dimanche 1 février 2009

Marie de Metz Noblat, une femme qui en connaît un rayon sur les fromages ...


Elle porte un nom qui fleure la noblesse. De fait, c'est une descendante d’écuyers des abbés de Saint-Mihiel, originaires de Metz et anoblis en 1461 par René d'Anjou, Duc de Lorraine et de Bar, pour la qualité de leurs services rendus à la royauté. Voilà pour la première partie de son patronyme "de Metz".

Noblat est le joli nom d'une demoiselle qui épousa au début du XIX° siècle un monsieur de Metz. Comme elle était la dernière du nom, son mari décida à la mort de sa femme bien-aimée de transmettre son nom à leurs enfants.

Davantage femme de devoir que de droit, Marie a le sentiment qu'il lui faut honorer ses ancêtres très anciens ou plus proches. Son père, ancien officier de marine, retenu prisonnier 27 mois dans une caserne turque d'Anatolie pendant la seconde guerre mondiale, lui a transmis des valeurs humaines auxquelles elle est infailliblement attachée. Si son tempérament est fougueux c'est pour défendre surtout les produits du terroir. Il serait plus rigoureux d'employer le pluriel parce que, bien que lorraine, elle est prête à célébrer tout ce qui est beau et bon. Elle semble animée par l'urgence, faisant sienne la devise familiale, "vite et bien", pour appliquer rapidement la solution qui s'impose à chaque problème qu'elle rencontre.

Elle passe son enfance dans un petit village meusien entre Vaucouleurs et Domrémy, le plus beau village de France selon elle (et c'est vrai que la Meuse est belle – mais Marie reconnaît sa parfaite mauvaise foi sur ce sujet !). C'est à Rouen que "tout naturellement" elle fera des études supérieures de commerce. Elle travaille ensuite 5 ans chez Unilever sur des produits d'hygiène comme les shampoings, dentifrices, brosses à dents – et en commençant « évidemment » par s’installer à Orléans… Que de lieux johanniques !

Un chasseur de têtes apprécie son pragmatisme commercial et son approche marketing. Il la décide à s'installer à Pau. Marie y découvre - non pas les fromages (sa grand-mère angevine faisait des provisions insensées de camembert car son père mangeait beaucoup de fromages) mais l'industrie fromagère, avec Saint Agur et Etorki. Plus tard elle est mutée dans les Yvelines pour s’occuper de Rambol (le diminutif de Rambouillet). Elle parle heureusement anglais, et surtout allemand, ce qui est fort utile car 80% des ventes de cette marque se font à l'exportation. En Allemagne cette spécialité est le nec plus ultra de la délicatesse à la française.

Pendant 8 ans elle se consacre ensuite à la promotion des fromages de Normandie, de Savoie, d’Auvergne, de Brie, du Poitou, du Vercors, d’Ardèche, de Champagne, des Causses… bref des fromages AOC du groupe Lactalis, hors fromages de brebis. D’abord installée à Laval, Marie ira même passer trois ans à Rodez. Au cœur de la tradition fromagère française.

La Suisse la réclame. La noble dame peut alors élargir ses compétences à d’autres traditions encore mal connues d’un public français qui confond trop souvent Gruyère et Emmental. La tâche est ardue ! Mais rien ne l’arrête et elle fera découvrir ces fromages sans relâche durant 5 ans.

Fin 2005, nouveau tournant, avec retour sur les bancs de l’école pour l'obtention d'un diplôme universitaire d'analyse sensorielle et de dégustation à l'Université de Provence. Une formation assurée par l’Université du Vin de Suze la Rousse… Normal, puisque le fromage a besoin d’être accompagné d’une boisson acide pour faire ressortir tous ses arômes !

Elle crée sa propre société de conseil en octobre 2006. Les Fromages d’Auvergne sont ses premiers clients, appréciant Marie pour ... sa neutralité presqu’helvétique, et sa profonde connaissance des fromages de terroir. Car en fin de compte elle connaît si bien l'univers des fromages qu'elle les aime tous. Il y en aurait plus de 1200 aujourd'hui en France. On est loin des 365 célébrés il y a une soixantaine d'années par un célèbre homme politique !
A l'entendre, un fromage, c'est très simple : du lait, des ferments lactiques (pour acidifier), de la présure (pour faire cailler), du sel (pour conserver), le tout combiné avec un savoir-faire et de l'imagination pour faire varier les paramètres. Sans oublier, bien sûr, l’amour du travail bien fait.

Elle est très réclamée sur les salons : elle revient du SIRHA de Lyon et se prépare déjà pour le Salon de l'Agriculture de la Porte de Versailles où l'on pourra la voir sur le stand (vous aurez deviné) suisse. Son rêve est de créer un salon exclusivement dédié à ce produit, un peu à l'image du salon du chocolat, les paillettes en moins. Une idée que l'Interprofession du Lait pourrait bien reprendre.

C'est une amoureuse de la nature. Elle adore le jardinage qui la reconnecte aussitôt à un autre rythme que celui que sa vie trépidante lui impose. Elle pratique la randonnée, surtout en montagne, ce qui l'a amenée aux quatre coins du monde. Il lui reste un rêve : parcourir le chemin de St Jacques de Compostelle depuis la Lorraine... d'une seule traite...

Mais la grande passion de Marie c'est de faire découvrir tous les fromages à tous les publics. Elle répond volontiers aux sollicitations des entreprises. Elle anime des soirées de dégustation où elle marie les fromages et les vins. Également des ateliers pédagogiques avec les enfants. Et elle vient de publier un livre, Fromages & Cie, aux éditions First, qui vous permettra d'en savoir plus sur la genèse des arômes dans le fromage. Cette spécialiste a choisi 20 fromages AOC pour leur diversité de pâtes, de régions, d'animaux... et propose 60 recettes à tester pour maintenir son niveau de calcium. Elle anime un blog où elle partage ses découvertes et ses expériences. C'est aussi une des rédactrices de Lorraine de coeur.

A la question de savoir qui elle aimerait convaincre de goûter au moins un tout petit morceau de « vrai » fromage, elle sourit, malicieusement. Il parait que le Président de la République ne mange pas de fromage, ni ne boit une seule goutte de vin et qu'on ne fait venir à l'Élysée qu'un fromage orange en provenance de Hollande. Avec parcimonie.

Pourvu que Jean-Pierre Coffe, qui a plaidé dimanche dernier pour la mimolette française, ne l'apprenne pas ! Il risquerait de nous en faire ... une colère bien sûr !

2 commentaires:

MMN a dit…

Merci Marie-Claire pour ce portrait qui attaque sur ma modestie!!! Amicalement - Marie

Abdou a dit…

Magnifique ! Au plaisir de te rencontrer en haute savoie.
Abdou.

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