vendredi 13 août 2010

On ne vit plus au Moyen-Age ...

... sauf ce week-end à Loches et pour la plus grande joie des habitants et des estivants qui sont invités à revivre une authentique Epopée médiévale trois jours durant, les 13-14 et 15 août 2010, de 9 heures à 19 heures (et plus le samedi).

Une vingtaine d'associations et d'artisans ont répondu à l'appel de l'olifant et sont déjà arrivés pour établir leur campement. Combats, duels, démonstrations de forge et de machines de guerre … rappelleront la vie militaire du XIIIe siècle dans l'enceinte du donjon tandis que jeux anciens, musique, démonstrations d'enluminure et animations gourmandes évoqueront la vie de cour à la fin du Moyen-Âge.

Des plats médiévaux seront servis tous les jours à l'auberge du logis et il reste quelques places pour le banquet médiéval du vendredi soir (réservation au 02 47 59 01 32) qui se tiendra à 20 heures sur la terrasse du Logis royal. Sinon vous pourrez toujours acheter les produits au marché médiéval samedi ou dimanche ou guettez la publication des recettes du Moyen-Age sur le blog puisque je reviens de cette ville avec un livre rempli de propositions alléchantes.

Un spectacle de chants, démonstrations d'escrime et de pyrotechnie sera offert à tous samedi à 22 heures 30 dans le Parc Baschet (dans la limite des places disponibles).La Cité royale de Loches se compose de deux sites principaux : le Logis royal et le Donjon. Malgré une large plage horaire je n'ai pas eu le loisir de tout visiter.

Je reviendrai une autre fois pour admirer de près ce chien fidèle et je me suis concentrée sur le Donjon puis sur le Jardin médiéval.

Au milieu du XV° siècle Louis XI convertit la forteresse militaire en prison. Ses cages de chêne et de métal sont ancrées dans l'inconscient collectif qui continue à se les représenter plutôt petites et suspendues. Si la cage était plus humiliante que le cachot en rabaissant l'homme au rang d'animal elle était néanmoins de taille "humaine" puisqu'elle faisait 2 mètres sur 2.

On pouvait donc se tenir debout et se coucher. Elle pesait près de deux tonnes et ne pouvait donc pas être suspendue. Elles ont toutes été détruites à la Révolution mais on peut se faire une idée de la réalité en pénétrant dans une reconstitution qui se trouve dans le pavillon d'entrée. On devine malgré la pénombre les latrines qui équipaient la porte. Qui a dit qu'on ne connaissait pas l'hygiène au Moyen-Age ?

La chaine qui pend à l'extérieur était utilisée pour attacher un homme par le cou. La vie de prisonnier n'était pas rose. Pourtant il parait que le chroniqueur Philippe de Commynes ne s'est jamais plaint.

La tour du martelet fut aménagée en cachots sur quatre niveaux. Les visiteurs peuvent descendre dans le cachot Sforza et admirer, grâce à leur restauration, de remarquables fresques.

La prison a fonctionné à plein pendant la Terreur. Le cachot des évêques a contenu alors jusqu'à 43 personnes dans un espace restreint. Les encoches où se fixaient des planches pour le couchage sont encore repérables sur les murs.

Les prisonniers comptaient les jours de présence pour ne pas perdre la notion du temps en traçant des bâtons sur les murs. Ils ne pouvaient pas "rayer" les jours comme les prisonniers d'aujourd'hui puisqu'ils ignoraient leur temps de condamnation. On ne sortait que sur la bonne volonté du Roi, lequel pour prouver qu'il était bon ordonnait la libération, à moins qu'on ne soit mort avant.

Certains prisonniers étaient lettrés. On peut lire dans une élégante calligraphie une déclaration édifiante, quand on songe qu'elle a été écrite 4 ans avant la prise de la Bastille : Sous peu nous détruirons ces hautes murailles, briserons ces cloîtres et ferons disparaître ces tortures inventées par les rois, trop faibles pour arrêter un peuple qui veut la liberté. 1785.

Un peu plus loin cette inscription en latin : Tolère et supporte !

