découverte de l'exposition j'ai été prévenue de l'incendie de Notre-Dame.
Nous étions quasiment devant la reproduction du tableau de Guernica qui fait référence à l'horreur de la destruction de la ville. J'avoue avoir eu du mal à me concentrer ensuite sur cette exposition que je reviendrai voir parce qu'elle a de quoi passionner les visiteurs. Je vais néanmoins m'efforcer de retracer l'essentiel de la proposition artistique de l'Hôtel national des Invalides.
Le désir attrapé par la queue
On connait Picasso peintre, également sculpteur. On le devine poète mais on sait moins qu'il a écrit deux pièces de théâtre, certes fort peu jouées. C'est donc une excellente idée de présenter Le désir attrapé par la queue, d'abord parce qu'elle est très peu connue, ensuite parce qu'elle s'inscrit dans le thème de l'exposition et enfin parce qu'elle est savoureuse pour peu qu'on apprécie le surréalisme, le second degré, la dérision.
L'acoustique de la très belle Salle Turenne (où j'étais déjà venue pour un défilé de haute-couture), est difficile pour un orateur, mais les comédiens sont tout à fait intelligibles sur la scène improvisée au centre de la pièce, par leur talent et sans doute aussi la mise en scène fougueuse et astucieuse de Thierry Harcourt qui les fait occuper tout l'espace disponible en l'ouvrant sur trois cotés. La partie chantée est elle aussi très réussie.
Il est parti de la photo de la lecture faite par Brassaï et dans une mise en scène d’Albert Camus, qui a eu lieu dans l'atelier des Grands-Augustins de Picasso le 16 Juin 1944 en l'honneur de Max Jacob mort au camp le 5 mars 1944 (photo © RMN-Grand Palais / Brassaï).
On se surprend à oublier Delphine Depardieu pour ne voir que Simone de Beauvoir. Stephan Peyran est un Jean-Paul Sartre tout à fait crédible, à l'instar de Laurent Arcaro en Albert Camus. On connait moins le physique de Raymond Queneau mais Axel Blind ne démérite en rien. Quant à Robin Betchen, le doute est impossible. Il est Pablo Picasso.
Son rôle est central et Thierry Harcourt l'a doté de quelques répliques de présentation des personnages et de l’action afin de placer le spectateur dans les meilleures prédispositions pour trouver du sens à ce théâtre dit de l'absurde.
Les costumes ont été habilement conçus pour évoquer l'époque et les personnages.
Le texte est difficile car il a été écrit sans ponctuation, selon le principe de l’écriture automatique. Une double-page est révélée dans l'exposition temporaire. Il a probablement été long à apprendre mais les comédiens l'ont restitué sans faillir. Ce qui pourrait sembler n'avoir ni queue ni tête est devenu un moment poétique et ... savoureux où les aliments deviennent des personnages, comme Mironton ou Bourguignon, la Tarte, ou l'Oignon ... qui réciproquement vont s'aimer ou se dévorer.
On peut y voir une farce. C'est bien davantage. En acceptant d'entrer dans la pensée décalée de Picasso on se surprend à effectuer -a posteriori- semblable acte de résistance et les derniers mots prennent tout leur sens : Lançons de toutes nos forces des vols de colombe contre les balles !
A chacun ses démons. Ceux de l'époque étaient allemands.
Le désir attrapé par la queue, une pièce de Pablo PicassoNous étions quasiment devant la reproduction du tableau de Guernica qui fait référence à l'horreur de la destruction de la ville. J'avoue avoir eu du mal à me concentrer ensuite sur cette exposition que je reviendrai voir parce qu'elle a de quoi passionner les visiteurs. Je vais néanmoins m'efforcer de retracer l'essentiel de la proposition artistique de l'Hôtel national des Invalides.
Le désir attrapé par la queueOn connait Picasso peintre, également sculpteur. On le devine poète mais on sait moins qu'il a écrit deux pièces de théâtre, certes fort peu jouées. C'est donc une excellente idée de présenter Le désir attrapé par la queue, d'abord parce qu'elle est très peu connue, ensuite parce qu'elle s'inscrit dans le thème de l'exposition et enfin parce qu'elle est savoureuse pour peu qu'on apprécie le surréalisme, le second degré, la dérision.
L'acoustique de la très belle Salle Turenne (où j'étais déjà venue pour un défilé de haute-couture), est difficile pour un orateur, mais les comédiens sont tout à fait intelligibles sur la scène improvisée au centre de la pièce, par leur talent et sans doute aussi la mise en scène fougueuse et astucieuse de Thierry Harcourt qui les fait occuper tout l'espace disponible en l'ouvrant sur trois cotés. La partie chantée est elle aussi très réussie.
Il est parti de la photo de la lecture faite par Brassaï et dans une mise en scène d’Albert Camus, qui a eu lieu dans l'atelier des Grands-Augustins de Picasso le 16 Juin 1944 en l'honneur de Max Jacob mort au camp le 5 mars 1944 (photo © RMN-Grand Palais / Brassaï).
On se surprend à oublier Delphine Depardieu pour ne voir que Simone de Beauvoir. Stephan Peyran est un Jean-Paul Sartre tout à fait crédible, à l'instar de Laurent Arcaro en Albert Camus. On connait moins le physique de Raymond Queneau mais Axel Blind ne démérite en rien. Quant à Robin Betchen, le doute est impossible. Il est Pablo Picasso.
Son rôle est central et Thierry Harcourt l'a doté de quelques répliques de présentation des personnages et de l’action afin de placer le spectateur dans les meilleures prédispositions pour trouver du sens à ce théâtre dit de l'absurde.
Les costumes ont été habilement conçus pour évoquer l'époque et les personnages.
Le texte est difficile car il a été écrit sans ponctuation, selon le principe de l’écriture automatique. Une double-page est révélée dans l'exposition temporaire. Il a probablement été long à apprendre mais les comédiens l'ont restitué sans faillir. Ce qui pourrait sembler n'avoir ni queue ni tête est devenu un moment poétique et ... savoureux où les aliments deviennent des personnages, comme Mironton ou Bourguignon, la Tarte, ou l'Oignon ... qui réciproquement vont s'aimer ou se dévorer.
On peut y voir une farce. C'est bien davantage. En acceptant d'entrer dans la pensée décalée de Picasso on se surprend à effectuer -a posteriori- semblable acte de résistance et les derniers mots prennent tout leur sens : Lançons de toutes nos forces des vols de colombe contre les balles !
A chacun ses démons. Ceux de l'époque étaient allemands.
Mise en scène Thierry Harcourt
Avec Delphine Depardieu, Axel Blind, Laurent Arcaro, Stephan Peyran et Robin Betchen
A l'Hôtel national des Invalides, salle Turenne
A partir du 13 avril 2019Les samedi et les dimanche à12h30/14h30/16h30
L'exposition Picasso et la guerre
Celle-ci s'effectue (comment aurait-il pu en être autrement ?) en partenariat avec le Musée Picasso-Paris et la visite guidée par Isabelle Limousin, conservatrice du patrimoine, chef du département expert et inventaire, m'a appris énormément de choses ... jusqu'à ce que mon attention soit perturbée par la catastrophe qui ne cessait de faire vibrer mon téléphone dans ma poche.







































