samedi 16 mars 2013

L'île des beaux lendemains de Caroline Vermalle chez Belfond

Caroline Vermalle, cette auteure m'est inconnue mais la typographie de son nom est si étonnante que mes yeux portent sur le tire, que je découvre formulé comme une promesse : L'île des beaux lendemains .. .

Et puis ces papillons qui devancent un trio de coccinelles à l'assaut de la couverture incitent eux aussi à ouvrir le livre qui, à peine sorti de ma boite aux lettres me fait délaisser les urgences.

Si vous vous êtes un jour demandé qu'elles pouvaient être les pensées d'un papillon ce roman est pour vous. Ce n'est pas un artifice. La fragilité de l'animal et sa résistance étonnante sont mythiques. Ne dit-on pas que le bruissement d'une paire d'ailes peut entrainer d'immenses bouleversements ?

C'est un peu sur ce principe que Caroline Vermale appuie son récit. Elle nous raconte comment le cours de la vie peut s'infléchir après des années de conformisme. Elle le fait à toutes petites touches à l'instar d'une aquarelliste. Le papillon est le narrateur, porté par des vents plus ou moins cléments ou vifs.

Les héros sont entrés depuis longtemps dans le quatrième ou le cinquième âge. Ils ont peut-être acquis une relative sagesse mais ils n'ont pas perdu leurs rêves de vue, même s'ils semblent encore inaccessibles.

Paul, soixante-dix-neuf ans, exprime clairement (p. 39) que le temps ne fait rien à l'affaire, qu'en terme de chagrin d'amour, ça douille autant à 23 qu'à tous les âges. Ce que les années apprennent c'est qu'il y a un moment où on réalise qu'on n'a plus de temps à perdre si on veut mourir heureux.(p. 41)

Les rêves des "vieux" sont inattendus pour le lecteur. Et pourtant comme ils sonnent juste. On pense à cet homme, Alvin Straight qui, a soixante-treize ans, après une mauvaise chute, décide de quitter Laurens, un village du nord de l'Iowa, pour retrouver dans le Wisconsin son frère ainé Lyle qui vient d'avoir une attaque. Les deux frères sont fâchés depuis dix ans. Et pourtant, ou parce que ... Alvin entreprend un voyage de plusieurs centaines de kilomètres sur une tondeuse John Deere, récit véridique dont David Lynch a fait en 1999 un film prodigieux de sensibilité, de tendresse et d'espoir et qu'il intitule sobrement "Une histoire vraie".

Caroline Vermalle explore le coeur humain, lequel se dispense souvent d'agir à force de peser le pour et le contre, jusqu'à s'apercevoir un jour qu'on a raté sa vie, sauf à réaliser qu'il n'est jamais trop tard si ... Le personnage de Nane est un catalyseur qui déclenche les prises de conscience : Tous ceux qui savent pas ce qu'ils cherchent, ils viennent le trouver chez moi.(p.135)

Sur cette île d'Yeu qui me fait tant envie, Nane pratique ce qu'on appelle l'art de recevoir. Sa maison est un havre où l'on respire. Allégés du poids de leurs soucis, ses hôtes vont pouvoir trouver le sens de leur vie. La vielle dame le dit avec simplicité : être heureux, c'est comme le reste, ça s'apprend. (p. 157)

Un mariage sans amour a fait de Jacqueline un "papillon épinglé". Une nouvelle inattendue va lui redonner des ailes. Je recommande d'ailleurs de relire les premiers chapitres quand vous aurez terminé le livre. L'histoire prend alors toute sa saveur.

Paul et Marcel, Jacqueline et Nane, sont de la même trempe. Bruno et Arminda, plus jeunes, auront la chance d'être encouragés par les anciens. D'autres, encore plus jeunes, et vivant sur un autre continent, vont eux aussi voir leur destinée évoluer. 

L'écriture est ponctuée de parenthèses, souvent humoristiques. Le chapitre 9 est tout à fait représentatif du style alerte adopté par l'auteure. Humour encore lorsqu'elle nous décrit l'épopée d'une descente de la Loire en hydrospeed fait maison. Beaucoup de douceur se combine avec une certaine énergie. Au final romantisme et réalité se conjugueront avec intelligence.

On connait le zéphyr. On découvre Apéliote, Calcias, Sciron, Borée ... des vents contraires ou bénéfiques qui, combinés à la sagesse inédite des papillons, vont faire progresser le récit sous des cieux étoilés.

Je suis devenue curieuse de ces petites bêtes. J'aurais bien aimé qu'on nous donne leurs noms à la fin du livre. J'ai tout de même repéré que le premier, posé sur le prénom de l'auteure, est le Maniola jurtina, commun sur les routes de nos campagnes, avec ses ailes fauves, marron et orange (p. 11). Le bleu pourrait être un Argus à bande noire (elastrina argiolus).

Le dernier je l'ai compris grâce aux indications de la page 159, est un Flambé de passage (Iphiclides podalirius). On pourrait lancer un concours pour trouver quel est le quatrième ... à moins que je ne demande à l'auteure dont la présence est annoncée au Salon du livre qui ouvre au public vendredi 22 mars.

L'Île des beaux lendemains de Caroline Vermalle chez Belfond, mars 2013

3 commentaires:

Stephie a dit…

Ce fut une chouette rencontre et un plaisir d'avoir cet échange autour d'une table avec les auteurs de Belfond

marie-claire a dit…

Oui tout à fait ... Parce que outre le plaisir de rencontrer deux auteures que j'apprécie j'ai fait la connaissance (ou la re-connaissance) avec d'autres bloggeuses.

Je vais jouer ma fainéante et mettre un lien vers le billet que tu as écrit sur le sujet dans le compte-rendu que je ferai de l'édition 2013 du Salon du Livre.

Lystig a dit…

des jolis papillons, comme en écho à la liberté ou l'amour...

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