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mardi 16 janvier 2018

Galette et pétillant de Silve

J'avais déjeuné en début de mois chez François Gagnaire dans le restaurant où il officie à la gloire de sa région, Anicia.

L'été il fait une tarte à la pulpe de lentilles et aux myrtilles. En hiver c'est la galette des rois, selon une technique proche, ... avec un petit secret malgré tout. Et je suis revenue spécialement pour la déguster. 

Le chef patissier la prépare vers 14 heures pour qu'il ne soit pas nécessaire de la réchauffer à l'heure du goûter.

Si elle brille tant c'est parce qu'elle est lustrée au sirop de marron confit de chez Imbert.

Tout le monde ne peut pas boire du champagne pour accompagner une galette. Pour de nombreuses raisons : le coût, la santé, l'interdiction religieuse de consommer de l'alcool. Il est essentiel aussi de disposer d'un breuvage qui rassemble enfants et adultes et qui s'accorde avec le dessert.
Les vergers de la Silve apportent une alternative très intéressante. Tout d'abord avec un jus de pomme 100% naturel qui procure le sentiment de croquer dans le fruit, avec la présence d'une agréable acidité.

mercredi 19 avril 2023

La mécanique des émotions d'Eugénie Ravon

Le propos d'Eugénie Ravon est très intéressant : s'intéresser plus généralement aux émotions ambivalentes, paradoxales et équivoques qui peuvent nous traverser lors des grandes étapes de notre vie comme les enterrements, les séparations, les deuils.

Les comédiens qu'elle a choisis pour l'accompagner dans cette aventure sont tous très talentueux. La plupart ont travaillé avec de grands metteurs en scène. Nathalie Bigorre avec Philippe Adrien, Jules Garreau avec Bellorini, Philippe Gouin avec Omar Porras … La plupart sont autant chanteurs que comédiens et danseurs. Philippe est même aussi un excellent pianiste.

J'aime beaucoup le nom qu'elle a donné à son collectif, La taille de mon âme, en référence sans doute à la si belle chanson de Daniel Darc qui conclut après avoir énuméré chacun de ses organes, si seulement tu savais la taille de mon âme.

Je suis venue voir La mécanique des émotions dans le très confortable « petit théâtre » du chaleureux TSQY de Montigny-le-Bretonneux. Je suis très respectueuse de sa propre expérience, l'accident vasculaire cérébral qu'elle a subi à la naissance de sa fille. Et bien que je ne sois pas très fan de l'usage des micros HF (les artistes qui se produisent au festival d’Avignon en savent quelque chose) je suis devenue plus tolérante à cet égard, à condition qu'ils soient parfaitement réglés par un ingénieur du son module la puissance de manière à ce que le spectateur ne reçoive pas les décibels mais précisément l'émotion portée par le texte.

Vous aurez compris que j'ai été déçue … Et pourtant que de bonnes idées, avec le glissement récurrent d'un registre à un autre, la variété des adresses et le traitement de la musique. Mais il m’a semblé que la dramaturgie du spectacle ne s’appuyait pas sur beaucoup de « nos » émotions, essentiellement le rire que l’on partage avec la metteuse en scène à la fin de la première séquence.

Ça commençait d'ailleurs très bien, par une séquence quasi pédagogique, menée de main de maitre par Philippe Gouin, fort instructive à propos de la note lacrymale, cet accord qui, invariablement provoque l’émotion quand nous l’entendons, que ce soit dans une chanson de Gloria Gaynor, Claude François ou Adèle… ou de bien d’autres artistes de la variété occidentale. Ce comédien qui prend souvent le costume de Monsieur Loyal apporte beaucoup de fraicheur dans le spectacle et chacune de ses interventions en solo aura marqué le public.
Sa première scène est interrompue par les rires d’Eugénie Ravon qui descend les gradins pour partager son histoire personnelle et place au théâtre … mais j'ai couru après le fil dramatique tout au long de la suite du spectacle, peut-être parce que, souvent, les paroles ne me parvenaient pas suffisamment distinctement, si bien que malgré de belles images et des chorégraphies très léchées il fut de plus en plus difficile de décoder de quelles émotions on voulait me parler. Un comble.

Alors que le personnage d’Eugénie souffre sur son lit d’hôpital, maltraitée par une équipe de docteurs Mabuse aux gestes et mimiques loufoques, une de ses amies (Morgane Bontemps) est amoureuse de quelqu’un avec lequel elle a rompu mais qu’elle espionne (j’apprends le terme stalking) via les réseaux sociaux mais elle ira jusqu’en Islande pour tenter de le retrouver, sous les encouragements d’Eugénie et d’une troisième meilleure amie (Magaly Godenaire) qui, lorsqu’il s’agit d’elle, restera ultra réservée, voire mutique, se défendant de devoir dire toute la vérité, en prétextant le mensonge salutaire.

La mère (Nathalie Bigorre) semble folle à lier, incapable spontanément d’amour maternel. L’infirmier (Jules Garreau) se métamorphose en souris sous l’effet de ses fantasmes ou de l’absorption de quelque substance … car on ne saisit pas le rapport avec la situation de départ, l’AVC de la jeune femme. Mais on aura beaucoup dansé … souvent je salue au passage le travail de la chorégraphe Garance Silve).
J’ai cru que le spectacle souffrait d’un manque de dramaturgie mais je dois me tromper puisque c’est l’excellent auteur et dramaturge Kevin Keiss qui s’y est attelé. 

Eugénie Ravon affirme pratiquer un théâtre fondé sur l’art de l’acteur. Avec sept partenaires de jeu qui ont entre 30 et 60 ans et dont la virtuosité d’incarnation les rend capables de passer d’un registre très intime à une grande puissance de théâtralité, capables aussi de faire affleurer l’humour dans les larmes et la joie dans le tragique. (…)

J'ai perçu l'humour, très souvent, et je l'ai apprécié, beaucoup moins la joie, et finalement le tragique n'est pas arrivé jusqu'à moi. Il a dû se fracasser contre le quatrième mur.
La mécanique des émotions
Conception et mise en scène Eugénie Ravon avec la collaboration de Kevin Keiss
Avec Nathalie Bigorre, Morgane Bontemps, Stéphane Brel, Jules Garreau, Magaly Godenaire, Philippe Gouin, Eugénie Ravon
Scénographie Emmanuel Clolus
Création lumière Pascal Noël
Création sonore Colombine Jacquemont
Création costumes Elisabeth Cerqueira
Les photos qui ne sont pas logotypées À bride abattue sont de © Patrice Leiva

mardi 9 décembre 2025

Le Grand Tasting de novembre 2025

Je ne suis pas Le Grand Tasting Paris depuis sa création, il y a vingt ans, mais on peut tout de même considérer que je suis une fidèle de l'évènement organisé par Bettane+Desseauve.