Celle-ci sur le mur de droite, au bout d'un souterrain : "Ces murs étouffent les sanglots et éteignent l'agonie" en dit long sur la difficulté de la rétention.

Les souterrains ont été creusés pour pouvoir extraire le pierre calcaire destinée à construire le donjon. Il aurait été illusoire de penser s'enfuir par ces galeries longues d'une douzaine de kilomètres et qui débouchent au-dessus du sol. C'est le bruit de la pique entaillant la pierre qui lui a donné son nom : tuff pour tuffeau. On faisait glisser les blocs sur des morceaux de pierre plus petits qui s'appelaient des "gendarmes", qui sont les ancêtres des gendarmes couchés qui ralentissent les voitures dans les villes.

Le XIX° siècle romantique a catalogué le Moyen-Âge comme état une période sombre. Il compte aussi de longues périodes de paix. Le XII° siècle fut très heureux. Il est marqué par des avancées dans la littérature (le fameux Roman de la Rose) et dans l'agriculture. Les jardins étaient des endroits forts agréables, toujours clos de murs ou de végétation.
Celui qui a été recréé à l'intérieur de la forteresse militaire est composé comme il se doit d'un premier espace, carré, destiné au plaisir, à la musique, à la danse et aux conversations galantes. En comparant les jeunes filles à des fleurs on leur contait fleurette, ce qui, déformé par les anglais, nous revint sous le terme de "flirt". Chacun s'asseyait sur ces banquettes herbée surélevées appelées "pré-haut", protégé du soleil par des vignes grimpantes ou une haie de saules.

L'importance de cet arbuste est capitale. En effet il contient de l'acide acétylsalicylique (plus connu sous le nom d'aspirine) qui était largement utilisé en infusions pour combattre la fièvre, on comprend pourquoi.

Les plantes étaient cultivées dans des carrés qui n'excédaient pas la longueur de deux bras tendus de manière à pouvoir travailler la terre sans devoir y mettre les pieds. Le sol était surélevé pour ne pas avoir à se pencher. La terre était retenue par un treillage d'osier, appelé plessis, qui réchauffait la terre et accélérait la croissance des végétaux.

Un murier a été planté en souvenir de ceux que Louis XI avait fait pousser pour nourrir les vers à soie royaux. Le premier carré comporte des plantes utilisées pour teindre les étoffes comme la garance encore employé pour assurer un rouge vif aux pantalons des soldats du début de la première guerre mondiale jusqu'à ce qu'on réalise que ce serait un massacre.

Ou encore le pastel dont les feuilles ont donné un bleu délicat jusqu'à ce que l'indigo découvert aux Amériques ne le détrône. L'ordonnance d'Henri IV menaçant de mort quiconque abandonnerait la culture du pastel fut sans effet pour freiner la concurrence de la plante américaine.




Un fouillis herbacé attire l'attention. Cette plante originaire de Sibérie s'est répandue par la culture en Europe au XIVe siècle dans les régions à sols pauvres et acides.

Elle reste la base d'un des plats préférés des populations d'Europe de l'Est qui consomment les petites graines noires bouillies exactement comme le riz.

Connu sous le nom de sarrasin ou blé noir ce n'est pas une graminée mais une polygonacée. Il est dépourvu de gluten, ce qui le rend difficile à utiliser en panification ou pour la confection des pâtes mais il est précieux pour les personnes intolérantes au gluten.

Riches en protéines, les petites graines contiennent tous les acides aminés essentiels, sont hautement nutritives, de surcroît riches en fibres solubles et en composés antioxydants.

Riches et pauvres ne mangeaient pas les mêmes aliments. Les nobles ne consommaient pas de racines (navets, carottes ...) et grillaient leurs viandes.

Le paysan cuit dans l'eau. Il cultive dans le potager les légumes qui allaient mijoter ensuite dans le pot, tout simplement. Avec une poule tous les trente-six du mois, c'est à dire quasiment jamais. L'oignon et la cive sont les épices des pauvres.

