lundi 25 mars 2013

Cabaret Charles Trenet au Petit théâtre de chez Maxim's

La comédie musicale ne se joue que les lundis. Une bonne idée me direz-vous puisque c'est le jour de relâche des autres salles. Par contre il ne faut pas remettre sine die sinon vous risquez fort de louper une belle soirée.

Il faut savoir qu'il existe une scène au-dessus du restaurant. on y accède par un escalier situé dans l'entrée officielle du célèbre Maxim's, au 3 de la rue Royale.

La salle est petite. Premiers arrivés, premiers servis aux meilleures places, tout devant. Mais, même derrière on reste proche des comédiens et tout le monde chantera allègrement en choeur à la fin.

Si vous aimez Trenet, nous adorerez. Si vous ne l'appréciez que modérément, vous ressortirez satisfaits de ne pas avoir écouté vos a priori.

Les cinq compères sont joyeux. Leur énergie débordante vous dopera pour quelques jours ... longtemps, longtemps, longtemps, après qu'ils auront disparu ... leurs chansons courront encore dans vos têtes. Vous les chanterez un peu distraits, en ignorant le nom de l'auteur ... Parfois vous changerez un mot, une phrase. Et quand vous serez à court d'idées vous ferez la la la la la la la la la la la la ...
On doit à Charles Trenet les paroles comme la musique de l'Ame des poètes (1951) comme de bien d'autres titres que vous allez redécouvrir au cours d'un tour de chants peu ordinaire qui hésite, pour la bonne cause, entre cabaret et comédie musicale.

J'ai eu un peu peur de m'être égarée en voyant débouler une cohorte de scouts en folie, bannière au vent, sifflet aux lèvres, sous les ordres d'une cheftaine Brindille un peu sotte, amoureuse d'un curé de campagne ollé ollé. 

Ah ! qu'il fait bon d'avoir vingt ans,
Et de marcher le coeur content,
Vers le clocher de son village.
Qu'elle est jolie notre rivière,
Qu'elle est jolie notre maison,
Qu'elle est jolie la France entière,
Qu'elle est jolie en tout saison !

Si on ne disait pas que c'est le grand Charles, himself qui a commis cette chanson en 1942 on croirait que c'est une parodie. Et pourtant le concepteur-metteur en scène-interprète Gérard Chambre réussit à traduire son coté franchouillard sans sombrer dans le ridicule ou le désuet.

La jeunesse de l'époque veut du sbing. Elle aura du swing. En avant, toutes !
On redécouvre avec bonheur des textes que l'on a perdu de vue. 

Quand Trenet chantait Dans les pharmacies il désignait le coté bazar-épicerie-quicaillerie des officines qui l'avaient surpris outre-atlantique :

Ces pharmacies-là
Sont celles du Canada
Où l´on prend ses repas, parfois, par-ci, par-là.
On y vend aussi des pilules, mais sachez
Que la vente des cachets est un peu cachée.

Le fou chantant s'est associé à Francis Blanche pour écrire un texte dans un style que l'on pourrait à tort attribuer à Bobby Lapointe. Son débit de lait est devenu fameux. C'est un vrai exercice d'orthophonie.

Ah qu´il est beau le débit de lait
Ah qu´il est laid le débit de l´eau
Débit de lait si beau débit de l´eau si laid
S´il est un débit beau c´est bien le beau débit de lait
Au débit d´eau y a le beau Boby
Au débit de lait y a la belle Babée
Ils sont vraiment gentils chacun dans leur débit
Mais le Boby et la Babée sont ennemis
Car les badauds sont emballés
Par les bidons de lait de Babée
Mais l´on maudit le lent débit ... etc ...