Le duo bien connu des amateurs des oenophiles a eu l’envie de créer un festival où se réuniraient les producteurs les plus doués, les plus innovants, les plus passionnés et les plus déterminés à faire briller la civilisation de la vigne et du vin. Depuis et grâce à tous les amoureux du vin, leur festival est devenu un rendez-vous hors du commun.

A tel point que cette année, pour le 20e anniversaire, nous fûmes près de 15 000 à nous y rendre.

Si je suis restée une journée entière, j'ai dégusté en toute modération et je n'ai pas multiplié les rencontres de manière à rester plus longtemps sur chaque stand visité.

J'aurais pu oublier cette recommandation à mon premier arrêt puisqu'il s'agissait d'une marque proposant des boissons sans alcool. J'essaie régulièrement d'en goûter et je suis jusqu'à présent toujours déçue. Cette fois je pourrais presque dire que ce fut une révélation.

Fondée en 2017 à Copenhague, Sparkling Tea incarne la fusion de l'innovation nordique et du savoir-faire asiatique en matière de thé. Elle est élaborée artisanalement, exclusivement à partir d’ingrédients biologiques de premier choix et d'un assemblage pouvant contenir jusqu'à 13 thés biologiques différents combinant des thés blancs délicats, des thés noirs plus intenses et corsés, ou encore verts et oolong, qui seront infusés manuellement à différentes températures et différentes durées. On comprendra que la précision et le savoir-faire sont essentiels pour créer le goût, la texture et surtout le bon rapport tannique.

La gamme se compose de six boissons effervescentes naturellement sans alcool. Ce point est capital car très souvent les "vins" sans alcool sont des breuvages désalcoolisés. Elle est disponible sans alcool (0 %) mais aussi avec une teneur réduite en alcool (5 %), avec la promesse d'apporter une touche de raffinement à toutes sortes de moments festifs.

L'histoire a commencé pour pallier une difficulté rencontrée en 2010 par un sommelier danois Jacob Kocemba se trouvant dans l'incapacité d'accorder un dessert avec un vin alors qu'il avait à sa disposition une cave de plus de 1 700 références. Il travaillait alors dans un restaurant étoilé Michelin à Copenhague, au Danemark. La solution lui est alors venue avec un extrait de thé maison, composé d'un mélange de thés d'exception. Il a alors imaginé des thés pétillants et depuis, grâce à des centaines d'essais, il a mis au point des combinaisons qui constituent la base des différentes versions de Sparkling Tea.
Cette nouvelle boisson a rapidement rencontré un vif succès et est devenue la préférée des clients du restaurant, ce qui l'a autorisé à rêver d'en faire une nouvelle catégorie de boissons à l'échelle mondiale. Pour cela il fallait s'associé à quelqu'un qui ait une ongue expérience en développement commercial. Ce fut Bo Sten Hansen en 2017.

Ensemble ils ont fondé Copenhagen Sparkling Tea Company, et ont vendu leur première bouteille en mai 2017. La croissance est fulgurante. La boisson est désormais distribuée dans plus de 50 pays et servie dans plus de 100 restaurants étoilés Michelin à travers le monde. A Paris on peut citer celui de Pierre Gagnaire.

L'équipe était venue au salon avec trois propositions (sur les six que compte actuellement la marque) que j'ai toutes dégustées dans cet ordre : BLÅ (florale), LYSEGRØN (plus classique, fraîche et citronnée) et LYSERØD (qu'on peut qualifier de sèche) … des noms un peu complexes à mémoriser pour nous autres français. Si j'ai ma préférence il n'empêche que je reconnais le potentiel de ce type de produit qui pour moi est pour l'heure la meilleure boisson pétillante sans alcool … à égalité tout de même avec le pétillant des Vergers de la Silve. Disons que c'est une alternative très intéressante pour ceux qui ne veulent pas une boisson au goût de pomme.

J'ai été amusée de réaliser qu'à l'instar d'un vin je humais le parfum qui se dégageait et j'avais le réflexe de faire tourner le breuvage dans le verre. Effectivement, chaque version de thé pétillant possède son propre caractère unique. Par contre ils sont tous bio et vegan avec une durée de conservation de 2 ans à compter de la production. Et s'agissant de la teneur en sucre il faudra y être vigilant. Elle est respectivement de 50, 40 et 20 g/l pour la dernière bouteille dégustée.

samedi 29 août 2026

Les vins sans alcool : Innovation ou révolution ? de Bernard Hawadier

Très mince mais très précis, cet opuscule, que j'ai reçu suite à une opération de Masse critique organisée par Babelio, analyse le phénomène du vin "no-low" en commençant par rappeler qu’un vin sans alcool n’est pas et ne peut pas avoir les caractéristiques d’un vin.

Bernard Hawadier ne fait pas pour autant un procès à charge des Vins sans alcool. Il a manifestement étudié le sujet sous tous les angles et ses affirmations sont étayées par une solide bibliographie. 

Son ouvrage fait le tour de la question sur le plan historique, juridique, sociologique et bien entendu technique. On apprend tout ce que ces boissons doivent à des procédés industriels complexes … et coûteux pour les producteurs, ce qui explique que ces bouteilles seront toujours plus chères qu’une AOP correspondante sans jamais atteindre des qualités organoleptiques comparables. 

On ne peut pas lui reprocher d’afficher une opinion a priori négative bien qu’on devine l’ampleur de ses réserves. 

Pour ma part, j’ai fait preuve de curiosité et ai profité de l’énorme place que Wine Paris leur consacrait en février dernier pour en goûter … mais je n’irai pas jusqu’à dire que je les ai dégustés. Je le regrette car le concept me semblait intéressant (d’ailleurs pour toutes les raisons que l’auteur pointe) mais en refermant ce livre je comprends pourquoi je préfère largement étancher ma soif avec de l’eau et limiter ma consommation d’alcool que suivre ce mouvement qui n’est pas si sain qu’il le promet.

Pour être tout à fait honnête je recommanderais seulement deux boissons de cette catégorie. Le jus de pomme pétillant de La Silve et le Sparkling tea que j'avais découvert au Grand Tasting de novembre 2025 mais qui ni l’un ni l’autre ne prétendent à être des vins. Outre leur goût, particulièrement réussi (parce qu’ils sont élaborés avec d’excellents produits) ils n’ont pas besoin de subir un processus de désalcoolisation puisqu’ils ne contiennent pas d’alcool et l’apport de bulles en fait un substitut très intelligent pour qui cherche le côté festif.