On peut gouter cette plante très poilue, presque piquante (on comprend que les jardiniers l'emploient pour protéger leurs plantations des limaces ...) dont les fleurs bleues très décoratives sur une salade ont un goût d'huitre alors que les feuilles font penser à du concombre. C'est la bourrache qui, une fois n'est pas coutume, a été exportée aux USA.

Voici d'autres fleurs bleues.

C'est l'hysope, plante potagère condimentaire qui pouvait remplacer le thym. Ses feuilles, fraîches ou séchées, sont utilisées, finement hachées, pour aromatiser les crudités et salades, les farces pour le porc, l'oie ou le canard, mais aussi dans les sauces et les soupes. Les fleurs relèvent agréablement le goût des salades et des légumes.

Elle entre aussi dans la composition de certaines liqueurs, du pastis, de l'eau de mélisse, de l'absinthe suisse. C'est l'un des éléments essentiels de l'élixir de la Grande-Chartreuse et de la Bénédictine.

On apprend la valeur purificatrice du houblon. Que les médecins avaient développé la théorie de la signature selon laquelle une plante soigne ce à quoi elle ressemble. Le latex jaune de la chélidoine (herbe à verrues) combattait les maladies du foie. Elle est présente dans le jardin médiéval de Loches mais autrefois elle poussait à l'état sauvage le contre les murets et n'occupait pas de place dans les jardins.

La pulmonaire, dont les feuilles sont en forme de poumon, servait à soigner la tuberculose.

La consoude était utile pour fabriquer des emplâtres avec ses racines et réduire les entorses. Les feuilles faisaient de délicieux beignets au printemps.

Les racines de la valériane sont le plus puissant calmant naturel. L'achillée cicatrise les plaies.

On s'étonne de beaucoup d'autres plantes. Comme de la ressemblance entre l'artichaut et le cardon tant apprécié dans la vallée du Rhône. Pas question alors de le laisser monter en fleur. On le paille même pour que ses tiges restent tendres.

Les gousses de cette variété de pois ne renferment que deux graines. C'est bien chiche ... normal pour le pois chiche.

Plusieurs plants sont cultivés pour disposer de monnaie d'échange afin d'élargir le nombre des variétés de son jardin.

Certaines espèces sont dangereuses encore aujourd'hui, comme l'aconit qu'il ne faudrait pas confondre avec le céleri sauvage. Les chevaliers l'utilisaient pour empoisonner leurs flèches. Pourtant ses fleurs en forme de capuche sont bien jolies.

Des espèces étaient réservées aux jardins dits de sorcières comme la mandragore ou la jusquiame auxquelles on avait recours quand il fallait endormir un patient par exemple avant une amputation. toutes ces plantes sont de la famille des solanacées comme la tomate et la pomme de terre.

Quand elle est arrivée en France les paysans ont imaginé que la pomme de terre pouvait être autant toxique et ne voulaient pas en manger.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce jardin pourtant si petit d'apparence où il est très agréable de se plonger dans l'histoire de la médecine et de la gastronomie française.

Il faudrait aussi prendre le temps de découvrir la ville de Loches où j'ai repéré des terrasses accueillantes. Il est facile d'y séjourner sans se ruiner. Je recommande la formule des chambres d'hôtes. Les personnes intéressées peuvent me laisser leurs coordonnées et je les recontacterai .

Je reviendrai ... Demain on m'attend dans d'autres jardins ... et je vous y emmènerai bien sur ...

Cité royale de Loches - 37600 Loches - Tel : 02 47 59 01 32
chateauloches@cg37.fr
Ouverte toute l’année, tous les jours sauf les 25 décembre et 1er janvier
2 janvier - 31 mars : 9h30-17h
1er avril - 30 septembre : 9h-19h
1er octobre - 31 décembre : 9h30-17h

Visite libre avec brochure ou guidée (passionnante et incluse dans le prix d'entrée)
Tarif : 9 € - gratuit jusqu'à 12 ans
Les photos qui ne sont pas marquées A bride abattue proviennent du site des Monuments et Musées de Touraine

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