Il y a du comique, bien évidemment. De la dérision également, avec une allusion au titre d'un roman qui serait les Aventures de Pierre Cardin (propriétaire des lieux), ou un maréchal nous voilà au ton historique ... Mais il y a aussi beaucoup de tendresse avec de jolis duos qui apportent une respiration entre les moments où ils sont tous les cinq en scène. Comme celui-ci avec J'ai ta main :

J´ai ta main dans ma main.
Je joue avec tes doigts.
J´ai mes yeux dans tes yeux
Et partout, l´on ne voit ... 
Les garçons ne déméritent pas du tout mais les deux interprètes féminines sont exceptionnelles. Véronique Fourcaud est une soprano d'envergure, spécialiste de l'univers de Toulouse-Lautrec dont elle est l'arrière-petite-cousine. Elle a fait l'an dernier l'ouverture de ce théâtre avec dans Sarah Bernardt, toujours !, un spectacle que je n'ai pas pu chroniquer pour des raisons familiales. 

Soprano également, Virginie Colette Simson est autant à l'aise dans un répertoire baroque qu'ici où elle réussit à redonner la façon de chanter si particulière des années 40.

Le Fou chantant avait sans nul doute ce qu'on appelle la plume facile. Il a écrit et composé un milliers de chansons. mais, comme si l'immensité de son répertoire ne suffisait pas Gérard Chambre a fait quelques incartades avec d'autres titres ultra célèbres comme les Trois cloches (de Jean Villard) qu'Edith Piaf a chanté avec les Compagnons de la chanson dès 1946. De l'eau a coulé sous les ponts de Paris depuis. Et pourtant j'ai vu des jeunes gens la fredonner dans le ton, sans omettre une parole.

Le chanteur avait le sens du rythme. Il suffit d'entendre le début pour pouvoir terminer la chanson, quelle qu'elle soit.

Un doux parfum qu´on respire
C´est fleur bleue
Un regard qui vous attire
C´est fleur bleue
Des mots difficiles à dire
C´est fleur bleue
C´est fleur bleue
Une chanson qu´on fredonne
C´est fleur bleue

Ou encore
Boum
Quand notre cœur fait Boum
Tout avec lui dit Boum
Et c´est l´amour qui s´éveille.

L'homme s'y entend à merveille pour empiler les répétitions. Ca facilite rudement les choses. Surtout quand les paroles sont un peu complexes, invoquant savants et philosophes :

Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n´est pas là et le soleil l´attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
On prend un grand plaisir à écouter aussi des succès planétaires, comme celui ci, coécrit avec Léo Chauliac :
Ce soir le vent qui frappe á  ma porte
Me parle des amours mortes
Devant le feu qui s' éteint
Ce soir c'est une chanson d' automne
Dans la maison qui frissonne
Et je pense aux jours lointains

Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
C'est d'autant plus beau que la mise en scène respecte alors la mélancolie du texte. Le sens du détail est à louer autant que les costumes, jusqu'aux socquettes... C'est un pan entier de l'histoire de France qui est raconté avec des temps forts comme l'invention de la TSF, comme on appelait alors la radio, l'Occupation et la Libération. On apprécie les grands textes comme Fidèle, Y'a d'la joie...  On les chante à pleins poumons avec facilité puisque le texte nous est distribué. On savoure aussi l'édifiante histoire de la Porte du garage.

On a le sentiment de les avoir tous entendus. Quelques autres arrivent encore : la Mer, Douce France, Vous qui passez sans me voir, Nationale 7, Ménilmontant, Un jardin extraordinaire.

Alors on tape dans nos mains. On chante. Manquerait plus qu'on danse ! On repart en fredonnant nous aussi en boucle cet extrait d'une chanson de Jean Sablon :

On a mis sur la porte :
"Avis, avis
Aux raseurs de toute sorte :
Fermé jusqu'à lundi"

Cabaret Charles Trenet au Petit théâtre de chez Maxim's
3 rue Royale, 75008 Paris

Conçu et mis en scène par Gérard Chambre
Avec Gérard Chambre, Virginie Colette Simsom, Estelle Boin, Pierre Babolat, Véronique Fourcaud, Fabrice Coccitto, Mika Apamian
N'oubliez pas que c'est uniquement les lundis, et jusque fin juin 2013

Un musée consacré à l'Art Nouveau est situé au-dessus du célèbre restaurant et je reviendrai sur ce sujet prochainement.

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