Alors que les habitudes de consommation évoluent, les vins sans ou à faible teneur en alcool - dits no-low - bousculent l'univers viticole. Hygiénisme, quête de bien-être, stratégies marketing, bouleversements générationnels : autant de dynamiques qui nourrissent l'essor de ces nouvelles boissons. Mais peut-on encore parler de vin quand l'ivresse, la fermentation et l'identité culturelle sont mises à distance ? De l'histoire symbolique et spirituelle du vin à ses métamorphoses technologiques, ce livre interroge en profondeur les ambiguïtés du no-low.

Produits oxymoriques ou nouvelles figures du plaisir ? Innovations légitimes ou simulacres désincarnés ? À travers une analyse critique, sensorielle et juridique, l'auteur explore les tensions, promesses et limites d'une révolution en marche. Un ouvrage destiné à un large public, à la croisée du droit, de la culture oenologique et de l'éthique, pour penser autrement l'avenir du vin.

Espérons que l'avenir apportera des réponses à toutes les questions que Bernard Hawadier pose avec pertinence.

Les vins sans alcool : Innovation ou révolution ? de Bernard Hawadier, éditions Quae
en librairie depuis le 22 janvier 2026

samedi 19 mai 2018

Taste of Paris, rencontre avec quelques Producteurs-Artisans de Qualité du Collège Culinaire de France, Episode 1


Ils s'appellent Monsieur Appert, Caviar de Neuvic, Doumbea, Bayard, Honly ... et ont en commun avec une trentaine d'autres producteurs présents sur la manifestation d'être labellisés Artisans de Qualité par le Collège Culinaire de France, une appellation qui existe depuis 2014.

Taste of Paris qui vient d'avoir lieu du 18 au 21 mai, sous la nef du Grand Palais, était une occasion d'aller à leur rencontre. Voilà une manifestation très gourmande que je vous recommande d'inscrire à l'avance dans votre agenda. On peut grosso modo s'y livrer à trois types d'activités : des leçons de cuisine, dîner ou déjeuner à prix modeste des repas conçus par de grands chefs, et rencontrer les producteurs d'un marché gourmand.

Je n'ai eu le temps, l'espace d'une soirée que de suivre une recette dans l'espace Electrolux et de parcourir disons la moitié du marché, riche d'une trentaine de producteurs-artisans.

Beaucoup d'exposants viennent régulièrement d'année en année et ont une clientèle fidèle qui profite du salon pour goûter les nouveautés, en acheter ou les commander en connaissance de cause ultérieurement sur les sites dédiés parce que, pour la majorité d’entre eux, leurs produits ne sont vendus qu’aux professionnels.

C’est donc une occasion unique d’avoir accès à ces produits d'exception que l’on ne retrouve habituellement que sur les plus grandes Tables de France.

J'ai retrouvé des visages connus. Par exemple Gilles Tessier, qui produit les jus de pommes et pétillants sans alcool des Vergers de la Silve (Pays-de-la-Loire), Yves le Guel, le dernier à faire le véritable jambon de Paris dans son atelier de la rue de Charonne, chez Doumbea, Françoise Bayard, qui produit avec son mari et ses enfants des variétés spéciales de pommes de terre (Hauts-de-France).
Parmi eux, Monsieur Appert auprès de qui une halte est toujours la promesse de réjouir son palais. Je n'avais pas pu déguster une de ses dernières créations, le Mille-Feuilles d'Agrumes par Sonia Ezgulian, qui a toujours des idées créatives gourmandes et au delà.

La cuisinière en achète des cagettes entières et les cuisine en version salée ou sucrée. "Rien n’est jeté, tout est conservé, comme les feuilles pour parfumer des bouillons. Je coupe les fruits en lamelles pour les mettre sous vide et les congeler ", confie Sonia qui présente son savoir-faire dès 2015, dans son livre "Cuisiner, tout simplement" paru aux éditions de la Martinière. Sauf que sa méthode n'est valable que pour une consommation somme toute familiale. Sonia ne pasteurise pas. Et avisez-vous de stériliser le bocal (indispensable pour sa vente) et la mise au point sera longue avant d'obtenir autre chose que de la marmelade.

Le résultat est beau, élégant, on le voit bien en cadeau, mais n’allez pas croire que ce soit un petit truc facile à préparer. C'est parce que Patrick (Elzière, alias Monsieur Appert) connaissait déjà Jean-Philippe (le créateur de O Mà! gourmandises) que la réussite fut au rendez-vous depuis mai 2018, après avoir retravaillé et adapté la recette pour une mise en pot et conservation longue durée.

vendredi 5 octobre 2018

Les secrets de Muriel

Elle s'appelle Muriel Aublet-Cuvelier et vous l'avez sans doute remarquée sur le petit écran puisqu'elle fut finaliste l'année dernière du Meilleur Pâtissier Professionnel sur M6 en 2017.

Elle a travaillé dans des maisons réputées comme chez Des Gâteaux et du pain aux cotés de Claire Damon, ou dans le 5 étoiles Le Peninsula avec Julien Alvarez. Rien d'étonnant à ce qu'on fasse souvent appel à elle pour former des restaurateurs partout en France.

C'est une excellente pâtissière. Mais c'est aussi une personne très impliquée dans le monde associatif, en l'occurrence Médias Handicaps France et cela depuis 2017 aux côtés de Sébastien Proyart et Philippe Radel.
Elle a eu une idée pour aider cette association tout en restant dans son coeur de métier. Elle a convaincu plusieurs grandes marques de s'associer avec elle comme Cacao Barry, Président Pro, Maison Naja (qui fournit les palaces en fruits secs), Les halles Mandar ou Les Vergers de La Silve et les Moulins Toussaint pour pouvoir vendre des desserts de palace à des prix raisonnables puisque aucun ne dépassera 5 euros.

jeudi 14 octobre 2021

La ligne rose de et avec Bérénice Boccara, Odile Blanchet et Sana Puis

Elles sont trois copines qui se sont connues dans le même cours de théâtre, l'école Trévise. Quand l’entente s’installe, l’envie de se lancer ensemble dans une aventure professionnelle devient naturelle. Bérénice Boccara, Odile Blanchet et Sana Puis (de gauche à droite sur la photo des saluts) se sont passionnées pour la vie des opératrices du téléphone (je ne pense pas qu’il y ait eu des opérateurs dans ce métier) et ont décidé de les mettre en pleine lumière.

On sent très bien la connivence qui pouvait s’installer dans la vraie vie entre ces femmes de l’ombre. Les rivalités existent mais c’est l’entraide qui prend le dessus. C'est qu'il ne fallait pas s’emmêler les fils, ce qui arrivait parfois et donnait lieu à de jolis quiproquos.

Nos demoiselles pratiquent l'art de la conversation avec malice et humour, une pointe de provocation, toujours en subtilité. Car comme elles sont trois personnalité différentes, Denise, Marthe et Jeanne défendent trois visions de la femme st de l'amour. On sent bien qu'elles n'ont pas les mêmes origines, cela s'entend à leur façon de parler et c'est très agréable.

Les trois complices ont fait une lecture de leur création au Lucernaire en mai dernier. La ligne rose a immédiatement séduit.
Le décor, inspiré d'un véritable central d'appels, est imposant. Il était rendu nécessaire par la volonté de crédibilité du trio. Les costumes sont magnifiques tout en étant pratiques pour jouer à un rythme soutenu.

Les jeunes auront du mal à le croire mais cela fait moins de cent ans qu'a eu lieu le premier échange téléphonique international de plus de quelques mots, entre le président d'une compagnie téléphonique et secrétaire d’État aux postes du gouvernement britannique. C'étaient deux hommes, mais ce furent deux femmes qui les raccordèrent au système qui fonctionnait par câbles sous-marins. Il en coutait alors 75 $ pour les trois premières minutes d’appel. Et l'une de ces deux jeunes filles est Marthe. On conçoit qu'elle en soit fière.

Si Jeanne a les pieds sur terre (on devine que sa vie n'a pas été très rose jusque là), Marthe a de grands rêves et Denise note scrupuleusement sur un petit carnet les éléments qui pourraient permettre de trouver union parti. Elle rêve d’avoir un galant qui lui offrirait des vacances en août à Quimper mais il faudrait qu'elle redescende sur terre car une telle existence n'est pas pour elle.

Les appareils étaient bien différents de ceux qu'on utilise aujourd'hui et on entend avec bonheur les noms des anciens modèles. Pour ma part j'ai une affection pour celui qui équipait le bureau de mon père en 1960 et à propos duquel j'ai écrit une nouvelle. Il n'en est pas question dans la pièce (qui se situe quelques décennies plus tôt).

Le public effectue un retour en arrière très réussi au début du XX° siècle quand, loin de l’autonomie des portables, on devait s’en remettre au bon vouloir d’une jeune femme pour être mis en relation avec son ou sa correspondant(e).

Je vous mets en relation. C’était ce qu’on disait. De là à imaginer d’autres relations, ces trois diablesses n’ont pas eu à se forcer beaucoup pour le faire. Et pourtant, en quelque sorte par sécurité, les opératrices ne donnaient pas leur prénom et se présentaient sous un numéro, comme le 18 ou 22. Elles étaient mises en garde de ne pas "trop" sympathiser avec les abonnés dont les voix masculines sont bien choisies. Les dialogues sont pétillants et drôles. Les p’tites dames deviendront les demoiselles roses et feront prospérer leur commerce jusqu'à ce que la rumeur remonte jusqu’aux huiles (c'est-à-dire les chefs).

La mise en scène de Jean-Laurent Silvi est alerte. C'est une excellente idée d'avoir ajouté quelques pas de danse et des chansons évoquant l'univers des années folles. Le scénario qu'elles ont co-écrit est publié chez l’Harmattan. C'est leur première expérience du théâtre. Et elle sonne juste. Bravo !
La Ligne Rose de et avec Sana Puis, Odile Blanchet et Bérénice Boccara
Mise en scène de Jean-Laurent Silvi (assistée par Nastassia Silve)
Scénographie d’Olivier Prost (assisté par Lucas Thébault) et Costumes de Claire Avias 
Musiques de Mathieu Rannou
Lumières d’Eric Mileville
Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 17h30
Jusqu’au 31 Octobre au Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris  

lundi 4 novembre 2019

Plus Haut que le Ciel

On entend le bruit des machineries d’ascenseur alors qu’on s’installe au Théâtre Fontaine pour ce spectacle Plus haut que le ciel qui nous raconte la naissance plutôt chaotique de ce monument devenu incroyablement parisien qu’est la Tour Eiffel.

L’usage du mapping est tout à fait approprié pour situer chaque scène dans les usines Eiffel de Levallois ou, plus tard, sur le champ de Mars.

Outre la qualité de l'interprétation, l'intelligence de la mise en scène, la beauté des costumes, des décors astucieusement modulables, j'ai apprécié d'apprendre le rôle des uns et des autres. On ressort du théâtre en regrettant que l'histoire ait juste retenu le nom d'Eiffel et il était légitime de réhabiliter la mémoire des ingénieurs Maurice Koechlin et Émile Nouguier ... et de Claire, la fille de Gustave, dont j’ignorais complètement l’implication dans ce projet. Et il est intéressant de lui donner vie.

1884, Paris. Deux ingénieurs présentent un étrange projet à l’assistant de Gustave Eiffel. Aberrante, incompréhensible, inutile, la tour qu’ils proposent de bâtir est immédiatement refusée : monsieur Eiffel n’a pas le temps, il est trop occupé par l’écrasante gestion de sa société. Mais il est difficile de balayer d’un geste l’idée du siècle, surtout quand au même instant Claire Eiffel cherche l’étincelle qui redonnera à son père le goût du rêve, de l’aventure et de l’exploit !
Au départ il ne s’agissait que d’utiliser la structure d’un pont pour construire "vers le haut" ce que avec beaucoup d’humour les personnages principaux surnomme "le pylône". Mais techniquement c’est une tour et, qui plus est, devrait être interprétée comme étant l’opposé de la Statue de la Liberté qui, à l’époque, était le monument si je puis dire le plus en vogue, et que l'on doit à Maurice Koechlin.

J’ignorais que Gustave Eiffel était bourguignon. le sachant, il est bien entendu logique qu'il adore le coq au vin. Je n'imaginais pas qu'il ait pu se plaindre d’être en en manque d’inspiration et de ne plus créer grand chose après l’inauguration d’une passerelle à Évreux, que j’ai d’ailleurs vue il y a quelques années.

Évidemment, le nerf de la guerre c’est l’argent et la bataille financière pour permettre aux projets de voir le jour est tout à fait judicieuse. Il est intéressant également d'apprendre que les riverains avaient porté plainte. Il ne fait pas de doute que la construction n'entraînant pas l'enthousiasme à ce stade. 

Mais surtout l’interprétation est très enlevée avec des personnages juste à la limite de la caricature, sans jamais être ridicules, bien au contraire, et qui donnent à ce spectacle toute sa saveur.
Il est vrai que 347 marches pour atteindre le premier étage sans ascenseur, c’était une gageure. Mais Gustave Eiffel aura l'idée de génie d'ajouter un ascenseur. L'homme n’apparait pas au départ comme un patron très progressiste. Son évolution est d'autant plus passionnante à la fin du spectacle.
Les scènes sont très courtes, très rythmées. Le spectacle s'échafaude à l'instar de la construction du monument. On a beau connaître l’issue de l'histoire (qui se termine comme on l’imagine), l’action est prenante. et on tremble en apprenant les embuches successives, comme les menaces de grève et la demande d’une cantine. L'architecte aura l’idée de génie de l’installer sur la tour pour le confort des ouvriers ... et pour leur faire gagner du temps.

Elle sera inaugurée en portant la couleur de l’antirouille ... pour l’éternité croyait-on mais cependant elle changera de couleur plusieurs fois. Et je crois savoir qu'une nouvelle teinte est prévue pour son prochain anniversaire. Car elle a déjà 130 ans.

Quelques répliques sont savoureuses : Sans danger pas de bravoure ! C’est si beau vu d’en bas. C’est si haut vu d’en bas !

Je n'avais pas remarqué le surtitrage mais voilà un atout supplémentaire à ce spectacle qui est aussi accessible à tous les âges.
Plus Haut que le Ciel
Une pièce de Florence et Julien Lefebvre
Mise en scène Jean-Laurent Silvi, assisté de Nastassia Silve
Décors Margaux Van Den Plas
Lumières Eric Milleville
Costumes Frédéric Olivier​
Musique Romain Trouillet​
Du 17 octobre 2019 au 19 janvier 2020
Du mercredi au dimanche 19h00
Au Théâtre Fontaine - 10 rue Pierre Fontaine - 75009 Paris
Location : 01 48 74 74 40

mercredi 16 septembre 2026

Pourquoi les gens qui sèment de et mis en scène par Sébastien Bizeau

A défaut d’avoir pu voir la pièce au théâtre (elle était notamment pourtant à l’affiche du formidable et éclectique Mois Molière à Versailles en juin dernier) j’avais lu le texte de Sébastien Bizeau et j’avais rédigé une article enthousiaste de Pourquoi les gens qui sèment, il y a déjà plus d’un an.

Il me tardait de découvrir le travail de mise en scène, que j’imaginais respectueux du livre, puisque c’était l’auteur qui l’avait entrepris. Le résultat m’a convaincue au-delà de mes espérances comme la salle entière qui n’en finissait pas d’applaudir à la fin.

C’est que le fond bouleverse, et que la forme est séduisante. Alors ne manquez pas de venir voir les excellents comédiens qui, bien qu’au nombre de quatre, parviennent à faire vivre de nombreux personnages, notamment grâce à l'inventivité de leurs expressions scéniques.
Chloé et Antoine s’aiment malgré leurs désaccords. Elle, militante écologiste, appelle à la désobéissance civile ; lui, devenu préfet, est chargé de maintenir l’ordre. Tout se complique lorsque Chloé projette une action sur la zone même qu’Antoine doit défendre. Aucun des deux ne veut renoncer, convaincu que la justice est de son côté. Mais comment tenir ensemble quand les règles ne font plus consensus ? Les réunions publiques, plateaux média et tribunaux deviennent l’arène du combat porté par cette Antigone d’aujourd’hui. Face à eux, nous ne sommes plus des spectateurs mais des citoyens qui s’interrogent.
Le spectacle étant cohérent avec le texte, des pans entiers de mon précédent article restent valides et je ne peux que les reprendre. Je ne vais tout de même pas me plagier. Cependant je renvoie en fin d'article ce qui concerne le symbole de la Semeuse qui apparait sur l'affiche. Pour le reste de l'analyse du texte  je vous invite à relire ce que j'en disais en juillet 2025.

Les convictions de Chloé lui valent le surnom d’Antigone des temps modernes et il est signifiant de s’apercevoir que cette image intervient après celle d’Electre dont Sébastien Bizeau (ci-contre) s’était emparée dans Heureux les orphelins pour démontrer ce paradoxe que les mots ne sont pas toujours les voies les plus parlantes pour atteindre la vérité.

En présentant ces deux figures mythiques de la mythologie grecque, animées par la justice, l’artiste creuse manifestement le même sillon et cette image fait davantage écho avec le titre de sa nouvelle pièce.

J’avais tout de suite pensé à la chanson iconique de William Sheller et trouvé le jeu de mots intéressant entre les gens qui s'aiment et ceux qui sèment. Ne parle-t-on pas d’ailleurs en amour, comme en rhétorique, de "semer la petite graine" ?

Le texte de Sébastien Bizeau est d’une très grande intelligence, démontant les éléments de langage -non seulement les mots aussi le phrasé et le ton- qui masquent le vrai enjeu aussi bien du côté institutionnel que syndicaliste, et même des défenseurs de l'environnement, sans oublier les médias qui ont une grosse part de responsabilité. Il réussit en 75 pages à condenser l’essentiel du débat (je pourrais écrire "combat") entre écologie et économie tout en posant sur la table les enjeux et les moyens de lutte possible de cette véritable confrontation entre pot de terre et pot de fer. Chacun est muré dans sa logique, qu'il s'agisse des politiques, préfet ou ministre, ou des combattants écologistes, sans oublier les syndicalistes. 

De multiples répliques sonnent tellement justes ! Il est si vrai par exemple que nous perdons notre vie à la gagner … Les mots résonnent plus vivement encore après les canicules estivales et sans changer la moindre réplique il est évident que certaines ne sont pas prononcées avec la même intention qu'il y a deux ans. Entend-on davantage aujourd'hui que bientôt 3 milliards et demi de personnes ne pourront plus vivre là où ils se trouvent en ce moment ?

Est-ce que ce spectacle ralliera les millions de gens qui doutent ? Il faut le souhaiter, toutes proportions gardées.

L'équipe aura réussi en tout cas à nous distraire (car le spectacle est loin d'être attristant) et aussi chanter en choeur, transformant à plusieurs reprises le théâtre en karaoké géant.

On écoute avec attention la scène 5 de l'acte IV de Bérénice et on repart en interrogeant la place de notre conscience dans les choix que nous faisons individuellement et à mesurer le prix du bonheur. Bravo pour ce spectacle audacieux !

J'écrivais en 2022 qu'il fallait retenir le nom de cette compagnie Hors du temps, et je maintiens mon avis.
Pourquoi les gens qui sèment
de et mis en scène par Sébastien Bizeau
Avec Gaspard Cuillé ou Paul Martin (ci-dessus, dont c'était la première le soir de ma venue), Matthieu Le Goaster, Sana Puis et Nastassia Silve
Création sonore : Iris Lainé et Création vidéo : Pierre Monchy
Décors : Raphaël Guinamard et Costumes : Claire Jacob
Lumières : Raphaël Bertomeu
Illustration : Pénélope Belzeaux
Au Théâtre Lepic - 1 avenue Junot - 75018 Paris - : 01 42 54 15 12
Depuis le 9 septembre 2026 (et au moins jusqu'au 3 janvier 2027)
Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
A partir de 12 ans
Le texte du spectacle a été édité par L’Avant-Scène Théâtre
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Je décryptage de l’affiche renvoie à la Semeuse qui a illustré de nombreuses séries de timbres-poste et qui fut gravée par Louis-Oscar Roty (ainsi que le revers de cette pièce : un flambeau de branches d’olivier) et qui se trouvait sur les pièces en argent dites "Semeuses" de 50 centimes, 1 franc et 2 francs, émises sous la III° République, plus précisément entre 1898 et 1920. Je suis trop jeune pour l’avoir connue mais je me souviens très bien de la pièce de 1 franc Semeuse version 1960 de valeur d'un (nouveau) franc, qui aura été frappée de 1960 à 2001 jusqu’à l’emploi des euros.

C'est une allégorie de Marianne, ou de la République française, illustrant le rayonnement des idées républicaines diffusées par la France dans le monde et l'esprit de liberté. Cette image de la République deviendra l'une des figures emblématiques de notre mythologie nationale, à l’instar du buste de Marianne et de l’arbre de la liberté et que l’on retrouve toutes les trois sur les faces nationales de l’euro frappé en France.

L’avers de la pièce représente une femme marchant pieds nus dans une plaine, habillée d'une robe vaporeuse et d'un tablier, coiffée d'un bonnet phrygien, portant d'une main un gros sac et semant de l'autre, alors que le soleil se lève sur la ligne d'horizon et que le vent souffle dans ses cheveux et fait flotter sa robe. Son regard tourné vers la gauche, indique qu'elle sème à contre-vent.

jeudi 31 juillet 2025

Pourquoi les gens qui sèment, une pièce de Sébastien Bizeau

J'écrivais en 2022 qu'il fallait retenir le nom de cette compagnie Hors du temps, et mon intuition s’est confirmée avec leur nouveau spectacle, que je recommandais dans cet article à propos des derniers festivals d'Avignon.

Je n'ai pas pu le voir sur scène mais je viens de lire le texte de la pièce. Çà s'appelle Pourquoi les gens qui sèment et ce fut un spectacle qui a été très remarqué pendant les trois semaines du festival.

Si vous l'avez manqué dans le Sud peut-être trouverez-vous un créneau à la rentrée car il sera à l'affiche à 19 heures du 16 au 20 septembre, au Théâtre de la Concorde, 1 Av. Gabriel, 75008 Paris.
Chloé est militante. Antoine est préfet. Ils s’aiment, mais ce qu’ils défendent les oppose. Elle prépare une action écolo, lui doit l’empêcher au nom de l’ordre public. Comment tenir ensemble quand la loi et la justice ne disent plus la même chose ?
Des journalistes ont évoqué la figure d’Antigone à propos des convictions de la jeune femme et il est signifiant de s’apercevoir que cette image intervient après celle d’Electre dont Sébastien Bizeau s’était emparée dans Heureux les orphelins pour démontrer ce paradoxe que les mots ne sont pas toujours les voies les plus parlantes pour atteindre la vérité.

En présentant ces deux figures mythiques de la mythologie grecque, animées par la justice, l’artiste creuse manifestement le même sillon et cette image fait davantage écho avec le titre de sa nouvelle pièce.

J’avais tout de suite pensé à la chanson iconique de William Sheller et trouvé le jeu de mots intéressant entre les gens qui s'aiment et ceux qui sèment. Ne parle-t-on pas d’ailleurs en amour, comme en rhétorique, de "semer la petite graine" ?

J’avais tout autant décrypté l’affiche que j’avais reliée à la Semeuse qui a illustré de nombreuses séries de timbres-poste et qui fut gravée par Louis-Oscar Roty (ainsi que le revers de cette pièce : un flambeau de branches d’olivier) et qui se trouvait sur les pièces en argent dites "Semeuses" de 50 centimes, 1 franc et 2 francs, émises sous la III° République, plus précisément entre 1898 et 1920. Je suis trop jeune pour l’avoir connue mais je me souviens très bien de la pièce de 1 franc Semeuse version 1960 de valeur d'un (nouveau) franc, qui aura été frappée de 1960 à 2001 jusqu’à l’emploi des euros.

C'est une allégorie de Marianne, ou de la République française, illustrant le rayonnement des idées républicaines diffusées par la France dans le monde et l'esprit de liberté. Cette image de la République deviendra l'une des figures emblématiques de notre mythologie nationale, à l’instar du buste de Marianne et de l’arbre de la liberté et que l’on retrouve toutes les trois sur les faces nationales de l’euro frappé en France.

L’avers de la pièce représente une femme marchant pieds nus dans une plaine, habillée d'une robe vaporeuse et d'un tablier, coiffée d'un bonnet phrygien, portant d'une main un gros sac et semant de l'autre, alors que le soleil se lève sur la ligne d'horizon et que le vent souffle dans ses cheveux et fait flotter sa robe. Son regard tourné vers la gauche, indique qu'elle sème à contre-vent.

Mais revenons au théâtre puisqu’il s’agit de cela dans cette rubrique. Donc la Compagnie s’empare d’un sujet de société extrêmement sensible pour en faire un objet théâtral et un manifeste. Un peu dans la veine des spectacles créés par Pauline Bureau, notamment Mon coeur et Hors-la-loi.

Le texte de Sébastien Bizeau est d’une très grande intelligence, démontant les éléments de langage qui masquent le vrai enjeu. Il réussit en 75 pages à condenser l’essentiel du débat (je pourrais écrire "combat") entre écologie et économie tout en posant sur la table les enjeux et les moyens de lutte possible de cette véritable confrontation entre pot de terre et pot de fer.

L’opposition suscitée récemment par la loi Duplomb en fait une autre démonstration. Certes la voie démocratique est parvenue à faire reculer la loi mais rien ne changera fondamentalement tant que les agriculteurs ne seront pas massivement convaincus qu’il en va (aussi) de leurs intérêts à cultiver avec des moyens biologiques plutôt que chimiques. Invoquer la concurrence déloyale encouragée par les pays voisins ne fait pas avancer les choses, bien au contraire. Pourtant on sait qu’il faudrait renverser l’ordre prioritaire. Ce que le DVD retraçant les actions de Liberterres démontrait parfaitement et que je recommande de visionner.

J’ai beaucoup apprécié l’écriture de Sébastien Bizeau et je trouve que le texte mérite vraiment d’être lu attentivement. Chaque personnage est criant de vérité.

dimanche 23 mars 2014

Le Salon du Livre 2014 ...


(mise à jour le 11 mai 2014)

Dimanche soir, le Salon du livre s'achève et le bilan est semble-t-il très positif. Il suffit de jeter un oeil sur les étagères qui se sont vidées. Les piles ont fondu.

Rien d'étonnant. J'ai vu des dizaines de fans, un livre à la main, faire le pied de grue pour quelques secondes de partage avec leur auteur préféré.

Ce qui était amusant c'était d'écouter les petites phrases. Entre celui qui n'a pas reconnu une figure ultra médiatisée, cet autre si déçue que sa "vedette" ne ressemble pas (ou plus) à la photo qu'elle préfère renoncer à la dédicace ("Ah, ça, mieux vaut l'image !"), ou celle-ci qui ne cherche qu'à se photographier à coté d'une figure emblématique du show business, pour dare dare poster sur les réseaux sociaux, quitte à s'infiltrer de force dans une conversation, et surtout ne même pas faire semblant de s'intéresser à la personne en tant qu'auteur. Lire son livre ? On n'y pense même pas.

Vous aurez compris que tous les visiteurs n'ont pas des motivations littéraires. Cette année était un peu spéciale pour moi. J'y suis allée pour voir et revoir les auteurs que je connais (et réciproquement) et ce ne sont pas nos conversations que je vais déballer ici. Ces moments de partage, en particulier le soir du vernissage, sont des instants privés.
Je suis heureuse d'avoir pu voir ou revoir des personnes dont j'ai chroniqué les romans ces derniers mois comme Ariane Bois, Véronique Olmi dont le prochain titre sortira en janvier, Philippe Mathieu, Cookie Allez, Caroline Sers, Valérie Clo, Xavier de Moulins, Gilles Paris, Laura Berg, Brigitte Giraud, Sophie Adriansen, les auteurs de l'Ecole des loisirs (qui prépare déjà à fêter en 2015 son cinquantième anniversaire) ou du Square culinaire.

J'ai même fait la connaissance d'auteurs dont je vais lire les ouvrages dans un futur proche. Ces rencontres m'ont davantage intéressée que l'inauguration proprement dite, jeudi soir, par la présidente argentine, Cristina Kirchner et le premier Ministre français Jean-Marc Ayrault. 

A deux ou trois exceptions, je préfère aujourd'hui adopter l'oeil du visiteur lambda pour vous montrer ce que vous auriez pu voir si vous vous étiez égaré dans les allées, Porte de Versailles, et j'ai bien davantage tiré le portrait d'inconnus que de mes écrivains préférés, à deux ou trois exceptions près, comme je viens de l'écrire.

Egaré est le mot juste. Le repérage des stands au-delà du nombre 50 est toujours très compliqué, avec un chamboulement de l'ordre alphabétique qui provoque l'énervement. Mais même dans les hautes eaux j'ai remarqué une jeune auteure -dont je garde le nom secret- qui partait systématiquement dans le mauvais sens avant que je la remette sur le droit chemin.

Je n'ai pas mesuré la longueur des files mais il me semble qu'elle fut très longue pour Douglas Kennedy (chez Belfond), un peu moins étendue devant la table de Dominique Besnehard, immense en face d'Eric-Emmanuel Schmitt (chez Albin Michel) ... signant aussi bien la Trahison d'Einstein que les Perroquets de la Place d'Arezzo.
Le Salon du livre peut être cruel pour certains. J'ai remarqué quelques célébrités désoeuvrées devant une table vide. J'ai constaté combien les nombreux visiteurs se précipitent sur… les personnalités les plus médiatiques dans un mouvement de cohue qui lui-même aimante d'autres badauds. Bel attroupement devant Mazarine Pingeot (chez Julliard) qui, hélas pour elle, suscite davantage de remarques sur sa parenté que sur son travail d'écriture.
On voyait de surprenants groupes, affalés dans les allées, prenant leur mal en patience. Dans ces cas là il faut reconnaitre qu'avoir un bon roman à portée de main, ça aide à supporter l'attente. Il m'a semblé qu'avant espérer dire deux mots à Marc Lavoine à propos de "1er Rendez Vous" (Editions de la Martinière) il faudrait bien une bonne heure de patience.
Cécilia Attias m'a paru très studieuse ... appliquée à "bien" dédicacer ... une Envie de vérité, chez Flammarion.
... tandis que des lecteurs avaient décidé de s'offrir une retraite loin du brouhaha, de pique-niquer en toute discrétion derrière les stands, et de lancer des discussions. Me croirez-vous si je vous dis qu'à quelques mètres c'est la cohue dans des allées trop étroites ?
L'équipe de Babelio avait disséminé des extraits des critiques de ses membres sur ce qu'ils appellent les éditeurs partenaires. On m'a parlé de 500 cartons mais je n'y ai pas retrouvé un bout de mes chroniques. Je n'ai pas trop cherché tout de même. Un livre a attiré mon attention, réveillant une forme de culpabilité. J'avais promis de le lire. Il le mérite d'ailleurs et puis d'autres sont venus ...
C'est en cherchant Babelio que j'ai été orientée vers le stand MyBOOX où j'ai participé à un Speed Booking. Nous fûmes une dizaine à nous relayer de table en table pour nous convaincre les uns les autres de lire les livres que nous avions élus. Ce petit jeu littéraire pouvait rapporter de grands romans parus cette année ainsi que des liseuses Kobos Aura aux trois participants qui avaient obtenu les plus de voix.

Nous disposions de 90 secondes chrono pour faire l'article à un autre participant, et cela 9 fois de suite, avec ou non le même livre. Après chaque confrontation, on attribuait une note sur un petit formulaire avant de passer au concurrent suivant, et ainsi de suite, jusqu’à avoir rencontré tous les joueurs. Je n'ai pas remporté le premier prix mais, en me classant dans les trois premiers, je suis repartie avec plusieurs livres ... grâce à mon pouvoir de conviction et donc mon honneur de bloggeuse fut sauf. J'ai surtout eu envie de découvrir certains livres dont on a réussi à me persuader qu'ils me manqueraient.
Irène Cao (chez JC Lattès) était venue d'Italie pour présenter la trilogie italienne qui va bientôt détrôner 50 nuances de Grey et dans laquelle je vais prochainement plonger, en commençant par Sur tes yeux, une occasion de retourner virtuellement à Venise.

Chez Buchet Chastel, JM Erre savourait encore le succès de son passage à la Grande Librairie le soir de l'inauguration. Sophie Van der Linden confiait qu'un nouveau roman était fin prêt, dans un style radicalement différent de la Petite fabrique du monde. On peut faire confiance à son talent. Il s’appellera "L’incertitude de l’aube", paraîtra le 21 août, et je pense pouvoir vous en dire plus sur le sujet à la fin du mois de mai.
Andrès Neuman était venu spécialement pour Parler seul, un des derniers livres à m'avoir bouleversée. Il balaie mes scrupules à cette manie de vouloir se faire photographier à coté de x ou y. Il est manifestement si heureux ce soir que j'accepte.
C'est sans complexe que j'enchaine avec Dominique Dyens (chez Héloïse d'Ormesson), dont j'ai beaucoup apprécié Lundi noir, et dont je suis en train d'achever La femme éclaboussée, à paraître début mai dans la nouvelle collection Suspense au féminin.
C'est Norman Ginzberg qui a fort galamment insisté pour prendre le cliché. Si j'avais déjà lu Arizona Tom nous aurions "posé" tous les trois ... Ce livre apparaitra bientôt sur le blog.
Nadine Monfils (chez Belfond) reprenait la conversation avec un lectorat très fidèle qui navigue comme elle entre Bruxelles et Paris. Très reconnaissable à ses tenues vestimentaires, souvent vêtue de rose, elle orne ses dédicaces de jolis petits dessins et conseille d'aller au festival du film fantastique de Bruxelles. Après avoir envoyé le Commissaire Léon enquêter sur Il neige en hiver et le Silence des canaux elle retrouve le personnage ultra déjanté de Mémé Cornemuse qui cette fois prend des vacances à Hollywood. J'en parlerai bientôt.
J'ai fait connaissance avec Murielle Magellan (chez Julliard). Elle m'avait surprise en s'abonnant à mon fil Twitter @abrideabattue alors que je n'avais encore rien chroniqué à son sujet. Je découvre une femme très sympathique, que je vais très prochainement revoir à propos de son dernier livre, N'oublie pas les oiseaux. Elle m'a raconté avoir expérimenté elle-même cette situation particulière de ne pas ressembler à la photo qui était affichée grand format au-dessus de sa tête. Elle se souvient du regard de la lectrice balayant l'espace, allant de la photo à son visage ... persuadée que la personne qui était en train d'écrire sur son livre ne pouvait être qu'une imposture.
J'ai la tentation de paraphraser le titre du dernier livre de Anna Gavalda (chez le Dilettante) La vie en mieux (3ème place au box-office des ventes cette semaine) en lui décernant la palme de la dédicace "en mieux". Elle est la seule à prendre à ce point soin de son lectorat : deux assiettes de bonbons et surtout un confortable fauteuil, histoire de se sentir dans une certaine intimité. Et tant pis pour tous ceux qui attendent pendant que l'heureux élu tape l'incruste. Je ne vous montre pas la queue ... qui s'allonge sur plusieurs stands.
Antoon Krings (chez Gallimard) prenait le temps de croquer des insectes fidèles à son univers.
Claudie Gallay (Actes Sud) s'apprêtait à se mettre à table, pour dédicacer une Part de ciel (dont je viens de commencer la lecture). Elle m'apprend que son prochain roman, Détails d'Opalka, sortira dans quelques jours. La voici en conversation avec Frédérique Deghelt qui fait partie des 6 derniers finalistes pour le Prix de la Maison de la Presse 2014 (qui sera décerné au Centre national du Livre le 21 mai) avec Les brumes de l'apparence. J'avais beaucoup aimé La Vie d'une autre et j'avoue que je lui souhaite de l'emporter.
Certains auteurs étaient empêchés de dédicace, comme Sandra Mézière (chez Numerklire), que j'ai connue lorsque nous étions toutes les deux jury du Grand Prix des Lectrices de ELLE. Ses publications sont sur téléchargeables à partir d'un serveur. Ce mode de lecture est en pleine expansion mais j'avoue ne pas avoir encore pris le temps de l'explorer malgré mon envie de lire en particulier un de ses romans, Les Orgueilleux.
Le Salon du livre est aussi l'occasion de découvrir des opérations autour du livre, comme le Camion des Mots, ou le programme Nouveaux talents qui accompagne et révèle les écrivains de demain.
J'ai assisté à des séances d'analyse de manuscrits absolument passionnantes au cours d'une session du Labo de l'écriture de la Fondation Bouygues Telecom. Bruno Tessarech, Claire Silve (éditrice chez Editions JC Lattès) et Claire Debru (aux éditions NiL) ont analysé sans concession les 4 premières pages de premiers romans en cours. C'était passionnant ... et instructif.
Nous avons clos cette soirée par un moment convivial entre bloggeurs (merci Sophie) toujours agréable de retrouver ceux qu'on lit par voie électronique, pour deviser sans intermédiaire.
On voit ensuite le Salon sous un autre angle ... encore animé ici ou là sur les stands où les fêtards s'attardent, sans se préoccuper des chariots de ménage déjà en action. L'ambiance est sans comparaison avec celle du salon de l'agriculture, vivant jour et nuit à plein régime, mais il y avait tout de même une effervescence palpable.

A ceux qui estiment que je suis une "grande" lectrice j'ai envie de répondre que non. La production est immense et j'ai toujours un rayonnage de retard. Ainsi je n'ai ouvert aucun des 30 livres en compétition pour le Prix Orange du Livre 2014. Je repars avec La Petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon, chez Actes Sud (gagnée au Speed Booking). Avec La Fin du monde a du retard et N'oublie pas les oiseaux, j'aurai lu pile un dixième. Y aura-t-il le gagnant parmi eux ?

Je crois que je vais céder à la tentation de me connecter sur My Little Book Club pour lire en ligne le premier chapitre des autres même si c'est un peu bizarre que ces trois jours sur le Salon me renvoie finalement sur la toile.

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